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Les grands desseins puisent leur force dans la clarté de leur énoncé. Disons les choses simplement : nous devons bâtir les États-Unis d’Europe.

Depuis trop longtemps, nous refusons de nous lancer collectivement dans des projets qui nous dépassent, et nous laissons la poussière gestionnaire et normative se déposer sur nos ambitions.

Dans un monde régulé, apaisé, équilibré, on pourrait croire à la « fin de l’histoire » et se contenter de cueillir, presque nonchalamment, les fruits du progrès. Nous ne vivons pas dans ce monde-là. Nous n’y vivons plus.

De l’âge des États-nations à l’âge des continents-puissances

Le monde a changé de grammaire. L’ordre international bâti autour des États-nations cède la place à un monde de continents-puissances, seuls capables de peser à l’échelle où se décident aujourd’hui les rapports de force technologiques, industriels et militaires. C’est le bouleversement le plus profond des dernières décennies, et l’Europe s’y trouve attaquée sur trois fronts. Nos adversaires ont une volonté, une stratégie, des moyens ; ils comptent sur nos divisions, et plus encore sur notre lassitude à mettre au défi le cours de l’histoire.

La Russie attaque notre sécurité. Dirigée d’une main de fer par un pouvoir qui exècre notre modèle démocratique, elle poursuit sa guerre contre l’Ukraine, bombarde ses villes et ses infrastructures civiles, avec pour objectif de menacer le continent tout entier. Ses drones survolent désormais l’Union, ses ingérences et ses cyberattaques cherchent à désorganiser nos sociétés et nos élections. À Leipzig, elle a même frappé un aéroport.

La Chine mène une attaque en règle contre notre économie et notre industrie. Elle nous fait payer notre arrogance passée : pendant des décennies, nous avons transféré nos technologies et délocalisé nos productions, convaincus d’en garder toujours l’invention. Cette condescendance nous a coûté cher — les Chinois ont formé, investi, appris, et nous ont dépassés dans les secteurs décisifs. Ils passent désormais à l’attaque : par la surproduction industrielle d’abord — une entreprise chinoise sur quatre exporte à perte, stratégie délibérée pour mettre nos industries en faillite ; par la captation de l’attention de nos enfants ensuite, à travers des algorithmes que nous ne contrôlons pas, au prix de leurs addictions et de leurs troubles mentaux. S’attaquer à l’intelligence de notre jeunesse, c’est s’attaquer à l’avenir de l’Europe.

Les États-Unis, enfin, nous attaquent eux aussi : guerre commerciale, chantage permanent sur la défense, extraterritorialité de leur droit sous la menace de nous couper l’accès au dollar, une intelligence artificielle qui façonne notre économie sans que nous ayons voix au chapitre sur ses règles. Ces leviers ne sont que les instruments d’une guerre plus profonde, contre nos valeurs. Je reste marqué par le discours du vice-président américain à Munich, en février 2025 : un réquisitoire contre les démocraties européennes, une remise en cause de notre capacité à décider librement. Et qu’avons-nous fait ? Rien, ou presque : cinq mois plus tard, nous acceptions sans rechigner, à Turnberry, un accord commercial qui sacrifiait nos intérêts pour ne pas froisser Washington. Il faut regarder la réalité en face : avec Trump, et sans doute avec ses successeurs, la servilité ne paie jamais. Quel contraste, au moment où l’Europe reçoit le Premier ministre canadien, entre son obstination à défendre son peuple face aux États-Unis et ce que nous avons dû accepter en juillet 2025.

Tous ces continents-puissances ont compris que notre division était leur assurance-vie ; « diviser pour mieux régner » est devenu la maxime de leur politique à l’égard de l’Union. C’est pourquoi ils exaltent à coups de tweet le nationalisme européen et le fantasme d’une disparition de notre civilisation sous le flot migratoire : tant que nous pointerons du doigt un ennemi intérieur, ils pourront tranquillement inonder nos routes de leurs voitures, nos ordinateurs de leurs modèles d’intelligence artificielle et notre ciel de leurs satellites.

