Un café avec le Grand Continent

«Les droits humains ne sont pas un menu à la carte» Volker Türk

Des drones au Soudan à Gaza, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme navigue dans un monde cassé, avec la boussole d’une idée universelle.

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© Philippe Labrosse (photos) Tundra Studio (illustrations)

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Il faut d’abord passer devant le Palais de Chaillot, longer l’esplanade rebaptisée Parvis des Droits-de-l’Homme en 1985, et s’installer dans le café qui lui fait face. C’est ici, un 10 décembre 1948, que la Déclaration universelle des droits de l’homme a été adoptée. L’ONU venait de naître, n’avait pas encore de siège, et Robert Schuman, alors ministre des Affaires étrangères, avait invité l’Assemblée générale à Paris. Alors qu’ils avaient vécu le pire, certains avaient travaillé à bâtir le meilleur.

Notre rendez-vous a choisi ce lieu pour qu’on aille droit au but. Il arrive avec dix minutes de retard, escorté de son cabinet, la démarche pressée d’un homme qui vient d’un lieu et court vers un autre. 

« Je suis fou quand je mange un croissant à Paris. » Le croissant arrive avec un double espresso qu’il fait aussitôt remplacer par un café crème. Il reste intact devant lui pendant un long moment, comme une promesse qu’il se garde. 

Volker Türk, juriste autrichien de formation, est le huitième Haut Commissaire aux droits de l’homme des Nations unies depuis octobre 2022. Il revient du Soudan. Le 11 juin, il a lancé une Alliance mondiale pour les droits humains. Le monde s’embrase et les nouvelles technologies menacent les civils comme jamais. Entre son arrivée et son départ, il faut tout dire.

Comment dire ces droits

Türk parle plusieurs langues. Aujourd’hui, ce sera le français, un français précis et éloquent, mais où l’allemand affleure parfois dans la syntaxe et où l’anglais surgit quand un concept lui échappe. Watchdog, truth-telling process, crack of light. Il traduit après coup, sourit d’être surpris.

Nous commençons par le titre même de sa fonction cette hésitation si française entre « droits de l’homme » et « droits humains ». « En anglais, c’est human rights, alors on évite ce problème. En espagnol aussi, derechos humanos. Diritti umani. Menschenrechte. Oui, c’est très français. » Il regarde son croissant. « Moi, je préfère dire droits humains. Je sais que dans la langue française c’est très compliqué, mais l’impression qu’on a, c’est qu’on réduit ces droits à l’homme. »

Il glisse aussitôt vers ce qui l’intéresse vraiment : l’idée que les droits humains dateraient de 1948 est fausse. « Cette bataille en faveur des libertés fondamentales est presque dans l’ADN de l’humanité. Quelquefois on pense que c’est comme le droit international et la Charte, mais en fait, ça date déjà des révolutions — la Révolution française, la Révolution haïtienne, la Révolution américaine —, mais aussi du mouvement ouvrier, du féminisme, des luttes contre le racisme, contre l’apartheid. Ce que la Déclaration universelle a achevé, c’est de consolider cette sagesse dans un document extrêmement important, auquel je continue de me référer au quotidien. ».

Si Türk tient tant à ouvrir cette généalogie, c’est pour couper court au soupçon qui la mine : celui d’une surdétermination géographique et culturelle. S’agit-il d’éviter que l’on pense que les droits humains sont un produit occidental d’exportation, que le reste du monde pourrait révoquer à sa guise ?

« J’appelle ça la politique de distraction. » Il pose sa tasse. « Ce sont non seulement des valeurs universelles, mais aussi un cadre juridique universel. Il a bien sûr des racines dans les Lumières, mais aussi en Afrique, en Asie, dans chaque religion, dans chaque culture, aux Amériques. Il faut regarder cela dans une perspective historique. Et parfois, les Européens font eux-mêmes cette erreur, en parlant de valeurs européennes. » Ces arguments d’importation occidentale, dit-il, « viennent de ceux qui veulent exercer leur pouvoir et lancer des guerres culturelles — mais ils sont très facilement à contrecarrer ».

