Perspectives européennes sur le gaz

L’approvisionnement en gaz : un problème stratégique pour l’Union européenne

Carte par Christophe Chabert, commentaire par Adrien Jouteau

Le gaz naturel est considéré par l’Union européenne comme une ressource stratégique susceptible de favoriser la transition énergétique en Europe. Il se substitue progressivement au pétrole et au charbon avant de voir l’avènement de systèmes énergétiques renouvelables. Le gaz s’échange principalement à l’échelle régionale. Le coût élevé de son transport par voie maritime (méthaniers) favorise la construction de gazoducs terrestres ou sous-marins qui réduisent la portée des échanges mais intensifient les tensions géopolitiques autour de ces tracés.

La carte réalisée par Christophe Chabert montre les enjeux relatifs à l’approvisionnement de l’Europe en gaz.

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Deux Europe se dessinent. L’Europe de l’Ouest est approvisionnée depuis les pays du Golfe et l’Amérique latine par voie maritime grâce à ses ports et par voie sous marine soit depuis l’Algérie soit depuis les gisements de la Norvège, du Royaume-Uni et des Pays-Bas en mer du Nord. L’Europe centrale et de l’Est est dépendante, parfois à 100%, des exportations de la Russie comme le montrent la densité des gazoducs qui la desservent depuis la Sibérie.

La sécurité énergétique de l’Europe de l’Ouest est assurée par la diversité de ses approvisionnements. À l’inverse la dépendance de l’Europe centrale et de l’Est aux exportations russes est une épine dans le pied de l’Union européenne et des États concernés. La crise dans le Donbass a amené la Russie à menacer voire à couper les livraisons de gaz à l’Ukraine et à augmenter les prix. Sa stratégie est désormais de réorienter ses flux gaziers par le nord (Yamal I puis II, Nord Stream) ou par le sud (Blue Stream et le projet Turkish Stream). Les tensions diplomatiques entre Bruxelles et Moscou menacent les pays dépendants d’une même sanction. Cette conjoncture pousse l’Union européenne à chercher de nouveaux partenaires pour importer son gaz. C’est la stratégie de diversification de l’approvisionnement en gaz mise en place par la Commission européenne.

L’Europe jouit d’un voisinage riche en réserves de gaz. L’Azerbaïdjan, l’Égypte, l’Iran (1er pays en réserves de gaz), le Kazakhstan, la Libye, l’Ouzbékistan et le Turkménistan (4e pays en réserves de gaz), pour un total de 30% des réserves mondiales, sont à portée de gazoduc de l’Europe centrale et de l’Est sans la desservir encore. À ces pays s’ajoutent Chypre et Israël dont les zones économiques exclusives semblent richement pourvues en gaz. L’Union européenne a lancé au début des années 2000 des prospectives aux fins de relier ces importantes réserves au marché européen. Plusieurs éléments s’opposent à la réalisation de ce projet. L’instabilité politique en Libye et en Égypte n’en fait plus des partenaires stables. Le gaz iranien demeure indisponible pour l’Europe. L’établissement d’un gazoduc transrégional à travers l’Iran, l’Irak, la Syrie et la Turquie ainsi que son raccordement à l’Europe demeure impossible en raison des tensions diplomatiques entre les États et des crises politiques en Irak et en Syrie. Seuls des projets locaux voient le jour afin de répondre aux besoins domestiques des pays concernés. La Turquie est raccordée aux réserves de gaz de l’Asie centrale par le gazoduc BTE (Bakou – Tbilissi – Erzurum). L’Union européenne et la Turquie ont négocié deux gazoducs pour raccorder le BTE à l’Europe centrale par la Turquie et les Balkans. Le premier, Nabucco, a été annulé en 2014. Le second, TANAP (Trans-Anatolian Pipeline) est en cours de construction. Néanmoins les tensions diplomatiques entre Bruxelles et Ankara menacent les négociations d’un nouvel arrêt.

La situation des gazoducs est à l’image de la diplomatie européenne : bridée par les tensions avec la Turquie. L’Union européenne et la Turquie partagent pourtant des enjeux énergétiques communs à commencer par la réduction de leur dépendance vis à vis de la Russie. Le gaz, et de manière générale l’énergie, a le potentiel pour ramener la concorde au sein de l’Union européenne et entre l’Union et ses partenaires privilégiés comme la Turquie. Reste la question essentielle : qui de la coopération pragmatique ou des tensions politiques aura le dernier mot Screenshot 2017-08-24 23.44.37


Sources

Commission européenne. « Stratégie européenne pour la sécurité énergétique ». Communication de la Commission au Parlement européen et au Conseil, mai 2014.

Commission européenne. « Vers une union de l’energie : la Commission présente un train de mesures pour une sécurité énergétique durable ». Communiqué de presse, février 2016.

Rapport BP sur l’énergie, Juin 2016.

Si comme nous vous appréciez ces cartes faites à la main, vous pouvez jeter un œil au site de Christophe Chabert : http://mindthemap.fr.