À ces ennemis qui n’avancent même plus masqués s’ajoute une menace sans capitale et sans drapeau : le dérèglement climatique, qui brûle nos forêts, assèche nos terres et fissure les murs de nos maisons — le quotidien d’agriculteurs qui perdent leurs récoltes, de villages privés d’eau, de personnes âgées qui étouffent dans leur appartement. Ce n’est plus une perspective lointaine, c’est une épreuve qui exige de nous des décisions à la hauteur.

L’actualité montre que l’Europe n’a pas d’autre choix que la force et l’unité. Depuis le 28 février, les États-Unis mènent seuls, sans nous consulter, une guerre contre l’Iran. En représailles, Téhéran a fermé le détroit d’Ormuz, par où transite un cinquième du pétrole et du gaz de la planète — et il est toujours fermé six mois plus tard. L’INSEE vient d’abaisser sa prévision de croissance pour la France de 0,7 % à 0,4 %, en citant explicitement cette fermeture ; le prix du gaz augmente pour la deuxième fois en deux mois, et l’on parle désormais d’un gazole à trois euros. Washington n’a pas pesé le prix de l’essence à nos pompes avant de frapper — pourquoi l’aurait-il fait ? Un continent-puissance agit selon ses intérêts, c’est même à cela qu’on le reconnaît. Les États-Unis sont exportateurs nets d’énergie ; nous importons 97 % de notre pétrole. Nos intérêts ont divergé, et nous sommes à peu près les seuls à ne pas en avoir tiré les conséquences. Quelle voix portons-nous dans cette affaire ? Aucune, ou presque : aucun dirigeant européen ne pèse assez, seul, pour obtenir la fin de cette guerre. Pendant ce temps, la facture arrive chez nous, avec la colère qui monte quand il faut choisir entre remplir son réservoir et remplir son caddie. Je sais ce qu’on va nous proposer, à l’extrême droite comme à l’extrême gauche : un chèque financé par la dette. C’est soigner une dépendance en aggravant une autre — un sursis payé par nos enfants, pas une solution. Il faut des réponses de court terme pour gérer l’urgence, mais une campagne présidentielle doit aussi regarder plus haut : c’est une réponse structurelle de puissance qu’il nous faut, et c’est ce que je propose avec les États-Unis d’Europe — permettre à notre continent d’être plus qu’un espace, une véritable puissance.

Car la puissance n’est pas un mot abstrait : la puissance, c’est la liberté. C’est au sein d’une Europe unie que nous bâtirons notre indépendance énergétique et l’électrification de nos modes de vie ; c’est à cette échelle, et à cette échelle seulement, que nous serons assez innovants et productifs pour permettre une hausse massive de nos salaires. Regardons les États-Unis : un ménage sur deux y touche plus de 7 290 dollars par mois, et le taux de pauvreté y est au plus bas historique — ce sont d’abord les ménages qui bénéficient de la rente de la puissance américaine. Nous pouvons, nous devons, suivre le même chemin. Mais aujourd’hui, face à la force, nous montrons le visage de la dispersion.

Une Europe qui s’entrave elle-même

L’Europe est fragmentée, divisée — elle avance avec des boulets qu’elle s’est elle-même attachés aux pieds. Un marché commun, mais des entreprises qui doivent franchir un parcours d’obstacles pour passer d’un pays à l’autre. Une monnaie commune, mais des circuits de financement qui restent fragmentés. Des intérêts industriels communs, mais des États qui continuent de se faire concurrence. Sur bien des sujets, les autres puissances n’ont même pas besoin de nous diviser : nous faisons le travail à leur place. La fragmentation économique de l’Europe équivaut, en droits de douane internes, à environ 45 % sur nos biens et 110 % sur nos services : nous nous taxons nous-mêmes bien davantage que ce que les États-Unis menacent de nous taxer. Nous nous handicapons nous-mêmes — c’est le cœur du problème, la principale entrave à notre prospérité et à notre puissance.

