Essais

Le secret Villa Malaparte

Un écrivain italien a passé quelques jours dans la villa la plus fermée et désirée de Capri. Récit.

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© François Halard, Villa Malaparte

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Umberto BindiIl nostro concerto

« Allô, Casa Malaparte ? » répond une gouvernante d’une voix douce. Quelques instants plus tard, elle descend jusqu’au débarcadère pour récupérer les bagages dès que l’on quitte le zodiac. C’est ainsi que l’on accoste devant l’une des maisons les plus célèbres d’Italie — peut-être même du monde.

À Capri, près des Faraglioni, se dresse cette maison rouge, prolongée par son spectaculaire escalier et coiffée de sa voile blanche, devenue une icône au même titre qu’une paire de Nike.

La maison n’est pas ouverte aux visiteurs. Elle est toujours habitée par ses propriétaires, les héritiers de Curzio Malaparte, qui portent d’ailleurs le nom de Suckert, le véritable patronyme de l’auteur de Kaputt et de La Peau. Fils d’un teinturier saxon installé à Prato, Kurt Suckert adopta plus tard le pseudonyme de Malaparte. « Le noir Suckert est encore utilisé aujourd’hui dans l’industrie textile », explique Niccolò Rositani-Suckert, son arrière-petit-neveu, gardien des archives familiales et de l’esprit de la maison.

« On comprend peu à peu qu’elle n’est pas seulement une architecture spectaculaire, ni même la résidence d’un grand écrivain. Elle est sans doute l’œuvre la plus complète de Malaparte. » Photo de François Halard, Villa Malaparte, 1998.

Petit-fils de la sœur de Malaparte, issu d’une famille de scientifiques, Rositani-Suckert est avocat, conseil de la maison d’édition milanaise Adelphi ainsi que d’autres éditeurs italiens. Il enseigne également le droit d’auteur au Politecnico de Milan et fait figure de référence dans la défense de la propriété intellectuelle, qu’elle soit artistique ou architecturale. Sa ressemblance avec son grand-oncle est troublante. Avec une détermination presque militante, il protège ce promontoire familial contre les assauts de la société de masse.

La voilà, justement, cette société de masse. Vedettes, gozzi, yachts et ferries défilent au pied de la falaise, encadrés par les quatre immenses baies — toutes différentes — du vaste salon du premier étage. Les haut-parleurs des bateaux d’excursion répètent inlassablement le même commentaire : « Voici la Casa Malaparte, œuvre d’Adalberto Libera, léguée au gouvernement chinois… » D’ici, on distingue les bras tendus des touristes, smartphones pointés vers la maison. Leur rêve est évidemment d’y monter, d’y prendre un selfie et, pourquoi pas, d’y croiser ces mystérieux Chinois censés l’occuper.

Rositani-Suckert, lui, préférerait parfois les repousser à coups de canon. Il se lasse des appels de ceux qui demandent à visiter « la maison d’Alberto Libera », écorchant au passage le prénom de l’architecte du Palazzo dei Congressi et du palais des Postes de l’EUR, le grand quartier rationaliste de Rome. Selon lui, Libera n’a finalement pas davantage à voir avec cette maison que ses prétendus occupants chinois.

« Cette maison n’a rien de rationaliste. Si elle appartient à un courant, ce serait plutôt le surréalisme », tranche-t-il. Et le sujet semble l’épuiser. Les archives familiales racontent pourtant une autre histoire. Elles montrent que Malaparte — écrivain, journaliste, scénariste, publicitaire, mais aussi, à ses heures, créateur de meubles et d’objets, figure presque unique de créateur total dans l’Italie du XXe siècle — conçut lui-même cette demeure. Il l’appelait Casa come me : « une maison comme moi ». Un autoportrait architectural autant qu’esthétique, infiniment plus personnel que bien des réalisations des architectes vedettes de son époque.

