Selon un rapport publié le 16 octobre par l’Anthropic Institute, un organisme de recherche rattaché au laboratoire d’IA qui développe notamment le chatbot Claude, l’entreprise pourrait faire office « d’indicateur avancé de la manière dont l’intelligence artificielle va modifier l’organisation du travail, les recrutements et la demande de main-d’œuvre dans l’ensemble de l’économie » 1.

Les mutations à l’œuvre au sein de d’Anthropic pourraient ainsi préfigurer les changements à venir dans les autres entreprises, à mesure que l’IA s’y diffuse.

  • Selon les chiffres de l’Anthropic Institute, la taille du laboratoire d’IA aurait triplé en seulement un an. L’entreprise compterait aujourd’hui plus de 3 500 employés, selon un porte-parole 2.
  • La part des profils juniors parmi les recrutements des équipes techniques aurait été quant à elle divisée par trois entre le printemps 2025 et le début de l’été 2026, passant de 27 % à 9 %.
  • Malgré la croissance rapide de l’entreprise, le recrutement de personnel pour des postes administratifs n’a pas accéléré, notamment car une partie de ces tâches ont été automatisées par des agents IA.

En raison de la quantité de réponses générées par les agents Claude utilisés par les salariés, dont la lecture occuperait plus de la moitié de leur temps de travail, voire davantage que la semaine entière pour les ingénieurs, les employés d’Anthropic ont mis en place des agents IA pour trier, relire et superviser le travail effectué par d’autres agents.

  • Le bond de productivité observé après l’adoption d’agents de codage, par les ingénieurs mais aussi les salariés non techniques, s’accompagne d’un chiffre d’affaires par employé 2 à 4 fois supérieur à celui de Google ou Meta au même stade, après cinq ans d’existence.
  • Grâce à l’automatisation, les juristes traitent davantage de contrats, les commerciaux concluent davantage de ventes et les services comptables gèrent davantage de factures fournisseurs.
  • Les sessions d’agents de code chez les employés non techniques sont passées de 2 par mois en août 2025 à 90 en mai 2026, ce qui leur permettrait de développer eux-mêmes des logiciels.

En parallèle de cette automatisation croissante, la coordination humaine a augmenté chez Anthropic : l’employé médian passe 20 % de temps en plus en réunion qu’il y a un an. Pour les contributeurs individuels techniques, le temps de réunion a augmenté de 16 %.

  • En août, les employés d’Anthropic estimaient que l’IA pourrait effectuer 75 % de leur travail d’ici 2030, contre 28 % pour les autres Américains.
  • Si Anthropic l’observe au sein de l’entreprise, la hausse de la productivité promise par l’IA n’est pas encore perceptible à l’échelle de l’économie américaine.
  • La productivité totale des facteurs (PTF), telle que calculée par la Fed de San Francisco, ne montre en effet aucun signe d’accélération aux États-Unis depuis le début du cycle d’investissements en IA.
Sources
  1. Nathan Wilmers, Regina Catipon, Maxim Massenkoff et Peter McCrory, How Employmentis Changing at Anthropic, Anthropic Institute, 16 octobre 2026.
  2. Berber Jin et Keach Hagey, « ‘Things Will Never Be Chill Again’ : The Doomers Who Shaped the AI Safety Freakout », The Wall Street Journal, 26 septembre 2026.