Après une « super année électorale » européenne en 2024 et une année 2025 marquée par un nombre plus réduit de scrutins majeurs, l’Union se trouvera en 2026 au milieu d’un cycle électoral. 

Alors que le programme législatif européen progresse et que les négociations de défense entrent dans une phase critique, l’année 2026 sera aussi une année de pré-campagne, préparant les rendez-vous critiques de 2027 en France, en Espagne et en Italie.

Entre échéances législatives majeures et « signaux faibles », les résultats de ces scrutins forgeront la trajectoire politique de l’Union pendant les douze prochains mois ; pour cette étude, nous avons sélectionné dix d’entre eux, parmi les plus déterminants.

Cinq tests pour le nationalisme européen

Une série d’élections se tenant dans des aires politiques relativement réduites — moins d’une douzaine de millions d’habitants — constitueront cette année des échéances critiques pour la droite nationaliste européenne. Après les larges succès enregistrés par cette famille politique en 2024 et 2025, ces élections pourraient confirmer la tendance et – à une exception près – semblent susceptibles de contribuer à une décomposition croissante du cordon sanitaire.

1 — En Hongrie, l’heure de vérité pour Viktor Orbán

Si le poids démographique de la Hongrie dans l’Union est limité — le pays comptait 9,5 millions d’habitants en 2023 —, le rôle essentiel joué par Orbán dans l’architecture idéologique et partisane de la droite européenne fera sans doute des législatives hongroises d’avril 2026 le scrutin le plus important de l’année.

Premier ministre depuis 2010, soit la plus grande longévité d’un chef de gouvernement dans l’Union, Orbán semble pour la première fois véritablement en danger.

Selon les derniers sondages, le Parti du respect et de la liberté (Tisza, PPE) de son opposant Péter Magyar est crédité de 49 % des voix, contre seulement 36 % pour le Fidesz (PfE) du leader illibéral. L’avance de Magyar est demeurée solide depuis le croisement des courbes au début de 2025, plaçant véritablement Orbán dans une position où celui-ci est concurrencé.

Si la perspective d’une alternance semble réelle, il est attendu que le Fidesz use de son large contrôle des ressources administratives pour biaiser ou fausser l’élection.

En 2022 déjà, le scrutin législatif avait été évalué diversement par les observateurs : si la victoire d’Orbán avait été éclatante et dépassé les prédictions des sondages, l’absence d’équité dans la compétition électorale avait été largement notée. Dans son classement des démocraties libérales, l’ONG américaine Freedom House notamment avait abaissé son score de 3/4 à 2/4, s’agissant de la capacité du pays à organiser des élections libres 1 — en arguant de l’usage disproportionné des ressources de l’État au service du parti au pouvoir.

Proche allié de Donald Trump, Orbán pourrait être tenté de rejouer, chez lui, le narratif d’une élection volée : au vu du recul démocratique constant de la dernière décennie, l’hypothèse d’un refus de l’alternance ne peut être exclue.

L’arrivée au pouvoir de Péter Magyar signifierait quant à elle le retour de la Hongrie dans l’escarcelle du centre-droit conservateur traditionnel.

Comme en Pologne, il faut se garder toutefois d’attendre du nouvel exécutif une ligne fondamentalement nouvelle sur les questions migratoires et géopolitiques : Magyar s’est toujours opposé à une libéralisation de la politique d’immigration, tout en s’opposant au sein du PPE à l’envoi d’armes à l’Ukraine
 2. En revanche, alors que le groupe de Visegrád a brièvement retrouvé son alignement autour du trio Babiš-Fico-Orbán, la perte d’un poste au Conseil signifierait sans doute une perte d’influence de la droite national-trumpiste en Europe.

2 — En Slovénie, la fin de la parenthèse sociale-libérale ?

Vainqueur du scrutin de 2022, le Mouvement Liberté (GS, Renew) de Robert Golob avait renvoyé dans l’opposition le leader populiste Janez Janša, à la tête du Parti démocratique slovène (SDS, PPE).