Il cite le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, qui a théorisé cet universalisme latéral. Il cite René Cassin, l’un des rédacteurs français de la Déclaration de 1948, qui défendait déjà un universalisme fondé non sur l’imposition d’un modèle, mais sur ce qui unit humainement. 

Et l’on comprend que l’Alliance mondiale qu’il vient de lancer envisage de poursuivre exactement ce chantier : réunir des philosophes d’Afrique, d’Asie, des Amériques, du monde arabe, parce que le combat, désormais, se joue autant dans les têtes que dans les tribunaux. 

Il se rapproche de la table et nous regarde fixement. « Nous sommes confrontés à une crise intellectuelle et philosophique majeure. On voit trop souvent une volonté de recul, d’un retour à un âge antérieur même à celui des Lumières, sur la séparation de l’État et de l’Église, sur la question du genre, sur la protection de l’égalité. On ne peut jamais rien prendre pour acquis. L’abolition de la peine de mort. On voit déjà, au sein même de débats parlementaires européens, certains qui ressortent ces questions. L’égalité femmes-hommes, il y a des personnes qui pensent vraiment que l’homme peut dominer la femme ! »

La guerre n’a plus de saisons 

Nous avons devant nous un juriste, un intellectuel qui cherche clairement à parler une autre langue que celle qu’impose l’actualité des crises et des explosions. 

Justement, concrètement, sa journée, c’est quoi ?

« Ça commence toujours le matin avec une réunion pour regarder la situation dans le monde. J’imagine que c’est un peu comme dans votre rédaction : on se demande ce qui s’est passé, ce qu’on peut faire, est-ce qu’il y a des communiqués de presse, des téléphones, des réunions à Genève. » 

Son siège est encore au Palais Wilson, l’ancien siège de la Société des Nations. Il déménagera bientôt, nous annonce-t-il.

Comment hiérarchise-t-il, dans un monde où plus de quarante conflits et guerres sont en cours ?

« C’est un grand défi pour nous parce qu’on ne peut pas hiérarchiser. Si on ne travaille pas sur les grands défis à long terme, on aura encore plus de crises à gérer. » 

Ce qui l’inquiète particulièrement, et qui n’est pas de l’ordre du signal faible : « Les caractéristiques de ces guerres, ce sont des violations très graves du droit international humanitaire. Et on voit que quelques États essaient d’utiliser leurs mesures de combat pour changer la doctrine autour de l’impact sur les civils. Ils invoquent la nécessité militaire, mais nous, nous ne voyons pas cette justification. On a vu ça au Liban, à Gaza, au Soudan, en Ukraine, avant en Syrie. Ceux qui mènent la guerre veulent pousser les limites de l’acceptable. »

L’exemple qu’il donne est glaçant, parce qu’il vient d’un haut responsable. « Je me rappelle d’une conversation avec le ministre de la Justice du Soudan du Sud. J’ai soulevé le problème des attaques contre les civils dans les zones densément peuplées. Il m’a dit : ‘Non, mais on donne des alertes deux heures avant l’attaque. Et si les gens restent, tant pis pour eux. C’est la guerre.’ » Il marque un temps. « Ça, ce n’est pas acceptable du tout. »

Face à cette érosion, il pose la formule qui résume sa fonction mieux que tout organigramme : « Mon rôle, c’est d’être un objecteur persistant. Pour que ces normes ne se modifient pas. Pour que la protection des civils et de l’infrastructure civile reste quelque chose qu’il faut protéger, même dans une situation de guerre. »

Il revient au Soudan, où son bureau a documenté un basculement inédit dans la conduite de la guerre. « Les morts civiles cette année, c’est surtout à cause des drones. Normalement, pendant la saison des pluies, il y a moins d’impact sur les civils parce que les combats s’arrêtent. Maintenant, ils continuent. »

En l’écoutant, je note dans mon carnet ces mots qui m’inquiètent depuis : « La guerre n’a plus de saison. »

A crack of light

Sa position sur les armes létales autonomes est nette : prohibition totale. « Il faut arrêter le développement de cette sorte d’armes, dit-il. Malheureusement, on ne voit pas cela venir. »

Et c’est un peu tout le point. Suffit-il d’avoir raison en droit quand les autres ont la force ? 

