Lorsque le président français Emmanuel Macron invite les représentants d’un parti étranger à une discussion, il s’agit sans nul doute d’un événement important. Le fait est d’autant plus remarquable quand le parti en question est le plus petit parti d’opposition au Parlement allemand, le Bundestag, un parti qui n’a obtenu que 8,9% des voix aux dernières élections parlementaires. Au cours des deux dernières années, les Verts ont connu une évolution surprenante. Il n’est aujourd’hui plus question ni de dissensions internes ni de manque de clarté dans le programme officiel ; on ne compte plus les éloges adressées au tandem formé par Robert Habeck et Annalena Baerbock à la tête du parti, alors que les commentaires de chaque succès, aussi modeste soit-il, sont monnaie courante. Entre le résultat des élections européennes – 20,4% – et les sondages de ces dernières semaines – les Verts arrivent régulièrement à égalité avec l’Union CDU-CSU –, la situation est désormais claire : depuis l’échec des discussions préparatoires à une éventuelle coalition jamaïcaine (une coalition entre l’Union, les Verts et le parti libéral FDP1) en 2017, les Verts connaissent une montée en puissance inédite.

Cette montée en flèche du parti écologiste est visible notamment depuis les élections régionales de 2018 – 19,8% en Hesse2, 17,6% en Bavière3, deux Länder de l’Ouest. En 2019, trois Länder de l’ex-Allemagne de l’Est se rendent aux urnes. Les Verts peuvent-ils faire aussi bien que l’an dernier ? Le terrain semblait peu favorable. Il s’agit en effet de trois régions dont les gouvernements sont fragiles et où les politiciens locaux de la CDU peuvent imaginer une collaboration avec l’AfD. Avant les élections régionales en Saxe et dans le Brandenbourg, l’incertitude régnait : certains prévoyaient que les Verts parviendraient au pouvoir ; d’autres étaient certains que ces scrutins mettraient un terme à la série de victoires électorales du parti. Finalement, un résultat record a été enregistré, et pourtant, l’euphorie des Verts a été atténuée.

Les Verts devraient indiscutablement jouer un rôle prépondérant dans le prochain gouvernement fédéral. On commence à suggérer, dans l’entourage du duo à la tête du parti, Robert Habeck et Annalena Baerbock, que la chancellerie pourrait être un enjeu central4. Les voix se multiplient qui prédisent une fin prochaine de la Grande coalition ; malgré tout, un tel événement n’est pas intervenu à la veille des élections qui se sont déroulées en Saxe et au Brandebourg le 1er septembre, et il n’interviendra certainement pas avant les élections en Thuringe le 27 octobre – des Länder dans lesquels l’AfD avait obtenu aux élections fédérales de 2017 respectivement 19,4%, 25,4% et 22,5% des suffrages 5.

Les analyses du scrutin de 2017, marqué par un résultat décevant du parti écologiste, ont montré que ceux qui ont voté pour les Verts sont issus des milieux les plus éduqués, gagnent bien (voire très bien) leur vie, sont plus souvent des femmes et pas nécessairement particulièrement jeunes. Il est aussi important de noter que l’électeur moyen des Verts habite dans l’Ouest de l’Allemagne – Prenzlauer Berg mis à part. Pour certains, la frontière sociologique entre l’électorat des Verts et celui des Libéraux est perméable6… il est donc légitime de se demander ce qu’il est advenu des Verts, autrefois alternatifs et rebelles.

