Mark Carney et la nouvelle alliance transatlantique
Face à la rupture de l’ordre mondial, Mark Carney propose à l’Europe une alliance d’un genre nouveau.
Nous publions et commentons le discours intégral du Premier ministre canadien devant le Parlement européen.
- Auteur
- Le Grand Continent
Aujourd’hui, 17 septembre, le Premier ministre canadien Mark Carney a pris la parole devant le Parlement européen à Strasbourg, un jour après le discours annuel de von der Leyen sur l’état de l’Union, au cours duquel elle a proposé que le Canada devienne le premier État associé de l’Union européenne, suggérant ainsi de transformer l’accord de libre-échange en « alliance pour l’avenir ».
Carney a toutefois ouvert son discours loin de la politique commerciale, sur une crête boisée au-dessus de Weimar. Il y raconte l’histoire du chêne de Goethe et cite un vers de Faust, « Nur der verdient sich Freiheit wie das Leben, der täglich sie erobern muss », (« Celui-là seul est digne de la liberté qui chaque jour doit la conquérir ») qui lui servira de fil rouge tout au long de son intervention.
Ce détour par Goethe n’est peut-être pas anodin et fait écho à une autre vision de la relation transatlantique, celle de Marco Rubio lors de la Conférence de Munich. Pour le secrétaire d’État, l’Occident et le lien entre les deux rives de l’Atlantique reposent sur la foi chrétienne. Il décrivait alors une relation forgée par des siècles « d’histoire commune, de foi chrétienne, de culture, d’héritage, de langue, d’ascendance », et affirmait que l’Amérique serait « toujours un enfant de l’Europe ». Carney ne s’appuie ni sur la foi ni sur la filiation. Il reprend un terme que Goethe avait emprunté aux chimistes : la Wahlverwandtschaft, ou « affinité élective ». Le Canada et l’Europe, dit-il, sont liés par une affinité « élective, choisie et renouvelée ». Là où Rubio parle d’un héritage reçu, Carney décrit une appartenance voulue.
Le discours reprend l’analyse qu’il avait déjà faite à Davos en janvier : l’intégration économique et les chaînes d’approvisionnement sont désormais devenues des armes, les droits de douane un moyen de pression. Face à cette nouvelle réalité, Carney note : « Un arbre isolé succombera. Une forêt, non. »
Il répond ainsi à la proposition de la présidente de la Commission européenne en proposant un nouveau partenariat transatlantique où chacun complète les lacunes de l’autre : « Nous avons tous d’importantes lacunes dans ces capacités stratégiques, et nous devons chacun compter sur des nations ou des entreprises individuelles pour les combler. »
Selon lui, l’Europe apporte « Une puissance de marché. Une recherche de pointe. Une industrie manufacturière de pointe. Elle apporte également la capacité et la volonté d’établir des normes que le monde adopte fréquemment. Une base industrielle de défense qui se reconstruit à un rythme soutenu. » De son côté, le Canada dispose, entre autres, de l’énergie et l’un des plus grands gisements de minéraux critiques au monde.
Il s’agit, dans les mots de Carney, d’une « alliance suffisamment forte pour que personne ne puisse dicter nos choix. » Le premier ministre canadien tient également à préciser ce qu’il ne propose pas : « La création d’un troisième bloc dans le but de devenir une grande puissance rivale. »
Les propos de Carney plaident en faveur d’une stratégie de pooling, que Anu Bradford décrit dans une pièce de doctrine dans les pages de la revue : établir des partenariats avec des pays partageant les mêmes valeurs afin d’amplifier l’influence collective de tous les participants. Comme le souligne Bradford, « Ces pays disposent en outre de technologies clefs pouvant être partagées afin de réduire leurs vulnérabilités individuelles, qu’il s’agisse de l’accès à l’énergie, aux puces électroniques, aux modèles open source, ou encore à la recherche ou aux marchés publics. Une telle collaboration leur permettrait de mettre en commun leurs ressources et de bénéficier d’économies d’échelle ainsi que de précieuses capacités complémentaires, tout en offrant une meilleure résistance aux stratégies coercitives de Pékin et de Washington. »
Madame la Presidente Metsola,
Madame la Presidente von der Leyen,
Membres honorables du Parlement européen,
Collègues distingués
Je vous remercie de m’accorder l’honneur de prendre la parole devant vous en ce début de session décisive.
