Politique

Le discours de Merz contre l’AfD

Après la victoire historique de l’extrême droite en Saxe-Anhalt, Friedrich Merz tente de reprendre l’initiative : « Nous soutenons l’Ukraine », « nous devons protéger notre liberté », « la remigration serait un nettoyage ethnique ».

Nous le traduisons.

Trois jours après la victoire électorale de l’extrême droite nationaliste dans le Land de Saxe-Anhalt, Friedrich Merz a prononcé un discours combatif au Bundestag contre l’AfD.

Dans un climat agressif marqué par de nombreuses tentatives du groupe parlementaire de l’AfD d’interrompre son allocution, le chancelier a choisi de marquer une opposition nette avec la droite nationaliste. En Saxe-Anhalt, le parti dirigé par Alice Weidel se refuse pour le moment à tout compromis parlementaire et entend appliquer intégralement son programme, ce qui contrevient à la culture politique allemande des coalitions gouvernementales. 

Friedrich Merz sait que son pouvoir est affaibli et que la question de son remplacement à la chancellerie se pose désormais de plus en plus ouvertement au sein de son parti. Il affirme que la mise en place du programme de réforme décidé en 2025 par l’accord de coalition demeure son objectif, écartant ainsi les voix du SPD qui demandaient un moratoire sur la réforme des retraites après les résultats dévastateurs de dimanche dans le Land de Saxe-Anhalt.

Si le terme de « cordon sanitaire » (« Brandmauer ») n’est pas prononcé par Merz, le chancelier met cependant en avant plusieurs lignes d’incompatibilité très profondes entre l’AfD et les autres partis représentés au Bundestag. Il évoque comme premier clivage le soutien à l’Ukraine et accuse l’AfD, qui exige constamment de céder aux demandes de Vladimir Poutine, d’inverser victime et agresseur dans ce conflit. Deuxièmement, il dénonce l’attitude de l’AfD face aux attaques hybrides qui se multiplient contre l’Allemagne en provenance de Russie, ainsi que leur indifférence face au changement climatique qui a causé sécheresses et incendies. Troisièmement enfin, tout en soulignant l’absurdité économique de cette mesure au regard des besoins démographiques actuels, en qualifiant pour la première fois la « remigration » de « nettoyage ethnique » (ethnische Säuberung), le chef du gouvernement formule une accusation d’une gravité inédite depuis la fin du régime nazi. 

Mais Merz s’abstient de franchir le pas et d’évoquer le débat autour d’une interdiction de l’AfD, revenu pourtant au cœur du débat depuis dimanche. Hendrik Wüst, ministre-président de la région la plus peuplée, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, et potentiel concurrent de Friedrich Merz à la chancellerie, a notamment appelé à la création d’un groupe de travail entre l’État fédéral et les Länders pour examiner la possibilité d’une interdiction 1.

Le gouvernement bénéficie également de données économiques légèrement plus favorables que prévu et y voit la preuve que les plans massifs d’investissement rendus possibles au printemps 2025 par l’assouplissement du frein constitutionnel à la dette commencent à porter leurs fruits.

Le mea culpa reste cependant partiel et indirect de la part du chancelier, dont le taux de popularité est extrêmement bas en Allemagne. Friedrich Merz reconnaît qu’il a eu du mal à présenter les réformes gouvernementales et propose de les placer sous le signe de la justice intergénérationnelle, afin que les jeunes puissent eux aussi participer à la prospérité globale du pays. La fin du discours est consacrée, dans un esprit presque théologique, à une exhortation à apprendre de ses erreurs et à pardonner, que l’on peut interpréter comme la promesse d’une correction de la rhétorique perçue comme cassante et arrogante du chancelier, notamment sur les questions de droit du travail. 

Discours du chancelier fédéral Friedrich Merz, le 9 septembre 2026

Madame la Présidente, chers collègues,

Madame Weidel, vous débordez d’énergie aujourd’hui, vous avez obtenu un résultat électoral remarquable à tous égards en Saxe-Anhalt, et personne ne peut vous accuser de dissimuler vos véritables intentions. Cependant, je tiens à souligner que vous n’avez pas atteint votre objectif électoral en Saxe-Anhalt, à savoir obtenir la majorité des sièges. Mesdames et Messieurs, 56 % des électeurs de Saxe-Anhalt n’ont pas voté pour vous 2.