Certains disent que les Verts se sont comme embourgeoisés, d’autres parlent des «Verts-Lifestyle». De même, lors de la dernière élection fédérale, des études d’opinion ont montré que ce n’est pas la protection de l’environnement, leur thème par excellence, qui leur aurait permis de gagner. En effet, parmi les thèmes décisifs de la campagne, on comptait en première ligne la politique d’éducation, la lutte contre le terrorisme, ainsi que les politiques des retraites et d’immigration7. Dans les sondages, 70% des personnes interrogées déclaraient que la division de la société était particulièrement préoccupante. Pour 60%, l’augmentation de la criminalité était source d’inquiétude ; pour tout juste 50%, c’était le cas de l’influence de l’islam en Allemagne8. L’accord sur le climat, le réchauffement planétaire, l’extinction des espèces étaient d’une importance bien moindre dans les décisions électorales. La vision des Verts comme « parti des interdictions » se faisait omniprésente – l’indignation autour de la proposition d’introduction de journées végétariennes résonnait encore9,

Mais, un peu plus de deux ans après, la situation a bien changé. En particulier chez les jeunes, qui, depuis des mois, descendent dans la rue pour le climat et offrent ainsi au thème de la protection de l’environnement un retentissement inédit : le courage nécessaire à une révolution verte est soudain présent. Le slogan de la campagne des Verts en 2017 n’était-il pas justement « l’avenir se construira par le courage » 10 ?

Trente ans de mouvements verts en Allemagne de l’Est

Dans le paysage politique des partis allemands, on désigne souvent l’Union, la SPD, la FDP et les Verts comme les « partis de l’Ouest », au contraire de la Linke et de l’AfD, qui sont associés au premier plan avec l’Est. La conception selon laquelle les savoir que les habitants de l’Est seraient plus insatisfaits et frustrés que leurs compatriotes de l’Ouest est largement répandue, et ce serait pour cela qu’en signe de protestation, l’Est de l’Allemagne apporterait plus volontiers son soutien aux partis des extrêmes11.

Pour diverses raisons, aussi bien historiques qu’économiques ou encore sociales, les Verts n’ont pas réussi à s’implanter aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest de l’Allemagne. Cependant, en ce qui concerne l’histoire des deux branches du parti, on peut facilement établir des parallèles : le besoin d’une politique environnementale se faisait sentir aussi bien en ex-RDA qu’en ex-RFA.

Dans le contexte du mouvement pour l’environnement en RFA, qui remonte de manière décisive au scepticisme croissant vis-à-vis des mines à ciel ouvert et du charbon, divers groupes écologistes, dans la plupart des cas sous la protection de l’Église, se sont formés dans les années 1980 puis rassemblés au début des années 1990 au sein du « Parti Vert ». Les militants se rejoignaient dans l’église de Sion à Berlin et ont tissé un réseau, nommé « l’Arche », composé de membres de différents groupements. La fondation du parti, sous le gouvernement de la SED, fut difficile, et ce n’est que suite aux événements politiques qui ont suivi la chute du mur de Berlin que les Verts sont devenus officiellement un parti en novembre 1989, le premier congrès du parti ayant lieu en février 1990. La comparaison est frappante : début 1990, les Verts comptaient 3 000 membres ; en septembre 2018, ils étaient 70 000, dont seulement 5 300 à l’Est12. En ce qui concerne le programme, tout était fixé depuis la fin des années 1980 : il s’articulait autour de la protection de l’environnement. Parallèlement à la formation du parti des Verts, d’autres mouvements pour l’environnement se sont rassemblés sous le nom « Bündnis90 ». Les deux partis alliés ont réussi à entrer dans les parlements de tous les Länder – à l’exception de celui du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale – lors des élections régionales faisant suite à la chute du mur. Le 2 décembre 1990, les premières élections fédérales de l’Allemagne réunifiée ont eu lieu : le parti est-allemand des Verts et le groupe « Bündnis90 » sont entrés au Parlement avec une liste commune. Parmi leurs huit députés, deux étaient issus du parti Vert. Ces derniers sont devenus peu après les représentants des Verts de toute l’Allemagne – car si le parti Vert ouest-allemand n’avait pas réussi à faire son entrée au Parlement, il a fusionné immédiatement après l’élection avec son homologue est-allemand13. Finalement, en mai 1993, le regroupement avec «Bündnis90» a eu lieu.

