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Contrairement à ce à quoi on a assisté dans la grande majorité des pays en développement, l’élection de Donald Trump pour un second mandat à la Maison Blanche en novembre 2024 a été bien accueillie en Inde, tant par l’opinion publique que par le gouvernement.  L’affinité apparente dont Trump avait fait preuve envers le Premier ministre Narendra Modi lors de son premier mandat — avec un échange de visites mutuelles et des rassemblements massifs lors de celles-ci, d’abord dans des stades à Houston, puis à Ahmedabad — semblait refléter des visions du monde similaires entre ces deux « hommes forts » très populaires.

L’opinion générale en Inde était qu’un second mandat de Trump serait très bénéfique pour le pays.

Le ministre indien des Affaires étrangères, S. Jaishankar, a ainsi assisté en tant qu’invité à l’investiture de Trump à Washington D.C. en janvier 2025, et le Premier ministre Modi a été reçu à la Maison Blanche en février.

Mais l’illusion d’un partenariat étroit entre Washington et New Delhi s’est bien vite évanouie. 

En mai, à la fin de la guerre entre l’Inde et le Pakistan, lors d’une conversation téléphonique avec Modi, Trump s’est attribué le mérite d’avoir négocié le cessez-le-feu — ce que l’Inde nie. 

Peu après, le Pakistan a proposé le nom de Trump pour le prix Nobel de la paix et, rompant avec le protocole, le chef d’état-major de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, a été reçu par Trump lors d’un déjeuner à la Maison Blanche. 

Les États-Unis ont alors imposé des droits de douane supplémentaires de 25 % à l’Inde — en plus des 25 % déjà fixés auparavant, les portant à 50 %, les plus élevés de tous les pays, à l’exception du Brésil. 

L’administration Trump a ensuite fixé un tarif de 100 000 dollars pour les visas H-B1, qui permettent aux professionnels étrangers de travailler dans ce pays : 72 % des 485 000 visas de ce type délivrés en 2024 l’ont été à des citoyens indiens.

Le commerce Sud-Sud représente aujourd’hui plus de la moitié du commerce mondial.

Jorge Heine et Carlos Ominami

Et dans la lignée de tout ce qui précède, rompant un engagement préalable, Washington a imposé des sanctions au port iranien de Chabahar — un port construit par l’Inde pour faciliter le commerce indien avec le reste de l’Asie centrale.

En quelques mois, l’administration Trump a jeté par-dessus bord un élément clef de la politique étrangère américaine depuis plusieurs décennies. 

Washington cherchait en effet plutôt a priori à rétablir ses relations avec l’Inde — très tendues pendant toute la seconde moitié du siècle dernier, à mettre un coin dans les liens entre New Delhi et Pékin, et à amener l’Inde à se plier aux objectifs de Washington dans l’« Indo-Pacifique ». 

En 2025, l’Inde a découvert soudainement et amèrement que cet alignement était un leurre.

Plutôt que de se rapprocher de Washington et de s’éloigner de Pékin, il est devenu évident que le mieux pour elle était de reprendre sa vieille tradition de non-alignement dans la compétition pour la primauté entre les grandes puissances, et de maintenir une saine équidistance entre les deux.

C’est ainsi qu’en août 2025, Modi a effectué sa première visite en Chine en sept ans pour participer au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui s’est tenu à Tianjin, où il a été photographié en train de discuter avec entrain et sourires avec les présidents Poutine et Xi.

Ce revirement de la politique étrangère indienne reflète les défis auxquels sont confrontés les pays du Sud dans le contexte international actuel — dans un moment de transition d’un ordre international à un autre — et les coûts d’un rapprochement trop étroit avec l’une ou l’autre des grandes puissances. Dans cette période de grande incertitude, où les anciennes vérités perdent leur validité, où les paramètres changent d’un jour à l’autre, la flexibilité diplomatique et une attitude proactive sont essentielles pour protéger l’intérêt national.

Comme nous le soulignons dans un livre coécrit avec notre collègue Carlos Fortin, The Non-aligned world (Polity Press, 2025), bien que la crise du système international actuel soit multiforme, c’est la concurrence pour la primauté entre les États-Unis et la Chine qui dicte sa dynamique essentielle. Cette rivalité est caractéristique des situations dans lesquelles une puissance hégémonique est en déclin et où une autre, en pleine ascension, menace de la supplanter. 