Golob est aujourd’hui à la tête de l’unique cabinet social-libéral de l’Union. Depuis son élection, cependant, la coalition de centre-gauche construite par Golob avec les sociaux-démocrates (SD, S&D) et Levica (GUE/NGL) a vu sa popularité s’éroder.

En conséquence, pour le scrutin qui se tiendra en mars 2026, le SDS de Janša est à nouveau donné comme clair favori sans majorité absolue. Dans un parlement fragmenté, la formation du prochain gouvernement pourrait s’avérer difficile.

Si le maintien du SDS dans le Parti populaire européen devrait donner une coloration différente au vote que dans des États comme la Hongrie ou l’Allemagne, la confirmation du résultat des sondages enverrait un double signal de polarisation et de renforcement de la droite populiste dans l’Union. Dans l’attente d’une hypothétique formation gouvernementale aux Pays-Bas, elle signerait également un affaiblissement supplémentaire du binôme entre libéraux et sociaux-démocrates dans l’Union.

3 — Au Portugal, le défi présidentiel de Chega

Les élections présidentielles portugaises sont d’ordinaire une affaire consensuelle : depuis le retour de la démocratie en 1974, une seule élection a nécessité un second tour, en 1986. 

Cette année, cependant, la situation est bien différente.

En poste depuis deux mandats de cinq ans, le président sortant Marcelo Rebelo de Sousa (PSD, PPE) ne peut constitutionnellement se représenter. Onze candidats prétendent à sa succession, dont cinq sont susceptibles d’approcher ou de dépasser les 15 % des voix : Luís Marques Mendes (PSD, PPE), António José Seguro (PS, S&D), André Ventura (Chega, PfE), João Cotrim Figueiredo (IL, Renew) et Henrique Gouveia e Melo (indépendant). Cette accumulation de candidats au coude-à-coude dans les sondages disponibles crée une grande incertitude sur l’affiche du second tour.

Si le résultat global des prochaines élections parlementaires russes est connu d’avance, le déroulement de ce rituel civique et patriotique pourra donner certaines indications sur l’évolution du régime.

François Hublet

Un élément d’incertitude important concerne la capacité d’André Ventura, crédité d’environ 20 % des voix, de se hisser au second tour.

Dirigeant depuis longtemps la formation de droite nationaliste, Ventura a recréé la première force d’extrême droite d’ampleur dans le pays depuis le retour de la démocratie ; lors du précédent scrutin présidentiel de 2021, Ventura n’a cependant obtenu que 12 % des voix, loin derrière Rebelo de Sousa, qui avait été élu avec 60 % des voix sans contre-candidat socialiste face à lui, et même derrière la candidate de gauche radicale Ana Gomes (13 %). À ce stade, il semble peu probable que Ventura puisse l’emporter au second tour des élections de 2026, sa candidature étant toujours considérée comme fortement clivante.

S’ils étaient opposés à Ventura ou au candidat du PS, deux candidats pourraient être nettement favoris pour le second tour : d’une part le candidat du PSD, Marques Mendes, conseiller du président sortant ; et surtout Gouveia e Melo, ancien chef d’état-major de la marine, qui se positionne comme un candidat centriste : anciennement en charge de la task force COVID et commandant de la Force maritime européenne (EUROMARFOR) entre 2017 et 2019, il apporte à la fois une image de neutralité et une expérience poussée des crises internationales.

Institution consensuelle devenant essentielle dans les moments de crise gouvernementale, la présidence portugaise pourrait cependant voir son statut écorné par le résultat de l’élection, en cas de victoire d’un candidat partisan. Ce revers s’ajouterait à ceux qu’a déjà connus le pays au cours des dernières années, alors que des scandales de corruption ont précipité la chute du gouvernement du PS et provoqué l’alternance au centre-droit en mai 2025, sans alliance structurée entre le centre-droit et les nationalistes.

4 — La Saxe-Anhalt tombera-t-elle ?

Parmi les cinq élections régionales allemandes de 2025 — Bade-Wurtemberg, Berlin, Mecklembourg-Poméranie occidentale, Rhénanie-Palatinat, Saxe-Anhalt —, les deux scrutins qui se tiendront en septembre au Mecklembourg et en Saxe-Anhalt présentent un profil tout particulier.