Il a compris le sens de la question, mais il choisit un détour pour y répondre. 

« J’ai interviewé beaucoup de victimes de la chute d’Al-Fasher. C’était surtout des femmes, mais aussi des hommes. Il y avait un schéma très clair. Des massacres, des tueries extrajudiciaires, des viols de masse, des exactions, des tortures. La vengeance pour tous ceux qui étaient soupçonnés d’avoir collaboré avec les autorités. » Il précise, parce que les mots ont un sens juridique et qu’il est juriste : « Ce sont des crimes d’atrocités. »

Al-Fasher, capitale du Darfour-Nord, est tombée fin octobre 2025 aux mains des paramilitaires des Forces de soutien rapide, après un siège de dix-huit mois. Il en parle d’une voix très basse, presque neutre, en fixant sa tasse. « Ce sont des personnes qui ont souffert pendant presque une année sous un siège où ils n’avaient plus à manger. Ils ont commencé à manger des coquilles de cacahuètes. La situation était inimaginable. »

Et pourtant, dit-il, il y a autre chose. « Ce qui m’a donné beaucoup d’espoir, c’est un sens de résilience énorme dans cette population. Il y a un pouvoir dans cette population que je trouvais vraiment frappant. »

Nous repensons à sa généalogie élargie des droits de l’homme : une révolution est-elle encore possible ?

La révolution soudanaise de 2018-2019, celle qui a fait tomber le dictateur sanguinaire Omar el-Bechir, « va revenir, je suis absolument convaincu. Malgré tout ce qu’ils sont en train de faire contre la population. Ils n’ont pas pu tuer ce mouvement. » 

Il en voit un signe clair dans l’énergie de celles et ceux qui travaillent aujourd’hui dans les emergency rooms, ces espaces d’urgence humanitaire ultra-locaux. « Ce n’est pas l’industrie humanitaire, c’est vraiment eux sur place, en solidarité avec la population. »

C’est un mot qu’il aime, et qui structure son travail : « On va toujours essayer de trouver, je ne sais pas comment dire en français, le crack of light. »

Le rai de lumière, lui souffle-t-on.

« Voilà. C’est un peu notre travail. Où est-ce qu’il y aurait un rai de lumière pour aller là-dedans ? »

L’ancre du droit

Le croissant est enfin entamé. Il en mange la moitié en deux bouchées, boit une gorgée de café crème.

Il est le premier haut-commissaire juriste depuis Navi Pillay et Louise Arbour. Sa prédécesseure, Michelle Bachelet, était médecin de formation. Cela change-t-il quelque chose ? Ne se sent-il pas en contre-tendance dans un monde où les puissants fondent leur puissance sur leur affranchissement du droit ?

« À l’heure actuelle, ça aide énormément. » Il pose sa main à plat sur la table. « Le droit, c’est notre boussole. C’est une boussole qui est notre ancre. Être ancré dans le droit, connaître les arguments, connaître la jurisprudence, ça aide énormément. Souvent je suis devant une contrepartie qui n’a plus d’arguments. Nous, on en a beaucoup. »

Et à ce moment de l’histoire, dit-il sans ciller, « c’est mieux d’être juriste qu’homme ou femme politique. »

C’est aussi ce qui fait qu’il ne renonce à aucun cas. Ni aux États-Unis, qu’il a critiqués publiquement à plusieurs reprises depuis un an et demi. « J’ai pris la parole publiquement sur ce qui se passe aux États-Unis à l’égard de la politique migratoire, sur les morts dans les centres de déportation. » Sur les frappes américaines contre des bateaux dans les Caraïbes, « plus de deux cents, dit-il », au nom d’une lutte anti-narcos qu’il juge sans base légale : « Ils utilisent des mots comme narcoterrorisme, mais pour nous ce n’est pas du tout applicable dans ces contextes. »

L’horreur et la libération

Quelles régions le préoccupent le plus à l’échelle planétaire ? 