Les preuves s’accumulent. Les félicitations d’Aldo Morbelli, important architecte de l’époque fasciste, saluant « les qualités si rares d’un non-architecte ». Un document de la municipalité de Capri attestant qu’aucun projet signé Libera n’a jamais existé pour cette maison. Les études préparatoires de la célèbre voile blanche, réalisées par le futuriste Uberto Bonetti, qui précise avoir travaillé « sous votre direction esthétique et constructive ». Et enfin les propres dessins de Malaparte, où l’entrée était initialement prévue au pied du monumental escalier trapézoïdal — un hommage à l’église de Lipari, l’île où Mussolini l’avait envoyé en relégation.

Les transformations se poursuivent au fil du chantier. La maison naît blanche avant de devenir rouge. Dans un texte publié en 1940 sous le titre Una casa tra Greco e Scirocco, Malaparte décrit lui-même son projet, dans une langue où la réflexion architecturale se confond avec la littérature : « Non seulement les lignes de la maison, son architecture, mais aussi les matériaux avec lesquels je la construirais devaient s’accorder à cette nature, à la fois sauvage et délicate. »

« Cette maison n’a rien de rationaliste. Si elle appartient à un courant, ce serait plutôt le surréalisme. » Photo de François Halard, Villa Malaparte, 1998.

Il y affirme également un véritable manifeste esthétique : « Ni brique, ni béton, mais de la pierre, uniquement de la pierre, celle même dont est faite la montagne. »

Sous l’enduit, on découvre effectivement la pierre locale, et non le béton auquel on réduit souvent la maison. Plus loin, Malaparte poursuit : « C’est avec une sorte de crainte révérencieuse que je me suis attelé à cette tâche, aidé non par des architectes ni par des ingénieurs, mais par un simple maître-maçon. Je la voulais longue de cinquante-quatre mètres et large de dix. »

Les archives administratives, en revanche, demeurent étonnamment laconiques. Comment les autorisations ont-elles été obtenues pour ce qui apparaît rétrospectivement comme l’une des plus magnifiques infractions d’urbanisme de l’Italie du XXe siècle ? Les hypothèses abondent. Certains évoquent l’intervention du sénateur Giovanni Agnelli, président de l’empire industriel FIAT, soucieux d’éloigner Malaparte de Forte dei Marmi, où sa turbulente belle-fille Virginia lui compliquait l’existence. D’autres pensent qu’Adalberto Libera, alors architecte en vue du régime fasciste, aurait simplement été sollicité pour faciliter les démarches administratives avant d’être rapidement écarté du projet — un célèbre éclat entre les deux hommes sur la Piazzetta de Capri nourrit encore cette version, même si rien n’indique que Libera ait jamais mis les pieds sur le chantier. D’autres encore attribuent ce rôle à Galeazzo Ciano, alors ministre des Affaires étrangères et proche de l’écrivain, que Kaputt n’épargne pourtant guère.

Une chose paraît certaine : Malaparte entendait contrôler lui-même chaque étape du projet.

Les archives familiales réservent d’autres surprises. Le terrain fut acquis en 1938 devant un notaire caprese nommé Carlo Caracciolo — amusant homonyme du prince qui fondera plus tard La Repubblica. L’achat fut financé grâce à un prêt de l’INPGI, la caisse de retraite des journalistes italiens. Quant au permis de construire, il autorisait simplement l’édification d’« une petite villa en harmonie avec l’architecture de Capri, invisible depuis la mer ». C’est pourtant un véritable ovni architectural qui allait surgir sur ce promontoire, au point de devenir l’un des emblèmes de l’île. Bruce Chatwin la décrira plus tard comme « l’une des maisons les plus étranges du monde occidental ».

C’est ici que vivent aujourd’hui Niccolò Rositani-Suckert, son épouse Alessia et leur fils Tommaso — un prénom choisi en hommage au futuriste Filippo Tommaso Marinetti. Alessia Rositani-Suckert gère les droits internationaux de l’œuvre de Malaparte, désormais traduite dans une trentaine de pays. « Cette maison est une métaphore », explique Niccolò Rositani-Suckert. « Il faut l’interpréter. Elle est aussi complexe que Finnegans Wake ou Ulysse. »

Le cinéma en a fait un décor mythique, du Mépris de Godard à La Peau de Liliana Cavani. Mais au-delà de sa puissance symbolique, son organisation intérieure raconte elle aussi une histoire.

