01
septembre 2026
De 19:30 à 20:30
École normale supérieure
29 rue d'Ulm - 75005 Paris
Langue
Français
Bonsoir à toutes et à tous, et bienvenue à ce nouveau Mardi du Grand Continent, le premier de cette saison. Cet été caniculaire a été marqué par des méga-feux et le terme « changement climatique » est peut-être devenu inadéquat, car il ne s’agit plus d’un changement, mais de quelque chose qui a déjà changé ; nous en parlerons avec Pierre Charbonnier notamment.
Pour en discuter, nous avons réuni des amis de la revue, dont Pierre Charbonnier, philosophe, chargé de recherche au CNRS à Sciences Po et auteur de nombreux ouvrages, dont Vers l’écologie de guerre. Il revient d’ailleurs de la leçon inaugurale de l’École du climat de Sciences Po, dont nous sommes très heureux de célébrer aujourd’hui le lancement, sous la présidence de Laurence Tubiana.
Joëlle Zask est maîtresse de conférences à l’université Aix-Marseille, philosophe et autrice de nombreux ouvrages, dont Quand la forêt brûle, qui sera au cœur de nos échanges. Nous avons réalisé un entretien avec elle lors d’une des livraisons de nos Dimanches cet été.
Enfin, Cynthia Fleury est philosophe, professeure au Conservatoire national des arts et métiers et autrice de La Clinique de la dignité, paru au Seuil en 2023.
Pierre Charbonnier, comme indiqué tout à l’heure, vous avez une intuition précieuse : en cette période de canicule, de transformation de plus en plus visible et sensible, quelque chose a changé, on le sent. Pourriez-vous partager avec nous quelques mots qui nous permettent de figer ce changement ?
Ce sont des suggestions immédiates, car nous venons de vivre un été absolument exceptionnel, inouï et inédit en raison de ses caractéristiques météorologiques, notamment l’intensité et la durée des vagues de chaleur qui nous ont touchés, en particulier dans les grandes villes si mal adaptées. Au fil du temps, nous allons continuer à voir les conséquences en cascade de ces conditions météorologiques : leur incidence sur les récoltes agricoles, puis, à plus long terme, sur l’état des sols, etc.
En effet, la suggestion que je faisais récemment à Gilles est la suivante : il se peut que cela mette en tension le codage majoritaire du problème climatique dont nous disposons, qui consiste à le concevoir comme un horizon, comme quelque chose qui est en train d’advenir, dont on peut expérimenter les premières formes, mais que l’on pense et que l’on expérimente surtout comme une possibilité, un avenir, quelque chose à anticiper. Or, je crois que très brutalement, nous nous sommes retrouvés plongés dans quelque chose qui est déjà là, un présent et non un futur.
Ce qui fait la différence, c’est l’intensité, mais aussi la durée des vagues de chaleur qui se sont enchaînées entre la fin du mois de mai et le milieu du mois d’août, quasiment sans discontinuer, sans jamais revenir aux normales saisonnières. Pour moi, cela a été une expérience presque traumatisante.
Le thème de la prise de conscience est d’ailleurs très présent.
Une idée complémentaire à cette première est que notre référentiel intellectuel pour appréhender la chaleur est aussi orientaliste, pour reprendre les termes d’Edward Saïd. Nous parlons de « pays chauds », mais les pays chauds, précisément, ce n’est pas nous. Ces endroits sont considérés comme des lieux où les gens meurent de chaud, où ils se déplacent parce qu’il fait trop chaud, où ils ont besoin de s’habiller d’une manière spécifique parce qu’il fait chaud, où ils peuvent être touchés dans leur chair par cette chaleur. Nous, par contre, nous nous sommes historiquement définis, et ceci très largement dans la relation impériale et coloniale, comme quelque chose d’autre, comme des endroits du monde où la nature est mise à distance. Il se trouve aussi qu’elle est un peu moins agressive en termes de température. Cette réalité est pourtant terminée.
C’est la raison pour laquelle je me demande si les résistances qui s’opposent à la production de froid, que ce soit par des dispositifs technologiques ou par des dispositifs d’adaptation urbaine comme l’ombre ou les volets, ne sont pas liées au fait qu’admettre que nous devons produire du froid, c’est admettre que nous sommes en train de devenir un « pays chaud ». Je mets des guillemets parce que c’est une expression qui n’a aucun sens.
Nous sommes entrés dans une catégorie d’expérience climatique que l’on pensait réservée à d’autres et il y a quelque chose comme une blessure d’orgueil dans le fait d’admettre que la chaleur est une expérience qui n’est pas accidentelle, mais structurelle.
Joëlle Zask, j’aimerais explorer avec vous une autre dimension de cet été, en lien avec le changement climatique qui transforme également nos perceptions : les méga-feux. Ce n’est évidemment pas un phénomène nouveau, peut-être seulement par sa masse localisée dans la France continentale.
