Le blocus des États-Unis sur les marchandises transitant par des ports iraniens aurait contraint plusieurs navires à modifier leur itinéraire. La revue a pu identifier au moins sept de ces navires qui ont renoncé à entrer ou à sortir du détroit d’Ormuz.

  • L’Ostria, un pétrolier qui navigue sous pavillon du Botswana, a tenté de sortir du détroit lundi 13 avril, avant de faire demi-tour. Il se trouve actuellement au mouillage au large de Dubaï.
  • L’Oceana Kai, un autre pétrolier, a renoncé à transiter dans le détroit dans la soirée de mardi à mercredi, et ce alors qu’il indique le port de Khalifa, à Abou Dhabi, comme destination. Le Serenity IX, qui semble avoir emprunté un itinéraire similaire, est lui aussi à l’arrêt depuis mardi, et a cessé de partager sa position depuis hier soir.
  • Le Rich Starry, un pétrolier visé par des sanctions américaines, a quant à lui complètement fait demi-tour hier, mardi 14, après avoir tenté de sortir du détroit. Il se trouve actuellement au mouillage dans les eaux iraniennes, au large de l’île de Qeshm. 
  • Le Guan Yuan Fu Xing, un vraquier lié à une entreprise chinoise qui revendique également avoir un équipage chinois, a déjà fait demi-tour à deux reprises : une première fois le lundi 13, puis une nouvelle fois aujourd’hui, mercredi 15. 
  • L’Elpis, un pétrolier sous pavillon des Comores qui est sorti du détroit le 13 avril, s’est arrêté à sa sortie lundi et n’a pas communiqué sa position depuis hier, mardi 14. Il pourrait toutefois avoir continué sa route avec ses signaux AIS désactivés.
  • Le Kashan, un porte-conteneurs iranien qui est parti de Bandar Abbas hier, mardi 14, est entré en mer d’Arabie aujourd’hui aux alentours de midi. Il a désormais quitté les eaux iraniennes, et déclare se diriger vers le port indien de Nhava Sheva, en face de Bombay, mais semble avoir entamé une manœuvre dans l’après-midi et se dirige désormais à nouveau en direction du détroit.

Ces changements et arrêts soudains d’itinéraire pourraient indiquer que le blocus américain dissuade les navires iraniens ou transportant des marchandises iraniennes de traverser le détroit. Plusieurs navires continuent toutefois de relier des ports iraniens et omanais.

  • Au moins 15 navires de guerre américains (destroyers, porte-avions, porte-hélicoptères…) déployés dans la région peuvent contribuer à maintenir le blocus.
  • Un porte-avions supplémentaire, l’USS George H.W. Bush, accompagné de son groupe aéronaval, est actuellement en train de contourner l’Afrique et se dirige vers l’océan Indien.
  • L’USS Boxer, un navire d’assaut amphibie polyvalent accompagné de l’USS Portland et de l’USS Comstock, qui transporte 4 200 soldats de la 11e Unité Expéditionnaire, devrait quant à lui arriver à proximité de l’Iran d’ici la fin du mois 1.

Il n’est pas encore clair comment l’armée américaine réagirait face à des navires en provenance de ports iraniens qui tenteraient de briser le blocus, ni quelle est l’étendue exacte de celui-ci. Des interceptions, menées par des hélicoptères ou des embarcations légères, pourraient en effet avoir lieu à plusieurs centaines, voire milliers de kilomètres des côtes iraniennes.

  • En février, un pétrolier qui avait fui le blocus imposé au Venezuela par Washington avait été intercepté dans l’océan Indien le 15 février, soit plus d’un mois après son départ du pays, le 3 janvier.

Des interventions pourraient avoir lieu encore plus loin des côtes iraniennes, potentiellement jusque dans le Pacifique.

  • Aujourd’hui, mercredi 15, les autorités américaines ont averti les navires commerciaux entrant ou sortant de ports iraniens sans autorisation qu’ils seraient « susceptibles d’être interceptés, détournés et capturés ».
  • Washington se réserve le droit de faire valoir son « droit de visite et de fouille » afin de déterminer la présence de « contrebande ». Les marchandises humanitaires, denrées alimentaires et fournitures médicales notamment, devraient être autorisées à passer « sous réserve d’inspection », selon un communiqué 2.

Ce type d’inspection ou d’interception est d’autant plus probable que certains navires brouillent leurs itinéraires en diffusant de fausses coordonnées pour masquer un éventuel départ d’un port iranien. Cette stratégie est notamment utilisée par les navires de la « flotte fantôme » pour dissimuler l’origine de leur cargaison.

Au 15 avril, au moins quatre navires pourraient, en fonction de leur itinéraire, entrer dans les critères américains justifiant une inspection ou une interception. 

  • Le Blue Sky 4, un cargo naviguant sous pavillon des Comores, est parti du port iranien de Bandar-e Emam Khomeini, dans le Golfe persique, samedi 11 avril. Il a traversé le détroit mardi 14 avril en début de soirée, et se dirige actuellement vers la mer d’Arabie. Il déclare naviguer à vide, et a emprunté le corridor iranien, entre l’île de Larak et Qeshm. Sa destination est inconnue.
  • Le Golbon, un porte-conteneurs iranien parti du port de Shahid Rajaï, à quelques kilomètres à l’ouest de Bandar Abbas le 14 avril a traversé le détroit dans la soirée de mardi à mercredi. Sa destination est pour l’heure inconnue, mais il pourrait se diriger vers un autre port iranien, potentiellement Chabahar. S’il continuait sa route, il pourrait être considéré par la marine américaine comme étant en violation du blocus.
  • L’Alicia, un pétrolier qui navigue à vide sous pavillon de Curaçao et qui est parti du port chinois de Lanshan, à Shandong, le mois dernier, est entré dans le golfe Persique mardi 14 dans la soirée. Il navigue actuellement dans le golfe en indiquant comme destination le message « FOR ORDER », ce qui signifie que le navire attend des instructions de son armateur ou affréteur.
  • Le Geneve pourrait également être considéré comme étant en violation du blocus. Ce vraquier sous pavillon des Îles Marshall, parti du port de Bandar-e Emam Khomeini le 10 avril, est actuellement en train de sortir du golfe d’Oman, et se dirigerait vers le Brésil. Il semble avoir modifié son itinéraire le 12 avril, suite à l’annonce par Trump du blocus, mais a depuis repris sa route.
Sources
  1. Dan Lamothe, « U.S. sends thousands more troops to Mideast as Trump seeks to squeeze Iran », The Washington Post, 15 avril 2026.
  2. Joanna Sugden, « U.S. Notice to Mariners Warns of Interception, Diversion and Capture », The Wall Street Journal, 15 avril 2026.