Lors des élections fédérales de septembre 2017, les Verts n’ont réussi à franchir la barre des 5% dans aucun des Länder de l’Est, à l’exception du Brandebourg14. Au Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, les Verts ne sont plus représentés au parlement régional depuis 2016 – en septembre 2018, la section régionale du parti ne comptait que 711 membres15. Il est alors tentant de se demander pourquoi les Verts n’ont pas réussi à s’établir à l’Est après la Wende – et à cette question, il ne suffit pas de répondre que, pendant longtemps, à l’Est, on ne pouvait tout simplement pas se permettre de voter vert.

La situation est évidemment plus complexe. Il s’agit d’abord d’un problème structurel16 : beaucoup de ceux qui se sont impliqués, à l’époque de la RFA, pour la protection de l’environnement, et qui étaient aussi, dans de nombreux cas, engagés dans les mouvements écologistes, ont déménagé à l’Ouest après la réunification. Cela vaut également pour les jeunes gens avec un haut niveau d’éducation, qui constituent par ailleurs la clientèle de choix des Verts : eux aussi voyaient leur avenir à l’Ouest. De plus, les Verts ont dû se rendre à l’évidence : certes, l’écologie est toujours un thème pertinent, mais qui ne fait pas le poids face aux sujets économiques et sociaux dans un contexte électoral17.

À l’échelle fédérale, on distingue une catégorie essentielle d’« électeurs indécis», des citoyens qui ne se sentent pas rattachés à un parti en particulier, mais accordent leur voix selon les programmes politiques du moment et l’état présent de la société. Dans le spectre de la gauche, un « électeur indécis »18 typique choisit parfois les Verts, parfois la SPD, peut-être aussi de temps en temps la Linke19. Or, en Allemagne de l’Est, la Linke récupère une grande part des voix de ceux qui, à l’Ouest, auraient davantage voté pour les sociaux-démocrates ou pour les Verts. L’électeur moyen ouest-allemand de la SPD soutient par ailleurs souvent la Linke est-allemande. Entre une Linke historiquement (excessivement) forte et une SPD (désormais) faible, comment peuvent en profiter les Verts ? Que signifie ce fait pour la mobilisation de l’électorat ?

On peut par ailleurs expliquer la faiblesse des Verts à l’Est par leur problème d’image. Le parti est vu, comme auparavant, comme force écologiste, qui ne garde pas beaucoup d’espace dans son programme pour les thèmes sociaux ou de politique intérieure. On peut aussi affirmer que, du point de vue de nombreux citoyens de l’Est, les Verts n’ont pas conscience des thèmes les plus pertinents au quotidien20. Les Verts sont forts en première ligne dans les grandes villes ; ils sont le premier parti dans les plus grandes villes d’Allemagne, de Berlin à Leipzig en passant par Hambourg, Munich, Francfort-sur-le-Main et Stuttgart21. Or, l’Est allemand n’est pas marqué par une forte concentration de villes comptant plus de 100 000 habitants. Par exemple, en Saxe, Leipzig et Dresde hébergent des fractions locales des Verts relativement fortes22. La troisième ville du Land par la population, Chemnitz, n’a en revanche accueilli son 150e membre qu’en fin 201823. À de nombreuses reprises, on a mis cette observation en relation avec le fait que les Verts ne seraient pas très engagés (selon ce qui est annoncé dans leur programme) dans les thèmes qui prédominent dans les campagnes de l’Est.

Il est aussi pertinent de s’intéresser au rôle de l’AfD dans l’analyse des difficultés des Verts à l’Est. Dans le Brandebourg, le Spitzenkandidat des Verts a présenté son parti comme « antithèse naturelle de l’AfD »24. D’un côté, les Verts bénéficient de cette polarisation, notamment parce qu’elle leur permet de capter une partie des voix des plus jeunes ; dans le même temps, cependant, elle pourrait tout aussi bien inciter des électeurs potentiels des Verts à se détourner du parti. En effet, d’un point de vue tactique, ce sont surtout les voix données à la CDU ou à la SPD qui empêchent l’AfD de devenir le parti le plus puissant.