Et les bureaux de vote n’étaient même pas fermés depuis six heures que vous avez incité votre candidat en Saxe-Anhalt à commettre le premier acte de fraude électorale, en lui demandant de briguer la majorité, alors même qu’il avait promis pendant sa campagne de ne gouverner qu’avec la majorité absolue des sièges. Madame Weidel, oui, il se pourrait même que ce ne soit pas un simple hasard si vous n’avez pas atteint cet objectif électoral. Les électeurs se sont exprimés sans équivoque. Ils nous ont également adressé, à moi y compris, un message clair. Mais vous n’avez pas la majorité absolue et vous ne l’obtiendrez pas en Allemagne avec cette politique. Vous êtes et resterez, Madame Weidel, une force destructrice.

Et vous venez de le démontrer une fois de plus dans votre déclaration sur l’Ukraine. Mesdames et Messieurs, depuis quatre ans et demi, ce pays lutte pour sa survie, et personne n’a… [Julia Klöckner: Excusez-moi, Monsieur le Chancelier, de vous interrompre brièvement, mais ceci s’adresse à tous les membres de l’AfD. Votre présidente vient de prendre la parole, et tout le monde a écouté. Je vous le demande, il faut savoir se regarder en face. Il est également raisonnable d’attendre de vous que vous écoutiez les autres. Les opinions peuvent diverger, et l’écoute fait partie intégrante du processus. L’AfD aura la parole plus tard, vous pourrez donc inclure tout ce que vous interrompez maintenant. Monsieur le Chancelier, je vous en prie.]

Merci, Madame la Présidente. Je tiens à le répéter calmement : nous soutenons l’Ukraine et nous continuerons de la soutenir car elle défend elle aussi notre liberté, ici, au cœur de notre continent européen.

Mesdames et Messieurs, vos réactions ne font que confirmer votre intention de perpétuer ce renversement grotesque des rôles de bourreau et de victime. Personne, absolument personne, n’a menacé la Russie. Ni l’OTAN, ni l’Union européenne, ni l’Allemagne, et vos réactions reflètent parfaitement votre opinion. Mesdames et Messieurs, la seule chose qui menace véritablement la Russie et Poutine, c’est le pouvoir de la démocratie.

L’Ukraine était en passe de rejoindre la famille démocratique européenne, et c’est précisément là le véritable danger pour le régime de Poutine en Russie. Vous, à l’AfD, le savez pertinemment. Et pourtant, vous restez manifestement du côté de la Russie lorsqu’il s’agit de défendre notre liberté ici aussi. Et c’est précisément là que réside le profond fossé entre vous et nous, le profond fossé en matière de politique étrangère, le profond fossé en matière de politique européenne, et aussi le profond fossé en matière de politique sociale et de politique de paix. 

Mesdames et Messieurs, la majorité des membres du Bundestag allemand ne suit pas la voie que vous tracez, pas plus que la majorité de la population de la République fédérale d’Allemagne. Nous continuerons à défendre notre liberté à l’avenir, et nous devons le faire, non seulement dans toute l’Europe, mais aussi ici, en Allemagne. Nous avons dû tirer cette leçon d’une manière totalement inédite le 4 août 3

Pas un mot de votre part, Madame Weidel, sur ce qui s’est passé à l’aéroport de Leipzig le 4 août. [Exclamations sur les bancs de l’AfD]

Vous en riez. Une attribution claire, que vous connaissez bien, selon laquelle cette attaque en Russie était planifiée depuis des mois et visait spécifiquement l’Allemagne, et que seul un pur hasard a permis d’éviter des dégâts matériels et des blessures plus importants. Vous en riez, Mesdames et Messieurs. Cela en dit long sur votre façon de penser et votre position.

Pas un mot de votre part concernant la menace considérable qui pèse sur nos réseaux de données et notre cybersécurité. Pas un mot de votre part concernant les campagnes de désinformation orchestrées depuis la Russie et soutenues par vous, que des entreprises mènent depuis des semaines, des mois, voire des années, pour déstabiliser notre pays, notre société et notre démocratie.