C’est un sujet que vous avez étudié philosophiquement. Une dimension émerge très clairement dans votre travail et est particulièrement sensible et impressionnante. Vous définissez le méga-feu comme ce qui ne peut être contrôlé, maîtrisé ou éteint par des moyens techniques. C’est donc, au fond, le dépassement du technique. Pouvez-vous revenir sur ce point ?
J’ai commencé à écrire le livre Quand la forêt brûle en 2017, suite à un incendie dans le Var qui m’avait beaucoup marquée. J’ai eu le sentiment d’assister à un phénomène nouveau.
Le fait d’être directement exposé au passage du feu change vraiment la manière de voir, de penser et d’appréhender son environnement. D’autant que la disparition d’un milieu que l’on connaît bien est aussi quelque chose qui est psychologiquement très difficile à encaisser. Les journalistes qui ont répercuté le désarroi des personnes victimes de méga-feux cette année se sont d’ailleurs vraiment fait le relais de cette souffrance psychologique qui va aussi générer beaucoup de travail pour nos psychologues.
Les désastres écologiques que nous vivons actuellement ont un impact qu’il ne faudrait pas sous-estimer. Ce que j’ai éprouvé, était un choc psychologique, pas matériel, car il s’agissait d’une forêt qui avait brûlé et non d’une maison. Personnellement, je n’ai perdu personne.
Ce qui est frappant, c’est la lenteur avec laquelle le diagnostic d’un changement de régime de feu a été établi.
J’ai parfois eu affaire à des écologues ou à des scientifiques qui s’étonnaient précisément qu’une philosophe totalement ignare en la matière ait pu dire : « On a peut-être changé de régime de feu. Il faudrait peut-être repenser le rapport entre la nature et la cabane. » C’était l’époque des cabanes dans les bois.
Il faudrait repenser notre relation à un environnement dont la destruction massive par les flammes est tout à fait envisageable. Déjà, en 2017-2018, j’avais lu que la quasi-totalité des villes de France pourrait être victime d’un méga-feu d’ici 2050. Les choses évoluent si vite qu’on pourrait se dire que l’agenda va être anticipé.
Ce qui m’a intéressée, c’est qu’un méga-feu est inextinguible par définition. Autrement dit, on ne peut pas s’adapter. On ne peut pas vivre avec le feu, on ne peut pas habiter le feu, on ne peut pas se lier d’amitié avec le feu, on ne peut pas générer de nouvelles interactions. D’autant que le feu détruit tout ce qui a été construit, comme le disait Ésaïe. Une fois le feu passé, il ne reste que des ruines et des cendres. C’est un motif très ancien, on le sait. Les ruines et les cendres signifient que les civilisations auront travaillé pour rien, et c’est à cela que nous en sommes réduits.
Il faut vraiment le comprendre et le réaliser pour ensuite se mettre au travail, car beaucoup de choses pourraient être évitées.
Un canadair moyen peut éteindre un feu d’une intensité de 10 000 kilowatts. Or, les méga-feux en Australie dont on avait parlé en 2018 atteignaient 60 000 kilowatts. C’est donc totalement disproportionné. Autrement dit, affirmer qu’il faut des canadairs, des équipements, des robots, des détecteurs, plus de personnel, du matériel, etc., est aberrant. Comme l’a dit d’ailleurs Stephen Pyne, historien du feu : nous voulons faire la guerre au feu, mais cette guerre est perdue d’avance. Il faut donc sortir de cette logique de guerre. On ne peut pas lutter contre des feux de cette intensité, pas plus qu’on ne peut lutter contre un tsunami ou un tremblement de terre.
Cela signifie-t-il que le méga-feu n’est pas l’antithèse du techno-optimisme, de la projection optimiste sur la technique ?
Tout à fait.
C’est le rêve techniciste et du solutionnisme technique, de dominer et de contrôler les phénomènes naturels pour s’en préserver, voire pour supprimer la nature, c’est-à-dire faire sans elle. Cela s’est déjà produit avec l’invention de l’agriculture industrielle ou, plus récemment, avec le transhumanisme.
Comment en finir avec la nature ? C’est un vieux rêve humain qui n’a cessé de ressurgir sous d’autres formes, de la tour de Babel à nos jours. À défaut de pouvoir en finir avec elle, comment arriver à la contrôler ? Là, la technologie entre en jeu. L’idéologie de la technique, c’est effectivement de faire la guerre à la nature.
Cette guerre est vouée à l’échec.
Il faut absolument sortir de ce paradigme, de ce qu’on appelle l’extractivisme, ou de ce rêve de transformer la nature en un ensemble de ressources à notre disposition, que nous pourrions utiliser à notre guise et dont nous pourrions même nous émanciper. Ce qui implique également de sortir d’un schéma politique de domination. C’est évident, c’est très politique.
