Dan Bilzerian, un joueur de poker américano-arménien multimillionnaire qui affiche depuis 15 ans sa vie de riche playboy sur Instagram, a lancé en avril sa campagne dans le 6e district congressionnel de Floride en vue de briguer un siège à la Chambre des représentants.

Il fait face aujourd’hui, mardi 18 août, à Randy Fine, un Républicain élu à la Chambre en 2025, soutenu par Donald Trump.

  • La notoriété de Bilzerian a dépassé les réseaux sociaux après l’attaque terroriste du Hamas le 7 octobre 2023, et la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza qui a suivi.
  • Ardent opposant au soutien américain à Israël, Dan Bilzerian a multiplié les attaques visant la communauté et la religion juive, les Israéliens ainsi que l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), le lobby de soutien à Israël qui est notamment impliqué dans les campagnes électorales américaines.
  • Jeudi 13 août, il a suscité la condamnation des deux partis en publiant une vidéo générée par IA dans laquelle il traite Randy Fine de « gros juif » et de « petit serviteur effrayant de Satan », et pose la question : « Ne devrions-nous pas revenir sur les opinions [d’Adolf Hitler] ? »

Bilzerian, né à Tampa, en Floride, en 1980, est le fils de l’homme d’affaires Paul Bilzerian, qui a fait fortune comme raideur, en prenant des participations dans des entreprises cotées pour menacer leur direction d’OPA hostiles. Après quatre années passées dans la Marine entre 1999 et 2003, il étudie à l’Université de Floride avant de se tourner vers le poker.

  • En 2012, Bilzerian ouvre un compte sur le réseau social Instagram, lancé deux ans plus tôt, et acquiert rapidement une importante notoriété.
  • Dans son livre The Setup (2021), il déclare : « Les réseaux sociaux m’ont aidé à accéder à de meilleures parties de poker et à des duels en tête-à-tête qui m’ont rapporté des dizaines de millions de dollars. Cela m’a ouvert des portes, mais à vrai dire, la principale raison qui m’a poussé à créer mon compte Instagram était de coucher plus facilement ».

En quelques mois, il engrange plusieurs centaines de milliers d’abonnés lorsque la plateforme n’en compte que quelques dizaines de millions.

  • Surnommé le « Roi d’Instagram », il est notamment apprécié des jeunes hommes, attirés par son mode de vie débridé rythmé de croisières sur des yachts accompagnés de mannequins et de voyages en jet privé.
Dan Bilzerian et Donald Trump. Photo non datée, publiée le 16 décembre 2015 sur le compte Instagram de Dan Bilzerian.

Bilzerian s’était jusqu’à présent largement gardé à l’écart de la vie politique. Il avait toutefois apporté fin 2015 son soutien à Donald Trump en vue de l’élection présidentielle de 2016, mais vantait alors surtout son « franc-parler ». Sur Instagram, il écrivait en légende d’une photo le montrant aux côtés de Trump : « À une époque où le politiquement correct a rendu tout le monde mou, on ne peut qu’admirer ceux qui continuent à s’exprimer sans détours ».

Bien qu’il soit donné perdant par les sondages, Bilzerian incarne une frange de plus en plus importante de l’électorat républicain qui allie masculinisme à un antisémitisme débridé.

  • Cette tendance est notamment incarnée par les frères Tristan et Andrew Tate, incarcérés en juillet aux États-Unis et recherchés au Royaume-Uni pour viols, complicité d’exploitation sexuelle et infractions liées à des images indécentes d’un enfant, et d’autres influenceurs comme Sneako, qui a été aperçu dans les vidéos du « looksmaxxer » Clavicular – filmé en janvier dans une boîte de Miami, chantant « Heil Hitler » de Kanye West.
  • En mars, lors d’un live de Sneako, Bilzerian avait déclaré être favorable à « l’extermination d’Israël ». Il ajoutait : « Donnez-moi un fusil et envoyez-moi là-bas […] Je crois sincèrement que la majorité des habitants de ce pays sont malfaisants » 1.
  • Bilzerian a également partagé sur ses réseaux sociaux des extraits de vidéos du commentateur antisémite, Nick Fuentes. Il l’a toutefois accusé en mai de travailler pour le gouvernement fédéral et de susciter une « division constante » au sein du camp conservateur 2.

La guerre lancée par Trump contre l’Iran aux côtés d’Israël en février a considérablement renforcé les sentiments antisémites d’une frange radicale de l’électorat conservateur, qui remonte à Charles Lindbergh et à l’America First Committee, fondé en 1940.

  • En rompant sa promesse de mettre fin aux « forever wars » (les « guerres sans fin »), Trump a contribué à la réactivation d’un courant mineur de la droite américaine, qui avait toutefois regagné une certaine popularité dans les années 1990 avec des figures comme Murray Rothbard qui, bien que juif, admirait Lindbergh.
  • Bilzerian va toutefois plus loin que la plupart des candidats et commentateurs conservateurs qui critiquent Trump pour avoir lancé une guerre contre l’Iran aux côtés d’Israël. En mars, celui-ci avait appelé à la « destitution » de Trump, avant de le qualifier en avril de « narcissique extrême ».

Un quart (25 %) des jeunes électeurs républicains (de moins de 50 ans) affirment désormais exprimer des opinions antisémites, soit bien plus que les 50-64 ans (5 %) et les plus de 60 ans (2 %).

  • Les républicains âgés de 18 à 29 ans ont également plus tendance à justifier la violence politique (69 % sont d’accord avec l’idée que celle-ci est « parfois » justifiée).
  • Dans leur ensemble, les « nouveaux entrants » – soit les électeurs républicains qui étaient trop jeunes pour voter lors des précédents cycles ou qui avaient voté démocrate – ont plus tendance à adhérer à diverses théories conspirationnistes que les électeurs républicains de longue date.