Je vous parlerai aujourd’hui de la manière dont notre réponse à la rupture géopolitique actuelle devrait intégrer une nouvelle dimension.
Mais tout d’abord, j’aimerais évoquer un élément plus ancien.
Quelque chose qui remonte à bien avant les relations entre l’Union européenne et le Canada.
Car la profondeur de nos liens ne se mesure pas avec des échanges commerciaux ni n’est inscrite dans nos traités.
Nos liens sont profondément enracinés dans nos terres.
Au cœur de l’Allemagne, au-dessus de Weimar, se dresse une crête boisée appelée l’Ettersberg.
Pendant des décennies, Goethe y a marché, réfléchi et écrit.
Un chêne de cette crête a fini par porter son nom, véritable monument vivant aux idéaux les plus élevés de la culture européenne.
Alors que le XXe siècle sombrait dans les ténèbres, ce même chêne s’est retrouvé emprisonné derrière les barbelés de Buchenwald, témoin silencieux de la plus profonde défaillance morale de l’humanité.
Le camp de concentration de Buchenwald a été construit en 1937 sur l’Ettersberg, autour du « chêne de Goethe », que les SS avaient laissé debout. Détruit lors d’un raid aérien en 1944, cet arbre est devenu le symbole de la coexistence, sur ce même sol, de l’apogée de la culture allemande et de sa barbarie.
Goethe avait compris qu’il fallait se battre pour les idéaux, que les valeurs ne se défendaient pas toutes seules. En effet, à la fin de Faust, la dernière vision du vieil homme est celle d’un peuple libre sur une terre libre.
Nur der verdient sich Freiheit wie das Leben, der täglich sie erobern muß.
Celui-là seul est digne de la liberté qui chaque jour doit la conquérir.
Chaque jour. Pas seulement en 1945, ni en 1956, ni en 1989. Chaque jour, y compris aujourd’hui.
Carney raconte l’histoire de la liberté à travers trois événements marquants de la lutte de l’Europe pour la liberté : la fin du nazisme en 1945, le soulèvement de Budapest contre l’URSS en 1956 et la chute du mur de Berlin en 1989. La menace de 2026 est d’une autre nature, puisqu’elle provient également de l’intérieur même du camp occidental et dépasse le cadre strictement militaire.
La liberté a été conquise grâce à l’héroïsme de la résistance Européenne pendant la guerre.
Elle a été cultivée par les fondateurs de la Communauté européenne du charbon et de l’acier au lendemain de la guerre.
Elle a été favorisée par la création de la Communauté européenne.
Elle a été préservée par la mise en place de l’Union européenne.
Et elle s’est développée grâce à son élargissement après la chute du mur de Berlin.
Les valeurs représentées par le chêne de Goethe ont également perduré, en partie parce que les idéaux qui sont nés à l’ombre de ses branches ont traversé l’Atlantique.
En 1917, au milieu des ravages de la bataille de la crête de Vimy, un jeune lieutenant canadien nommé Leslie Miller ramassa une poignée de glands sur ce paysage européen dévasté. Il les rapporta chez lui et les planta dans le sol canadien, à Milliken, en Ontario, où ils donnèrent naissance à une forêt majestueuse.
Un siècle plus tard, un profond cycle de renouveau s’est achevé. En effet, des greffons issus des chênes canadiens de Leslie Miller ont été rapatriés en France et replantés sur la même crête de Vimy où ils avaient vu le jour.
La bataille de Vimy d’avril 1917 a posé les fondements de la mémoire nationale canadienne : pour la première fois, les quatre divisions canadiennes ont combattu ensemble et ont conquis une position que les Français et les Britanniques n’avaient pas réussi à tenir. Le Mémorial de Vimy est un territoire canadien en France.