Au rez-de-chaussée — façon de parler, puisque la maison s’agrippe à la falaise comme un navire —, l’aile gauche, peut-être le « cerveau » de l’édifice, évoque les origines germaniques de Malaparte. La salle à manger, avec son atmosphère de Stube tyrolienne, rappelle presque le château de Neuschwanstein. « C’était une manière d’évoquer sa part allemande, mais aussi son passage chez les chasseurs alpins », explique Rositani-Suckert.

Quatre chambres d’amis, deux de chaque côté, s’alignent ensuite comme des cellules monastiques ou des cabines de bateau. Le parquet est fait de larges planches de bois brut. Aux murs sont accrochées des gravures de chevaux, offertes à Kurt Suckert par la cour de Suède et enchâssées dans des cadres dessinés par lui-même. Ces chevaux inspireront plus tard les célèbres pages consacrées au prince Eugène dans Kaputt.

Même les objets les plus ordinaires semblent appartenir à la légende. Une ancienne valise, qui accompagna probablement Malaparte lors de ses voyages en Chine ou en Éthiopie, sert aujourd’hui de table de nuit. Les couvre-lits et les rideaux sont en lin jaune ; les couloirs sont pavés de carreaux blancs et noirs ornés d’une petite rose et du monogramme « M ».

En gravissant le grand escalier de bois, on débouche sur l’immense salon du premier étage. Quatre baies monumentales, toutes de dimensions différentes, s’ouvrent sur la mer. Dépourvues de montants, basculantes, elles furent imaginées par Malaparte lui-même. Au centre de la pièce, une cheminée presque dalinienne, protégée par une plaque de verre « pour continuer à voir la mer », comme le dit Jack Palance à Brigitte Bardot dans Le Mépris. Sous les pieds, la pietra serena grise venue de Toscane.

« Ni brique, ni béton, mais de la pierre, uniquement de la pierre, celle même dont est faite la montagne. » Photo de François Halard, Villa Malaparte, 1998.

Depuis le tournage du film, un élément manque encore : la monumentale Danza de Pericle Fazzini, actuellement en restauration avant de retrouver sa place sur l’un des murs du salon. En revanche, le mobilier dessiné par Malaparte a retrouvé toute sa présence. Une immense table de bois portée par des colonnes torses qui évoquent Borromini ; une console dont les lignes ondulent comme une vague ; un banc reposant sur les mêmes colonnes de grès — qui dissimulent, elles, un lavabo, un bidet et des toilettes. Le ready-made n’était décidément pas une invention exclusivement parisienne.

Les canapés ont retrouvé leur blancheur originelle à l’issue d’une restauration d’une extrême fidélité.

Même le golden retriever de la maison porte le nom de Febo, comme le chien de Malaparte. Les rayonnages conservent tous ses livres, ainsi que la collection complète de Prospettive, la revue qu’il fonda en 1937 et qui demeure l’une des grandes aventures intellectuelles de l’Italie d’avant-guerre.

Vers la pointe de la maison se trouve la Favorita, la suite que Malaparte réservait à ses invitées. Une vaste baignoire taillée dans un seul bloc d’albâtre gris, un lit enchâssé dans une sévère structure de bois : tout y évoque une cabine de paquebot dessinée par un moine moderniste.

Puis vient le Pensatoio, littéralement « la chambre de la pensée ». Une immense table de travail, à mi-chemin entre une sacristie et la passerelle d’un navire ; il ne manque que la barre. Les carreaux de faïence, ornés d’une lyre, furent dessinés spécialement par Alberto Savinio.