Je veux être honnête : l’Union européenne à vingt-sept a accompli des succès considérables, et je ne laisserai personne les effacer. La PAC, le marché unique, l’Euro sont des réussites historiques. À chaque crise, l’Europe a su trouver en elle les ressources de son sursaut : autonomie monétaire et bancaire retrouvée après 2008, stratégie vaccinale commune pendant le Covid, première dette commune pour financer la relance, soutien indéfectible à l’Ukraine, refus unanime opposé à Donald Trump lorsqu’il a menacé d’envahir le Groenland, lors du Forum de Davos. Ce « non », l’Europe le doit beaucoup à l’action du président Emmanuel Macron, qui a su faire sortir du tabou des mots comme souveraineté européenne, intérêts stratégiques communs, commande publique européenne, défense européenne ou taxe carbone aux frontières — et qui s’est imposé comme le principal leader européen.

Mais reconnaître ces réussites n’interdit pas d’en voir les limites, et je le dis avec force : l’Europe à vingt-sept a atteint les siennes. Elle ne peut plus suivre la cadence de l’histoire. Nous ne pourrons pas aller plus loin avec le système actuel, ni peser si nous voulons tout conserver tel quel. Sur les décisions essentielles, la règle de l’unanimité permet à un seul gouvernement de retenir tous les autres ; l’équilibre des pouvoirs — et donc des responsabilités — est éclaté entre une Commission peu légitime, un Parlement peu puissant et un Conseil pris au piège de l’unanimité. L’Union dispose depuis deux ans, avec le rapport Draghi, de la feuille de route de son propre sursaut. Certains chantiers ont été engagés — Boussole pour la compétitivité, Pacte pour une industrie propre, Union de l’épargne et de l’investissement, proposition d’un Fonds européen de compétitivité — et vont dans le bon sens. Mais ils avancent trop lentement : seulement 30 % des recommandations du rapport ont été mises en œuvre, et le cœur de ce qu’il faut bâtir — la puissance financière, le marché unique du capital et de l’énergie — reste largement inabouti.

À force, ce système ne produit plus que frustration et colère : celle de savoir ce qu’il faudrait faire, sans jamais être en capacité de le faire. Je crois qu’il n’y a que deux choix politiques possibles : le vieux cauchemar du Frexit, ou un rêve nouveau — celui des États-Unis d’Europe.

Un vieux rêve, qui n’a jamais eu besoin de patrie

L’idée que je porte n’est pas nouvelle : c’est le vieux rêve européen, et je suis venu le réveiller.

Notre rêve européen puise à deux sources : l’héritage gréco-romain, qui nous a donné la démocratie et le droit, et la tradition judéo-chrétienne, qui nous a enseigné l’égale dignité de tout être humain. Ces deux sources se sont rejointes dans les Lumières, qui ont éclairé l’Europe entière — un rêve sans patrie unique, parce qu’il les avait toutes.

On le voit dès la Renaissance, quand les idées circulent librement d’un bout à l’autre du continent, jusqu’à Voltaire, qui s’est formé partout en Europe sans jamais s’y sentir étranger. C’est Victor Hugo qui, en 1849, lui donne un nom : les « États-Unis d’Europe », une union où chaque nation garderait son identité propre tout en se fondant dans une fraternité supérieure.

Nos grands-parents ont fait renaître ce rêve sur les ruines de la guerre : Schuman et Monnet, en 1950, ont mis en commun le charbon et l’acier, transformant nos anciennes rivalités en chemin de paix. Nos parents ont poursuivi cette œuvre avec le marché commun et la monnaie unique de Maastricht.

À notre génération d’accomplir la troisième étape de cette histoire : mettre en commun l’économie elle-même, arracher l’Europe aux nationalismes qui préparent son déclin, et reprendre le rêve là où nos pères l’ont laissé. Ne craignons plus de bâtir les États-Unis d’Europe.