Telle est l’essence même du partenariat entre le Canada et l’Union européenne. Des graines, des valeurs, des idées, des échanges commerciaux, des personnes et le progrès ont traversé l’Atlantique dans les deux sens pendant des siècles.
Nous ne sommes pas des alliés de circonstance. Nous ne recherchons pas d’accords à somme nulle. Notre attachement à l’État de droit et notre défense inébranlable de la dignité humaine, de la liberté individuelle et de la démocratie partagent les mêmes racines profondes, le même dévouement sans faille.
Nous partageons des valeurs communes, pour lesquelles nous nous sommes toujours battus et que nous devons toujours défendre avec vigilance.
Nous croyons qu’une économie forte n’est pas une fin en soi, mais le moyen de parvenir à une société juste. Nous sommes des gardiens engagés de notre patrimoine naturel. Nous croyons que notre prospérité s’accroît lorsqu’elle est partagée. Ces valeurs.
Il s’agit d’un partage par choix, et non d’une coïncidence.
Dans ses écrits, Goethe a emprunté un terme aux chimistes de son époque : Wahlverwandtschaft, ou l’affinité élective entre différents éléments qui s’associent en raison de leur attraction inhérente.
Le Canada et l’Europe ne sont pas liés par la géographie, même si, comme le savent nos amis danois, nous partageons une frontière de 3 000 km dans l’Arctique. Nous sommes liés par une affinité — élective, choisie et renouvelée, et d’autant plus forte qu’elle l’est.
Aujourd’hui, nos sociétés sont secouées par de nouvelles tempêtes : les bouleversements liés aux changements climatiques, l’érosion des normes démocratiques, l’utilisation du commerce comme arme.
Les institutions multilatérales sur lesquelles nous comptions ont été affaiblies. La souveraineté et l’ouverture sont aujourd’hui difficiles à concilier. L’intégration économique est désormais utilisée comme une arme, et les droits de douane comme un moyen de pression. Les mécanismes financiers sont utilisés à des fins de coercition. Les chaînes d’approvisionnement constituent des points faibles à exploiter.
La technologie transforme la nature de la guerre, la structure des économies et la capacité des États à gouverner.
Les plateformes technologiques aspirent à la souveraineté. Elles veulent fixer les conditions d’accès. Elles veulent dicter les règles en matière de réglementation, et même les contourner. Elles veulent contrôler nos données, répandre la désinformation, et voler l’enfance de nos enfants.
À noter : Carney considère les grandes plateformes numériques comme une menace pour la souveraineté, au même titre que les États. Le Canada a d’ailleurs fait marche arrière en 2025 concernant sa taxe sur les services numériques, cédant à la pression des États-Unis.
Cette combinaison est une tempête dévastatrice. Un arbre isolé succombera face à elle. Une forêt, non.
En effet, sous le sol de la forêt, les racines d’un chêne s’entrelacent avec celles de ses voisins, échangeant des nutriments, unissant leurs forces pour créer un écosystème résilient et autosuffisant.
Ensemble, le Canada et l’Union européenne peuvent ancrer nos fondations pour défendre nos valeurs tout en formant un écrin protecteur sous lequel nos citoyens peuvent s’épanouir.
C’est une question de souveraineté. Notre capacité à vivre comme nous l’entendons. Il s’agit des libertés pour lesquelles nous devons nous battre, chaque jour.
Car la souveraineté exige de la résilience — la capacité à résister aux chocs.
Aujourd’hui, la souveraineté va au-delà de la simple capacité à nous nourrir, à nous approvisionner en carburant et à nous défendre. Elle exige désormais un accès sécurisé à l’IA, aux semi-conducteurs, aux minéraux critiques, aux systèmes de paiement, aux technologies d’énergie propre, aux vaccins et aux communications spatiales.
Cette liste est au cœur de l’argumentaire de Carney. La souveraineté est redéfinie comme le contrôle d’une série de « capacités stratégique ». Elle reprend presque mot pour mot les priorités énoncées dans le rapport Draghi. Le premier ministre canadien s’exprime donc dans le langage de Bruxelles.