Mesdames et Messieurs, vous faites partie intégrante du problème que nous rencontrons en Allemagne, et nous mettrons tout en œuvre pour vous empêcher de persévérer dans cette voie. Nous devons devenir plus résistants, plus aptes à nous défendre, mieux protéger notre sécurité. Nous l’avons constaté récemment avec les attaques massives contre notre infrastructure numérique en Allemagne, et notamment ce qui s’est passé ici à Berlin il y a quelques jours. Mesdames et Messieurs, pas un mot de votre part sur ce qui se passe actuellement en Allemagne. Pourtant, c’est aussi la réalité pour le peuple, les institutions et les autorités de notre pays. Ce qui les caractérise, c’est le mépris de nos institutions démocratiques et une attaque personnelle constante contre les représentants de notre État. Voilà la marque de votre politique et de vos actions, Mesdames et Messieurs.

Oui, nous devrons continuer à nous protéger. Nous devrons aussi mieux protéger notre peuple. Protection civile, défense civile, secours en cas de catastrophe : autant de questions qui nous ont fortement préoccupés et mis à l’épreuve cet été.

Oui, Mesdames et Messieurs, nous avons créé un fonds spécial pour les investissements et la protection du climat. Nous avons promis 100 milliards d’euros aux Länder allemands, soit 8 milliards d’euros par an, afin que la protection civile, les secours en cas de catastrophe et la préparation aux situations d’urgence puissent également être mis en œuvre dans ces Länder. Et nous avons constaté la nécessité de cette mesure, notamment avec les nombreux incendies de forêt de cet été. Pas un mot de votre part, Madame Weidel, sur ce qui s’est passé dans notre pays cette année. Pas un mot de votre part sur les causes. Ces causes sont, bien sûr, le changement climatique que vous niez. Ce sont ces causes que la population subit aujourd’hui directement. Pas un mot non plus sur le sort des personnes concernées par ces incendies.

Certes, on m’a reproché de ne pas avoir été immédiatement sur les lieux d’un incendie majeur. [Députée de l’AfD: Vous étiez pendant quatre semaines en vacances, c’est incroyable !]. Mesdames et Messieurs, permettez-moi de le répéter clairement : j’étais sur place les 13, 14 et 15 août. En étroite coordination avec le ministre-président de Rhénanie du Nord-Westphalie et l’administration du district concerné, qui m’ont expressément demandé de ne pas me rendre sur place pendant les opérations de lutte contre l’incendie, mais également de revenir quelques jours plus tard pour constater les dégâts 4.

Mesdames et Messieurs, je tiens à remercier une fois de plus du fond du cœur les services d’urgence qui ont œuvré là-bas et ailleurs cette année : les pompiers, les forces armées allemandes, l’Agence fédérale d’assistance technique, la Croix-Rouge allemande, le secteur agricole, le secteur forestier et les nombreux bénévoles qui ont apporté leur aide. Nous avons été témoins d’un spectacle véritablement magnifique dans notre pays.

Je tiens également à ajouter que nous devrons faire encore davantage dans les années à venir en matière de protection civile – qui relève principalement de la responsabilité du gouvernement fédéral – et de secours en cas de catastrophe – qui est une responsabilité partagée par les Länder. Nous voulons faire plus dans ce domaine. Nous devons faire plus pour que notre société dans son ensemble devienne plus sûre. Car c’est ce que les Allemands attendent légitimement des responsables politiques : la sécurité. Ils veulent être protégés des menaces extérieures. Ils veulent être protégés des menaces intérieures.

Mais ils veulent aussi être protégés d’événements comme ceux que nous avons connus cette année. Nous ne pourrons résoudre tous ces problèmes que si notre économie retrouve sa vigueur. Que si l’Allemagne connaît une croissance. Et vous, Madame Weidel, vous n’en avez pas soufflé mot. Nous n’espérions une croissance supérieure à 1 % qu’à partir de l’année prochaine 5.