On aborde ici la question du méga-feu, et on pourra demain d’ailleurs parler de méga-tornade, méga-inondation, etc.
On voit bien qu’on n’éteint pas le méga-feu avec de la technique, mais avec de l’éthique. C’est effectivement ce qui vient d’être constaté, et d’ailleurs, cela avait déjà été posé dans un article de 1976 dans Nature, qui rappelait que tout ce que nous connaissons comme catastrophes dites « naturelles » aujourd’hui, c’était précisément la suppression de la naturalité des catastrophes naturelles. Il fallait donc sortir résolument de cette définition du naturel de ce que nous voyons là : nous ne sommes pas confrontés à des catastrophes naturelles, mais à des catastrophes technico-anthropocéniques. Ce constat est validé et posé régulièrement. Donc nécessairement, nous ne pouvons pas faire face à cela avec encore plus de solutionnisme.
La formule est très belle. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Comment remplacer la technique par l’éthique et pourquoi est-ce la marche à suivre ?
C’est malheureusement une transgression totale par rapport à aujourd’hui. Remplacer l’éthique par la technique est antinomique du capitalisme. Je ne le dis pas de manière désagréable envers cette idéologie.
Max Weber ne serait pas forcément d’accord, mais c’est un autre sujet.
Vous avez raison, mais nous ne sommes pas dans l’éthique capitaliste max-weberienne. D’abord, parce que c’était une éthique protestante dans laquelle l’investissement et l’ascèse jouaient également un rôle. Je ne dis pas que cela n’a pas participé à la création de la rationalité instrumentale, mais il n’en reste pas moins que ce n’était pas cela.
Aujourd’hui, nous sommes face à un système qui s’est autonomisé et qui est dans un délire. Je pense que le terme psychanalytique, voire psychiatrique, peut s’opposer à ce délire autour d’une certaine notion : le profit, une notion délirante.
Je vous rappelle que la Déclaration des droits de l’homme est un régime d’indivisibilité. C’est important, car cela signifie qu’on ne peut pas opposer le profit aux autres objectifs. C’est-à-dire qu’on est obligé de conjuguer tous les objectifs. Pourtant, nous vivons dans un système qui met en exergue cette notion de profit et qui, par conséquent, divise nos objectifs.
Le geste transgressif d’aujourd’hui, c’est que nous sommes obligés de repenser notre contrat social, qui est attaché à notre contrat naturel, différemment. Le seul souci, c’est que, tant qu’on le peut, on va continuer à faire peser sur autrui le méga-feu de plus. Donc, tant qu’il passera juste à côté, il y aura encore une résistance au changement. Voilà un premier point sur le méga-feu.
Mon deuxième point, par rapport à ce que disait Pierre Charbonnier et qui est malheureusement terrible, concerne la phénoménologie de la catastrophe. C’est-à-dire que nous sommes malheureusement illusionnés par le caractère spectaculaire de la catastrophe. Rob Nixon, parlait de Slow Violence, c’est-à-dire que la violence du feu masque le fait que la catastrophe a déjà eu lieu. La violence de la catastrophe, le spectacle de la catastrophe, signe donc la fin de la catastrophe, pas le début.
La phénoménologie de la catastrophe se fait principalement en régime d’invisibilité. Le jour où elle devient visible, c’est autre chose. Nous parlons donc de catastrophe, alors que ce n’est plus la terminologie adéquate. Nous sommes dans un système d’hyperdégradation terrible. En termes phénoménologiques, c’est au moment où nous voyons la chose qu’elle est déjà advenue et qu’elle a changé le régime pour tous.
L’un des points que vous mettez en avant dans votre travail, Joëlle Zask c’est le fait qu’il existe un savoir de la forêt, une science de la forêt pourrait-on presque dire, qui est souvent ignorée, mais qui est par contre instrumentale pour essayer de prévenir ce genre de phénomène qui devient par la suite incontrôlable. Pourriez-vous développer ce point ?
C’est une science très éthique, d’ailleurs.
Ce qui est intéressant avec le méga feu, c’est qu’il permet de rejeter deux positions opposées et de se situer véritablement ailleurs, de la manière la plus démocratique possible. La première est celle dont j’ai parlé tout à l’heure : l’ensemble des activités génératrices de la dégradation de notre climat. Ces activités sont responsables de méga-feux, c’est-à-dire de feux extrêmes et indomptables dont l’intensité dépasse tout ce qui existe habituellement et naturellement.
Puis, à l’opposé, il y a l’une des causes de ces feux et de leur intensité hallucinante : la destruction culturelle des peuples, des groupes humains et des travailleurs de la forêt. Par exemple, les Aborigènes d’Australie cultivaient le bush, l’organisaient, ils faisaient le ménage, c’est un terme qu’ils utilisent : country cleaning, tout en l’aménageant depuis 60 000 ans.