Dans ce contexte, les puissances moyennes et petites sont soumises à de fortes pressions de part et d’autre pour se ranger avec l’un ou l’autre des deux grands, ce qui les place dans un dilemme qui peut se transformer en tenaille.

C’est ce qui s’est produit en Amérique latine entre 2019 et 2020, donnant naissance au concept de Non-alignement actif.

La plus grave crise économique de l’Amérique latine depuis 120 ans

Au cours de ces années, la région a subi trois coups durs. 

La pandémie de Covid-19 a eu un effet dévastateur, la prenant au dépourvu et la fragmentant. Selon les chiffres officiels initiaux, l’Amérique latine a été la région la plus touchée par le virus. Malgré le fait qu’elle ne représente que 8 % de la population mondiale, la région a enregistré 28 % des décès dus à la pandémie. En conséquence, la baisse du PIB en 2020 y a été de 6,6 %, la plus forte de toutes les régions — le PIB mondial ayant baissé de 3,3 % cette année-là — et la plus forte en 120 ans, selon la CEPAL.

Comme si cela ne suffisait pas, pendant cette période, le gouvernement américain a lancé une offensive diplomatique pour forcer les gouvernements latino-américains à annuler des projets liés à la Chine : au Chili, le câble à fibre optique reliant Valparaíso à Shanghai ; au Panama, le quatrième pont sur le canal ; et en Équateur, les équipements Huawei et ZTE dans le réseau de télécommunications, entre autres.

C’est dans ce contexte qu’est apparue la notion de Non-alignement actif en réponse à la crise régionale.

L’idée centrale est de ce concept est de ne pas céder aux pressions des grandes puissances, de donner la priorité aux intérêts nationaux sur ceux des autres et d’évaluer chaque question en fonction de son mérite.

Le Non-alignement actif s’inspire du Mouvement des pays non-alignés fondé en 1961 à Belgrade, mais l’adapte aux réalités du nouveau siècle. Tout comme celui-ci, il propose de ne pas prendre parti dans la lutte entre les grandes puissances, défend les principes de non-intervention, de respect de la souveraineté nationale, de multilatéralisme et de respect du droit international.

Contrairement au Mouvement des pays non-alignés, qui avait une forte composante défensive destinée à protéger les pays d’Afrique, d’Asie et des Caraïbes qui venaient d’accéder à l’indépendance des dangers de la guerre froide, le Non-alignement actif est assertif — il est toujours à la recherche de nouvelles opportunités pour promouvoir le développement des pays qui le déploient.

En une vingtaine d’années, le commerce entre la Chine et l’Amérique latine a été multiplié par quarante.

Jorge Heine et Carlos Ominami

Le Non-alignement dans le nouveau siècle

Les conditions auxquelles est confronté le Sud global aujourd’hui sont très différentes de celles auxquelles était confronté le Tiers-Monde d’autrefois. 

D’une part, le dynamisme s’est déplacé de l’Atlantique Nord vers l’Asie-Pacifique, avec l’essor des « géants asiatiques » (Chine et Inde) et de l’ASEAN, qui a conduit au fait que le commerce Sud-Sud représente aujourd’hui plus de la moitié du commerce mondial — alors qu’il n’en représentait pas plus d’un cinquième dans les années 1970.

Il en va de même pour les flux d’investissements directs étrangers et de coopération financière. Cela signifie que la diplomatie des cahiers de doléances du Mouvement des non-alignés — illustrée par la demande d’un nouvel ordre économique international, qui, comme on pouvait s’y attendre, n’a jamais été acceptée — a été remplacée par la « diplomatie financière collective » d’un Nouveau Sud.

Celle-ci se reflète dans des entités telles que la Banque asiatique d’investissement et d’infrastructure (BAII), la Nouvelle banque de développement (la « Banque des BRICS ») et la Banque latino-américaine de développement, qui offrent des alternatives aux sources de financement traditionnelles des institutions de Bretton Woods — dominées par les puissances occidentales.

D’autre part, une différence importante entre l’époque de la Guerre froide et la réalité actuelle réside dans le poids économique de l’Union soviétique à l’époque par rapport à la Chine.