Alors que l’Alternative pour l’Allemagne (AfD, ESN) est créditée de 40 % des intentions de vote dans les deux régions, la possibilité de voir le parti d’extrême droite gouverner à lui seul devient réelle. La capacité des sociaux-démocrates du SPD (S&D), des Verts et de l’Alliance Sahra-Wagenknecht (BSW) à passer la barre des 5 % nécessaire à obtenir des sièges au parlement régional seront un élément essentiel de l’équation.

Avec jusqu’à 20 % de voix allant à des partis dont chacun ne dépasse pas la barre des 5 %, la part de voix nécessaire pour obtenir la majorité des sièges au parlement s’abaisse théoriquement à 40 %. En pratique, l’incapacité de deux partis à passer cette barre et une légère surperformance de l’AfD pourrait suffire à lui conférer une majorité étroite.

À cet égard, on scrutera tout particulièrement l’évolution des résultats du BSW, dont l’avenir semble incertain après qu’il a échoué à entrer au Bundestag en 2025 pour quelques milliers de voix. Un report massif des électeurs du BSW vers l’AfD, amenant le parti sous la barre des 5 %, pourrait ainsi décider de l’élection ; les risques sont particulièrement élevés en Saxe-Anhalt, où le SPD, contrairement à son homologue du Mecklembourg, se maintient tout juste au-dessus de la barre dans les enquêtes d’opinion.

La possibilité d’un gouvernement de l’AfD dans les deux régions de l’Est fait craindre la prise de contrôle par le parti d’extrême droite de certaines institutions étatiques critiques, dont le système éducatif, la police et les services de renseignement régionaux. En cas de prise de pouvoir de l’AfD, la possibilité d’une interruption des échanges d’information 3 avec les services régionaux concernés a déjà été évoquée ; il concernerait en premier lieu les Offices régionaux de protection de la Constitution (Verfassungsschutz), alors que l’Office fédéral a formellement classifié l’AfD comme un parti extrémiste de droite.

En l’absence de majorité absolue de l’AfD, la situation resterait délicate pour tous les autres partis, probablement forcés de se coaliser tous ensemble pour bâtir une majorité. Formellement, la CDU s’est jusque-là toujours opposée à une collaboration avec le parti de gauche radicale Die Linke (GUE/NGL) comme avec l’AfD. La nécessité d’une coalition devrait néanmoins relancer les débats internes sur la pertinence du « cordon sanitaire », même si la perspective délicate d’une autre coalition, cette fois avec une AfD dominante, pourrait simplifier l’équation pour les conservateurs.

5 — En France, le Rassemblement national réussira-t-il sa mue locale ?

En 2020, le Rassemblement national (RN, PfE) avait vu son nombre de sièges dans les conseils municipaux français reculer.

Si le RN avait réussi lors de ces élections à emporter la majorité dans une ville de plus de 100 000 habitants (Perpignan) et à renforcer ses positions dans ses fiefs, le parti n’était pas parvenu à étendre son réseau local pour se développer plus largement. Au contraire, le Parti socialiste (PS, S&D), Les Républicains (LR, PPE) et Horizons (HOR, Renew) avaient su capitaliser sur leurs réseaux d’élus locaux pour conserver leur influence, tandis que les Verts bénéficiaient d’une dynamique positive dans les grandes villes.

Les quelque 30 000 scrutins de mars 2026 se dérouleront dans un contexte bien différent de celui de 2020, marqué par le Covid-19 : sans majorité parlementaire stable depuis la dissolution de 2024, la France a vu le RN passer du statut de challenger à celui de favori pour l’élection présidentielle de 2027.

Dans l’intervalle, le centre-gauche (PS) et la gauche radicale (LFI) ont connu une rupture, tandis que la cote de confiance du président Emmanuel Macron est tombée à 25 %, son plus bas niveau depuis 2017 4. Les écologistes, quant à eux, ont pour le moment maintenu une position intermédiaire, même si leur coopération suivie avec le PS devrait se poursuivre au niveau local.

