La nomination de Stephen Miller au poste stratégique de chef de cabinet a été accompagnée d’une série de messages identifiés par plusieurs spécialistes comme des signaux codés destinés au mouvement complotiste extrême QAnon.

  • Le 6 novembre, Pete Hegseth, secrétaire à la Guerre, a publié sur X ce message.
  • L’expression « les patriotes aux commandes » est l’une des plus courantes dans le vocabulaire de QAnon, au même titre que « trust the plan » (fais confiance au plan) et « hold the line » (tiens bon). Elle fait référence au cœur même de ce récit eschatologique qui voit Donald Trump et un réseau clandestin mener une guerre secrète contre l’État profond dont rien ne transparaît publiquement et dont les revers ne seraient qu’une façade destinée à tromper l’ennemi, tandis que l’offensive véritable se poursuit en coulisses jusqu’à la révélation finale.

Ce message aurait été accompagné par un post de Kirill Dmitriev, l’émissaire de Vladimir Poutine qui avait été reçu à la Maison Blanche la veille.

  • Kirill Dmitriev a répondu sur X à un message d’un compte QAnon écrivant « NCSWIC » (Nothing Can Stop What Is Coming)  avec le symbole de reconnaissance de QAnon (« WWG1WGA ») qui signifie « Where We Go One, We Go All », « là où va l’un, nous allons tous ». 
  • Dmitriev a déjà utilisé cette formule en septembre 2025, accompagnée de « From Dark to Light » 1, autre expression canonique, laissant percevoir l’intérêt pour le Kremlin de mobiliser les réseaux complotistes américains dans un moment de convergence inédite .
  • Le soir même, Trump a déclaré : « Après 250 ans de liberté américaine, le meilleur reste à venir. » L’expression « the best is yet to come » est également interprétée comme un slogan de lutte par ces communautés. 
  • Selon Caroline Orr Bueno, spécialiste des réseaux conspirationnistes et chercheuse à l’université du Maryland, en utilisant « des codes de QAnon » Trump et son entourage « savent ce qu’ils font. Cela a mobilisé la galaxie QAnon à un degré que je n’avais pas vu depuis longtemps » 2.

La diffusion de ces signaux n’est pas anodine dans cette séquence. Ils ont déjà servi après la défaite électorale de 2020, en devenant l’une des matrices fondamentales de la mobilisation du 6 janvier 2021.

  • Le mouvement QAnon est apparu en 2017 sur des forums avec des messages partagés par un mystérieux Q, désormais probablement identifié. 
  • Q avait inventé un récit eschatologique, profondément irrationnel, selon lequel une élite pédophile contrôlait l’« État profond », Donald Trump menant une guerre secrète contre elle. Son discours mêle la promesse d’une purge imminente (appelée « la Tempête ») à un appel à la confiance adressé aux fidèles, « les patriotes » maîtrisent la situation et l’issue est proche.
  • Plusieurs enquêtes judiciaires et parlementaires ont mis en évidence la présence massive de ce mouvement lors de l’assaut du Capitole le 6 janvier, depuis les drapeaux et les slogans jusqu’au « chaman de QAnon », Jacob Chansley, qui est devenu le symbole de cette journée.
  • Pour comprendre le mécanisme politique mis en place, il faut saisir sa structure en deux phases. D’une part, des déclarations présidentielles ambiguës ou orientées selon la méthode du dog whistle 3, qui ne constituent ni un soutien explicite ni un démenti réel, suffisent à valider l’interprétation la plus radicale auprès d’un public déjà convaincu, émotionnellement impliqué et profondément ancré dans une communauté irrationnelle.

Le rôle de ces messages pourrait obéir à la même logique. 

  • A noter que si Stephen Miller n’a jamais directement relayé la symbolique QAnon, sa contribution substantielle au 6 janvier est avérée.
  • La nomination de Miller, ancien haut responsable du Capitole et ancien membre de l’équipe de direction d’un président de commission judiciaire, est d’ailleurs un signe que la Maison-Blanche a l’intention de s’opposer fermement aux enquêtes parlementaires qui lui seront soumises. Les messages entourant sa nomination pourraient montrer que le trumpisme a de nouveau besoin du soutien politique et violent des franges extrêmes qui ont fomenté le putsch raté de 2021.
Sources
  1. « From Dark to Light », « de l’obscurité à la lumière ». Cette expression fait référence à l’issue eschatologique annoncée par QAnon correspondant au moment où les prétendus crimes de l’élite seront révélés au grand jour à l’issue de la « Tempête ».
  2. Caroline Orr Bueno, message publié sur X, le 7 novembre 2026.
  3. Un dog whistle (littéralement « sifflet à chien ») est un message anodin en apparence, mais dont le sens réel beaucoup plus extrême n’est audible que par le public auquel il s’adresse.