Si l’URSS était une superpuissance militaire, spatiale, nucléaire et idéologique, son économie était plus petite que celle des États-Unis. Il s’agissait également d’une économie fermée, qui ne facilitait pas les flux commerciaux, les investissements ou la coopération financière significatifs vers le tiers monde de l’époque. Cela plaçait l’URSS dans une situation défavorable par rapport aux États-Unis dans la course pour gagner le cœur et l’esprit des peuples et des gouvernements du monde entier.

La situation de la Chine est aujourd’hui très différente.

L’économie chinoise est déjà plus importante que celle des États-Unis en termes de parité de pouvoir d’achat — depuis 2014 — et les projections indiquent qu’elle pourrait être plus importante que celle des États-Unis en termes nominaux en 2030 — ou au plus tard en 2035. 

L’économie chinoise est également plus ouverte que celle des États-Unis, ce qui lui permet d’être très compétitive sur les marchés mondiaux.

En Amérique latine, cette présence s’est fait sentir avec une force particulière.

Le commerce sino-latino-américain, qui atteignait à peine 12 milliards de dollars en 2000, a atteint 518 milliards de dollars en 2024. En une vingtaine d’années, il a été multiplié par quarante. Aujourd’hui, la Chine est déjà le premier partenaire commercial de l’Amérique du Sud dans son ensemble. Cela signifie que les pays de la région disposent désormais d’options en matière de commerce, d’investissement et de coopération financière qu’ils n’avaient pas par le passé — ce qui leur permet de ne plus s’aligner ni sur Washington ni sur Pékin.

C’est pourquoi l’approche originale du non-alignement actif, lancée en 2020, a trouvé un écho très favorable dans la région 1.

Certains l’ont toutefois critiqué en soulignant que le Non-alignement actif serait une notion anachronique, correspondant à des concepts du milieu du XXe siècle et non aux besoins du XXIe siècle.

De l’Ukraine à Gaza retour du non-alignement

Trois mois après la publication de ce livre, avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le non-alignement est soudainement revenu au premier plan de la politique mondiale.

Soudainement, le Non-alignement actif n’avait plus rien d’anachronique.

À la surprise de Washington et de Bruxelles, certains des principaux pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, avec l’Inde en tête, mais aussi l’Afrique du Sud, le Pakistan, l’Indonésie, le Brésil et d’autres, ont refusé d’adopter la position du G7 et des membres de l’OTAN concernant la guerre en Ukraine.

Plus que la défense de l’invasion elle-même — que la grande majorité reconnaissait comme une violation flagrante du principe de non-intervention et de la Charte des Nations unies — c’est l’effort des États-Unis et de leurs partenaires de l’OTAN pour transformer la guerre en Ukraine en un événement unique et sans précédent qui a suscité une forte opposition dans le Sud.

Cela impliquerait que les 200 pays de la planète devraient s’unir contre Moscou et, selon les termes de l’ancien secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, « affaiblir la Russie de telle sorte qu’elle ne puisse plus jamais faire quelque chose de similaire ». 

Malgré le caractère tragique de la guerre en Ukraine, l’idée qu’il s’agirait d’une « guerre unique dans l’histoire de l’humanité » est indéfendable.

Ce qui la rend unique aux yeux de l’Occident, c’est qu’elle se déroule en Europe.

Les guerres au Yémen, l’invasion de l’Irak ou celle de l’Afghanistan, selon ce critère, seraient, pour une raison étrange, des conflits armés courants, dont les auteurs — contrairement à la Russie — ne mériteraient aucune sanction.

C’est ce double standard qui a conduit la grande majorité des pays en développement à refuser de se joindre aux sanctions que beaucoup ont jugées extrêmes contre la Russie, notamment son exclusion du système bancaire Swift et l’examen de la possibilité — finalement écartée — de l’exclure du réseau Internet. 

Pour de nombreux pays, le raisonnement est assez simple à comprendre : ils considèrent que ce qui est fait aujourd’hui à la Russie pourrait arriver demain à n’importe quel autre pays en désaccord avec Washington ou Bruxelles.

