Aujourd’hui 14 avril, le président américain Donald Trump a attaqué pour la première fois la présidente du Conseil Giorgia Meloni.

  • Dans un court entretien téléphonique avec le Corriere della Sera, le président américain a déclaré : « Giorgia Meloni ne veut pas nous aider dans la guerre, je suis choqué… Est-ce que ça vous plaît que votre présidente ne fasse rien pour obtenir du pétrole ? Est-ce que ça plaît aux gens ? Je ne peux pas l’imaginer. Je suis choqué par elle. Je pensais qu’elle avait du courage, je me suis trompé » 1.
  • Il s’agit de la première attaque publique de Donald Trump visant Giorgia Meloni, qui restait, à ce jour, la seule dirigeante européenne affichant des liens étroits avec la Maison-Blanche ces dernières semaines et après la nette défaite de Viktor Orbán de dimanche.

L’effet Trump sur la demande politique européenne est tellement puissant qu’un axe Sanchez-Meloni est en train de se dessiner sur plusieurs dossiers internationaux clefs.

  • Concernant la relation avec Israël, une convergence s’est construite par étapes, avec une prise de distance commune vis-à-vis du gouvernement Netanyahou et une glissade progressive de Meloni vers les positions de Sánchez. Sous la pression de l’opinion publique, notamment après les tirs israéliens sur des Casques bleus italiens déployés dans le cadre de la mission UNIFIL 2, Meloni a annoncé suspendre la coopération militaire avec Tel-Aviv et bloquer les exportations d’armes 3.
  • La guerre en Iran a également été marquée par un rapprochement entre les deux gouvernements. Si l’Italie, contrairement à l’Espagne, a rejoint la coalition navale des 35 nations pour sécuriser le détroit d’Ormuz après la phase chaude du conflit, tout comme Madrid, Rome a refusé de mettre ses bases à la disposition des opérations militaires américaines. Une rupture dans l’histoire géopolitique des deux pays membres de l’OTAN. L’Italie compte des dizaines de bases et plusieurs milliers de militaires américains stationnés sur son territoire.

Sanchez et Meloni ont critiqué les déclarations américaines à l’encontre du pape. 

  • La présidente du Conseil a réagi d’abord avec une note remerciait le pape pour son voyage en Afrique sans mentionner le président Trump — puis, après une avalanche de critiques des oppositions, a condamné ouvertement en fin de journée les « paroles inacceptables » du président américain 4
  • Le président du gouvernement espagnol a publié un message sur X : « Qui sème les vents récolte les tempêtes. Pendant que certains sèment la guerre dans le monde, le pape Léon XIV sème la paix, avec bravoure et courage. Ce sera un honneur de l’accueillir en Espagne dans quelques semaines. » 

Cette convergence n’a évidemment aucune dimension programmatique ou idéologique, mais elle s’inscrit dans un jeu de contraintes communes aux deux gouvernements.

  • Les deux pays sont marqués par une culture politique réticente à l’engagement militaire offensif : l’Italie — dont l’article 11 de la Constitution 5 « répudie la guerre » — et l’Espagne ont été marqués par leur engagement dans la guerre d’Irak en 2003.
  • L’Espagne et l’Italie sont deux économies de taille comparable, exposées — même si différemment, l’Espagne ayant massivement investi dans les énergies renouvelables et affichant aujourd’hui l’un des prix de l’électricité les plus bas d’Europe — au choc des prix et aux risques énergétiques. 
  • Selon la présidente du Conseil, rouvrir le détroit d’Ormuz est « fondamental pour nous, non seulement pour les approvisionnements en carburant, mais aussi pour les engrais ». 
  • De son côté, le président du gouvernement espagnol a reconnu que « les effets de cette guerre illégale atteindraient malgré tout l’Espagne », annonçant un plan d’urgence de 5 milliards d’euros incluant des aides directes aux transporteurs, agriculteurs, éleveurs et pêcheurs, ainsi que des réductions de la TVA sur les carburants et le gaz.

Au-delà de ces dynamiques et de ces éléments de contexte, la pression de l’opinion publique est particulièrement forte en raison de l’action du président américain, qui crée un « effet Trump ». 

  • La ligne trumpiste se révèle en effet de plus en plus coûteuse pour la présidente du Conseil. 
  • La cote de popularité de Trump auprès des Italiens a en effet chuté de 35 % à 19 % entre mars 2025 et mars 2026, et près des deux tiers d’entre eux s’opposent à une intervention en Iran.
  • L’effet Trump s’est notamment révélé lors de l’échec au référendum constitutionnel du 23 mars. Comme l’avaient montré nos vagues successives de sondages depuis un an, une large majorité d’Italiens et d’Espagnols ont une opinion défavorable de Trump. 

Comme dans les autres pays européens, l’électorat de la droite italienne est reconfiguré par un nouveau « clivage géopolitique ». Les données de notre sondage Eurobazooka montre ainsi une fracture au sein de la coalition de Meloni.

  • Les électeurs de la Lega apparaissent nettement plus favorables à Trump : 52 % le considèrent comme un allié de l’Italie et 65 % estiment qu’il contribue à rendre le monde plus sûr. 
  • À l’inverse, seuls 35 % des électeurs de Fratelli d’Italia partagent cette dernière opinion.
  • Le miroir espagnol est frappant. En Espagne, la qualification de Trump comme « ennemi de l’Europe » est quasi unanime à gauche — 97 % chez Podemos, 81 % chez le PSOE —, tandis qu’à droite l’hésitation domine : 56 % des électeurs du Partido Popular et 60 % de ceux de Vox se positionnent dans l’entre-deux.

C’est dans ce contexte que le sondage YouTrend publié en exclusivité par L’Espresso prend tout son sens : parmi les électeurs italiens qui le connaissent, Sánchez obtient 51 % de confiance nette, devançant ainsi tous les autres dirigeants internationaux testés, y compris les principaux dirigeants politiques nationaux 6.

Sources
  1. Trump al Corriere : « Meloni non vuole aiutarci nella guerra, sono scioccato ». Nuovo attacco al Papa : « Non ha idea di cosa sta succedendo in Iran », Corriere della Sera, 14 avril 2026.
  2. L’Idf spara contro un mezzo italiano Unifil, l’ira del Governo, Ansa, 8 avril 2026.
  3. Meloni blocca l’accordo sulla difesa con Israele. E sulle critiche a Trump per il Papa : « Non so quanti altri leader le abbiano espresse », Corriere della Sera, 14 avril 2026.
  4. Meloni prima tiepida, poi l’affondo contro Trump sul Papa, Ansa, 13 avril 2026
  5. Article 11 de la Constitution : « L’Italie répudie la guerre comme moyen d’attenter à la liberté des autres peuples et comme mode de solution des différends internationaux ; elle consent, dans des conditions de réciprocité avec les autres États, aux limitations de souveraineté nécessaires à un ordre qui assure la paix et la justice entre les Nations ; elle suscite et favorise les organisations internationales qui poursuivent un tel objectif. »
  6. La fiducia nei leader internazionali degli italiani : Sánchez stacca tutti, ultimi Erdogan e Putin – Il sondaggio di Youtrend in anteprima per L’Espresso, L’Espresso, 5 marzo 2026