Vendredi 6 novembre, Donald Trump a annoncé sur Truth Social que Stephen Miller, défini « l’un de mes conseillers les plus fidèles », remplacerait Susie Wiles au poste de chef de cabinet à partir de lundi. Wiles « rejoindra l’équipe politique de Trump ».

  • Ce remaniement intervient trois jours après la défaite des républicains aux élections de mi-mandat. 
  • Plutôt que d’infléchir sa ligne politique, il confie son cabinet dans un moment de chaos de plus en plus visible à son idéologue le plus radical, qui lui voue une loyauté sans limites.

Nommé chef adjoint du cabinet pour les politiques et conseiller à la sécurité intérieure en janvier 2025, Miller cumulera désormais le contrôle de l’agenda présidentiel, de l’appareil exécutif et de la sécurité intérieure. 

  • Il prend ses fonctions au moment où trois échéances importantes s’alignent : une fuite en avant diplomatique sur l’Ukraine dans l’horizon du G20 américain, une difficile recomposition du parti républicain après sa déroute et l’arrivée en janvier d’une majorité démocrate qui promet d’ouvrir des enquêtes contre l’administration et le clan Trump.

Le départ de Susie Wiles pourrait être une rupture d’équilibre pour la Maison-Blanche. 

  • Première femme à occuper ce poste, Wiles était la figure d’autorité de l’entourage présidentiel. En janvier 2025, elle avait promis de « tenir les fauteurs de troubles à l’écart de l’aile ouest » 1.
  • Venue de la politique électorale floridienne, où elle a dirigé les campagnes de Rick Scott puis de Ron DeSantis, elle incarnait davantage un professionnalisme d’appareil qu’une doctrine.
  • Alors qu’une partie du mouvement MAGA réclamait sa tête, le 18 octobre encore, Trump assurait qu’il n’y avait « zéro chance » qu’il la remplace 2. 
  • Dans son premier entretien après la défaite, Steve Bannon, particulièrement peu présent à la Maison-Blanche sous le règne de Wiles, avait demandé sa tête.

Contrairement à Wiles, Miller est un idéologue. 

  • Né à Santa Monica en 1985 dans une famille juive ashkénaze, il milite dès le lycée contre les associations étudiantes d’origine mexicaine. Repéré par le polémiste David Horowitz, qui restera son mentor, il coorganise, en mars 2007, un débat sur l’immigration avec Richard Spencer, futur chef de file du suprémacisme blanc américain. En 2009, il devient attaché de presse du sénateur Jeff Sessions, dont il dirigera la communication, et avec qui il coécrit en 2015 un Manuel de l’immigration pour la nouvelle majorité républicaine 3.
  • Sa vision politique transparaît sans filtre dans plus de 900 courriels adressés aux éditeurs de Breitbart entre mars 2015 et juin 2016, et transmis en 2019 au Southern Poverty Law Center par une ancienne rédactrice du site 4. Il y recommande notamment de traiter du roman Le Camp des saints de Jean Raspail. Il propose également de reprendre des contenus d’American Renaissance, un site suprémaciste blanc, et dit admirer la loi sur l’immigration de 1924, qui instaurait des quotas par origine nationale. Selon le SPLC, il y relaie la théorie du grand remplacement.

Il a pu transformer sa vision en politique publique lors du premier mandat, en assumant un rôle plus central dans la politique interne lors du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.

  • Conseiller principal du président durant tout le premier mandat, Miller a conçu le décret d’interdiction d’entrée visant plusieurs pays à majorité musulmane, signé le 27 janvier 2017. Il a également défendu la politique de « tolérance zéro », la séparation des familles à la frontière au printemps 2018, ainsi que la fin du programme DACA, qui protégeait les jeunes sans papiers arrivés aux États-Unis alors qu’ils étaient enfants. Cette décision a finalement été bloquée par la Cour suprême en juin 2020 5.
  • De retour à la Maison-Blanche en janvier 2025 en tant que chef adjoint du cabinet pour les politiques et conseiller à la sécurité intérieure, il dirige de facto la politique migratoire. La presse américaine le décrit comme le véritable dirigeant, surpassant la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, qui a quitté l’administration en mars 2026 6. 
  • Il est également présenté comme l’architecte du déploiement de la Garde nationale dans les villes démocrates et de l’intensification des opérations de l’ICE, ayant fait au moins quatorze blessés par balle entre septembre 2025 et février 2026, dont plusieurs sont morts, y compris deux citoyens américains tués à Minneapolis en janvier 2026 7.

