Taïwan clôturera aujourd’hui, vendredi 14 août, son 42e exercice militaire annuel Han Kuang, le plus important de l’année. Pendant neuf jours, 20 000 militaires, dont 5 000 réservistes, ont été entraînés à faire face à une attaque chinoise en simulant plusieurs scénarios, allant d’un débarquement amphibie à la défense d’infrastructures stratégiques.

  • La particularité de cet exercice tient à sa dimension civilo-militaire : jeudi 13, la population de Taipei a dû évacuer les rues alors que les sirènes d’alerte retentissaient, simulant une attaque aérienne sur la capitale.
  • En début de semaine, le trafic mobile a été volontairement ralenti sur une grande partie de l’île pour la première fois depuis 1984, afin de simuler une perturbation des communications.
  • Mercredi 5, la semaine dernière, le président taïwanais Lai Ching-te et des membres de son cabinet ont été évacués vers un centre de commandement fortifié dans le cadre d’une simulation de tentative de décapitation du pouvoir.
  • Depuis 2014, des militaires chinois s’entraînent en effet à Zhurihe, en Mongolie intérieure, dans une maquette grandeur nature du palais présidentiel de Taipei. Le site a depuis été étendu et comprend désormais également des maquettes du ministère de la Défense et du ministère des Affaires étrangères.

L’exercice constitue le point culminant d’un cycle de préparation dont la phase active a débuté il y a plusieurs semaines. En juillet, lors d’une conférence de presse, le lieutenant-général Li Tian-long, chef d’état-major adjoint de l’Armée de terre taïwanaise, avait déclaré que Han Kuang 42 se déroulait « en continu, tout au long de l’année » 1.

Cette évolution traduit le risque accru que fait peser Pékin sur l’île : mardi, le ministère chinois de la Défense a annoncé qu’un « exercice de navigation » conjoint avec l’Indonésie aurait lieu à la mi-août dans les eaux situées à l’est de Taïwan, une annonce que Taipei a qualifiée de « comportement dangereux qui remet en cause le statu quo » 2. L’Indonésie, qui applique traditionnellement une politique de neutralité, avait également participé à des exercices conjoints avec la Russie en 2024. 

  • Ces dernières années, Han Kuang est passé d’une simulation largement scénarisée, critiquée pour son manque de réalisme, à un entraînement comprenant des exercices improvisés, laissant ainsi une plus grande marge de manœuvre aux officiers et sous-officiers.
  • Han Kuang accorde également davantage d’importance à une approche centrée sur la « résilience de la défense à l’échelle de l’ensemble de la société », qui est supervisée depuis 2024 par un comité (全社會防衛韌性) créé et présidé par Lai Ching-te.

L’aspect cyber et la menace d’une guerre économique, qui se traduirait notamment par un blocus de l’île, occupent également une place plus importante dans la préparation de Taïwan. 

  • Début juillet, des hackers présumés chinois ont utilisé l’intelligence artificielle pour infiltrer les systèmes gouvernementaux taïwanais.
  • L’attaque a également visé l’Agence taïwanaise de sûreté nucléaire ainsi que sept entreprises du secteur de l’énergie 3.

Selon Bloomberg Economics, une guerre entre la Chine et Taïwan pourrait provoquer une baisse de près de 10 % du PIB mondial.

  • Les grandes économies asiatiques, et notamment la Corée du Sud (-23 %), le Japon (-15 %) et la Chine (-11 %) seraient parmi les pays les plus touchés.
Sources
  1. 國防部115年7月份第4週例行記者會新聞參考資料, Ministère de la Défense taïwanais, 28 juillet 2026.
  2. Thomas Hale et Anantha Lakshmi, « Taiwan hits out at China over naval drill with Indonesia », Financial Times, 12 août 2026.
  3. Tom Wilson, « China-linked hackers hit Taiwan in unprecedented ‘autonomous’ AI cyber attack », Financial Times, 12 août 2026.