Tout, ici, constitue un manifeste esthétique. Malaparte entendait rompre avec le pittoresque néocaprese qui triomphait déjà sur l’île — et qui continue aujourd’hui de séduire une certaine clientèle fortunée. Il écrivait : « Ni colonnettes romanes, ni arcs, ni escaliers extérieurs, ni fenêtres ogivales ; aucun de ces hybrides mêlant les styles mauresque, roman, gothique ou Sécession. »

Cette exigence ne s’arrêtait pas à l’architecture. Dans la Stube, où nous déjeunons autour de simples salades servies dans une ancienne porcelaine Richard Ginori bordée d’un fin filet d’or, face à une mer soudain démontée, tout semble prolonger la même vision. Les nappes blanches portent le « S » de Suckert brodé à la main. Une lampe, que l’on croirait tressée en bambou, est en réalité faite de lanières de cuir gainées de shantung.

« Cette maison est une métaphore. Il faut l’interpréter. Elle est aussi complexe que Finnegans Wake ou Ulysse. » Photo de François Halard, Villa Malaparte, 1998.

Là encore, tout est de Malaparte.

Les dessins originaux ont été conservés. Alessia Rositani-Suckert supervise aujourd’hui leur étude et leur valorisation, tandis que leur fils Tommaso travaille à la réédition d’une sélection de meubles et d’objets imaginés par son arrière-grand-oncle. Une manière de rappeler que Malaparte ne fut pas seulement un immense écrivain, mais l’un de ces rares créateurs capables de passer avec la même liberté de la littérature au mobilier, de l’architecture au cinéma, du journalisme à la mise en scène de sa propre existence. Véritable créateur total, il incarnait cette figure aujourd’hui presque disparue du créateur polymorphe, dont chaque œuvre semblait prolonger la précédente.

Huit pièces seulement composent aujourd’hui ce catalogue : quelques cadres, la grande table, le banc, plusieurs luminaires et d’autres objets conçus avec une obsession presque maniaque du détail. Chaque essence de bois est sélectionnée avec le même soin que du temps de Malaparte, dans l’idée de redonner vie, sans les trahir, à des créations longtemps demeurées confidentielles.

L’activité de la maison ne se limite pas à la conservation d’un patrimoine. Depuis plusieurs années, elle est devenue un lieu de recherche, de transmission et de création. Sans jamais renoncer à son caractère privé, elle accueille régulièrement architectes, historiens de l’art et universitaires venus du monde entier. Richard Rogers, Renzo Piano, Achille Castiglioni — qui racontait s’être réveillé un matin en découvrant un gecko dans son lit — y ont séjourné, souvent dans le cadre de collaborations avec des universités américaines.

Cette ouverture reste volontairement limitée. Il ne s’agit pas de transformer la maison en musée, mais d’en préserver la nature profonde.

« Casa Malaparte a été conçue comme une maison avant d’être un monument », explique l’architecte londonien Billie Lee, qui accompagne depuis plusieurs années les activités culturelles du lieu. « L’ouvrir massivement au public reviendrait à détruire précisément ce qui fait son caractère. »

La famille privilégie donc une autre voie : accueillir peu de visiteurs, mais leur offrir le temps de comprendre la maison, plutôt que de la consommer comme une étape supplémentaire sur l’itinéraire touristique de Capri.

La création contemporaine y trouve également sa place. Au fil des années, la maison a accueilli des projets artistiques et des événements organisés avec un nombre très restreint d’invités, dans un dialogue assumé entre patrimoine et création. Loin de transformer les lieux en décor mondain, ces initiatives participent à leur entretien et à leur rayonnement international.

Elles permettent aussi de financer un travail de conservation particulièrement exigeant. Les embruns frappent directement les façades ; les tempêtes remontent parfois jusqu’au premier étage. Enduits, huisseries, pierre, menuiseries : tout doit être restauré en permanence, avec une minutie infiniment plus grande que celle qu’exigerait une villa contemporaine, fût-elle luxueuse.

Villa Malaparte, François Halard, 1998.

