Aux États-Unis, en Espagne et en Italie, la crise sanitaire a des effets centrifuges. La pandémie n’a pas été toujours été l’occasion d’un alignement des politiques et a pu au contraire exacerber les conflits latents avec le pouvoir central / fédéral.

  • Donald Trump est entré dans une logique de conflit avec trois États confinés, encourageant les manifestations contre le confinement et appelant les citoyens à « libérer »1 leurs États et à « sauver le Second Amendement en état de siège ».2
  • En Espagne, la crise est l’occasion pour certains de rejouer l’opposition au pouvoir central : depuis la mise en place de l’état d’urgence national, la crise n’atténue pas la césure entre les défenseurs de l’État national centralisé et ceux qui soutiennent les administrations des autonomies régionales. La crise sanitaire fournit notamment un terreau privilégié pour des théories du complots dans les milieux indépendantistes catalans.3
  • Des projets ambitieux pour faire l’unité : « Je suis convaincu qu’après une phase où la politique a été menée à travers des confrontations d’idées, la solution des problèmes matériels (une politique orientée vers le matériel, vers des objets, pourrait-on dire) pourrait contribuer à atteindre des points d’accord et de concertation » nous confiait le commissaire du gouvernement espagnol pour le développement du gigantesque projet d’infrastructure qu’est le Corridor méditerranéen.4
  • En Italie, enfin, la gestion de la crise du coronavirus a remis au centre certaines tendances régionalistes et localistes de la politique nationale : dans un système de santé géré sur une base régionale, l’État central n’a en effet pas réussi à imposer une réponse uniforme sur tout le territoire. Ainsi, les méthodologies ont varié considérablement, certaines régions parvenant à tenir la contagion à distance (allant même parfois à l’encontre des propres directives du gouvernement, comme la Vénétie5), tandis que dans d’autres, comme la Lombardie, les accusations de mauvaise gestion de l’urgence se recoupent avec l’augmentation de la contagion. Une situation plastiquement démontrée par les sondages d’approbation des différents présidents de région6 : dans certains cas, comme l’approbation record de Luca Zaia, adversaire interne de Matteo Salvini dans la Ligue, en Vénétie, elle pourrait même remettre en cause l’équilibre politique au niveau national.