Nous l’avons déjà atteinte cette année. Une croissance économique de 1,3 % pour 2026 montre que nos premières mesures portent leurs fruits, que nous sommes sur la bonne voie, que nous avons pris des décisions qui permettront à l’Allemagne de renouer avec la croissance. Mais il est tout aussi vrai que cette croissance ne sera durable que si nous lançons et mettons en œuvre de nouvelles réformes en Allemagne, et si nous veillons à ce que notre économie dans son ensemble puisse suivre le rythme des mutations structurelles rapides du monde. C’est la seule façon de réussir. Nous devons être un pays moderne, avoir une industrie moderne et renouer avec la croissance économique. Et Mesdames et Messieurs, oui, nous avons pris les premières décisions, en grande partie malgré votre vive opposition. Nous avons fait adopter une réforme de l’assurance maladie obligatoire 6.

C’est décidé ; la deuxième partie suivra cet automne. Nous avons reçu des propositions pour une réforme globale du système de retraite en Allemagne, et bien sûr, il y aura des discussions à ce sujet, et nous devrons examiner les détails. Plus précisément, la question du traitement des personnes ayant travaillé et cotisé à l’assurance retraite pendant 45 ans est un sujet que nous aborderons sans faute.

Mais Mesdames et Messieurs, l’objectif principal est de mettre en place un système d’assurance retraite qui, à long terme, permette aux jeunes générations de se constituer un patrimoine. C’est là le véritable cœur des propositions issues de la commission sur la réforme des retraites : une accumulation de patrimoine globale pour les jeunes générations, ce qui n’est possible que si nous mettons effectivement en œuvre ces réformes. 

Mesdames et Messieurs, vous avez mentionné l’approvisionnement énergétique, Madame Weidel. C’est exact, et je le reconnais sans hésitation. De graves erreurs ont été commises par le passé dans la politique énergétique allemande. Fermer des centrales électriques en Allemagne, notamment des centrales nucléaires, à un moment où les capacités de réserve n’étaient pas encore disponibles, c’était pour le moins faire les choses dans le mauvais ordre. Mesdames et Messieurs, vous oubliez complètement que nous prenons aujourd’hui exactement les bonnes décisions pour garantir l’approvisionnement énergétique de notre pays. Nous corrigeons les erreurs de notre politique énergétique.

Nous veillons à ce que la construction de centrales à gaz soit possible en Allemagne. Les appels d’offres sont en cours et les permis de construction ont été accordés. Nous garantissons à l’Allemagne un approvisionnement énergétique sûr à l’avenir, grâce aux énergies renouvelables, et ce, non pas sans elles, ni même contre elles, comme vous le prétendez sans cesse.

Abordons maintenant la question de l’approvisionnement en gaz. Nous surveillons évidemment de près les niveaux de stockage, nous sommes en contact avec les responsables du remplissage des installations de stockage et nous anticipons l’hiver et l’année prochaine. Soyez assurés que la ministre fédérale de l’Économie, en concertation avec les membres du gouvernement fédéral, prend toutes les mesures nécessaires pour garantir l’approvisionnement en gaz cet hiver. Déclencher des achats publics frénétiques, comme vous le proposez, Madame Weidel, ne ferait qu’entraîner une hausse si brutale des prix du gaz que nous ne pourrions tout simplement pas nous le permettre. Et cela impacterait non seulement les comptes publics, mais aussi les consommateurs allemands. Ce que vous exigez est à l’opposé de ce qui est juste pour les consommateurs allemands. Nous avons des indications claires que l’approvisionnement en énergie, et notamment en gaz, est assuré tout au long de l’hiver en Allemagne, et c’est précisément sur ce point que le gouvernement fédéral fonde sa stratégie d’approvisionnement. Cependant, nous n’agissons pas comme vous, avec des effets de manche ; nous agissons de manière responsable, dans l’intérêt des comptes publics et privés. C’est notre approche, et pas autrement.

Mesdames et Messieurs, nous travaillons activement sur une stratégie d’utilisation de l’intelligence artificielle. Nous en avons discuté lors d’une réunion à huis clos. [interruptions de l’AfD] Comment cela est-il censé fonctionner sans aucune intelligence naturelle ? Je pourrais citer Dieter Nuhr, mais je m’en abstiendrai. Lisez plutôt ses propos.

Mesdames et Messieurs, nous avons mis en place un groupe de travail au sein du gouvernement fédéral, qui a récemment présenté des propositions de stratégie pour l’Allemagne concernant l’utilisation de l’intelligence artificielle. Nous comptons bien les mettre en œuvre.