Nous avons tous d’importantes lacunes dans ces capacités stratégiques, et nous devons chacun compter sur des nations ou des entreprises individuelles pour les combler. Cela crée des vulnérabilités, en particulier lorsque des entreprises soi-disant « mondiales » se révèlent nationales en cas de crise.
Combler ces lacunes n’est pas possible seul, mais c’est tout à fait réalisable collectivement.
Le Canada et l’Europe sont chacun forts. L’Europe et le Canada sont encore plus forts ensemble.
Les institutions dont nous avons hérité sont organisées par zone géographique.
Les capacités stratégiques dont nous avons besoin sont organisées par fonction. Nous pouvons nous allier par fonction, si nous faisons preuve d’audace et de détermination.
Nous ne devons pas nous laisser intimider par l’ampleur apparente de la tâche.
Tout comme la domination est l’arrogance de l’hégémon, la perfection est l’ennemie du bien. Les enjeux économiques sont clairs : l’influence des puissants dans une relation d’exploitation s’effondre bien avant que l’indépendance totale ne soit atteinte. Car la diversité confère un avantage.
L’objectif n’est pas l’autosuffisance. C’est la résilience collective.
Cet avantage mutuel est au cœur des arguments en faveur d’un partenariat plus étroit entre le Canada et l’Europe.
L’Europe apporte tant de choses. Une puissance de marché. Une recherche de pointe. Une industrie manufacturière de pointe. La capacité et la volonté d’établir des normes que le monde adopte fréquemment. Une base industrielle de défense qui se reconstruit à un rythme soutenu.
Le Canada apporte de l’énergie à très grande échelle et sous toutes les formes requises par la transition. Nous disposons de l’un des plus grands gisements de minéraux critiques au monde. De solides compétences dans les domaines de l’espace, de l’IA et de l’informatique quantique. D’un système bancaire parmi les plus solides et d’un capital de retraite parmi les plus experts. Nous bénéficions d’une géographie arctique unique et d’un accès privilégié aux réseaux de l’Atlantique et du Pacifique.
Là où nos atouts diffèrent, ils se complètent. Là où ils se recoupent, ils créent une économie d’échelle.
Nous devons tirer parti de nos atouts respectifs – de manière délibérée, systématique et rapide.
Nous avons déjà commencé, et je remercie ce Parlement pour l’AECG, l’un des accords commerciaux les plus réussis au monde. Je remercie également la présidente von der Leyen et le président Costa pour notre accord de partenariat stratégique conclu en juin dernier. Nous le développons et l’approfondissons. Nous avons également commencé à tirer parti du rôle du Canada en tant que premier membre non européen de SAFE.
Mais nous devons reconnaître que l’écosystème que nous avons construit n’est pas encore à la hauteur de la violence des changements climatiques. Il n’évolue pas non plus assez vite pour suivre le rythme de ces bouleversements.
Hier, la présidente von der Leyen a évoqué le passage du CETA à une « Alliance pour l’avenir », ouvrant ainsi la voie à une adhésion du Canada en tant que premier membre associé de l’Union européenne. Le Canada salue cette ambition : les sondages montrent qu’une majorité écrasante de Canadiens soutient le resserrement des liens avec l’Europe.
C’est le moment politique du discours. Carney accepte publiquement l’offre qui lui avait été faite la veille par la présidente de la commission Ursula von der Leyen. La référence aux sondages n’est pas purement symbolique : depuis les menaces de Trump, le resserrement des liens avec l’Europe est devenu un thème central pour l’opinion publique canadienne, thème qui a joué un rôle déterminant dans la victoire électorale de Carney en avril 2025.
Une alliance pour l’avenir est une approche unique et positive que nous définirons ensemble, en nous appuyant sur nos atouts communs et en nous fondant sur nos valeurs partagées.
Permettez-moi de saisir cette occasion pour exposer clairement ce que propose le Canada.
Le Canada et l’Europe devraient garantir leur autonomie stratégique grâce à une coopération approfondie dans l’ensemble des capacités stratégiques, notamment les minéraux critiques, la capacité industrielle de défense, l’intelligence artificielle et le calcul, la sécurité énergétique, l’espace et les paiements.