La forêt méditerranéenne est un paysage façonné par les pratiques anthropiques de brûlage et de feux, mais aussi par l’élevage, les troupeaux, le pastoralisme, l’agriculture, la paysannerie, les parcours et les déplacements. Nos espaces forestiers sont, pour l’immense majorité d’entre eux, complètement anthropisés. Ce qui reste, bien sûr, ce sont les feux traditionnels, appelés brûlages, feux dirigés ou encore écobuage. Tous ces feux existent depuis 2 millions d’années, c’est-à-dire depuis Homo erectus.
Les humains se baladent à la surface de la Terre et mettent le feu partout où ils vont. Une zone habitable est une zone inflammable. Personne ne veut habiter au fond des océans, au sommet des montagnes, sur les glaciers, etc. Donc, là où on habite, où on se déplace, c’est là où on met le feu.
Ces brûlages ont donc eu de très nombreuses conséquences. Par exemple, il semblerait que la grande faune ait disparu à cause d’eux. Mais un équilibre avait été trouvé depuis au moins 60 000 ans, et c’est cet équilibre qui est complètement rompu aujourd’hui, avec la destruction, pas seulement culturelle d’ailleurs, des aborigènes. Cette destruction fait que plus personne ne connaît la forêt, que plus personne ne sait comment se comporter vis-à-vis du bush pour limiter la masse de combustible, faire renaître certaines plantes, assurer la biodiversité, attirer les wallabies, etc.
Tout cet équilibre est perdu dès lors qu’on enlève une partie de la viticulture et du pastoralisme dans les Cévennes ou en Provence, par exemple, et tout brûle. On se promène dans la Drôme, tout est sec. Le rôle des activités traditionnelles et des sciences paysannes était essentiel pour assurer cet équilibre, car des feux, il y en a toujours eu.
Retrouver ce qu’on appelle une « culture du feu » est donc un enjeu absolument fondamental aujourd’hui.
Le feu permet de tordre le cou à l’idée qu’on va s’en sortir avec plus de technique. En même temps, cette prise de conscience permet aussi de tordre le cou à l’idée que la nature se portera d’autant mieux qu’aucune activité humaine n’y aura plus cours. Sanctuariser la forêt, c’est la livrer aux flammes. C’est un aspect qu’il faut peut-être aussi intégrer à notre comportement écologique.
La question des feux met en lumière un sujet qui, tout en étant lié aux enjeux écologiques et climatiques, a structurellement été relégué au second plan : la question de ce que l’on perd. Le feu est vraiment prototypique : là où il passe, il ne reste plus rien ou presque.
L’autre question est tout aussi importante : celle du capitalisme. Ces dernières années, l’économie politique du climat a consisté à dire qu’il était possible de tenir l’expérience de ce changement dans les coordonnées de ce qu’on connaît déjà, c’est-à-dire qu’on mobilise du capital, on fait des choix technologiques, on investit et on réorganise la société. C’est ce que j’ai souvent écrit dans mes ouvrages et je continuerai à défendre cette idée. C’est pour cette raison que je ne serai pas si critique à l’égard de ce qui est parfois présenté comme des solutions technologiques, car il est vrai que certaines de ces solutions, dans le domaine de l’énergie notamment, sont en mesure de réduire, voire d’annuler, les émissions de gaz à effet de serre. C’est vrai pour l’aspect de la mutation du système productif.
Par contre, le fait de poser des panneaux photovoltaïques ne change effectivement rien à l’expérience de la perte. D’ailleurs, Mia Mottley, qui a consacré une partie importante de sa vie à la question de la justice climatique internationale, l’a dit lors de sa conférence inaugurale à l’École du climat de Sciences Po : l’ouragan passe et détruit les panneaux photovoltaïques. C’est une ironie historique.
La codification du climat comme problème économique a été et reste nécessaire, mais elle n’absorbe pas tout ce qu’il y a dans ce problème.
J’ai discuté de ces questions avec des collègues économistes et des spécialistes de la taxation qui proposent, face à tout problème, comme par exemple les canicules, de taxer les ultra-riches, de mobiliser du capital public et d’acheter de la climatisation pour tout le monde. Je suis favorable à cette idée, mais le problème, c’est que cela ne changera pas grand-chose au fait que certaines terres deviennent moins ou plus cultivables, qu’il y a des réfugiés climatiques dans ce pays à l’heure actuelle, qu’il y a des morts.
Cette année, l’Allemagne a compté 15 000 morts, pas à cause des incendies, mais des vagues de chaleur. Ce qui n’est pas complètement anecdotique. Des forêts ont brûlé en Belgique, un pays plutôt connu pour son humidité.