Des figures de LR évoquent de plus en plus ouvertement l’opportunité d’une alliance avec l’extrême droite contre la gauche, alors que les ministres restés membres de l’actuel gouvernement de centre-droit – informellement toléré par les socialistes au parlement – ont été exclus du parti.

En Allemagne, la possibilité d’un gouvernement de l’AfD dans les deux régions de l’Est fait craindre la prise de contrôle par le parti d’extrême droite de certaines institutions étatiques critiques. 

François Hublet

Entre les deux tours du scrutin de mars, on scrutera donc avec attention les alliances conclues par les différentes formations politiques, qui pourraient préfigurer leur attitude lors des élections présidentielles et législatives de 2027.

Plus que la capacité du RN à prendre un grand nombre de grandes villes, généralement peu favorables au parti, c’est surtout à deux autres indicateurs que se mesurera sa progression : d’une part, au nombre des alliances formelles ou informelles qu’il réussira à forger à l’entre-deux-tours pour éviter un cordon sanitaire contre lui 5 ; d’autre part, au nombre des communes de taille moyenne que le parti pourrait emporter en développant ses réseaux locaux.

En cas de victoire sur ces deux plans, le RN comblerait ses deux principales faiblesses structurelles : son intégration déficiente dans l’espace partisan et son manque d’implantation locale.

Dans les Balkans occidentaux, une année critique

6 — Fin de partie pour Aleksandar Vučić ?

Après plus d’un an de manifestations et de blocages visant sa gouvernance, le président serbe Aleksandar Vučić a annoncé fin décembre l’organisation d’élections législatives anticipées en 2026, probablement en fin d’année 6.

La tenue de telles élections était l’une des principales revendications du mouvement de protestation, structuré par la mobilisation étudiante, qui a émergé suite à l’effondrement de l’auvent de la gare de Novi Sad le 1er novembre 2024 : considéré comme une preuve éclatante de la corruption et de la mauvaise gestion du gouvernement du Parti progressiste serbe (SNS), au pouvoir depuis 2012, l’accident a aussi rassemblé la jeunesse autour d’une revendication de démocratie, alors que celle-ci est gangrénée par le clientélisme en Serbie.

Candidate à l’adhésion à l’Union européenne depuis 2012, la Serbie a connu une régression démocratique continue sous la présidence d’Aleksandar Vučić. Les élections récentes ont toutes été entachées de sévères irrégularités, incluant des accusations de transport de votants non-résidents lors des élections municipales à Belgrade 7 et une utilisation massive des ressources administratives en faveur du parti en place 8. Depuis mars 2025, l’occupation du parc et de la place faisant face à l’Assemblée nationale serbe par un groupe de partisans du SNS est devenu le symbole des relations toxiques entre l’État, le parti au pouvoir et des groupes d’activistes parfois violents, soupçonnés d’être directement financés par le SNS.

Si la popularité de Vučić a été affectée par le mouvement de protestation, l’opposition devra pour l’emporter faire face à un double défi. Elle devra naturellement s’affronter aux techniques de manipulation éprouvées par le SNS depuis 2012, largement documentées par les observateurs lors des derniers scrutins ; en outre, il lui faudra faire face au fléau de sa propre division, entre nouvelles « listes étudiantes » issues d’un mouvement de contestation non professionnel et opposition institutionnelle.

Jusqu’à ce jour, les partis opposés à Vučić au sein du parlement s’étaient révélés incapables de s’affirmer contre lui et n’étaient guère populaires dans l’opinion publique. La progression du mouvement étudiant dans l’opinion publique pourrait cette fois changer la donne, sous réserve d’une organisation efficace.

Le scrutin sera aussi essentiel pour la trajectoire européenne de la Serbie, alors que le gouvernement du SNS a longtemps tenté de maintenir une position d’équidistance entre Moscou et Washington, tout en se déclarant résolument pro-européen sur le plan intérieur. En cas d’alternance, une nouvelle position restera à définir : si l’opposition de centre-gauche est résolument pro-européenne, la présence d’éléments nationalistes 9 – parmi d’autres tendances – est avérée au sein du mouvement étudiant.