« L’entretien de la maison représente un effort considérable », explique Alessia Rositani-Suckert. « Nous n’avons jamais bénéficié de financements publics ; chaque intervention est rendue possible grâce aux activités que nous développons autour de l’œuvre de Malaparte et grâce à la famille. »

Cette conception très anglo-saxonne de la gestion d’une maison historique continue pourtant de susciter des débats à Capri. Beaucoup rêveraient de voir Casa Malaparte devenir un musée national, ouvert chaque jour aux visiteurs. D’autres contestent son utilisation ponctuelle pour des projets culturels ou des événements privés.

Pour Niccolò Rositani-Suckert, la question est presque inversée : préserver une œuvre suppose parfois d’en limiter l’accès, même à ceux qui souhaitent la voir.

Pourtant, quelques privilégiés franchissent encore le seuil de la maison. Pas en touristes, mais en invités.

L’accès n’obéit à aucun protocole officiel. Il n’existe ni billetterie, ni visites guidées, ni calendrier public. On y entre sur invitation, ou parfois après une simple conversation téléphonique, lorsque les propriétaires estiment que la curiosité du visiteur l’emporte sur la seule consommation.

Cette liberté de choix suscite régulièrement des critiques. Certains continuent d’agiter l’ancienne controverse autour du testament de Malaparte, qui, en 1957, souhaitait léguer la maison à une fondation italo-chinoise. L’histoire est pourtant moins mystérieuse que la légende. Au moment de sa mort, la République populaire de Chine n’était pas reconnue par l’Italie ; les conditions juridiques du legs ne purent donc être réunies. La propriété revint naturellement à la famille, qui n’a jamais cessé d’y vivre et d’en assurer la conservation.

D’autres reprochent à la maison de ne s’ouvrir qu’à quelques heureux élus : de temps à autre, le grand marchand d’art Larry Gagosian y réunit le gotha de ses clients internationaux pour de discrets happenings ; et le 10 juin 2024, c’est Jacquemus qui a eu droit à la maison : pour ses quinze ans, la marque y a présenté sa collection « La Casa », quarante-sept silhouettes gravissant l’escalier vers le toit, filmées par des drones, sur la musique du Mépris.

Les visiteurs chinois, eux, ne sont jamais venus habiter la falaise de Capri.

Cette confusion dit peut-être quelque chose de notre époque. Nous supportons de plus en plus difficilement qu’un lieu d’une telle beauté demeure privé. Comme si tout ce qui est photographié, partagé ou admiré devait finir par devenir accessible à tous. À Capri, beaucoup rêvent d’un musée ; d’autres imaginent une fondation publique, administrée comme un grand site patrimonial. Rositani-Suckert défend une idée exactement inverse : certaines œuvres ne peuvent continuer à vivre qu’à condition d’échapper à la logique de la fréquentation permanente.

« La meilleure manière de préserver Casa Malaparte consiste peut-être précisément à l’empêcher de devenir un monument comme les autres. » Photo de François Halard, Villa Malaparte, 1998.

C’est un paradoxe très contemporain. La meilleure manière de préserver Casa Malaparte consiste peut-être précisément à l’empêcher de devenir un monument comme les autres.

Pendant que les embarcations continuent de défiler au pied de la falaise, les haut-parleurs répètent inlassablement la même histoire, souvent approximative. Les smartphones se lèvent, les objectifs zooment, les photos s’accumulent dans les mémoires numériques. Vue de la mer, la maison est devenue une image universelle.

Vue de l’intérieur, elle apparaît tout autrement.

On comprend peu à peu qu’elle n’est pas seulement une architecture spectaculaire, ni même la résidence d’un grand écrivain. Elle est sans doute l’œuvre la plus complète de Malaparte : un livre construit en pierre, où chaque fenêtre, chaque meuble, chaque escalier, chaque silence participe d’un même autoportrait.

En la quittant, on emporte finalement moins le souvenir d’une maison que celui d’un esprit. Les bateaux reprennent leur ronde, les voix des guides couvrent le bruit des vagues, les téléphones recommencent à crépiter.

La maison, elle, continue de regarder la mer.

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