Carney reprend la formule d’autonomie stratégique d’Emmanuel Macron et de la Commission, en lançant un message qui s’adresse autant à Paris qu’à Bruxelles.
Nous devrions évoluer vers un commerce numérique sans friction pour les biens non agricoles et un large éventail de services.
La précision est importante. L’agriculture au sens large (viande bovine, produits laitiers, fromages) a toujours constitué le point de blocage des négociations commerciales, notamment pour la France.
Nous devrions renforcer nos liens entre nos peuples, en permettant à nos jeunes de travailler, d’étudier et de vivre où ils le souhaitent, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique.
L’adhésion du Canada au programme Erasmus+ offrirait à vos étudiants et aux nôtres davantage d’occasions d’étudier dans certaines des meilleures universités du monde, d’élargir leurs horizons et de tisser ces liens durables qui soutiendront notre alliance à l’avenir.
Erasmus+ (le programme de mobilité étudiante) est ouvert aux pays « associés », comme la Norvège et la Suisse, ainsi qu’au Royaume-Uni à partir de 2027.
L’adhésion du Canada à la prochaine génération du programme Horizon nous permettrait de mettre en commun nos ressources, de coopérer sur les technologies de pointe et de tirer parti de nos instituts de recherche et de nos universités de classe mondiale.
Hier, la présidente von der Leyen a annoncé la création d’une « nouvelle société européenne des matières premières critiques » afin d’obtenir et de stocker « les matériaux nécessaires aux voitures électriques, aux puces électroniques et aux batteries, aux technologies propres et à la défense ». Je tiens à souligner que le Canada dispose de gisements de plus de 34 minéraux critiques et que nous figurons parmi les principaux producteurs des dix minéraux les plus essentiels à la transition énergétique. Notre alliance peut contribuer à répondre aux besoins de l’Europe en matière d’approvisionnement fiable, à ceux du Canada en matière de capacités de transformation de pointe, ainsi qu’à notre objectif commun de compléter les chaînes de valeur dans le cadre de la transition énergétique et de notre défense.
Le Canada peut fournir du GNL et de l’hydrogène à grande échelle pour soutenir la sécurité énergétique de l’Europe, notamment en développant et en tirant parti de nouvelles infrastructures portuaires dans notre Grand Nord et sur notre côte est. Et le Canada, en retour, peut bénéficier de votre leadership dans tant de technologies liées aux énergies propres.
Si le gaz naturel liquéfié canadien constitue une alternative au gaz américain, qui est également devenu un moyen de pression dans les négociations commerciales entre l’Union et les États-Unis, il n’existe pour l’instant aucun terminal d’exportation sur la côte atlantique du Canada.
Nous pouvons mettre en commun de nouvelles capacités de calcul souveraines et établir des connexions haut débit plus sécurisées entre l’Europe et l’Asie grâce à notre situation géographique commune.
Carney fait référence aux câbles sous-marins et aux voies de transmission de données traversant l’Arctique, qui sont plus courts entre l’Europe et l’Asie et moins exposés aux points de vulnérabilité (la mer Rouge, les détroits asiatiques).
Le Canada et l’Europe peuvent unir leurs forces pour élaborer des protocoles de sécurité en matière d’IA, coordonner des normes communes et renforcer la transparence, tout en développant des applications permettant à nos gouvernements et à nos entreprises de mieux servir nos citoyens.
Cette position va à l’encontre de celle de Washington, très critique du AI Act. Le Canada qui est le berceau du deep learning (Bengio, Hinton) est favorable à une réglementation, contrairement à l’actuelle administration américaine.
Il s’agit là de la proposition la plus ambitieuse de ce discours, et celle qui est formulée en termes les plus prudents (« envisager d’étudier ») : une fusion entre deux systèmes financiers réputés pour leur stabilité — les banques canadiennes ont surmonté la crise de 2008 sans avoir recours à un plan de sauvetage public — et une réponse à la dépendance vis-à-vis des réseaux de paiement américains (Visa, Mastercard).