Nous approuverons ce texte en Conseil des ministres dans quelques jours, mais nous savons aussi que les décisions du gouvernement fédéral, à elles seules, ne suffisent pas à une mise en œuvre concrète. Toutes les entreprises allemandes – services, commerce, industrie, PME – seront concernées par cette quatrième révolution industrielle. Nous voulons que l’Allemagne soit également à la pointe du développement technologique dans ce domaine. C’est pourquoi nous avons déjà œuvré à la construction de centres de données de grande envergure en Allemagne. Nous voulons construire ces centres de données afin de disposer de l’énergie et de la capacité de stockage nécessaires.

Et pourtant, nous continuons de prendre au sérieux les propositions des entreprises. Et je voudrais citer ici en particulier la personne qui représente la plus grande partie de notre économie, à savoir la Fédération centrale des métiers d’art allemands, son président, Jörg Dietrich, qui a énuméré pour nous hier encore lors d’une rencontre du gouvernement, les problèmes rencontrés par les métiers qualifiés : la bureaucratie, le coût élevé du travail, le coût élevé de l’énergie et la lourde fiscalité. Nous œuvrons quotidiennement à alléger ce fardeau qui pèse sur les entreprises, et notamment sur les petites et moyennes entreprises.

Mesdames et Messieurs, des millions de personnes issues de l’immigration travaillent également dans les métiers qualifiés. Si ce que vous préconisez – à savoir la remigration – venait à se concrétiser, il s’agirait ni plus ni moins d’un nettoyage ethnique fondé sur la couleur de peau et l’origine. 

[Interjections de l’AfD]

Mesdames et Messieurs, le mot « remigration » n’est qu’un synonyme d’un nettoyage ethnique fondé sur l’origine et la couleur de peau ! 

[Applaudissements des bancs de la CDU, du SPD et de Bündnis 90/Die Grünen, ainsi que d’une partie de Die Linke]

Monsieur Chrupalla, vous-même êtes issu du secteur artisanal 7 ; si votre souhait se réalise, un salarié sur six dans le secteur possède un passeport étranger. Si ceux qui travaillent en Allemagne doivent quitter le pays parce que vous défendez la remigration, alors les artisans ne pourront plus exister en Allemagne. Plus aucune maison de retraite ne pourra fonctionner. Pas une seule clinique ne pourra fonctionner en Allemagne. Pas un seul restaurant ne sera viable. Ce serait la conséquence de leur politique de remigration.

Mesdames et Messieurs, cela divise profondément notre société. Nos problèmes d’immigration, le nombre important de personnes qui n’ont pas le droit de résider en Allemagne et la nécessité d’expulser davantage de personnes, tout cela est un point de consensus au sein de la coalition, mais nous faisons une distinction rigoureuse entre ceux qui travaillent en Allemagne, qui contribuent à notre prospérité et qui sont les bienvenus, et ceux qui n’ont pas le droit de résider en Allemagne et qui doivent quitter notre pays. Contrairement à vous, Mesdames et Messieurs, nous faisons cette distinction avec le plus grand soin 8.

Permettez-moi également de saisir cette occasion pour évoquer les études sur le niveau d’éducation dans nos écoles. Nous avons reçu hier une nouvelle étude PISA. Oui, Mesdames et Messieurs, les résultats sont préoccupants et nous savons qu’un effort considérable s’impose, notamment en matière de politique éducative. Je voudrais proposer explicitement aux Länder que nous unissions à nouveau nos forces pour déployer un effort majeur afin d’améliorer la situation de l’éducation en Allemagne.

Mesdames et Messieurs, un autre point est crucial : l’éducation et l’instruction des enfants ne peuvent être sous-traitées à l’État. Les familles, et les parents en particulier, sont également concernés et ont une responsabilité. Si nous prenons conscience de cela ensemble, nous pourrons résoudre le problème. Mais si nous procédons comme vous le souhaitez toujours, comme vous le proposez, le problème ne sera pas résolu. Je le propose explicitement aux Länder, et je le dis également au nom du gouvernement fédéral : oui, nous savons que garantir l’accès aux opportunités pour les enfants et les jeunes est l’une des missions essentielles de notre pays. 