Il rappelle d’abord que le Myanmar et Haïti sont aujourd’hui les plus graves crises oubliées, puis continue : « Le Moyen-Orient, c’est sûr. » Gaza, dont la situation humanitaire reste « extrêmement précaire ». La Cisjordanie, « moins dans les médias, mais la situation est extrêmement grave » avec les colons israéliens et les tentatives appuyées par le gouvernement et l’armée d’élargir les territoires par la force. Le Liban. L’Iran : « On parle du détroit d’Ormuz, mais on ne parle pas de la situation des droits humains pour les Iraniens et les Iraniennes. »

Sur Israël et la Palestine, il nous dit refuser le partage des camps qui s’est imposé partout. « On est dans une situation très polarisée. Ce n’est pas une question d’être pro-israélien ou pro-palestinien. C’est une question d’être pour les droits humains, des deux côtés. »

C’est le seul moment de l’entretien où il parlera de lui, de ce que la fonction coûte. « Tout ce qui s’est passé le 7 octobre 2023, et après… J’étais souvent confronté à des personnes qui ne voyaient pas l’humanité dans l’autre, des deux côtés. Cette déshumanisation est quelque chose qui me choque profondément. Ne pas voir la peine et la souffrance dans l’autre. » Il évoque aussi, sans détour, « une propagande très féroce de la part de ce gouvernement israélien », qui a attaqué la Cour pénale internationale, l’UNRWA — l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens — « et nous d’ailleurs aussi ».

Contre le désespoir, là encore, il s’en remet à l’histoire. « Les leçons de l’Europe sont très importantes. L’Allemagne et la France après la Seconde Guerre mondiale — c’était probablement très difficile au début, et ils ont pu créer un lien très fort. Et on oublie qu’en 1975, au cœur de la guerre froide, il a été possible de signer l’acte d’Helsinki », cet accord entre les deux blocs dont l’un des trois « paniers » portait précisément sur les droits humains. « Même dans la guerre froide, c’était possible. Il ne faut jamais perdre cet espoir. »

Nous lui demandons s’il est parfois écrasé par le poids symbolique de sa fonction, et s’il lui arrive de se voir seul dans le désert, hurlant sans être entendu, face aux difficultés d’apporter des changements réels.

« Pour moi, c’est un moteur. » Sa réponse fuse. Puis il ajoute, comme un correctif à lui-même : « Bien sûr, il faut être réaliste. On n’est pas des messies ou des sauveurs. On fait ce qu’on peut. »

Puis il livre un chiffre qui, sur le moment, nous étonne. « On a réussi à faire libérer presque cinq mille personnes arbitrairement détenues l’année passée. On influence la législation, les politiques, pour les mettre en conformité avec les droits humains dans beaucoup de pays. » Et cette conclusion qu’il prononce presque à voix basse, comme s’il craignait de trop en dire : « Si ce travail ne se faisait pas, on serait encore dans un monde beaucoup plus chaotique. »

Il regarde la table. Il regarde par la fenêtre le parvis désert, les touristes se pressent plus loin, vers la vue sur la tour Eiffel.

La raison du plus fort

J’aimerais revenir à la question de la force et du droit. 

Faut-il faire des concessions et, si oui, sur quelles bases ? Depuis que la Chine est devenue une puissance de premier plan, peu d’institutions ou de partis osent aborder la question de l’infrastructure concentrationnaire et de la stratégie de surveillance massive du Parti communiste chinois.

Volker Türk nous dit nettement qu’il n’est pas d’accord : « Les droits humains n’est pas un menu à la carte. Il ne faut pas faire des exceptions, même si nous sommes confrontés à une grande puissance. » 

La formule est belle, tout le monde les entendent ainsi ? Les critiques contre l’ONU — impuissance, doubles standards, hypocrisie —, il les connaît par cœur.