Donc, la construction économique du climat a un effet de protection. On pourrait même le dire dans un langage psychanalytique : un effet de protection contre ce qu’il y a de pire dans cette expérience. Il reste donc nécessaire.
Mais il y a quelque chose qui n’a pas été dit et qui concerne aussi bien la gauche que le réalisme écologique : la perte ne se codifie pas dans les termes de l’économie, car l’économie ne connaît que des grandeurs positives. On investit pour espérer un retour sur investissement plus tard. Si vous dépensez quelques milliards pour protéger un village contre les incendies ou la montée des eaux, cet argent ne reviendra jamais, sauf si l’on considère qu’il nous protège contre des pertes plus importantes demain. Néanmoins, ce n’est pas du tout la rationalité du capitalisme. Il n’y a qu’une rationalité en économie qui s’en rapproche : celle de l’économie de guerre. Cela ne se rationalise plus, pas totalement, dans le langage déjà existant de l’économie politique, quelle qu’en soit la critique.
Quand on lit vos textes, l’une des choses marquantes, c’est justement à quel point vous travaillez sur la question de l’imaginaire. L’un des problèmes traités dans certains de vos derniers textes, par exemple celui intitulé Trouver du nouveau, était qu’il était difficile de se projeter dans le changement nécessaire pour faire face au changement climatique, car il n’y avait pas de monde imaginable après.
Est-ce que cela a changé ? Est-ce que c’est en train de changer ? Cette perte dont vous parlez, c’est que l’imaginaire de l’après est en train de devenir le présent, et ce n’est pas un imaginaire qui peut être redéfini par des paramètres du désirable ?
Si, un monde sans ou quasi sans émissions de carbone est parfaitement imaginable. Ses bénéfices sont multiples. Sa faisabilité est prouvée.
En effet, certaines choses ne seront plus les mêmes. Et il faut admettre que cela ne ressemble à aucune des formes de projection dans l’avenir auxquelles nous sommes habitués.
Il y a peut-être quelque chose qui pourrait y ressembler : l’imaginaire de la guerre, c’est-à-dire notre capacité à nous battre au risque d’en mourir.
Pendant l’été, quand il faisait très chaud, je me suis réfugié au cinéma, où il faisait bon, pour voir les deux volets du film sur le général De Gaulle. Le motif de la résistance était très clair dans ce film : ils savaient ce qu’ils faisaient, qu’ils allaient probablement mourir, mais ils savaient pourquoi.
Sur les questions climatiques, on ne peut pas mobiliser ce motif exactement de la même manière, bien entendu.
Joëlle Zask, vous vous êtes opposée à l’utilisation du paradigme de la guerre. Comprenez-vous ce que dit Pierre Charbonnier ? Pensez-vous qu’il est possible d’utiliser ce fil conducteur pour orienter notre réflexion et notre action, aussi bien face au feu que face au changement ?
Deux lignes d’action parallèles pourraient se dessiner. En effet, le concept dont on a beaucoup entendu parler ces derniers temps, c’était justement de contrer les effets toxiques de l’extractivisme, de faire avec la nature, en d’autres termes, d’en devenir le gardien, le partenaire. Comment faire avec la nature plutôt que d’essayer de lui dicter une conduite en vue de notre intérêt ? Comment essayer de se faire l’élève de la nature, un peu comme le paysan d’Emerson ? Cela ne signifie pas ne pas la transformer, ne pas y toucher ou la contempler. Cela signifie transformer la nature tout en restant son élève, autrement dit, trouver cet équilibre très paysan. C’est un équilibre très rationnel et raisonnable qu’on peut encore rencontrer là où il reste de la paysannerie, par opposition à l’agriculture industrielle.
Mais aujourd’hui, même s’il existe le rêve de faire avec, il va falloir survivre à. Par exemple, il va falloir survivre aux incendies, aux tsunamis, aux coulées de boue. On revient en quelque sorte à un état de nature.
Pourtant, dans l’état de nature, la nature est stable.
Effectivement. Mais là, l’état de nature désigne l’état d’une humanité victime de la nature ou ayant détruit ses conditions naturelles d’existence sur Terre, au point de ne plus pouvoir la percevoir que comme une rivale ou une antagoniste. C’est justement un vrai problème avec les feux.
Dans les feux, on pourrait dire que l’arbre est un loup pour l’homme.
C’est exactement cela qu’on pense.
Je connais bien la commune de Die, dans la Drôme, qui a été en proie aux flammes pendant au moins trois semaines. Il se trouve que c’est une commune de la Drôme qui était très progressiste et ouverte, avec beaucoup de jeunes qui ont créé toutes sortes d’initiatives, des modes de vie coopératifs, écologiques, etc.
