Le système politique iranien est caractérisé par des redondances au niveau des autorités et des sources de décision, ce qui explique la résilience du régime malgré la disparition régulière de cadres de premier plan.
Ainsi, un grand nombre d’institutions similaires, dont les membres sont nommés ou validés par d’autres institutions du même type, rendent le système politique répétitif, la prise de décision fragmentée mais limitent les conséquences liées à la disparition d’un individu et renforce la primauté de l’ayatollah. Les attaques israéliennes de juin 2025, qui ont causé la mort d’une dizaine de personnalités de premier plan de l’appareil sécuritaire du régime, en sont un exemple illustratif.
La mort de plusieurs personnalités de premier plan a été confirmée à la suite des frappes du 28 février, dont :
- Le ministre de la Défense Amir Nasirzadeh ;
- Le commandant des Gardiens de la révolution Mohammed Pakpour ;
- Le chef du système judiciaire, Gholam Hossein Mohseni-Ejei.
- Un haut responsable israélien a déclaré à l’agence de presse Reuters que Khamenei était mort et que son corps avait été retrouvé.
- Plusieurs images prises par des satellites d’Airbus et publiées par le New York Times montrent que le bureau du Guide suprême a subi d’importants dommages. Les réseaux officiels iraniens annoncent toutefois depuis ce matin une intervention du Guide suprême « dans quelques minutes », sans qu’elle ait eu lieu. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, a déclaré plutôt à la BBC qu’il n’était « pas en mesure de confirmer » si les hauts responsables iraniens visés par les États-Unis et Israël étaient sains et saufs.
Le Guide suprême et son Bureau
Au centre du pouvoir iranien se trouve le Guide suprême, Ali Khamenei. Son rôle est d’arbitrer entre les différentes sources de pouvoir au sein du régime et de désigner les détenteurs des principaux postes des institutions non électives.
- Il gouverne selon un principe théorisé par l’ayatollah Rouhollah Khomeyni, le « vélâyat-e faqih » ou « gouvernement du juriste-théologien ».
- En effet, dans le chiisme duodécimain, l’autorité légitime est en théorie celle de l’Imam caché, disparu en 874, dont les croyants attendent le retour sur terre. Pourtant, dans Le Gouvernement islamique, Rouhollah Khomeyni affirme que les théologiens peuvent s’impliquer dans les affaires politiques, en attendant le retour de l’Imam caché.
- L’article 5 de la Constitution de la République islamique d’Iran prévoit ainsi que : « Pendant l’occultation de Sa Sainteté le maître du temps, c’est-à-dire l’Imam caché, la régence exécutive et la direction de la communauté islamique des croyants dans la République islamique d’Iran appartiennent au jurisconsulte religieux juste, vertueux, conscient des problèmes de l’époque, courageux et capable de diriger ».
- Plus concrètement, le Guide suprême est le chef de l’État, le commandant en chef des forces armées et dirige la police nationale ainsi que la police des mœurs.
- Le rôle personnel d’Ali Khamenei, au-delà de ses prérogatives constitutionnelles déjà très étendues, s’est également accru au fil des dernières décennies, à la faveur de la disparition d’autres grandes figures politiques de la Révolution islamique — à l’instar de Hachemi Rafsandjani (mort en 2017) — et en raison de l’écartement progressif des anciennes présidents de la République des sphères du pouvoir, qu’ils soient réformateurs comme Mohammad Khatami ou conservateurs comme Mahmoud Ahmadinejad.
- Ali Khamenei a également constitué une administration parallèle à celle de la bureaucratie des ministères de la présidence de la République, le Bureau du Guide, au sein de laquelle son fils Mojtaba Khamenei joue un rôle central.
Les conseils et instances en grande partie nommées par le Guide
Le Conseil des gardiens de la Constitution, composé de douze juristes, constitue la chambre haute du système législatif de la République islamique. Six de ses membres sont nommés directement par le Guide et six autres par le Parlement, sur proposition du système judiciaire iranien dont le président est nommé par le Guide.
- Il est chargé de déterminer si les lois votées par l’Assemblée nationale sont compatibles avec la loi religieuse.
- Il valide les candidatures au Parlement, à la présidence de la République et à l’Assemblée des experts. Il exerce ce pouvoir de manière de plus en plus discrétionnaire, allant jusqu’à refuser la candidature de personnalités pourtant très intégrées au système, comme Ali Larijani, interdit de briguer la présidence de la République en 2021, alors qu’il a été président du Parlement de 2008 à 2020.