« C’est devenu la mode de nous attaquer, d’assombrir le système onusien. Je trouve toujours très intéressant d’entendre quelques grands pouvoirs dire : les Nations unies devraient résoudre tous les problèmes de la paix et de la sécurité. En même temps, ce sont ces États mêmes qui font exactement le contraire. La Russie est un bon exemple. Mais les États-Unis aussi, avec ce qui s’est passé en Iran, et avant en Irak. S’ils commettent eux-mêmes des violations, c’est très difficile ensuite de venir dire : nous, on apporte la solution. »

Il cherche l’expression française, la trouve à moitié : « C’est throw out the baby with the bathwater. » Jeter le bébé avec l’eau du bain. « C’est un peu la tactique actuelle : une distraction. Et une déception, aussi, pour nous. »

Car les conflits, rappelle-t-il, « sont surtout la responsabilité des États membres. On ne peut pas faire grand-chose si les États membres eux-mêmes disent qu’il y a un double standard dans l’application de la Charte. Notre rôle, c’est de mettre l’accent sur le fait qu’il n’y a pas d’exception. »

Contre le procès en inutilité, il n’oppose pas une théorie mais des scènes. 

Cette fosse commune au Sri Lanka : « Il y avait des centaines et des centaines de personnes qui m’attendaient, parce qu’elles avaient l’espoir qu’on pousse le gouvernement à trouver ce qui s’est passé avec les disparus de leur famille. Ça, il n’y a que les Nations unies qui peuvent le faire. » 

Ce défenseur des droits de l’homme détenu à Khartoum, lors de sa première visite au Soudan en novembre 2022 : « On m’a dit : non, ce n’est pas possible. J’ai insisté. J’ai réussi à le voir. J’ai demandé au général al-Burhan de le faire libérer. Il l’a fait deux semaines après. » Il ajoute, sobrement : « C’est une grande fierté. »

Il y a même, dans son arsenal, un argument qu’on n’attendait pas et qui vise juste dans l’Amérique de 2026, celui des marchés : « Je vois de plus en plus d’entreprises qui s’en préoccupent. Parce que pour elles, c’est la prévisibilité qui compte. La stabilité ne vient pas d’un monde chaotique. La stabilité vient d’un cadre juridique basé sur l’État de droit et sur les droits humains. » 

Le droit des gens plaidé en langage d’actionnaires : l’objecteur connaît ses contreparties.

Je le relance sur le Conseil de sécurité et il devient inhabituellement politique. « Le Conseil des droits de l’homme, ce n’est pas le Conseil de sécurité. Mais le Conseil de sécurité devrait jouer son rôle beaucoup plus, surtout quand il y a des crimes d’atrocités. » Et il glisse une main tendue à Paris. « Il y a une initiative franco-mexicaine que je trouve très importante, pour ne pas utiliser le droit de veto dans des questions de prévention des atrocités. Je pense que c’est une initiative qu’il faut soutenir. »

Le croissant, entre-temps, a fini par disparaître.

Everyone, Everywhere

Et après le mandat ? Il balaie la question d’un geste. « On n’a pas le temps de penser à ça. »

Il a fini son café crème, le temps presse, son cabinet commence à être inquiet.

Nous lui posons la question rituelle de cette série : que faudrait-il écouter en lisant cet entretien ?

Son visage s’éclaire d’un coup. « Je suis un fanatique de la musique classique. » 

Et la réponse fuse, sans hésitation : Everyone, Everywhere, la cantate du compositeur américain Daron Hagen, commandée pour le 75e anniversaire de la Déclaration universelle et créée au Carnegie Hall en décembre 2023. « C’est de la musique classique contemporaine, c’est très fort — ça utilise la Déclaration des droits de l’homme, mais aussi ce qu’ont dit Eleanor Roosevelt et Gandhi. »

Il se lève, remercie. Son cabinet se lève d’un coup aussi. Nous les regardons traverser la place à grands pas, silhouettes pressées parmi les touristes qui photographient le spectacle de la tour Eiffel sans un regard pour le nom du parvis qui leur permet de tenir. Ce n’est pas vraiment une métaphore.