Le défi des élections régionales de 2019

Les résultats des sondages réalisés préalablement aux élections régionales en Saxe et au Brandebourg ont posé un vrai défi aux sondeurs. Au Brandebourg, la CDU, la SPD, la Linke, les Verts et l’AfD avaient longtemps été crédités de la même proportion d’intentions de votes ; seulement quelques points les séparaient25. Ainsi, pour les Verts, la coïncidence des faiblesses relatives des sociaux-démocrates, des Libéraux et de la Linke s’avérait plutôt avantageuse. Le résultat final s’est révélé beaucoup plus tranché que prévu : la SPD a reçu 26,2% des voix (-5,7), l’AfD 23,5% (+11,3), la CDU 15,6% (-7,4), les Verts 10,8% (+4,6) et la Linke 10,7% (-7,9) 26. Le parti BVB/Freie Wähler a aussi réussi à entrer au Parlement avec 5,0% des voix ; la FPD, en revanche, a de nouveau échoué à franchir la barre des 5% nécessaires à l’obtention de sièges parlementaires. Ce sont donc évidemment l’AfD, mais aussi les Verts, qui ont énormément gagné en importance depuis le dernier scrutin. Il s’agit d’un « résultat fantastique » pour le président des Verts Robert Habeck, même s’il est loin du 14% auquel on voulait croire.

En Saxe, un même phénomène, encore plus marqué, est visible. 31% des voix ont été accordées à la CDU (-7,3), 27,5% à l’AfD (+17,7), 10,4% à la Linke (-8,5), 8,6% aux Verts (+2,9) et seulement 7,7% à la SPD (-4,7)27. À première vue, cela peut sembler un échec total vis-à-vis du but que les Verts auraient pu se fixer, mais, en réalité, ce résultat suffit à assurer au parti une place au sein de l’unique coalition qui peut raisonnablement être envisagée – entre la CDU, la SPD et les Verts. La situation est analogue dans le Brandebourg : si une coalition entre SPD, Linke et Verts peut être également se concevoir, elle n’obtiendrait, selon les sondages, qu’une majorité très courte. C’est pourquoi, dans le Brandebourg aussi, des négociations préalables à une coalition entre la SPD (qui en prendrait la tête), la CDU et les Verts sont en cours. De cette façon, les Verts se trouvent exactement là où ils souhaitaient arriver : au cœur des négociations gouvernementales.

Les élections en Thuringe vont suivre, le 27 octobre. Dans ce Land, les Verts sont déjà au pouvoir dans une coalition avec la Linke (en position dominante) et la SPD. Toutefois, ils n’ont pu entrer au gouvernement régional qu’avec 5,7% des voix28, tout juste au-dessus de la barre des 5% nécessaires. Dans ce même Land, ils n’avaient obtenu aux dernières élections fédérales de 2017 que 4,1% des suffrages29. Le résultat du prochain scrutin est aujourd’hui encore très ouvert : l’alliance Linke-SPD-Verts ne parviendrait pas, selon les estimations, à réunir les 45 sièges requis30. Il serait par ailleurs possible théoriquement, mais politiquement fortement invraisemblable, d’assister à la signature de coalitions entre la Linke et la CDU ou entre la CDU et l’AfD. Les Verts, eux, rassemblent 9% des intentions de vote. L’issue pourrait donc être similaire à celle de Saxe ou du Brandebourg : tout en améliorant significativement leur résultat, les Verts ne parviendraient pas à égaler leurs dernières performances réalisées à l’échelle fédérale et dans les Länder de l’Ouest. Mais ils pourraient tout aussi bien se positionner comme auxiliaires dans l’obtention de la majorité et assurer de cette façon la poursuite de la coalition Linke-SPD-Verts… qu’il faudra alors peut-être désigner comme coalition Linke-Verts-SPD.