Un élément aussi essentiel aux échanges internationaux que le dollar américain — qui pourrait être considéré comme un service d’utilité publique facilitant le commerce, l’investissement et le tourisme international — a fini par être arsenalisé pour promouvoir les intérêts stratégiques de Washington, au détriment considérable du reste du monde.

Et ce retour du non-alignement comme matrice stratégique dans les relations internationales s’est accompagné de l’essor du Sud global.

En août 2023, lors de son sommet à Johannesburg, le groupe des BRICS a annoncé son expansion, qui lui permettrait de doubler le nombre de ses membres, passant de cinq à dix, avec l’arrivée de l’Indonésie — quatrième pays le plus peuplé au monde avec 280 millions d’habitants et pays à majorité musulmane le plus peuplé de la planète.

Après avoir été ignorés et minimisés pendant des années par les médias occidentaux, les BRICS étaient soudainement devenus une référence non négligeable dans la politique mondiale.

Mais c’est la guerre à Gaza, déclenchée par l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, qui a causé la mort de plus de 1 200 personnes en Israël et l’enlèvement de 253 d’entre elles, qui a donné un élan décisif à cet essor du Sud global. Si le droit d’Israël à se défendre est incontestable, la réaction disproportionnée du gouvernement Netanyahou, qui a entraîné en deux ans selon les données compilées par l’OCHA et le ministère de la Santé de Gaza plus de 41 000 morts palestiniens, dont plus de 15 000 enfants — ce qui a conduit l’UNICEF à qualifier la situation de « guerre contre les enfants » — et la destruction presque totale de Gaza, a provoqué une vive réaction dans tout le Sud, avec des pays comme l’Afrique du Sud et le Brésil menant le bal, et des votes répétés à l’Assemblée générale des Nations unies appelant à un cessez-le-feu à Gaza, où des majorités de 140 contre 50 reflètent de manière éloquente la fracture Nord-Sud dans l’ordre international. Le rejet de ce qui a été décrit par nombre d’observateurs dans ces pays comme une guerre génocidaire n’a fait que creuser davantage ce fossé.

Cela s’explique, d’une part, par l’indifférence avec laquelle les pays du G7 ont réagi pendant longtemps à la souffrance humanitaire à Gaza, qui contraste avec les énormes ressources mobilisées pour aider l’Ukraine, qui s’élèvent à des centaines de milliards de dollars ; d’autre part, par le fait que la guerre menée par Israël contre Gaza est non seulement considérée avec indifférence par une grande partie de l’opinion publique occidentale, mais qu’elle est menée avec des armes fournies par les États-Unis et l’Allemagne — y compris des bombes d’une tonne, totalement inadaptées à ce qui était censé être un combat urbain contre un groupe terroriste.

Ce qui rend la guerre en Ukraine unique aux yeux de l’Occident, c’est qu’elle se déroule en Europe.

Jorge Heine et Carlos Ominami

L’économie politique du Non-alignement actif : une stratégie de couverture

Au-delà de ce que signifie le Non-alignement actif en tant qu’orientation générale en matière de politique étrangère, qui fournit un guide pour l’action, une boussole pour naviguer dans un monde aux eaux tumultueuses,— comment cela peut-il se traduire dans la conduite quotidienne de la diplomatie ?

Ce que nous pourrions appeler « la grande stratégie » du Non-alignement actif consiste en ce que nous avons appelé « tâter le terrain ».

Cela signifie que, loin de choisir de s’identifier à l’une ou l’autre des grandes puissances en conflit, les pays examinent chaque question selon ses propres mérites et, en fonction des avantages qu’elle leur procure, décident d’une voie ou d’une autre uniquement en fonction de ceux-ci.

Il est vrai que la puissance des États-Unis et de la Chine est colossale, tant sur le plan militaire qu’économique — à eux deux, ils représentent 43 % du PIB mondial, ce qui est très difficile à contrebalancer pour les autres.

Dans le même temps, l’existence, non pas d’un monopole du pouvoir international — comme ce fut le cas à l’époque dite « unipolaire », de 1991 à 2016, mais d’un duopole, signifie qu’il existe une concurrence entre Washington et Pékin pour gagner le soutien des autres pays.

