Mardi 21 et mercredi 22, les quatre candidats en lice pour succéder à António Guterres au poste de secrétaire général des Nations unies — Michelle Bachelet, Rafael Grossi, Rebeca Grynspan et Macky Sall — ont défendu leur vision pour l’organisation lors d’auditions devant les représentants des 193 États membres.
- Le processus de sélection du secrétaire général de l’ONU, qui prendra ses fonctions le 1er janvier 2027, s’est ouvert en novembre, avec la nomination par l’Argentine de Rafael Grossi, à la tête depuis 2019 de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
- Ces dernières semaines, les candidats ont présenté leur « vision stratégique » pour l’organisation et sollicité le soutien d’États membres, en amont d’une formulation par le Conseil de sécurité d’une recommandation cet été.
- Pour être désigné, un candidat doit obtenir l’approbation d’au moins 9 des 15 membres du Conseil de sécurité et ne faire l’objet d’aucun veto d’un membre permanent (Chine, États-Unis, Russie, France et Royaume-Uni).
- Le Conseil de sécurité recommande ensuite un candidat à l’Assemblée générale, qui procède à sa nomination officielle.
Malgré la réforme du processus de sélection en 2015, le Conseil de sécurité joue toujours un rôle décisif dans la nomination du secrétaire général. Le soutien du pays d’origine des candidats est également clef, comme l’a confirmé l’abandon par Kevin Rudd de sa candidature en 2016, et la nomination de Guterres la même année. Celui-ci s’était assuré du soutien des principaux partis politiques portugais avant de lancer sa campagne 1.
Or, cette année, seulement deux candidats font campagne avec le soutien de leur gouvernement.
- Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili (2006-2010 et 2014-2018), a perdu le soutien de Santiago suite à l’arrivée au pouvoir de José Antonio Kast début mars. Elle bénéficie cependant toujours du soutien du Mexique et du Brésil, qui l’avaient conjointement nommée avec le Chili, sous la présidence de Boric, en février.
- Macky Sall, ancien président du Sénégal (2012-2024), n’a quant à lui jamais bénéficié du soutien de Dakar, notamment en raison de la dénonciation par le PASTEF, désormais au pouvoir, de la répression violente permise par son gouvernement d’un mouvement de protestation en 2023-2024.
- La diplomate argentine Virginia Gamba, qui occupait jusqu’à l’été 2025 le poste de Représentante spéciale de l’ONU pour les enfants et les conflits armés, a quant à elle mis fin à sa campagne le 25 mars, soit seulement deux semaines après avoir été nommée par le gouvernement des Maldives, avec lequel elle n’entretient aucun réel lien de proximité.
Aucun secrétaire général de l’institution n’a été élu sans le soutien du gouvernement de son pays.
En suivant cette règle, les deux candidatures restantes sont celles de Rafael Grossi et de Rebeca Grynspan.
- Grynspan dispose de plusieurs atouts : ancienne vice-présidente du Costa Rica (1994-1998), elle dirige depuis 2021 la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement).
- Elle avait notamment joué un rôle clef dans la mise en œuvre de l’initiative céréalière de la mer Noire, un accord signé entre l’Ukraine et la Russie à l’été 2022 qui avait permis le maintien d’exportation de céréales ukrainiennes malgré la guerre.
- Lors de son audition hier, mercredi 22, elle a néanmoins été critiquée par Kiev pour s’être rendue en Russie récemment, ce à quoi elle a répondu : « Je pense que nous devons dialoguer avec toutes les parties au conflit. Nous ne pouvons pas jouer le rôle de médiateurs si nous ne dialoguons pas. Cela ne signifie pas que nous devons être d’accord avec eux ».
- Si elle était élue, elle serait la première femme à diriger l’institution.
Grossi est également considéré comme l’un des candidats les plus probables pour succéder à Guterres.
- Polyglotte (il parle sept langues : espagnol, anglais, français, italien, portugais, allemand et néerlandais), Grossi a une vaste expérience diplomatique, à l’AIEA mais aussi au Bureau des affaires de désarmement de l’ONU, au ministère des Affaires étrangères argentin et à l’Office des Nations unies à Genève. Il a également occupé le poste d’ambassadeur d’Argentine en Autriche, en Slovénie et en Slovaquie.
- Comme Grynspan, il a maintenu un contact avec la Russie depuis 2022, et s’est rendu pour la dernière fois à Moscou en mars, où il a été reçu par Lavrov. En septembre dernier, il s’était entretenu avec Poutine au Kremlin.
- Lors de son audition mardi 21, il s’était présenté comme un homme de terrain, et a mis en avant son expérience de médiation lors de conflits armés, notamment lorsqu’il avait dirigé une équipe d’inspecteurs de l’AIEA à la centrale nucléaire de Zaporijia, en Ukraine, en 2022.
- Sa volonté de voir les Nations unies jouer un rôle plus actif dans les négociations internationales pourrait être perçue comme un signal positif par plusieurs États clefs, comme la Chine et, potentiellement, la France et le Royaume-Uni.
Washington s’est jusqu’à présent peu exprimé sur la campagne en cours. La semaine dernière, le représentant américain auprès de l’ONU, Michael Waltz, a toutefois déclaré qu’il « partageait les inquiétudes » d’un sénateur républicain quant à la candidature de Bachelet, et à son aptitude à diriger les Nations unies 2.
- L’ex-dirigeante chilienne est en effet accusée par plusieurs dizaines d’élus républicains de ne pas avoir suffisamment condamné Pékin concernant la répression des Ouïghours dans le cadre du rapport qu’elle a dirigé et publié en 2022, lorsqu’elle était à la tête du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, et d’avoir tenu des propos jugés « pro-avortement » 3.
- Dans le même temps, le même rapport sur les Ouïghours et ses propos tenus à l’égard du gouvernement chinois pourraient aussi susciter l’opposition de Pékin.
Sources
- Pedro Raínho et Rita Tavares, « Como Guterres ganhou a ONU. A campanha contada por quem a fez », Observador, 23 décembre 2016.
- David Brunnstrom et Patricia Zengerle, « US envoy Waltz appears to torpedo Bachelet as next UN leader », Reuters, 15 avril 2026.
- Anna Gawel, « US Republicans seek to derail a UN secretary-general bid », Devex, 1er avril 2026.