Quelques jours après que l’administration Trump a forcé Anthropic à couper l’accès à ses derniers modèles d’IA aux étrangers, Sébastien Lecornu a annoncé aujourd’hui, mardi 16 juin, que les services français de renseignement intérieur (DGSI) allaient mettre fin à leur contrat avec Palantir au profit d’une alternative française – ce que l’entreprise américaine dément 1.

Le Premier ministre a explicitement déclaré ne pas vouloir « dépendre du bon vouloir de certains partenaires, capables de couper le robinet d’accès ».

  • ChapsVision est une entreprise d’analyse de données et de conception d’outils d’intelligence artificielle à destination des entreprises et des gouvernements, qui a été fondée en 2019.
  • Celle-ci se positionne comme une alternative européenne à Palantir, l’entreprise leader du secteur co-fondée par Peter Thiel, et développe depuis plusieurs années un concurrent à sa plateforme Gotham.
  • Ses revenus sont, pour l’heure, largement inférieurs à ceux du géant américain : 157 millions d’euros en 2024 pour ChapsVision, contre 2,9 milliards de dollars pour Palantir cette même année.

Afin d’accélérer sa croissance, le fondateur et directeur de l’entreprise, Olivier Dellenbach, a notamment axé son modèle de développement sur l’acquisition de sociétés dont les produits sont par la suite intégrés ou utilisés pour améliorer les services.

  • Au total, ChapsVision a acquis 27 entreprises au cours de ses cinq premières années 2.
  • On compte parmi celles-ci Elektron, prestataire du ministère de la Justice pour les interceptions, Systran, l’éditeur de traduction par IA et prestataire du ministère des Armées, ou Sinequa, un moteur de recherche intelligent pour les entreprises.

La France est ainsi le deuxième pays européen à signer un contrat majeur avec ChapsVision, quelques semaines après un contrat similaire signé par l’Office fédéral de protection de la Constitution (BfV), l’équivalent allemand de la DGSI. L’entreprise est également en discussion avec l’armée allemande, et devrait fournir un accès à sa plateforme à tous les ministères français à partir de 2028.

Le principal produit de l’entreprise à destination des gouvernements est Argonos.

  • Il s’agit d’une plateforme logicielle capable de visualiser et d’analyser grâce à l’intelligence artificielle d’importantes quantités de données, issues de renseignements en source ouverte (OSINT), de fichiers ou de bases de données externes. 
  • Elle propose, à l’image de Palantir, de produire de « l’ontologie », soit à « donner du sens aux données en reliant entités, événements et contextes ».

La France avait eu pour la première fois recours aux outils de Palantir suite aux attentats de novembre 2015. Paris estimait alors que l’entreprise américaine était la seule en mesure de fournir des services suffisamment sophistiqués – notamment croiser des données biométriques et des informations de surveillance, dans le cadre de la lutte antiterroriste – pour répondre à ses besoins 3.