New Delhi. Le 1er mai, le Comité des sanctions créé par le Conseil de sécurité des Nations unies1, suite à la résolution 1267 (1999) sur la lutte contre Al-Qaida, les talibans et les personnes et entités qui leur sont associées, a ajouté Masood Azhar sur la liste des terroristes globaux. Depuis 2008, le gouvernement indien s’est démené pour parvenir à cette décision  à l’encontre fondateur du Jaish-i-Mohammed (JiM), un groupe djihadiste déjà désigné organisation terroriste par les Nations unies en 2001. Si le JiM est surtout actif au Cachemire indien, d’où des soupçons de collusion avec les services de renseignement pakistanais, il s’était surtout fait connaître par l’attaque contre le Parlement indien en décembre 2001.

Masood Azhar avait créé au Pakistan le Jaish-i-Mohammed peu après avoir été libéré d’une prison indienne par New Delhi en échange de la vie sauve des passagers d’un avion d’Indian Airlines détourné sur Kandahar (Afghanistan) en décembre 1999. L’activisme diplomatique indien avait jusqu’ici fait chou blanc face au refus de la Chine de s’associer aux projets de résolution visant à sanctionner Masood Azhar présentés par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France dans le cadre onusien. La plus récente proposition a suivi l’attentat-suicide contre des forces de sécurité indiennes à Pulwama (Cachemire) le 14 février 2019.

La levée du veto par la Chine a permis à New Delhi d’obtenir cette désignation si longtemps attendue. Soucieux jusqu’ici de ménager l’allié pakistanais, le revirement de Pékin semble notamment lié à la perspective embarrassante de voir le projet de résolution débattu directement au Conseil de sécurité et non plus seulement au sein du Comité des sanctions2. Les avoirs financiers de Masood Azhar seront gelés et il a l’interdiction de voyager hors du Pakistan et de se procurer des armes. Le Pakistan, où l’interdiction officielle du JiM depuis janvier 2002 a été appliquée avec plus ou moins d’empressement, a annoncé qu’il appliquerait les sanctions prévues, comme le droit international l’y oblige.

Les autorités du pays ont probablement l’espoir que le Groupe d’action financière (GAFI) chargé de lutter contre le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent en tiendra compte et décidera en juin 2019 de retirer le Pakistan de sa liste grise.

GEG – Cartographie pour Le Grand Continent

Perspectives :

  • De son côté, la France s’est réjouie d’une décision à laquelle elle a œuvrée dans le cadre de la coopération franco-indienne dans la lutte contre le terrorisme. L’occasion aussi de rappeler que Paris a invité l’Inde aux réunions préparatoires et au sommet du G-7 qui se tiendra à Biarritz en août 20193.
Sources
  1. SYED Baqir Sajjad, UNSC lists JeM chief as global terrorist, Dawn, 2 mai 2019
  2. ROY Shubajit, UNSC listing: India silence on China’s BRI helped seal Azhar deal, Indian Express, 3 mai 2019.
  3. PERI Dinakar, Masood Azhar listing a crucial political decision: France, The Hindu, 3 mai 2019