Sources
  1. Le nom de «coalition jamaïcaine» vient des couleurs représentant ces trois partis : noir, vert et jaune respectivement, comme le drapeau jamaïcain.
  2. Landtagswahl Hessen 2018, Tagesschau.de, 28 octobre 2018.
  3. Landtagswahl Bayern 2018, Tagesschau.de, 14 octobre 2018.
  4. Jeder Zweite wünscht sich Kanzlerkandidaten der Grünen, Frankfurter Allgemeine Zeitung, 17 juin 2019.
  5. Ergebnisse Bundestagswahlen 2017, Bundeswahlleiter.
  6. DROBINSKI Matthias, Die Grünen: Gebildete Beamtin aus dem Südwesten, Süddeutsche Zeitung, 25 septembre 2017.
  7. Umfragen wahlentscheidende Themen, Tagesschau.de, 24 septembre 2017.
  8. Umfragen wahlentscheidende Themen: „Ich mache mir große Sorgen, dass…”, Tagesschau.de, 24 septembre 2017.
  9. SCHULTE Ulrich, Die Grünen nach dem Veggieday-Trauma: Jetzt wieder Rebellen, taz, 2 août 2018.
  10. En allemand : „Zukunft wird aus Mut gemacht“
  11. BUKOW Sebastian, Bundestagswahl 2017: Ergebnisse und Analysen, böll.brief – Demokratie und Gesellschaft #5, septembre 2017.
  12. EUBEL Cordula, Der Höhenflug der Grünen: Grünes Licht – nur im Osten nicht, Der Tagesspiegel, 6 novembre 2018.
  13. Vor 25 Jahren: Gründung der Grünen Partei in der DDR, Grüne Berlin, 2014.
  14. Bundestagswahl 2017: Ergebnisse Brandenburg, Tagesschau.de, 24 septembre 2017.
  15. EUBEL Cordula, op. cit.
  16. SCHULER Katharina, Grüne hoffen auf den Aufschwung Ost, Die Zeit, 8 janvier 2019.
  17. SCHEFFEL Sebastian, Marianne Birthler über die Grünen und das Bündnis 90, Frankfurter Allgemeine Zeitung, 13 août 2019.
  18. En allemand Wechselwähler.
  19. EUBEL Cornelia, op. cit.
  20. EUBEL Cordula, op. cit.
  21. Grüne erobern die Großstädte – und die AfD Teile des Ostens, WELT, 26 mai 2019.
  22. RIBNITZKY Simon, Die Grünen und ihre Ost-Schwäche, Schweriner Volkszeitung, 15 septembre 2017.
  23. Neuer Mitgliederrekord: Chemnitzer GRÜNE feiern, Grüne Chemnitz, 12 décembre 2018.
  24. RIPPER Kirsten, « Gegenpol zur AfD » – Bündnis 90 / Die Grünen wollen Stimmen verdoppeln, Euronews, 31 août 2019.
  25. SAROVIC Alexander, AfD in Brandenburg vorn, Grüne legen zu, Spiegel Online, 14 août 2019.
  26. Landtagswahl Brandenburg 2019, Tagesschau.de, 1er septembre 2019.
  27. Landtagswahl Sachsen 2019, Tagesschau.de, 1er septembre 2019.
  28. Landtagswahl Thüringen 2014, Tagesschau.de, 14 septembre 2014.
  29. Ergebnisse Bundestagswahlen 2017: Thüringen, Bundeswahlleiter, 2017.
  30. ROHLEDER Franz et al., Umfrage zur Landtagswahl in Thüringen 2019: AfD schwankt in Prognosen erheblich – Linke dominiert, Merkur, 18 octobre 2019.