Capri occupe une place centrale dans votre travail. Pourriez-vous revenir sur votre rapport avec l’île ?
J’ai découvert Capri pour la première fois lors d’une invitation à un festival de musique et j’ai été inspirée pour écrire un roman, L’île intérieure, et composer un album, Capri – Ballad Of the Spirits. Mais même si je m’y suis rendue plusieurs fois, depuis, ma vision de Capri est un peu fantasmée.
Mon Capri est un Capri mêlé, à la fois imaginaire et réel. Ce qu’on imagine de Capri existe en partie et beaucoup d’endroits où j’ai pu me trouver incitent à la rêverie.
Cette photo de Ralph Crane en est un bon exemple.
Que vous inspire-t-elle ?
On y voit l’esprit mythique de cette terrasse : une atmosphère de vacances, de détente, d’élégance et de plaisirs, le tout dans un cadre spectaculaire offrant une vue magnifique sur la mer Méditerranée. C’est complètement enchanteur.
C’est qu’on voit c’est l’hôtel Caesar Augustus, mais la photo fait penser au bar du funiculaire de l’île. Lorsqu’on arrive, la horde de touristes qui envahit Capri selon les saisons peut être assez impressionnante. Beaucoup d’entre eux prennent ce funiculaire près du port. On monte rapidement et on arrive sur une terrasse, près de la Piazzetta.
Faut-il se hisser sur les hauteurs pour profiter vraiment de Capri ?
Le fait de pouvoir m’échapper du centre de l’île m’a toujours beaucoup plu. J’emprunte les petits sentiers qui mènent dans les hauteurs, où l’on trouve un Capri semblable à celui immortalisé par Crane, préservé d’une certaine façon, car on y croise moins de monde.
Comme dans tous les grands lieux touristiques, dès qu’on s’éloigne des sentiers battus, on tombe sur des endroits très mystérieux, avec une végétation et une ambiance qui m’inspirent pour écrire.
Quel aspect vous a d’abord attirée à Capri ?
Au départ, je n’y connaissais pas grand-chose. Avec mon mari, Peter von Poehl, on nous a demandé de faire ce que nous faisons : chanter, jouer de la musique, mais aussi mêler la poésie à mes textes.
Je me suis donc beaucoup documentée sur Capri. C’est à ce moment-là, avant même d’y aller, que j’ai découvert un endroit complètement fascinant. Le fait que ce soit depuis toujours un refuge d’artistes est sans doute ce qui m’a le plus marquée et attirée. Tout le monde s’y est retrouvé : les peintres, les romanciers, puis, plus tard, les gens du cinéma.
C’est un endroit qui a une vraie âme. On y sent encore la présence des artistes qui l’ont habitée, qui ont écrit sur elle, qui l’ont peinte, qui l’ont photographiée. Certains étaient assez décadents et excentriques ; ils fuyaient car ils n’étaient pas tout à fait dans la norme et trouvaient refuge sur l’île, car on y accueillait des personnes de tous les horizons. Toutes les histoires qui ont traversé Capri sont romanesques.
Dans L’île intérieure, on trouve notamment un rapport singulier à l’histoire, au passé, aux fantômes. Est-ce quelque chose qu’on ressent plus à Capri qu’ailleurs ?
Oui, du moins pour moi. L’île est si électrique et chargée d’histoire qu’on a l’impression, surtout le soir, qu’un fantôme peut nous traverser à tout moment.
Quand on arrive sur une terrasse comme celle de la photo, où l’on devine les conversations, le souffle du vent, l’odeur de la mer, le bruit des coupes qui trinquent, la légère musique qui résonne, on entend le murmure des fantômes.
Je le ressens à chaque fois.
Diriez-vous que Capri est plutôt une île littéraire ou musicale ?
Capri est une île littéraire. Mais en réalité, tout se rejoint par la poésie, qui contient tout. C’est un endroit poétique.
Avez-vous écrit ou composé ce que vous avez fait sur Capri en étant sur place ?
Non, toujours après. C’est le Capri de ma mémoire qui m’intéressait, comme quand on ramène un peu de sable dans un flacon, en quelque sorte.
Quand j’y étais, j’essayais de m’imprégner de toutes les atmosphères et de tous les paysages. Plus qu’essayer, c’était une nécessité. J’étais perméable à cet environnement. Je rentrais chez moi et Capri continuait à vivre en moi.
Cette photo de Ralph Crane stimule-t-elle cette mémoire ?
Absolument. En la regardant, une partie de moi a envie d’y être, comme si la terre m’appelait. Je me sens bien en Italie. C’est sûrement mes origines italiennes lointaines qui font que je m’y sens un peu chez moi. Mais je pense qu’elle fait cet effet à beaucoup de gens, même à ceux qui n’y sont jamais allés. Cette illustration est une mise en bouche, un premier voyage.
Il y a quelque chose de magnétique dans cette terrasse qui vous plonge dans l’un des plus beaux paysages du monde, un verre à la main, en bonne compagnie, avec un peu de musique.Cette douceur de vivre ne peut qu’être attirante.
Si vous étiez sur cette terrasse, que boiriez-vous ?
Je serais très contente de commander un petit verre de prosecco et de contempler la mer au gré de conversations légères.
Que liriez-vous ?
Si j’étais seule installée sur l’une de ses chaises longues turquoises, dans un coin, face à la mer, je lirais Capri d’Alberto Savinio ou Le Pays de sirènes de Norman Douglas.
Et qu’écouteriez-vous ?
On distingue des musiciens sur la photo. Mais si je pouvais choisir, je dirais Eternamente. Composée par Charlie Chaplin pour Les Feux de la rampe, cette chanson a notamment été interprétée par Nilla Pizzi.
C’est un morceau que l’on peut trouver dans l’un de mes albums précédents et que j’ai chanté avec mon mari dans ce lieu magnifique qu’est la Villa Lysis. Cela se marie bien avec l’idée de mon Capri, un Capri onirique et éternel.