Le Pakistan vient de demander à Washington de soutenir ses réserves de change à hauteur de 10 milliards de dollars 1. Le gouvernement pakistanais espère ainsi tirer profit de la proximité construite avec l’administration Trump depuis un an et demi pour soutenir son économie, fragilisée par la guerre contre l’Iran.

  • Le Pakistan, un pays de 255 millions d’habitants, a subi ces dernières années les effets de la pandémie de Covid-19 et de la crise énergétique provoquée par l’invasion russe de l’Ukraine. Dépourvu de ressources fossiles, Islamabad est un importateur majeur de GNL.
  • Ces difficultés économiques ont été aggravées par le conflit opposant le Pakistan à l’Inde, qui avait débouché sur une confrontation aérienne majeure en mai 2025, et à l’Afghanistan des Talibans.
  • À cela viennent s’ajouter les conséquences majeures de la guerre contre l’Iran, qui partage une longue frontière de près de 1 000 km avec le Pakistan.

Ces difficultés se sont traduites par un déficit de la balance courante et un assèchement des réserves de change. En 2023, Islamabad avait échappé de peu à un défaut de paiement en se plaçant sous la tutelle du Fonds monétaire international, qui lui avait accordé un prêt immédiat de 3 milliards de dollars, puis un soutien de 7 milliards de dollars en 2024 ainsi qu’un prêt de 1,3 milliard de dollars en 2025.

  • Mais ce soutien est conditionné par la mise en œuvre de réformes très impopulaires – hausses d’impôts, baisses des dépenses publiques, etc. –, et l’économie pakistanaise reste très dépendante des facilités accordées par d’autres pays, comme la Chine ou l’Arabie saoudite.
  • En avril, le Pakistan avait dû ainsi rembourser 3,5 milliards de dollars aux Émirats arabes unis, remplacés par un soutien de 3 milliards de dollars de l’Arabie saoudite. 

Soumise à la purge imposée par le FMI, l’économie pakistanaise se remettait lentement, mais la guerre contre l’Iran, lancée fin février, remet en cause ce redressement à un moment où les réserves de change du pays ne permettent de couvrir que trois mois d’importations 2.

  • Plutôt que de se tourner de nouveau vers le FMI, le Pakistan tente donc de trouver à Washington des ressources pour soutenir son économie.
  • Le gouvernement pakistanais espère des conditions moins strictes du fait de son rôle joué dans les négociations avec l’Iran, et de sa proximité avec l’administration Trump, construite par le gouvernement pakistanais depuis 2025.

En mai 2025, les autorités pakistanaises avaient en effet remercié Donald Trump pour le rôle qu’il aurait joué dans la négociation d’un cessez-le-feu avec l’Inde, suite à la confrontation qui avait opposé les deux pays – un rôle que l’Inde avait, pour sa part, nié. Dans la foulée, en guise de gratitude, le gouvernement pakistanais avait nommé Donald Trump pour le prix Nobel de la paix.

  • En janvier, c’est le ministre des Finances pakistanais qui a signé avec Zach Witkoff, le fils de Steve Witkoff, en présence du Premier ministre pakistanais et du chef d’État-major de l’armée, un accord pour l’usage des crypto-dollars émis par World Liberty Financial, l’entreprise crypto de la famille Trump 3.
  • Le Pakistan s’est également engagé à rénover l’hôtel Roosevelt à New York, actuellement fermé, qui est détenu par la compagnie aérienne Pakistan International Airlines, et propose d’accueillir des investissements miniers américains.

Les bonnes grâces acquises auprès de Trump ont permis au Pakistan de jouer un rôle central au cours du conflit avec l’Iran. Islamabad espère désormais pouvoir en tirer profit pour obtenir, à des conditions favorables, l’aide de Washington pour soutenir son économie – un privilège que seule l’Argentine de Javier Milei avait obtenu l’an dernier, pour la première fois depuis 2002, quand les États-Unis avaient alors soutenu l’Uruguay, sous George Bush.

Sources
  1. « Pakistan seeks $10 billion fund from US after mediating Iran talks, sources say », Reuters, 21 juillet 2026.
  2. Humza Jilani et Claire Jones, « Pakistan seeks $10bn US facility to shore up reserves », Financial Times, 22 juillet 2026.
  3. Olivier Acuna, « Pakistan signs deal with WLFI-linked crypto business for cross-border payments », CoinDesk, 14 janvier 2026.