Aujourd’hui, lundi 23 mars, Donald Trump a déclaré qu’il avait ordonné à l’armée de « reporter » les frappes sur les centrales électriques et les infrastructures énergétiques car des négociations étaient en cours avec les Iraniens et progressaient rapidement.
- Il a ajouté : « Nous avons affaire à un homme qui, selon moi, est le plus respecté ; ce n’est pas le guide suprême, nous n’avons pas eu de ses nouvelles ».
- Au même moment, dans un entretien, le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a déclaré que les États-Unis découvriraient qui sont les nouveaux dirigeants iraniens à mesure que les négociations visant à mettre fin au conflit s’intensifieront : « C’est l’une des choses que nous apprendrons au cours de ces discussions. Qui est au pouvoir ? Sont-ils au pouvoir ? Comment cela fonctionne-t-il ? »
Selon une source israélienne citée par Axios, Steve Witkoff et Jared Kushner, les deux représentants de Trump, auraient échangé avec le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf 1.
- Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, à déclaré dans la journée que son gouvernement était au courant des pourparlers entre les États-Unis et l’Iran.
- Le Pakistan pourrait jouer le rôle de médiateur, et aurait proposé sa capitale, Islamabad, comme lieu possible pour une rencontre de haut-niveau entre des responsables américains et iraniens 2.
Selon Trump, l’Iran aurait accepté d’ouvrir le détroit d’Ormuz, de ne pas chercher à se doter de l’arme nucléaire, de céder ses stocks d’uranium (les États-Unis pourraient aller les « récupérer », selon le président américain) et de « faire profil bas sur les missiles ».
- Trump a également ajouté qu’il aimerait que le transit dans le détroit soit contrôlé conjointement par « moi et l’ayatollah, quel qu’il soit ».
- Lors d’un rassemblement à Memphis aujourd’hui, lundi 23, il a déclaré : « Je pense qu’il y a de très bonnes chances que nous parvenions à un accord. Nous nous donnons donc cinq jours, après quoi nous verrons où cela nous mène ».
Ces information ont été démenties par l’agence de presse iranienne officielle Tasnim, qui a publié un communiqué à 16h01 sur son canal Telegram dans lequel elle considère le média d’opposition iranien International Press comme étant à l’origine de cette information qu’elle estime mensongère 3.
- Ghalibaf a lui-même démenti toute négociation sur son compte X et sur ses différents réseaux sociaux.
- Il a ajouté : « Aucune négociation n’a eu lieu avec les États-Unis, et on utilise les fausses informations pour manipuler les marchés financiers et pétroliers et sortir du bourbier dans lequel les États-Unis et Israël sont enlisés ».
- Une source proche du dossier a déclaré à Axios qu’il ne semblait pas y avoir eu de discussions directes entre Ghalibaf et l’équipe de Trump pour l’instant.
Mohammed Baqer Ghalibaf est une figure clef du système politique iranien qui pourrait jouer un rôle de premier plan dans cette nouvelle phase.
- Vétéran de la guerre Iran-Irak, maire de longue date de Téhéran, docteur en géographie et ultraconservateur, il est au cœur du système de la République islamique depuis la révolution de 1979.
Une ascension par la voie des armes d’un Gardien de la Révolution
Né en 1961 à Torqaba, près de Mashhad, d’un père kurde et d’une mère iranienne, il gravit rapidement les échelons grâce à son implication au sein du Corps des gardiens de la révolution islamique.
- Il s’engage dans l’armée lors de la guerre Iran-Irak, au cours de laquelle il se distingue. Il est nommé à la tête de la division Nasr-é Khorasan à l’âge de 22 ans.
- À l’issue de la guerre, il est nommé, en 1994, responsable des constructions de la fondation Khatam ol-Anbiya, une structure financière semi-privée dirigée par les Gardiens de la révolution — et l’un des principaux acteurs de l’économie iranienne.
- Il devient commandant de la force aérospatiale des Gardiens en 1997, et dirige la police de Téhéran de 2000 à 2005.
De la mairie de Téhéran à la présidence de l’Assemblée nationale
À l’issue de sa carrière militaire, il mène une carrière politique qui le conduit à participer à un grand nombre d’élections en tant que conservateur proche des Gardiens de la révolution, se distinguant notamment par une rhétorique populiste.