Très récemment, la commune est repassée à droite – une droite bien musclée – en même temps qu’elle a commencé à brûler. Ce qui est intéressant, c’est qu’au moment même où il aurait fallu retrouver la culture du feu, c’est-à-dire se mettre tous ensemble, croiser nos compétences et faire converger un point commun fondamental pour nos démocraties libérales, à savoir la protection mutuelle qui est quand même la raison d’être du contrat social, on a laissé brûler.
On n’a pas débroussaillé, on n’a pas éloigné les arbres. Pendant que les collines rougeoyaient autour de Die, il était déjà trop tard. Les habitants de Die ont alors appelé les habitants de la Drôme à la rescousse pour les aider à couper les arbres, à débroussailler, à enlever le bois mort, etc. De fait, les flammes ne sont pas entrées dans le village.
C’est une situation paroxystique comme celle-ci qui doit nous amener à réfléchir à de nouvelles formes politiques. Il faudrait revenir au sens profond de la démocratie libérale, du contrat libéral et du contrat social. Cela pourrait nous être utile en pratique.
Évidemment, on a envie d’aborder la politique, mais restons encore un instant sur cette question du paradigme de la guerre. Cynthia Fleury, c’est d’ailleurs un sujet qui vous travaille dans votre vie comme dans vos œuvres. Est-ce que c’est un sujet que vous pouvez aborder également ? L’interrogation que Pierre Charbonnier a essayé de poser sur la table vous paraît-elle pertinente de ce point de vue ?
Quand Pierre Charbonnier a dit tout à l’heure qu’il y a des expériences de la perte qui sont incurables, c’est là l’enseignement de la Clinique.
On ne saisit pas qu’il y a la notion de perte comme une perte de consommation, c’est-à-dire quelque chose qui n’est pas et qui aurait pu être, et qu’il y a aussi quelque chose qui relève de la perte existentielle et qui atteint directement, de manière traumatique, le vitalisme. C’est ce que nous allons vivre : faire l’expérience de perdre un jour sa maison, de la voir brûler. Ce n’est pas un objet qui brûle, mais un régime de vécu, un régime de souvenirs.
C’est la notion même de l’habitabilité, la possibilité de trouver refuge, la possibilité d’être solidaire envers autrui, qui se brise. Donc, chez certains d’entre nous, et peut-être même chez nous, cette expérience traumatique va se démultiplier.
Croire qu’elle restera simplement traumatique est une erreur, car à un moment donné, elle se renversera pour survivre. Si nous ne prenons pas politiquement le chemin de ne pas produire sciemment de traumatisme pour autrui par de la catastrophe artificialisée, cela nous reviendra de toute façon comme un conflit considérable.
Le deuxième point, c’est que notre régime du désirable est terriblement pauvre. Il est toujours aussi triste cliniquement de voir qu’au XXIe siècle, nous ne sommes pas capables d’avoir une autre définition de la modernité. Aujourd’hui, la modernité se limite à un régime de vitesse, d’accélération constante, de cinétique et de systémique.
Mais il faut être fou pour réduire à ce point la notion même de modernité, qui est bien plus vaste. Moi, la notion de modernité me parle, mais pas pour être enfermée dans un imaginaire aussi pauvre et dominé par une idéologie. C’est là aussi qu’il faut travailler précisément sur comment demain éduquer le régime du désirable. C’est un très grand chemin.
Je commence à m’intéresser de plus en plus à l’aspect psychologique et psychanalytique de ces questions. On parle beaucoup ces jours-ci du développement de l’éco-anxiété. Je suis assez partagé sur le sens même de ce mot, mais ce que je crois observer, ce sont des formes d’angoisse sans débouché et sans capacité d’expression. Cela se formule de la manière suivante : « Oui, on sait très bien que l’avenir n’existe plus, resserre-moi un verre de rosé. »
Cela m’a fait penser à un sujet souvent discuté dans la littérature psychanalytique du début du XXe siècle : le lien entre la névrose et la révolution. Beaucoup de gens disent que l’horizon révolutionnaire était un très bon débouché pour les névrosés, ce qui évitait qu’ils sombrent dans la dépression. La dépression s’accroît quand la possibilité révolutionnaire disparaît. Peut-être qu’une des raisons pour lesquelles on a autant d’éco-anxiété, qui n’est jamais que de l’anxiété, c’est qu’il n’y a pas de débouché politique à l’horizon.
Nous disposons d’études approfondies sur le lien entre engagement et santé mentale. En d’autres termes, plus vous êtes dépressif, moins vous vous engagez. Inversement, plus vous vous engagez, moins vous l’êtes. Ces résultats sont très bien documentés et très importants, car ils montrent qu’il faut que le corps reste agent et que la question de l’agentivité à préserver chez les êtres est fondamentale pour préserver leur santé mentale. Et la santé mentale est essentielle pour préserver la dimension politique. Il existe un continuum extrêmement fort.
Pourriez-vous définir l’éco-anxiété ?
