À moins de cent jours des élections de mi-mandat de novembre, plus d’une douzaine d’États tiennent des primaires en août.
- Deux sièges décisifs dans le Michigan et en Alaska sont au cœur de la course.
- Le Michigan est un obstacle majeur pour les républicains. Selon Decision Desk HQ, remporter cet État suffirait à porter à 87 % la probabilité pour le Parti républicain de conserver la majorité au Sénat.
- Les primaires dans le Michigan, le Minnesota, le Wisconsin et le Kansas permettront donc de tester, chez les démocrates, l’équilibre entre l’aile centriste et l’aile populiste après les défaites de 2024, et, chez les républicains, l’emprise de Donald Trump sur les investitures.
Les premiers résultats annoncés dans la nuit du 4 août donnent deux signaux opposés pour le camp démocrate.
- Ainsi, lors de la primaire démocrate pour le Sénat, le progressiste Abdul El-Sayed semble avoir remporté la victoire face à la centriste Haley Stevens, élue au Congrès en 2019. Si ces résultats sont confirmés, il affrontera en novembre Mike Rogers, le seul candidat républicain et soutien de Trump, pour le siège laissé vacant par le retrait de Gary Peters.
- L’ampleur de l’erreur des sondages est peut-être l’enseignement le plus important du scrutin. Alors qu’il était donné gagnant avec 10 à 19 points d’avance, El-Sayed l’emporte avec une avance de seulement 1,4 point. Selon Nate Silver, il s’agit d’un problème structurel 1. L’erreur moyenne, déjà d’environ 9 points dans les primaires présidentielles, explose dans les primaires législatives où l’électorat est réduit et imprévisible, le vote plus volatil faute de repère partisan, et les sondages rares et souvent partisans. À l’approche des élections de mi-mandat, cet avertissement vaut pour tout le récit d’une « vague progressiste » ou d’un recul du trumpisme dans l’électorat.
- Dans le 1er district du Missouri (Saint-Louis), fief acquis au parti, le sortant Wesley Bell a de nouveau écarté Cori Bush, figure de la « Squad », qu’il avait déjà battue en 2024. Comme il y a deux ans, la position sur Israël a structuré le duel.
- Lors de la primaire pour le poste de gouverneur du Kansas, État penchant vers le GOP au niveau fédéral (Trump gagne avec plus de 16 en 2024) mais dirigé par la démocrate Laura Kelly depuis 2019, le président du Sénat local Ty Masterson, adoubé par Trump, s’est largement imposé avec environ 42 % des voix, contre 22 % pour son premier rival. Chez les démocrates, la sénatrice Cindy Holscher, outsider anti-establishment, a devancé Ethan Corson, pourtant soutenu par la gouverneure Kelly.
D’autres scrutins sont prévus dans les prochains jours.
- Trois primaires sénatoriales sont prévues : Caroline du Sud (sous forme de primaire spéciale le 11 août, avec un éventuel second tour le 25), Minnesota (le 11) et Alaska (le 18), ainsi que la course pour le 20e district de Floride, le même jour.
- S’y ajoutent les primaires pour les postes de gouverneur du Wisconsin et du Minnesota, le 11 août, ainsi que celle du Michigan.
Trois tendances se dégagent concernant la tenue de la majorité de Trump au Sénat.
- Comme nous l’avons analysé à plusieurs reprises, le clan Trump exerce une mainmise quasi totale sur le Parti républicain. Ses soutiens remportent les primaires les unes après les autres : Rogers sans opposition au Michigan pour le Sénat, Masterson au Kansas et Mike Lindell favori pour le poste de gouverneur du Minnesota. L’onction présidentielle reste le facteur le plus déterminant d’une primaire républicaine, témoignant ainsi de l’absence d’une opposition structurée au sein du parti.
- L’allégeance personnelle à Trump comme critère fondamental de sélection des candidats produit une baisse de la qualité de ces derniers et fait courir un risque au camp présidentiel. Mike Lindell, fabricant d’oreillers, radicalement complotiste jugé responsable au civil de fausses allégations sur l’élection présidentielle de 2020, en est le parfait exemple : sa nomination probable pourrait faire glisser le pronostic de l’agrégateur Cook Political Report de « probablement » à « solidement démocrate » dans une opposition qui le verra se confronter à l’ancienne candidate à la présidentielle démocrate Amy Klobuchar.
- Le bilan de la présidence reste difficile à défendre, comme le montre l’exemple du Minnesota. L’État, qui a vu, début 2026, deux de ses citoyens tués par l’ICE lors de l’opération « Metro Surge », puis des manifestations, la mobilisation de la Garde nationale et un repli fédéral sous la pression de l’opinion.
La stratégie républicaine semble, à ce stade, se concentrer sur deux sièges dont l’issue est incertaine (toss-ups).
- Le Michigan est le principal objectif. Remporter ce siège démocrate augmenterait les chances de conserver la majorité. D’où des investissements considérables. Le Senate Leadership Fund, proche de la direction républicaine, y a engagé à lui seul près de 50 millions de dollars dans une course dont les dépenses publicitaires atteignent déjà 100 millions de dollars.
- En Alaska, la situation est inverse et la campagne du camp Trump est plus défensive. Le sortant, Dan Sullivan, doit composer avec un homonyme républicain, un instituteur à la retraite de Petersburg enregistré comme républicain pour l’occasion, également prénommé Dan Sullivan, qui figure sur le même bulletin. Le parti républicain voit dans cette coïncidence une manœuvre démocrate destinée à semer la confusion et à éparpiller les voix.
Du côté démocrate, les tendances sont plus claires.
- Un clivage oppose l’aile gauche de Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez à l’aile centriste, dont Bell, qui a battu Bush dans le Missouri, est la figure de proue ces derniers jours. La question israélienne et l’influence de l’AIPAC traversent plusieurs de ces duels.
- L’énergie du camp démocrate se déplace vers les profils de rupture et les candidats qui se présentent comme des outsiders progressent. Ainsi, au Kansas, Holscher devance le candidat soutenu par la gouverneure. Cependant, si El-Sayed semble l’emporter au Michigan face au candidat soutenu par Nancy Pelosi et la gouverneure Gretchen Whitmer, son avance d’à peine 1,4 point resterait très en deçà des sondages qui le donnaient gagnant de dix à dix-neuf points, nuance d’emblée le récit d’une nouvelle vague progressiste. Selon Nate Silver, la gauche progresse « globalement », mais « course par course, la variance est forte ».
- Ces victoires ravivent le dilemme de l’électabilité qui hante le Parti démocrate depuis 2016. Faut-il mobiliser la base en investissant des candidats de rupture, au risque de les voir moins compétitifs en novembre ? Cette crainte est manifeste à propos de Francesca Hong (Wisconsin) ou de Peggy Flanagan (Minnesota), que les républicains disent préférer affronter. Le Michigan sera le test grandeur nature. La probable victoire d’El-Sayed obligerait désormais un candidat de la gauche populiste à conquérir un État pivot que le parti ne peut se permettre de perdre, et où les sondages le donnent déjà distancé par le républicain Rogers.
Pour mémoire, depuis 1934, le parti du président n’a gagné des sièges à la Chambre que lors de trois élections de mi-mandat (1934, 1998 et 2002).
Sources
- Nate Silver, « What to Make of Michigan », Silver Bulletin, 5 août 2026.