Et cela m’amène à une question qui nous est souvent posée, à une question que l’on me pose également :

Pourquoi tout cela ? Quel est le cadre général, pour ainsi dire, ou le récit ? Quel est le but des réformes ? Eh bien, Mesdames et Messieurs, c’est peut-être sur cette question que nous avons le plus achoppé jusqu’à présent. Je partage cette critique. Nous devrons répondre, surtout à la jeune génération allemande, car ce sont les jeunes électeurs qui ont voté en plus grand nombre pour votre parti.

Nous devons donner à la jeune génération une réponse convaincante sur les valeurs de notre pays et sur la direction que doit prendre notre société. 

[Julia Klöckner s’adresse à nouveau à l’AfD: Les interruptions font partie du fonctionnement du Parlement, mais interrompre constamment un orateur n’en fait pas partie. Il faut aussi accepter qu’il existe d’autres opinions. Ce que l’on revendique pour soi-même, il faut aussi être prêt à l’offrir aux autres. Je vous en prie, Monsieur le Chancelier.]

C’est très aimable de votre part, Madame la Présidente, mais cela restera lettre morte, et cette faction continuera d’essayer de faire plus que simplement perturber les débats. Vous voyez, cela va recommencer bientôt. L’écoute n’est pas leur point fort. Ils veulent déstabiliser notre pays. Leur mépris total pour le Bundestag allemand est également évident dans ce comportement. Vous voyez, on y est encore. C’est exactement ce que nous avons toujours dit. Ils ne veulent pas de dialogue ici.

[Julia Klöckner: Que faites-vous les bras tendus. Alors, on n’est pas sur un terrain de foot ici. Gardez ça pour le week-end. Si ce genre de comportement se reproduit, je vous mets à la porte. J’en ai assez.

J’aurais voulu en fait vous épargner la citation, mais votre président régional en Saxe-Anhalt, Mme Weidel, s’est adressé à l’organisation de jeunesse au sujet de l’Allemagne, le pays que vous êtes censés tant aimer, quelques jours seulement avant les élections. Et voici ce qu’il a dit à propos de l’Allemagne : «L’Allemagne, a-t-il dit, est un asocial fainéant et puant la beuh.» Il a dit ça de l’Allemagne. Il a dit ça de l’Allemagne, et ça montre comment vous pensez et parlez de notre pays, et vous ne l’avez pas contredit 9.

Mais mesdames et messieurs, revenons à notre tâche. Pendant trois générations en Allemagne, après la Seconde Guerre mondiale, on a pu compter sur la réalisation de la promesse de prospérité offerte par l’économie de marché. L’Allemagne a eu l’immense chance de vivre en liberté, en paix, dans la prospérité et avec une justice sociale toujours plus grande pendant près de 80 ans. Aujourd’hui, la jeune génération remet en question cette promesse de prospérité, et c’est précisément pourquoi nous devons la renouveler. Nous devons offrir à la jeune génération la perspective dont ont bénéficié au moins trois générations avant elle en Allemagne. Tel est l’objectif de notre politique. Tel est le défi que nous devons relever ensemble aujourd’hui, Mesdames et Messieurs. Et l’accomplissement de cette mission devra se traduire dans chacune de nos actions plus clairement que par le passé. Les réformes ne se résument pas à des manuels d’économie, ni à de simples concepts mathématiques. Les réformes servent la cohésion, le progrès et le développement continu de notre pays, dans la liberté et la paix. 

Et Mesdames et Messieurs, je voudrais conclure en citant une lettre que j’ai reçue il y a quelques jours du recteur de la faculté de théologie de l’université de Giessen, qui m’a écrit avec beaucoup de réflexion et de conviction, profondément préoccupé par la situation de notre pays. Mais il écrit ensuite qu’il existe encore des inventions “Made In Germany”, des entreprises modèles, des personnes qui œuvrent pour la cohésion sociale, des activités associatives, un soutien de voisinage, des crèches pour enfants, des banques alimentaires, et bien d’autres choses encore. Malgré tous les problèmes, écrit-il, l’Allemagne regorge encore d’opportunités et de possibilités.