7 — Au lendemain d’une crise historique, la Bosnie-Herzégovine de retour aux urnes

Condamné en février 2025 pour violation de la Constitution, le président de la Republika 10 Srpska Milorad Dodik a été définitivement démis de ses fonctions en octobre dernier.

Dodik, figure majeure de la communauté serbe de Bosnie depuis Dayton, se trouvait en conflit ouvert avec le Haut Représentant Christian Schmidt (CSU, PPE) 11. Dans ce contexte, les représentants de la Republika Srpska ont refusé à plusieurs reprises de reconnaître la légitimité des décisions de l’État fédéral bosniaque — dont celles du Haut Représentant —, conduisant à la plus grave crise institutionnelle depuis la fin des guerres de Bosnie.

Le 4 octobre 2026, l’électorat bosnien retournera aux urnes pour renouveler la Chambre des représentants, élire les trois membres bosniaque, croate et serbe de la présidence, mais aussi renouveler les parlements des deux entités constitutives du pays et des cantons.

Dans un système politique très fragmenté, un complet renversement des équilibres est peu probable ; Dodik et ses alliés pourraient en revanche tirer bénéfice de l’onction du suffrage pour franchir de nouvelles lignes rouges dans leur contestation de l’autorité fédérale.

Au contraire, l’émergence d’une opposition interne à la Republika Srpska pourrait libérer le pays des blocages récurrents qui fragilisent actuellement son processus d’adhésion à l’Union. Le rôle joué dans la campagne par la question européenne — sur laquelle l’électorat bosniaque reste divisé — sera essentiel.

À l’Est de l’Europe, une année à haut risque

8 — En Lettonie, un scrutin sous la menace des interférences russes

Considérée comme l’une des principales cibles potentielles pour la Russie en Europe de l’Est, la République de Lettonie élira son parlement unicaméral, la Saeima, le 3 octobre 2026.

Le paysage politique letton est fragmenté ; il se caractérise par un fort ancrage au centre-droit et à droite ainsi que par la présence de plusieurs partis représentant la minorité russophone. Lors du dernier cycle électoral, plusieurs formations de droite populiste ont vu leur popularité s’accroître, principalement l’Alliance nationale (NA, CRE), la Lettonie d’abord (LPV, PfE) et Pouvoir souverain (SV, majoritairement russophone).

Les enquêtes d’opinion montrent que les russophones, qui constituent environ un quart de l’ensemble du corps électoral, sont bien plus réticents que les lettophones natifs à soutenir l’Ukraine et nettement moins favorables à l’adhésion à l’Union 12. Une diversité de positions significative existe cependant dans les deux groupes, créant des tensions au sein des deux communautés linguistiques.

Proche allié de Donald Trump, Orbán pourrait être tenté de rejouer, chez lui, le narratif d’une élection volée : au vu du recul démocratique constant de la dernière décennie, l’hypothèse d’un refus de l’alternance ne peut être exclue.

François Hublet

La montée en puissance de LPV et le refus des partis conservateurs lettophones à collaborer avec les partis représentant les intérêts de la minorité russe devraient compliquer la formation du futur gouvernement.

À plusieurs reprises, LPV s’est distingué par sa politique de conciliation vis-à-vis de Moscou et, plus récemment, par son soutien au plan de Donald Trump pour la paix 13. La formation populiste s’oppose en cela au principal parti de centre-droit Nouvelle Unité (JV, PPE) et à l’Alliance nationale : tandis que Nouvelle Unité insiste sur l’unité civique du pays, l’Alliance nationale adopte une ligne nationaliste lettonne assumée.

La Lettonie est pour l’instant gouvernée par une coalition minoritaire pro-européenne associant Nouvelle Unité à l’Union des Verts et Paysans (ZZS, agrarien) et aux Progressistes (Verts/ALE). Selon les derniers sondages, ces trois partis emporteraient ensemble moins de 40 % des voix, ouvrant la porte à une alternance.