L’éco-anxiété, ou ce qu’Albrecht a pu appeler la solastalgie, est une perte de confiance totale, non seulement interhumaine, mais aussi dans le monde se développant selon son cours. C’est grave, car cela décrit le sentiment, plutôt « collapsionniste », d’être confronté à un phénomène de dégénérescence. Les personnes atteintes d’éco-anxiété ne savent pas la documenter scientifiquement, d’où l’angoisse, mais ils pressentent que le pire est devant.
De plus, nous nous retrouvons actuellement face à une combinaison assez forte entre angoisse climatique et angoisse politique. On assiste à un retour en force de la politisation de l’angoisse sur le divan, c’est-à-dire que de nombreuses personnes viennent raconter non pas leur roman familial, mais le roman sociétal de la guerre, de l’Ukraine, par exemple, comme si c’était la nôtre, à juste titre, car l’Ukraine, c’est nous. Il est donc tout à fait normal de raconter cela comme un événement intime.
Au niveau climatique, ce sont des enfants, des adolescents et des adultes qui considèrent que le discours sur les limites planétaires n’est pas théorique. Et encore une fois, c’est juste. Dès lors que l’on prend en considération le discours sur les limites planétaires, on s’interroge immédiatement sur l’habitabilité du monde dans lequel nous vivrons.
Aujourd’hui, la majorité des gens considèrent que la guerre est de nouveau possible, notamment une guerre pour la confiscation des ressources naturelles. Mais il y a aussi de plus en plus de personnes qui ont intégré le fait qu’elles pourraient demain être des déplacés climatiques, subir une inondation, perdre leur maison et vivre une expérience existentielle de la perte. Cela a toujours existé, c’était la réalité du Moyen Âge, mais pas celle des derniers temps de la modernité. À ce sujet, il y avait une amnésie, comme dirait Peter Kahn.
Sur ce point, je m’interroge : cette atrophie du futur, même proche, que l’on ressent très nettement, se manifeste clairement chez une partie des candidats à la présidence. On voit bien que nous sommes tous concernés par cette atrophie, que nous avons du mal à penser au-delà du temps présent.
Ce phénomène est-il plus localisé que généralisé ?
Si l’on se fait une analyse un peu rapide des forces en présence, on est en train de perdre contre une vision du futur que l’on peut qualifier d’extractiviste, maximaliste et accélérationniste.
0,5 % de la Louisiane est désormais privatisé par SpaceX pour y construire 1 000 lanceurs permettant de lancer chaque semaine des dizaines, voire des centaines de roquettes. Celles-ci permettront par la suite d’installer des centres de données dans l’espace, fonctionnant grâce à des panneaux photovoltaïques. Ces centres de données permettront de créer l’énergie suffisante pour alimenter une nouvelle intelligence générale qui résoudra le problème de la dette et tous les problèmes de l’humanité. C’est une vision du futur. Elle a été imaginée dans la science-fiction, et des gens sont en train de lever plusieurs centaines de milliards de dollars pour la concrétiser.
Si l’on se tourne de l’autre côté, on voit qu’avec tous ces problèmes, notamment ceux concernant la jeunesse, le Parti communiste chinois a également une vision assez claire de l’avenir. En 2049, la Chine sera ce qu’elle a toujours été : l’empire qui contrôle ce qui est important pour l’humanité, le reste de l’humanité se pliant à sa volonté ou faisant autre chose.
Est-ce qu’au fond, ce n’est pas parce que nous sommes dans cette atrophie du futur que nous avons des phénomènes comme l’éco-anxiété ? Ma question est donc la suivante : quels muscles devons-nous exercer pour être en forme à la rentrée et donc quels muscles devons-nous exercer pour sortir de cette atrophie du futur ?
Il y a effectivement quelque chose de très local dans ce sentiment d’atrophie du futur.
Cela dit, on a aussi une réponse très occidentale qui est le théologico-politique. On ne peut pas non plus oublier que le nombre de personnes se tournant vers le religieux, c’est-à-dire vers le lien et la croyance religieux comme solution politique, est en pleine explosion aujourd’hui. Donc, peut-être que l’avenir sur Terre rétrécit, mais il y a la vie après la mort. Cette dimension doit être prise en compte dans notre équation.
J’ai d’ailleurs le sentiment que plus l’éco-anxiété augmentera, plus la conscience des limites planétaires sera vive et plus on se tournera vers les cieux. C’est un peu ce qui est en train de se passer.
Ce qui m’a frappée, c’est que si l’on considère les politiques de Bolsonaro, de Morrison et de Trump, qui sont tous les trois évangéliques, et même Johnson d’ailleurs, peut-être sont-ils climatosceptiques, mais en réalité, leur politique vise aussi à sécuriser les ressources. Tout est un peu mélangé.
Pour revenir sur une note beaucoup plus positive, je dirais que les scénarios les plus porteurs aujourd’hui sont ceux qui nous permettent de renouer avec notre puissance d’agir.
