En raison de la concentration de la production d’hydrocarbures dans un faible nombre de pays — États-Unis, Golfe et Russie principalement —, 75 % de la population mondiale (soit plus de 6 milliards de personnes) vit dans des pays qui dépendent des importations de combustibles fossiles, selon une étude publiée mercredi 18 mars 1.
Ces pays sont les plus exposés lorsque les voies commerciales sont perturbées ou menacées.
- Les principales économies asiatiques — Japon, Corée du Sud, mais aussi les Philippines ou la Thaïlande — sont très exposées à la fermeture du détroit d’Ormuz car c’est par ce goulot d’étranglement que transite 40 % de leurs approvisionnements en pétrole.
- Contrairement à la crise énergétique provoquée en 2022 par l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, qui a principalement impacté l’Europe en raison de la suspension du transit de gaz depuis la Russie, la crise ouverte par la guerre israélo-américaine contre l’Iran devrait principalement impacter l’Asie.
- Les importations nettes de combustibles fossiles représentent en effet 84 % de la demande d’énergie primaire du Japon, 80 % pour la Corée du Sud et 55 % pour les Philippines.
Si les principales économies européennes — l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne notamment — sont elles aussi très dépendantes des importations de combustibles fossiles, elles disposent d’autres sources d’approvisionnement pour leur gaz, comme la Norvège, les États-Unis ou l’Algérie. Seulement 3 % du pétrole brut transitant par Ormuz est destiné à l’Europe, et 7 % de son GNL importé en 2025 provenait du Qatar.
- En 2023, 62 pays dans le monde ont importé la quasi-totalité de leur pétrole, et 89 pays en ont importé au moins 80 % (99 % pour l’Espagne et le Japon, 96 % pour l’Allemagne ou 87 % pour l’Inde).
- Lorsque des crises surviennent, ces pays sont les plus impactés par la hausse des prix de l’énergie, qui exerce une pression fiscale considérable à l’échelle mondiale : pour chaque augmentation de 10 dollars du prix du baril, les coûts nets d’importation augmentent de 160 milliards de dollars par an.
- Plus de 90 pays, qui concentrent 40 % de la population mondiale (environ 3,3 milliards de personnes), consacrent plus de 3 % de leur PIB pour leurs importations de combustibles fossiles.
Si la Chine pourrait être moins exposée à la hausse des prix de l’énergie, notamment car les réserves stratégiques et commerciales chinoises totalisent environ 1,3 à 1,4 milliard de barils, ce qui équivaut à 4 à 6 mois d’importations, la plus grande menace que fait peser la fermeture du détroit d’Ormuz sur Pékin réside dans la destruction de la demande.
- Comme l’explique Alicia García-Herrero, la flambée des coûts de l’énergie et des denrées alimentaires pourrait freiner la consommation en Europe, aux États-Unis et sur les marchés émergents, ce qui réduirait considérablement les commandes de produits chinois.
L’électrification des transports en Chine permet à Pékin d’économiser 28 milliards de dollars par an — qui seraient sinon dépensés en importations de pétrole — uniquement grâce à son parc de véhicules électriques. L’Europe économise quant à elle 8 milliards de dollars par an, et l’Inde 600 millions.
- À l’échelle mondiale, l’adoption des véhicules électriques a permis d’éviter la consommation de 2,3 millions de barils de pétrole par jour en 2025 2.
Si la croissance des ventes de voitures électriques devrait ralentir cette année en Chine, en Europe et aux États-Unis, la hausse des prix du carburant provoquée par la guerre pourrait raviver l’intérêt des consommateurs.
Sources
- Daan Walter, Sam Butler-Sloss et Dave Jones, The energy security fallout : from fossil fuel fragility to electric independence, Ember, 18 mars 2026.
- Akshat Rathi et Laura Millan, « EVs Avoided the Use of 2.3 Million Barrels of Oil Per Day in 2025 », Bloomberg, 18 mars 2026.