- Il fait partie des candidats les plus réguliers aux élections présidentielles en Iran : en 2005, il est quatrième avec 14 % des voix ; en 2013, il obtient 16 % des voix et la deuxième place, derrière Hassan Rohani, élu au premier tour ; en 2021, il se retire au dernier moment en faveur d’Ebrahim Raïssi ; et en 2024, il termine troisième, derrière Massoud Pezékhian et Saïd Jalili, avec 14 % des voix.
- Il appelle entre les deux tours à voter pour Jalili, contre l’actuel président Pezechkian.
Après sa défaite à l’élection présidentielle de 2005, il est élu maire de Téhéran, puis réélu en 2009 et 2013, pour un mandat total de 12 ans à la tête de la capitale (2005-2017).
- En 2020, il est devenu président de l’Assemblée nationale iranienne, succédant ainsi à Ali Larijani, en poste de 2008 à 2020.
- Entre 2017 et 2020, il a été membre du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime.
Accusations de corruption et implication dans les campagne de répression
Mohammad Bagher Ghalibaf est régulièrement accusé de corruption et de détournement de fonds publics à des fins personnelles.
- Il a notamment été accusé d’avoir utilisé son réseau au sein des Gardiens de la révolution pour couvrir des affaires de corruption lorsqu’il était maire de Téhéran 4.
- En 2022, des photos de sa famille de retour d’un voyage en Turquie avec des valises de marchandises ont créé un scandale et donné lieu à des appels à la démission. La défense de la famille, qui affirmait que les valises contenaient de la layette pour un nouveau-né, a notamment donné lieu à de nombreux détournements autour de « LayetteGate » (سیسمونی گیت) 5.
- Le fils de Ghalibaf, qui avait fait le voyage en Turquie, a présenté des excuses publiques au nom de la famille, assurant que son père n’avait aucunement été impliqué dans ces achats 6 . Cette affaire est restée comme un symbole des contradictions entre les restrictions économiques subies par la population et le mode de vie ostentatoire des dirigeants.
En tant que chef de la police de Téhéran, maire de Téhéran et président du Parlement, Mohammed Baqer Ghalibaf a joué un rôle direct dans la répression des manifestations étudiantes de 2003, dans la répression du mouvement vert de 2009 et dans les massacres de janvier 2026. Il a régulièrement légitimé la violence de l’État en qualifiant les manifestants de « terroristes comparables à Daech » 7.
Un spécialiste de la géopolitique
Mohammed Baqer Ghalibaf a fait une thèse en géographie à l’Université Tarbiat Modares, et a continué à enseigner et à publier des articles et livres en parallèle de sa carrière politique, souvent avec des co-auteurs.
On compte parmi ses publications :
- Le localisme ou la stratégie de la distribution du pouvoir politique dans l’espace en Iran (Amir Kabir Éditions, 2007).
- L’Iran et l’État du développement (Editions du ministère des Affaires étrangères, 2010).
Le Moyen-Orient contemporain. Histoire politique après la Première Guerre mondiale (Éditions Qoms, 2018).
Sources
- Barak Ravid, « U.S. negotiating with senior Iranian official : Trump », Axios, 23 mars 2026.
- Andrew England, Humza Jilani, John Paul Rathbone et Najmeh Bozorgmehr, « Pakistan steps up as go-between in Trump’s Iran crisis », Financial Times, 23 mars 2026.
- Publication sur Telegram, Tasnim News, 23 mars 2026.
- « افشای جلسه محرمانه سرلشکر جعفری درباره فساد و روابط مافیایی در بالاترین سطوح سپاه », Radio Farda, 10 février 2022.
- « ’سیسمونی گیت’؛ چالش ‘سادهزیستی’ رئیس مجلس », BBC Persian, 2 avril 2022.
- « سفر خانواده قالیباف به ترکیه؛ پسر رئیس مجلس ایران عذرخواهی کرد », BBC Persian, 2 avril 2022.
- Publication sur X d’une vidéo de Mohammad Ghalibaf, le 19 janvier 2026.