La complexité du jeu électoral rend cependant l’issue difficile à prévoir, et la situation porte en germe plusieurs risques dont pourrait profiter Moscou : la croissance des forces populistes favorables à la conciliation, notamment LPV ; la possibilité d’un blocage institutionnel en cas d’incapacité à former un gouvernement ; mais aussi l’éventualité d’une victoire du nationalisme letton susceptible d’alimenter les tensions entre les communautés linguistiques.

9 — L’Ukraine votera-t-elle ?

Si aucune échéance n’a pour l’heure été annoncée, la tenue ou non d’élections générales en Ukraine en 2026 fera sans doute partie des principaux événements de l’année.

Depuis l’entrée en vigueur de la loi martiale en février 2022, l’organisation d’élections est impossible. En l’absence de cette loi, des élections présidentielles et législatives auraient dû se tenir au plus tard en 2024, au terme régulier du mandat des élus concernés. Le président des États-Unis Donald Trump a cependant récemment pressé le président ukrainien d’organiser une élection au plus vite, inscrivant même cette condition dans les termes de son « plan pour la paix ».

En cas d’élection, des sondages réalisés en décembre 2025 suggèrent que l’ancien commandant des forces armées, Valeri Zaloujny, pourrait l’emporter assez nettement sur Zelenski dans un hypothétique second tour 14.

Zaloujny, actuellement ambassadeur au Royaume-Uni, n’a pas formellement annoncé son intention de se présenter à la présidence, mais sa grande popularité au sein du public le place dans une position idéale pour succéder à Zelenski, dont le soutien au sein du public s’est érodé. D’autres candidats issus de l’armée ou des renseignements pourraient également l’emporter sur le président sortant.

10 — Russie : les signaux faibles des « non-élections » à la Douma

Le scrutin pour renouveler les 450 sièges de la Douma d’État, chambre basse du parlement russe, se tiendra le 20 septembre prochain 15 ; une série d’élections régionales se tiendra également le même jour.

Si le résultat global est connu d’avance – aucune élection libre n’a eu lieu en Russie depuis au moins 2007 –, le déroulement de ce rituel civique et patriotique pourra donner certaines indications sur l’évolution du régime. En 2024 déjà, une partie de l’opposition russe avait rebaptisé les élections présidentielles « non-élections 16 » (невыборы), du fait de l’absence d’un choix réel pour les votants.

L’actuelle Douma ne compte aucun député en opposition réelle au parti présidentiel Russie unie (ER). En 2021, ER a obtenu à elle seule 324 sièges sur 450, le reliquat allant à l’« opposition systémique », soit des partis formellement indépendants mais pratiquement alignés sur les principales priorités du Kremlin 17.

Le principal parti survivant de l’opposition réelle au régime poutinien, Yabloko, n’a pas obtenu de sièges à la Douma depuis 2003. Opposé à la guerre en Ukraine et pro-européen, il avait été crédité d’environ 2 % des voix en 2021 selon les résultats officiels ; il conserve à ce jour cinq sièges parlementaires régionaux à Saint-Pétersbourg et dans les régions voisines de Carélie et de Pskov, tous remis en jeu en septembre.

Comme en 2024, une évaluation plus ou moins fiable du soutien au régime ne pourra s’effectuer que dans les ambassades hors de Russie, grâce à des comptes parallèles menés par l’opposition. L’institut de sondages russe généralement considéré comme le plus indépendant, le Centre Levada, créditait ER de 53 % des voix fin 2025, un étiage similaire à son score officiel de 2021. Dans un contexte d’autoritarisme croissant, les taux de soutien à Vladimir Poutine mesurés par ces sondeurs dépassent 80 % depuis 2022.

Un signal plus discret mais tout aussi important concerne la participation d’« observateurs » issus de partis amis aux scrutins de septembre. En 2024, plusieurs députés régionaux de l’AfD s’étaient rendus à cette fin en Russie 18, officiellement contre l’avis de leur direction. Des militants d’extrême droite français avaient également fait le déplacement 19, de même qu’un ancien sénateur du Mouvement 5 Étoiles italien 20.

Il conviendra aussi de s’intéresser aux thèmes de campagne déployés par le parti de Vladimir Poutine : si la guerre devrait naturellement jouer un rôle de premier plan, le discours développé pourrait donner des indications sur les dispositions du régime à une forme de paix négociée.

