Le Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail (DRL) du département d’État américain a lancé lundi 13 juillet un appel à propositions visant à développer les « liens civilisationnels », la « résilience démocratique » et l’État de droit en Europe. Jusqu’au 12 août, des ONG, think tanks, universités, individus, et organisations internationales pourront ainsi candidater pour obtenir des subventions américaines allant jusqu’à 3 millions de dollars 1.
Il s’agit de la première fois depuis 2025 que l’administration Trump cherche à faire porter son agenda idéologique en Europe via un soutien financier direct.
- Comme le rappelle Maya Kandel, « le Bureau démocratie, droits de l’homme et travail soutenait depuis 40 ans la société civile face aux régimes autoritaires. Signe de la transformation profonde du département d’État lancée dès le retour de Trump à la Maison-Blanche, il avait déjà été mis à contribution par le bureau du vice-président pour trouver des preuves de la ‘censure’ européenne puis, après n’en avoir trouvé aucune, avait été réorganisé sous la supervision de Samuel Samson ».
- Selon Kandel, « ce bureau devient désormais officiellement l’instrument et le bailleur de fonds d’acteurs de la société civile mobilisés, chez les alliés européens, contre leurs propres institutions ».
L’appel à projets, baptisé « Développer les liens entre les civilisations, la résilience démocratique et l’État de droit en Europe », est doté d’un budget de près de 5 millions de dollars, qui pourront être répartis entre 2 à 3 projets de 1 à 3 millions de dollars chacun. Si les montants peuvent sembler faibles pour les États-Unis, ils sont loin d’être anodins à l’échelle européenne, et notamment française, précise Kandel.
- Parmi les potentiels candidats à ces subventions, pourraient figurer des organisations comme le Prosperity Institute, un groupe de réflexion britannique proche de l’agenda de Trump, qui avait notamment invité en décembre la sous-secrétaire d’État américaine chargée de la diplomatie publique, Sarah B. Rogers, à un de ses événements.
- Début 2026, Rogers avait annoncé un financement de 500 000 dollars pour « promouvoir la liberté numérique », et en particulier pour subventionner des « centres de réflexion » alignés sur les priorités de l’administration Trump. L’annonce avait notamment suscité l’enthousiasme de Nicolas Conquer – soutien français de Trump, ancien adhérent de Reconquête et ex-candidat ciottiste aux législatives de 2024 –, qui avait lancé dans la foulée Western Arc, un « do-tank » « inspiré de l’Amérique MAGA ».
- Selon Kandel, « le modèle reste toutefois l’écosystème bâti par Orbán » à Bruxelles et à Budapest à travers diverses organisations comme le Danube Institute, le Mathias Corvinus Collegium ou le Hungarian Institute of International Affairs, un think-tank hongrois dirigé par Gladden Pappin, l’un des artisans clefs de la convergence idéologique entre Trump et le régime d’Orbán.
Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a mis en garde l’administration Trump mercredi 15 juillet lors d’une conférence de presse contre toute tentative d’ingérence américaine dans les élections allemandes, suite à l’annonce du lancement du programme.
- En 2025, Elon Musk avait apporté son soutien explicite à Alice Weidel, en appelant les électeurs allemands à voter pour le parti d’extrême-droite Alternative für Deutschland. Il avait ainsi déclaré : « Seule l’AfD peut sauver l’Allemagne. Fin de l’histoire. Les gens doivent soutenir l’AfD ».
- Hier, jeudi 16 juillet, il a affirmé sur son réseau social X que Marine Le Pen était « le dernier espoir de la France ». Musk avait apporté son soutien à la candidate du Rassemblement National (RN) pour l’élection de 2027 durant son procès, l’encourageant « à surmonter cette persécution et à se présenter à la prochaine élection présidentielle ».
- Si plusieurs figures de l’extrême-droite européenne affichent une proximité avec Trump et le mouvement MAGA, leurs électorats demeurent divisés.
- Notre sondage Eurobazooka, conduit en janvier, révélait notamment un clivage dans la perception de l’impact de la deuxième présidence Trump sur l’unité de l’Occident.
- Ainsi, 35 % des électeurs du RN et de Fratelli d’Italia, le parti de Giorgia Meloni, déclaraient que Trump contribuait à « fragiliser l’Occident ».
Maya Kandel estime que, « jusque dans son vocabulaire, l’appel décline la grammaire de la stratégie de sécurité nationale de décembre 2025, et se situe dans la droite ligne du discours de Vance à Munich ». Le programme prévoit par ailleurs une « implication substantielle » du département d’État, qui co-choisira les participants, les thèmes et les lieux retenus pour des ateliers et événements : « Il s’agit bien d’une implication directe dans le débat public européen ».
- Si ce nouveau programme traduit une évolution majeure, « Il ne s’agit toutefois que d’un volet de l’offensive en cours contre l’Europe », analyse Kandel.
- « Au même moment, Marco Rubio a convoqué jeudi 16 juillet à Washington une réunion sur le ‘terrorisme global d’extrême gauche’, alors même que l’Europe est qualifiée ‘d’incubateur de menaces terroristes’ ».
- Washington affirme que plus de 60 pays ont pris part à cette réunion, dont la plupart des pays européens, des pays d’Amérique latine et plusieurs pays asiatiques.
- « Société civile d’un côté, États de l’autre : ce sont bien deux volets d’une même entreprise de vassalisation idéologique », analyse Kandel. Cette double offensive permettra, selon elle, d’identifier les relais européens prêts à se financer sur le budget de l’offensive MAGA contre l’Europe.
Sources
- DRL NOFO Developing Civilizational Bonds, Democratic Resilience, and Rule of Law in Europe, Département d’État américain, 13 juillet 2026.