À l’instar de plusieurs autres figures de la deuxième Maison-Blanche de Donald Trump, Stephen Miller a joué un rôle clef dans la contestation de la défaite de 2020.

  • Le 14 décembre 2020, jour du vote des collèges électoraux, il déclarait sur Fox & Friends : « À l’heure où nous parlons, une liste alternative de grands électeurs dans les États contestés va voter, et nous allons transmettre ces résultats au Congrès. » 8 
  • Il citait nommément la Géorgie, le Wisconsin et la Pennsylvanie, trois États remportés par Biden, et affirmait que Trump pouvait encore être certifié vainqueur. 
  • Il est d’ailleurs le principal rédacteur des discours de Trump du 6 janvier, jour de l’assaut du Capitole, y compris de celui prononcé ce jour-là devant la Maison-Blanche.
  • Miller a été entendu le 14 avril 2022 par la commission d’enquête de la Chambre des représentants, qui l’a interrogé sur sa contribution à l’écriture de ce texte et sur la question de savoir si le président cherchait à inciter la foule en prononçant notamment la phrase « Fight like hell ». Il a de nouveau témoigné devant un grand jury fédéral en avril 2023, mais n’a jamais été inculpé.

Miller, radicalisé très tôt sur la question migratoire, prône une interprétation de l’histoire occidentale à partir d’une thèse extrême : la décolonisation aurait été une erreur et l’Occident devrait donc se lancer dans un processus de recolonisation.

  • Dans un texte publié le 5 janvier, alors que l’opération militaire américaine au Venezuela était en cours, il décrit l’après-1945 comme une « colonisation inversée ». 
  • Selon lui, l’Occident aurait démantelé ses empires, financé ses anciennes colonies et ouvert ses frontières, accordant aux arrivants « un traitement juridique et financier préférentiel par rapport aux citoyens autochtones ». Pour lui, « l’expérience néolibérale a été, au fond, une longue forme d’auto-punition des lieux et des peuples qui ont bâti le monde moderne ».
  • La Stratégie nationale de sécurité reprend cette analyse en décrivant une Europe menacée d’« effacement civilisationnel ». Trump commente : « Si cette tendance se poursuit, beaucoup de ces pays ne seront plus vivables. »

Il est très probable que l’arrivée de Miller au poste de chef de cabinet sera suivie d’une radicalisation de la trajectoire de la Maison-Blanche et de l’ouverture de plusieurs nouveaux fronts, tant internes que géopolitiques.

Sources
  1. « Susie Wiles vows to block West Wing troublemakers », Axios, 6 janvier 2025.
  2. « “Zero chance” that Trump will replace chief of staff Susie Wiles, he says », The Washington Times, 18 octobre 2026.
  3. Office of Senator Jeff Sessions, Immigration Handbook for the New Republican Majority, janvier 2015.
  4. Michael Edison Hayden, « Stephen Miller’s Affinity for White Nationalism Revealed in Leaked Emails », Hatewatch, Southern Poverty Law Center, 12 novembre 2019.
  5. Le Deferred Action for Childhood Arrivals (DACA) est un programme créé par décret par Barack Obama en juin 2012. Il protège de l’expulsion les personnes entrées illégalement aux États-Unis alors qu’elles étaient mineures et leur délivre un permis de travail renouvelable tous les deux ans.
  6. Stuart Anderson, « Stephen Miller, Not Kristi Noem, May Be Driving U.S. Immigration Policy », Forbes, 1er février 2026.
  7. Adam Cancryn, Priscilla Alvarez, Zachary Cohen, « Stephen Miller emerges as key architect of Trump’s offensive on Democratic cities »,CNN, 11 octobre 2025.
  8. Stephen Miller, intervention sur Fox & Friends, Fox News, 14 décembre 2020.