Sources
  1. Hungary : Freedom in the World 2023 Country Report, Freedom House.
  2. Max Griera, Csongor Körömi, « Orbán’s nemesis does not fully trust the EU, either », Politico, 22 octobre 2024.
  3. « Landtagswahlen : Verfassungsschutz bereitet sich auf AfD-Regierungsbeteiligungen vor », Die Zeit, 1er août 2024.
  4. « La cote de confiance d’Emmanuel Macron replonge à son plus bas niveau depuis 2017, Sébastien Lecornu reste stable », 20minutes, 26 décembre 2025.
  5. L’expression française pour désigner ce cordon sanitaire étant celle du « front républicain ».
  6. « Vučić : Prihvaćen glavni zahtev blokadera, sledeće godine vanredni parlamentarni izbori », Euronews, 28 décembre 2025.
  7. James Crisp, « Re-elected Serbian president Aleksandar Vucic accused of bussing in 40,000 from Bosnia to vote », The Telegraph, 18 décembre 2023.
  8. Ilya Lozovsky, « As Europe Urges ‘Reform’ in Serbia, Local Election Observers Point to State Machinery Behind Vote Rigging », Organized Crime and Corruption Reporting Project, 26 février 2024.
  9. Sanja Kljajić, « Studenti u Srbiji između nacionalizma i borbe za pravdu », Deutsche Welle, 24 juillet 2025.
  10. Au terme des guerres de Bosnie, les accords de Dayton ont en 1995 instauré un système de partage du pouvoir pour atténuer les rivalités entre groupes ethniques. La Bosnie-Herzégovine présente ainsi un schéma fédéral, composé de deux entités : la Fédération croato-bosniaque de Bosnie-Herzégovine et la composante serbe de la Republika Srpska.
  11. Au niveau de l’État, la Bosnie-Herzégovine a une présidence tripartite avec un représentant élu par chaque groupe ethnique. Chargé à l’origine de fonctions de surveillance par les accords de Dayton, le Haut Représentant, plus haut pouvoir politique dans le pays nommé par un conseil international, peut imposer des décisions contraignantes lorsque les acteurs locaux ne veulent ou ne peuvent pas procéder à des réformes.
  12. Daunis Auers, « Populism and the 2024 European Parliament Election in Latvia » in Gilles Ivaldi et Emilia Zankina (dir.), 2024 European Parliament Elections under the Shadow of Rising Populism, Bruxelles, European Center for Populism Studies, 22 octobre 2024.
  13. « Better a bad peace than a good war », The Baltic Times, 11 août 2024.
  14. Tim Zadorozhnyy, « Ukraine election poll shows tight first round, decisive Zaluzhnyi runoff win over Zelensky », The Kyiv Independent, 24 décembre 2025.
  15. Dans cette section, les résultats officiels d’élections précédentes ne reflètent pas nécessairement les préférences des votantes et votants. Les élections ayant eu lieu en Russie depuis la fin des années 2000 ont été marquées par des irrégularités et des manipulations systématiques.
  16. « Невыборы без выбора. Поход на участок — дело морального выбора и не влияет на результат. Легитимность меряется не в процентах », Новая газета, 19 mars 2024.
  17. Il s’agit principalement du Parti communiste (KPRF, 57 sièges), de Russie Juste (SR, 27 sièges), du Parti libéral-démocrate (LDPR, 21 sièges) et des Gens nouveaux (NL, 13 sièges), qui figurent schématiquement la gauche, le centre-gauche, l’extrême droite et le centre-droit de l’espace politique favorable au régime.
  18. Martin Schmidt, « AfD-‘Wahlbeobachter’ in Russland : Statisten in Putins Inszenierung ? », tagesschau, 19 mars 2024.
  19. Felicia Sideris, « Présidentielle en Russie : qui sont les ‘observateurs internationaux’, dont des Français, qui ont validé le processus électoral ? », TF1 Info, 19 mars 2024.
  20. « Наблюдатель из Италии на выборах президента РФ отметил высокую организацию голосования », TAAC, 18 mars 2024.