Le Canada et l’Europe devraient envisager d’explorer un marché intégré des services financiers afin d’élargir le choix et de réduire les coûts pour nos citoyens, d’améliorer l’accès au capital pour nos entreprises tout en préservant notre résilience financière, qui est l’une des plus élevées au monde.
Il s’agit là de la proposition la plus ambitieuse du discours, et celle qui est formulée en termes les plus prudents (« envisager d’étudier »). Une fusion entre deux systèmes financiers réputés pour leur stabilité (les banques canadiennes ont surmonté la crise de 2008 sans avoir recours à un plan de sauvetage public) et une réponse à la dépendance vis-à-vis des réseaux de paiement américains (Visa, Mastercard) et à leur arsenalisation.
Ce ne sont là que quelques-unes des opportunités, mais l’essentiel est que les opportunités pouvant être créées par une alliance pour l’avenir découlent de nos valeurs communes, de nos systèmes compatibles et de nos atouts complémentaires.
L’approfondissement et l’élargissement de nos relations renforceront notre souveraineté, amélioreront l’accessibilité financière, les opportunités et la sécurité de nos citoyens, tout en préservant notre capacité à mener nos vies comme nous l’entendons.
Je tiens également à préciser ce que je ne propose pas. Je ne propose pas la création d’un troisième bloc dans le but de devenir une grande puissance rivale – même si celle-ci ferait preuve de meilleures intentions.
Nous ne recherchons pas le pouvoir pour dominer les autres. Au contraire, nous visons la résilience afin que personne ne puisse contrôler nos marchés ouverts, porter atteinte à notre souveraineté, menacer notre intégrité territoriale ou saper nos libertés, nos démocraties et notre État de droit.
À l’instar du discours d’Ursula von der Leyen d’hier, le Premier ministre canadien n’évoque pas explicitement Donald Trump. Cependant, pour un Canadien, cette énumération fait directement référence aux propos de Trump sur l’annexion du Canada ; pour un Européen, elle fait référence au Groenland et à l’Ukraine.
Ce sont ces motivations, ces principes fondamentaux, combinés à notre puissance dure latente, qui nous permettent de contribuer à la création du prochain ordre mondial juste, stable et prospère.
Une alliance entre le Canada et l’Union europénne constituerait un modèle pour les autres démocraties.
Une alliance qui ne se définit pas par ce à quoi nous nous opposons, mais par ce que nous défendons : la liberté, la solidarité, la prospérité, la durabilité. Une alliance qui renforce la résilience par ce qu’elle nous permet de faire pour nos citoyens, et ce que nos citoyens peuvent faire pour eux-mêmes.
Une alliance suffisamment forte pour que personne ne puisse dicter nos choix. Une alliance suffisamment ouverte pour que d’autres puissent s’y joindre. Une alliance suffisamment fondée sur des principes pour que notre force renforce le droit international plutôt que de chercher à le remplacer.
Et pour conclure, on dit souvent de mon pays que le Canada est devenu une nation lors de la bataille de la crête de Vimy.
Il est certain que les milliers de Canadiens qui ne sont pas revenus de cette bataille ont sacrifié leur vie pour une cause bien plus grande qu’eux-mêmes.
L’un de ceux qui sont rentrés chez eux s’est d’abord arrêté pour ramasser quelques glands.
Aujourd’hui, les mêmes chênes de Vimy poussent au Canada comme en France, preuve vivante que ce que nous cultivons ensemble peut survivre à l’hiver le plus sombre pour renaître.
Approfondissons maintenant ces racines, élargissons cette canopée et faisons pousser une forêt transatlantique sous laquelle nos citoyens pourront s’épanouir en tant que personnes libres sur une terre libre.
Le discours se referme sur une autre référence à Goethe, la dernière vision du vieux Faust : « Je voudrais voir une telle foule, / me tenir sur un sol libre avec un peuple libre. » Le chêne, planté à deux reprises de part et d’autre de l’Atlantique, remplace le vocabulaire habituel du « pont » transatlantique par celui des racines communes, représentées ici par les valeurs.
Jour après jour.
Merci.