Selon les dernières données de l’institut d’opinion publique russe VTsIOM, 66 % des Russes sondés estiment que les moments les plus difficiles pour le pays « sont encore à venir » 1. Il s’agit du niveau le plus élevé depuis la pandémie de coronavirus, en 2020.
- La perception de la dégradation de la situation économique suite au lancement de la guerre contre l’Ukraine s’était progressivement atténuée entre l’hiver 2022 et le début de l’année 2025.
- Depuis décembre, la part des sondés déclarant que les « moments les plus difficiles » pour le pays sont encore à venir a toutefois considérablement augmenté, passant de 48 % à 66 % en juillet.
- Plus d’un dixième (12 %) de la population déclare quant à elle que le pays traverse en ce moment sa période la plus difficile, soit une part stable depuis 2022.
Cette hausse du pessimisme coïncide avec l’intensification de la campagne de frappes ukrainiennes en Russie et en Crimée occupée.
- En visant délibérément les raffineries et sites de stockage de carburant, celle-ci a directement impacté la population, provoquant des pénuries dans plusieurs dizaines de régions.
- Dernièrement, ce sont les consommateurs et les entreprises qui passent par la plateforme de commerce en ligne Wildberries qui ont directement subi les effets de la guerre.
La tendance s’accompagne aussi d’une campagne visant à étouffer toute critique. Dimanche 16 août, l’économiste en chef de Vnesheconombank, la banque publique de développement russe, a été licencié pour avoir déclaré que Moscou ne pouvait pas gagner la « guerre d’usure » contre l’Ukraine.
- Dans un discours prononcé en mai, dont des extraits ont été publiés par le Moscow Times deux jours avant son licenciement, il avait déclaré : « Nous sommes en train de perdre la compétition, tant sur le plan technologique qu’économique, à l’échelle mondiale. Et, comme je l’ai déjà dit, nous ne perdons pas seulement face à la Chine et aux États-Unis, mais aussi, d’une certaine manière, face à l’Ukraine » 2.
- En septembre 2025, le directeur de la principale banque russe, Sberbank, German Gref, avait déclaré lors du Forum économique oriental que l’économie du pays serait entrée dans une phase de « stagnation technique », marquée par une croissance quasi-nulle du PIB.
L’inquiétude de la population quant à l’avenir du pays est supérieure aujourd’hui par rapport au milieu des années 1990, lors de la crise qui avait suivi l’effondrement de l’URSS.
- Comme le rappelle le politologue russe et ancienne plume de Poutine, Abbas Gallyamov, désormais déclaré « agent de l’étranger » : « Le principal motif électoral qui, il y a un quart de siècle, avait poussé les gens à voter massivement pour Poutine, était précisément la demande de sécurité. Les Russes ont élu Poutine précisément parce qu’il leur avait promis de leur garantir une vie sereine – sans explosions ni meurtres, sans que leurs maisons s’effondrent ni que leurs villes ne brûlent » 3.
- Cette promesse de sécurité semble aujourd’hui intenable le Kremlin, peine à déployer des moyens suffisants pour protéger ses infrastructures des frappes de drones ukrainiens.
Sources
- Publication sur Telegram de Аналитический центр ВЦИОМ, 18 août 2026.
- « В главном госбанке Кремля спрогнозировали поражение России в экономической « войне на истощение » с Западом », The Moscow Times, 14 août 2026.
- Publication sur Telegram de Аббас Галлямов, 4 août 2026.