D’une part, la puissance hégémonique en déclin, les États-Unis, doit démontrer qu’elle bénéficie encore d’un soutien suffisant pour rester au sommet de la hiérarchie internationale ; d’autre part, la puissance montante, la Chine, doit montrer son essor.

Tout cela se traduit par des opportunités réelles pour les pays du Sud de l’hémisphère de bénéficier de meilleures conditions pour leurs projets commerciaux, d’investissement et de coopération financière.

C’est ce que nous appelons « l’économie politique du Non-alignement actif ».

Des membres de l’armée de l’air indienne effectuent une démonstration d’exercice à la baïonnette sur les rives du Brahmapoutre, lors des répétitions précédant le spectacle aérien organisé dans le cadre des célébrations du 93e anniversaire de l’armée de l’air, le 5 novembre 2025 à Guwahati, en Inde. © David Talukdar

Les exemples abondent pour montrer qu’il n’est pas seulement utilisé par les gouvernements progressistes, mais aussi par ceux du centre et de droite. Ils montrent également que, contrairement à ce que certains prétendent, il n’est pas seulement un instrument des puissances moyennes mais aussi des petites.

Le cas de l’Équateur est emblématique.

Accablé par une dette extérieure élevée et par l’urgence d’élargir ses marchés d’exportation afin de générer les devises nécessaires au service de cette dette, le président équatorien de l’époque, Guillermo Lasso, homme d’affaires conservateur millionnaire originaire de Guayaquil, s’est rendu à Washington en 2022. Il l’a fait pour proposer au président Joe Biden la signature d’un accord de libre-échange entre les États-Unis et l’Équateur, à l’instar de ce que possèdent des pays voisins comme la Colombie, le Pérou et le Chili.

La proposition a été rejetée par la Maison-Blanche. 

Face à cela, Lasso s’est rendu à Pékin, où sa proposition d’un accord de libre-échange avec la Chine a été bien accueillie, et celui-ci a été négocié, signé et ratifié, entrant en vigueur en mai 2024. Washington, qui avait déjà reçu cette proposition, n’était pas en mesure de s’y opposer. 

Le cas de l’Uruguay est également révélateur.

Les efforts de Montevideo pour signer des accords de libre-échange avec les États-Unis ou la Chine ont été contrariés par son appartenance au Mercosur, qui ne les autorise pas en dehors du cadre de l’accord. Cherchant à diversifier au moins ses sources de financement multilatéral, sous la présidence d’un autre président conservateur, Luis Lacalle Pou, l’Uruguay a rejoint en 2021 la Nouvelle banque de développement basée à Shanghai, la banque des BRICS, devenant ainsi le premier pays d’Amérique latine à le faire, après le Brésil — la Colombie suivra ses traces en 2025.

À son tour, la tactique du Non-alignement actif consiste en ce que l’on pourrait appeler une « stratégie de couverture » : prendre des mesures pour éviter les effets négatifs de certaines initiatives. Cette image empruntée au monde de la finance fait référence au maintien d’une position intermédiaire entre contrer ouvertement la position de l’une ou l’autre des grandes puissances et se plier à l’une d’entre elles.

Il s’agit de toujours laisser des options ouvertes pour de futures lignes d’action — en cas notamment de changement soudain de scénario.

Cela implique de cultiver les meilleures relations possibles avec les deux puissances en conflit, de diversifier autant que possible les liens et d’avoir toujours un « plan B » pour faire face aux urgences. C’est la meilleure façon de faire face à des situations de grande incertitude — comme la conjoncture internationale actuelle, où le résultat d’une mauvaise décision peut être dévastateur

En bref, comme le dit le dicton populaire, « aux grands maux les grands remèdes ».

Face à la période difficile que traverse le système international — peut-être la plus délicate depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale — le non-alignement actif fournit un outil utile aux pays du Sud pour relever avec succès les énormes défis qu’elle pose.

Sources
  1. Elle a conduit à la publication d’un ouvrage collectif (El No Alineamiento Activo : Una doctrina para el nuevo siglo, Catalonia, 2021) comprenant des chapitres rédigés par une demi-douzaine d’anciens ministres des Affaires étrangères latino-américains, ainsi que par d’éminents spécialistes. Ce livre a été bien accueilli, avec des lancements dans une demi-douzaine de pays et des critiques favorables.