On le voit à Die, par exemple, dont je parlais tout à l’heure. À partir du moment où les gens commencent à agir ensemble, à débroussailler, à protéger une maison, à se préparer pour l’avenir, à organiser des conseils, ils retrouvent l’esprit de la démocratie d’une part, et par ailleurs, ils retrouvent aussi des solutions écologiques. Ils sortent ainsi de l’angoisse et de l’anxiété, en tout cas momentanément.
Cette atrophie du futur est en effet très localisée et liée à ce qu’on pourrait appeler, de manière très rapide et grossière, une désoccidentalisation. C’est-à-dire que le délire prend le pas sur le désir, et plus précisément, le délire lubrique comme seul désir. C’est quelque chose que l’Occident a apporté. C’est même indissociable de l’Occident. Nous sommes les grands faiseurs et théoriciens de ce délire, légitimé par notre discours scientifique.
Pourtant, maintenant, l’occidentalisation se fait chinoise avec l’imposition du « délire » chinois comme nouvelle norme occidentale, que nous vivrons aussi pendant un certain temps.
À partir du moment où l’on a connu un moment critique du progrès, comme l’Occident l’a connu, on a une société qui est divisée sur cette question du progrès. Une partie de la population ne peut donc plus adhérer au délire comme désir.
C’est aussi le problème : nous ne pouvons pas mener cette bataille contre la Chine parce que nous n’avons pas les mêmes troupes. Nous avons des troupes qui sont plus critiques par rapport à cette notion.
Un dernier point concerne l’opposition entre l’agir individuel et l’agir collectif. Mais nous avons nécessairement besoin des deux. C’est d’autant plus vrai pour l’Occident. L’Occident est dans l’obligation d’activer au jour le jour une agentivité pour protéger sa santé mentale, puis d’évoluer vers un régime plus lourd, collectif et politique, à d’autres échelles. Mais, de toute façon, le régime protecteur de la santé mentale est localisé, territorialisé, endogène et individuel. C’est une condition sine qua non pour demain.
Pierre Charbonnier, comment on s’exerce pour sortir de l’atrophie du futur ?
L’une des principales caractéristiques politiques de l’Europe d’aujourd’hui est clairement son inaptitude à produire de l’avenir. Il existe le modèle chinois, que l’on pourrait qualifier de branche post-marxiste du futurisme, et l’autre branche, qui relève assez largement d’un délire lié à la science-fiction accélérationniste. Comme ce sont les deux seules possibilités à partir de la racine moderne, nous nous trouvons désemparés face à ce que nous pensions avoir inventé et instauré, et nous n’en sommes plus maîtres.
En effet, comme nous nous sommes conçus comme les inventeurs de ce rapport à l’avenir et que nous en sommes désaisis, il y a peu de chances que nous puissions y revenir en tant que maîtres.
La question est maintenant de savoir s’il est possible de réinventer plus radicalement un rapport à l’avenir qui soit peut-être moins agité que celui que nous avons légué aux États-Unis et à la Chine. Enfin, ils se l’ont légué tout seuls aussi d’ailleurs, ce ne sont pas que des emprunts européens évidemment. En tout cas, en réalité, nous n’avons pas d’autre choix que de réinventer notre rapport à l’avenir.
Il me semble quand même que certains aspects de la démocratie libérale sont importants, comme la survalorisation du mutualisme et de la solidarité qui est un atout monumental dans l’expérience de la crise.
Mais si je regarde dans le rétroviseur de cet été, je suis vraiment frappé par l’incapacité dramatique des représentants politiques à construire un cadrage cohérent de cette expérience. On voit se multiplier des cadrages rivaux. L’enjeu est abordé sous l’angle sécuritaire ou technologique. Il y a aussi le cadrage de la solidarité, mais il n’est pas si important et souvent, quand il est formulé, c’est de manière binaire, comme si la solidarité et la sécurité étaient deux pôles opposés. Cela ne correspond pas à la réalité, il faut les deux.
Bientôt, à la fin de cet été, nous nous retrouverons dans une situation où émergeront encore de multiples cadrages qui entreront en compétition les uns avec les autres, ruinant d’autant plus notre capacité à dire : « Si c’est une polycrise, alors il faut raisonner dans les termes d’une polycrise et ne pas séparer ces différents aspects. » Mais nous n’y sommes pas encore. Malheureusement, je crois pouvoir aller jusqu’à dire que des acteurs politiques, dont je pourrais me sentir proche par ailleurs, ont contribué au malentendu en affirmant par exemple qu’il y aura une justice climatique, parce que nous prendrons aux « méchants » pour donner aux « bons ». Cela ne résoudra pas tous les aspects du problème non plus. Nous restons donc très largement démunis pour produire une nouvelle forme d’avenir.
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