- Depuis 1992, le président du Conseil est l’ayatollah Ahmad Jannati, né en 1927.
Le Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime arbitre les différends entre le Parlement et le Conseil des gardiens de la Constitution.
- Il est composé de membres de droit (chefs et représentants des pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif, ainsi que de membres religieux du Conseil des gardiens de la révolution islamique) et d’une vingtaine de personnalités nommées par le Guide suprême.
- Depuis 2018, le président du Conseil, également nommé par le Guide, est Sadegh Larijani. Il avait auparavant été président du système judiciaire entre 2009 et 2018.
Le Conseil suprême de sécurité nationale est responsable de la définition de la stratégie sécuritaire de la République islamique, dans le cadre des principes établis par le Guide, et de la coordination des différentes instances chargées de la sécurité.
- Il est dirigé par le président de la République, mais son secrétaire général est approuvé par le Guide. Il s’agit d’Ali Larijani depuis 2025.
- Il est composé des dirigeants des forces armées (état-major, Gardiens de la révolution, armée régulière) et de ministres en charge de la sécurité nationale (Affaires étrangères, Défense, Renseignement, Intérieur).
Les représentants élus
L’Assemblée des experts, composée de 88 juristes, est élue directement par une liste de candidats non censurés par le Conseil des gardiens.
- Son rôle est d’élire le prochain guide suprême et il devrait jouer un rôle clef dans une éventuelle phase de transition si la mort de Ali Khamenei est confirmée.
- Dans l’hypothèse d’une continuité du régime, l’Assemblée pourrait choisir l’un des nombreux clercs proches du Guide actuel, dont le rôle serait probablement bien moindre.
- Parmi les apparatchiks du régime identifiés par la chercheuse Suzanne Maloney se compte Alireza Arafi, membre du Conseil des gardiens ; Hojjat-ol-Eslam Mohsen Qomi, conseiller du Guide ; Mohsen Araki, membre du Conseil de discernement ainsi que Hashem Hosseini Bushehri, imam de la prière du vendredi à Qom 1.
Le Président de la République
À la tête du gouvernement élu de la République islamique, il est élu au suffrage universel direct pour une durée de quatre ans et peut être réélu une fois.
- Le pouvoir réel du président de la République dépend à la fois de son réseau personnel et de sa popularité. Ainsi, Hachemi Rafsandjani, figure centrale de la révolution islamique et président de 1989 à 1997, puis Mohammed Khatami, qui a incarné la possibilité d’une libéralisation du système politique et a été président de 1997 à 2005, pouvaient engager des rapports de force avec le Ali Khamenei.
- En revanche, depuis la réélection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad en 2009 et la répression du mouvement vert, qui soutenait le candidat Mir-Hossein Moussavi, les pouvoirs du président ont diminué et la population le considère comme étant moins légitime.
- L’actuel président, Massoud Pezechkian, élu en 2024, semble ne pas avoir la capacité de prendre de décisions concernant l’avenir du pays.
L’Assemblée consultative islamique
Composée de 290 membres élus pour quatre ans, elle vote les lois et approuve le budget.
- La composition actuelle de l’Assemblée, suite à la censure de nombreux candidats réformateurs lors des précédentes élections, est dominée par des représentants conservateurs, à hauteur d’environ deux tiers de ses membres.
- Le président de l’Assemblée est Mohsen Qalibaf, conservateur et ancien maire de Téhéran de 2005 à 2017, qui est régulièrement candidat à la présidence de la République depuis 2005.
Les Gardiens de la Révolution islamique
Le Corps des gardiens de la révolution islamique est une force militaire composée de 150 000 à 190 000 membres environ, qui dépend directement du Guide suprême.
- Il dispose d’une marine, d’une armée de terre, de forces aériennes et de services de renseignement propres.
- Sa division Qods, responsable des opérations extérieures des Gardiens de la révolution, s’est rendue notamment célèbre pour le développement d’un « Axe de la Résistance » au Moyen-Orient, sous la direction du général Qassem Soleimani, entre 1997 et 2020.
- Le Corps a été impliqué dans la répression sanglante de manifestations. Il a été ajouté à la liste des organisations terroristes de l’Union européenne le 29 janvier 2026 pour cette raison 2.
Sources
- Suzanne Maloney, « Leadership Transition in Iran », Council on Foreign Relations, février 2026.
- Conseil de l’Union européenne, « EU terrorist list : Council designates the Islamic Revolutionary Guard Corps as a terrorist organisation », 19 février 2026.