Aujourd’hui, vendredi 16 octobre, les ministères chinois du Commerce et des Sciences et Technologies ont soumis à consultation un projet de révision du catalogue des technologies dont l’exportation est interdite ou soumise à autorisation 1.

  • Quarante technologies ont été ajoutées à cette liste, qui impose une autorisation pour certains transferts de savoir-faire et en interdit d’autres. Vingt-trois d’entre elles relèvent du domaine de l’intelligence artificielle.
  • Cette consultation se poursuit jusqu’au 15 novembre, mais une obligation d’enregistrement provisoire est d’ores et déjà en vigueur.

Le texte vise les poids et le code source des grands modèles au-delà d’un seuil de performance 2, ainsi que les agents intelligents, les architectures de clusters de calcul et les méthodes de conception de puces gravées en 14 nanomètres ou moins.

  • Quatorze technologies sont strictement interdites, dont la génération de code malveillant, tandis que les autres sont soumises à autorisation.

Cette mesure annonce-t-elle la fin des grands modèles open source chinois ?

  • En soumettant à autorisation les poids des modèles les plus puissants, le texte vise précisément la catégorie dans laquelle les laboratoires chinois publient aujourd’hui en accès libre, de DeepSeek à Qwen en passant par GLM et Kimi.
  • Un modèle déjà diffusé resterait hors champ, mais les suivants pourraient être soumis à autorisation, voire interdits.
  • Comme le souligne la chercheuse Zilan Qian, ce même document annonce pourtant un mécanisme destiné à faciliter la diffusion de code open source.

Les ministères ont en effet annoncé des « mesures de facilitation », dont l’octroi automatique d’autorisations, « afin de soutenir la construction d’un écosystème d’innovation en open source dans le domaine de l’intelligence artificielle » 3.

  • En prolongeant la doctrine « IA+ » de Xi Jinping, ces mesures s’accompagneraient de la construction et de l’exploitation de centres de données à l’étranger par des entreprises chinoises, de la production de puces hors de Chine, de la recherche conjointe mobilisant des ressources étrangères, ainsi que de la participation à l’élaboration de normes internationales.

En réalité, Pékin pourrait être en train de se doter d’un pouvoir discrétionnaire.

  • L’ouverture, qui permet de diffuser les normes chinoises et d’éroder l’avance commerciale des entreprises technologiques américaines, reste la stratégie privilégiée du Parti.

Face à l’attention internationale suscitée par cette annonce, Pékin a tenu à affirmer que cette mesure est une politique de sûreté, et non une arme commerciale.

  • Les ministères justifient les interdictions par le fait que les technologies de génération et de modification autonomes de code malveillant « peuvent servir à attaquer les infrastructures d’information critiques, l’industrie de défense ou les systèmes gouvernementaux essentiels, ou à contourner les dispositifs de sécurité nationale ». Ils insistent sur le caractère ordinaire de cette révision, qui « ne vise aucun pays, région ou entité en particulier », et sur le fait que « la position politique n’a pas changé ».
  • Selon la chercheuse Kristy Loke, il faut donc y voir moins un levier de négociation qu’un régime de gestion des risques liés à l’intelligence artificielle, annoncé dans le dernier plan quinquennal 4.

Comme le relève le journaliste spécialiste de la Chine Corbin Duncan, un non-dit semble affleurer dans cette séquence.

  • Le projet vise à interdire l’exportation des technologies d’intelligence artificielle capables de « générer et de modifier de manière autonome du code malveillant », ainsi qu’à restreindre celles qui servent à découvrir des failles de sécurité.
  • Or, une interdiction par capacité suppose qu’on puisse l’isoler, alors qu’elle découle de l’intelligence générale du modèle : « Si l’intelligence se généralise, comment les laboratoires chinois pourront-ils distinguer un modèle performant d’un modèle doté des capacités visées par les restrictions ? » 5
Sources
  1. Ministère du Commerce et ministère des Sciences et Technologies de la République populaire de Chine, projet de révision du Catalogue des technologies dont l’exportation est interdite ou restreinte, mis en consultation publique le 16 octobre 2026.
  2. Le seuil n’est pas précisé dans le projet, qui renvoie à sa définition dans la version finale. Selon Bloomberg il serait fixé à 2 000 milliards de paramètres ou à une place parmi les dix premiers modèles mondiaux sur des tests de performance et de sécurité.
  3. Ministère du Commerce de la République populaire de Chine, 商务部新闻发言人就修订《中国禁止出口限制出口技术目录》答记者问, 16 octobre 2026.
  4. Kristy Loke, publication sur X, 16 octobre 2026.
  5. Corbin Duncan, publication sur X, 16 octobre 2026.