Et il conclut par ces mots : « Ce n’est que si nous restons unis, si nous abordons les problèmes ensemble, si même nous commettons des erreurs ensemble (et si nous les reconnaissons), c’est seulement si vous pardonnez, vous relevez, c’est seulement ainsi que nous aurons un avenir. » Mesdames et Messieurs, chers collègues, ces mots me touchent, ils me motivent à faire des erreurs, à pardonner, à me relever, à façonner l’avenir de notre pays. Mesdames et Messieurs, telle est notre mission : nous relever, pardonner nos erreurs et façonner l’avenir de l’Allemagne, même face à l’adversité. Nous prendrons l’avenir de notre pays en main, nous le façonnerons, nous le rendrons meilleur qu’il ne l’a été ces derniers mois, et nous veillerons à ce que nos enfants et petits-enfants retrouvent l’espoir, qu’ils aient à nouveau une perspective d’avenir, qu’ils perçoivent la promesse de la renaissance et de la prospérité de notre pays, non seulement avec le recul de 80 ans, mais aussi en se projetant dans les années et les décennies à venir. C’est le sens de notre engagement commun. Merci.

Sources
  1. Source : Gerhard Voogt, « Nach Wahlschock von Sachsen-Anhalt : Wüst wagt sich beim AfD-Verbot vor », Kölner Stadt-Anzeiger, 9 septembre 2026.
  2. Friedrich Merz parle après Alice Weidel, la cheffe de l’opposition parlementaire au Bundestag, qui a droit à la parole en première. Le candidat et ministre-président sortant de la CDU Sven Schulze a reconnu après l’élection que l’AfD avait reçu des électeurs un mandat pour gouverner la Saxe-Anhalt. Mais le candidat à sa succession Ulrich Siegmund, qui ne dispose que de 39 sièges et donc pas de majorité parlementaire absolue, a refusé le principe d’une négociation politique, et exige même de tout partenaire potentiel, partis ou députés individuels, qu’ils soutiennent sans réserve son “programme de gouvernement”.
  3. Les attaques de drones contre des avions de ravitaillement à l’aéroport de Leipzig ont été, selon le gouvernement allemand, organisées par les services secrets russes.
  4. L’incendie dans le massif de l’Eifel et des Hautes-Fagnes au mois d’août a détruit environ 400 hectares côté allemand et environ 3000 hectares côté belge. Source : « Waldbrände in Nordrhein-Westfalen : Hürtgenwald weitgehend unter Kontrolle – Einsatz gegen Glutnester geht weiter », Land.NRW,18 août 2026.
  5. L’institut de recherche économique ifo a relevé à 1,4 % sa prévision de croissance du PIB allemand, principalement alimentées par la demande internationale et les plans d’investissement public pour l’infrastructure, le climat et la défense. Source : « ifo Institut erhöht Prognose auf 1,4 Prozent Wachstum für 2026 », ifo Institut, 3 septembre 2026.
  6. Le gouvernement Merz a présenté en juillet un “programme pour la croissance et l’emploi”. La réforme du système de sécurité sociale a déjà été adoptée sous l’égide de Nina Warken le 10 juillet dernier Source : Pierre Mennerat, « Le plan de Friedrich Merz pour faire repartir l’Allemagne », le Grand Continent, 3 juillet 2026.
  7. Tino Chrupalla, le co-président de l’AfD était artisan-peintre en bâtiment avant de devenir député en 2017.
  8. Sous le gouvernement Merz, la quantité d’expulsions a augmenté. En 2025, les autorités auraient procédé à 22 000 expulsions, tandis que 36 000 personnes ont quitté l’Allemagne de leur plein gré et que 41 500 ont été refoulées à la frontière. Source : « Wie viele Abschiebungen und freiwillige Ausreisen gibt es ? », Mediendienst, 26 août 2026.
  9. Martin Reichardt, président de la section régionale de l’AfD en Saxe Anhalt a déclaré devant l’organisation de jeunesse de l’AfD Generation Deutschland que l’État Allemand serait « Un bon à rien fainéant et drogué, payé par la Fondation Friedrich Ebert à ne rien foutre, afin de se bourrer régulièrement avec ses amis de l’audiovisuel publique et de proférer des injures à l’Internationale. » Source : « Staat „ein nach Dope stinkender, fauler Asi“ – AfD-Landeschef eskaliert komplett », Berliner Morgenpost, 29 août 2026.
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