Riyad. Le Grand Continent faisait l’état, il y a quelques mois, de rumeurs qui avançaient l’idée d’un rachat prochain du club de football de Manchester United par le prince héritier Mohammed ben Salmane1. L’immixtion du pouvoir politique dans le domaine sportif n’est pas nouveau dans le Golfe. En effet, les Émirats arabes unis et le Qatar ont déjà investi ce terrain depuis quelques temps. Les premiers ont pris le contrôle de Manchester City et ont mis sur pied le Grand Prix d’Abu Dhabi en Formule 1 en 2009. Tandis que le second a investi dans le Paris Saint-Germain et accueille à Doha le premier tournoi de tennis de la saison depuis 19932.

En se délocalisant de la sorte, le Rallye Dakar s’apprête à vivre un troisième chapitre dans son existence après vingt-neuf années en Afrique et onze en Amérique du Sud. Le choix de l’Arabie saoudite pour accueillir cet évènement n’est pas si étonnant. Tout d’abord, cette dernière peut s’appuyer sur 3,6 millions de kilomètres carrés de désert. Ensuite, comme l’indiquait le président de l’Autorité générale des sports, Abdulaziz ben Turki al Faisal al Saud, l’organisation du Dakar s’inscrit dans le projet Vision 2030 voulu par l’État saoudien3. Ce projet, porté par le Prince héritier, vise à se détourner de la rente pétrolière et à diversifier l’économie nationale, notamment, en s’investissant dans des projets internationaux.

Si les relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et le Qatar ne sont pas au beau fixe, cette attribution a réjoui le vainqueur du Dakar automobile 2019, Nasser al-Attiyah. Ce Qatari a mis en avant le fait que « le sport est au-dessus de la politique » et que cela est un formidable coup de projecteur sur le Moyen-Orient : « Le plan semble être d’avoir une course 100 % en Arabie saoudite, et ensuite essayer de se rendre dans d’autres pays tel que le Sultanat d’Oman, la Jordanie ou l’Égypte »4.

Perspectives :

  • Comme l’indiquait Nasser al-Attiyah, si le tracé du Rallye Dakar 2020 semble être exclusivement en Arabie saoudite, reste à savoir si le Royaume profitera de ces cinq années pour mettre en avant d’autres pays de la région.
  • Si certains comme Malik Salemkour, président de la Ligue des droits de l’Homme, ont pointé du doigt l’incohérence entre “l’esprit du Dakar” et les accusations de manquement au respect des droits de l’Homme en Arabie saoudite, d’autres ont invité au boycott de l’épreuve5. Rien ne semble toutefois indiquer que cet appel sera suivi de faits.