Ce que sont les États-Unis d’Europe : de nouvelles frontières et un fédéralisme économique et écologique

Soyons précis. Les États-Unis d’Europe ne sont pas la création d’un pays unique qui effacerait les nations existantes : c’est une fusion économique et écologique entre un noyau dur de pays européens. Là où l’Europe a construit la paix, là où l’Union a produit des normes, les États-Unis d’Europe doivent bâtir notre puissance. Leur objectif : partir à la conquête d’une dizaine de frontières qui feront notre prospérité dans les domaines de la santé, de l’IA et du quantique, de l’accès à l’espace, de l’énergie et du transport décarbonés, de l’armement, souveraineté de nos systèmes de paiement, protection de notre indépendance cognitive et excellence universitaire.

Si nous réussissons, les États-Unis d’Europe deviendront la première puissance au monde. Je ne propose pas une institution lointaine de plus, déconnectée de la vie des gens : je crois que seuls les États-Unis d’Europe nous permettront d’apporter des réponses concrètes aux problèmes fondamentaux des Français et des Européens.

Pour y parvenir, il faut un véritable fédéralisme économique, technologique et écologique, qui lève les barrières empêchant nos économies de fusionner vraiment. Nous croyons souvent nos économies déjà intégrées : il n’en est rien. Nous sommes au milieu du gué — trop connectés pour être pleinement autonomes, pas assez pour être pleinement puissants. Je propose donc la disparition totale des frontières économiques au sein des États-Unis d’Europe, et une politique inédite d’urgence écologique. J’ai recensé vingt-et-une barrières à abattre : convergence de nos impôts et de nos taxes, droit du travail commun, fusion de nos banques et de nos opérateurs télécoms, émission de dette commune, budget commun, unification totale de nos normes agricoles et économiques, droit des affaires unique — sociétés, contrats, faillites, propriété intellectuelle.

Concrètement, une entreprise doit pouvoir se développer dans cet espace aussi naturellement qu’elle grandit aujourd’hui d’une région française à une autre. Aujourd’hui, quand elle s’installe en Europe, elle doit connaître vingt-sept droits du travail, vingt-sept droits des affaires, vingt-sept systèmes fiscaux ; ouvrir vingt-sept comptes bancaires, prendre vingt-sept abonnements téléphoniques.

Le cœur de ce projet, c’est la simplification — ce sera la boussole des États-Unis d’Europe. Là où l’Union a donné le sentiment de produire trop de normes, les États-Unis d’Europe apporteront la preuve que simplicité et prospérité vont de pair.

Nous achèverons l’union bancaire et celle de nos marchés de capitaux. On nous dit que l’Europe manque de géants faute d’argent : c’est faux. Les Européens comptent parmi les peuples qui épargnent le plus au monde ; l’argent est là. Ce qui manque, c’est le chemin entre cette épargne et nos entreprises, parce qu’elle reste enfermée dans vingt-sept compartiments étanches, vingt-sept fiscalités, vingt-sept régulateurs — quand les Américains n’en ont qu’un seul. Résultat : l’assureur allemand qui pourrait financer l’entreprise espagnole préfère acheter des bons du Trésor américain, plus simple. Nous exportons notre argent pour financer l’économie américaine. En septembre, Mistral a levé trois milliards d’euros, la plus grosse opération de l’histoire de la tech européenne ; six mois plus tôt, OpenAI levait cent vingt-deux milliards de dollars en une seule fois — trente-cinq fois plus. Amazon, seule, a signé un chèque quatorze fois supérieur à tout ce que Mistral a réuni. Nos chercheurs et nos ingénieurs sont aussi bons : ils manquent de financement. C’est pourquoi je propose l’union des marchés de capitaux — un régulateur, un dépositaire, un produit d’épargne européen, le même partout. Le jour où lever trois milliards ne sera plus un record mais une opération ordinaire, nous aurons nos géants, financés par l’épargne des Européens, pour l’emploi de leurs enfants et pour notre souveraineté.

Nous conduirons aussi une politique industrielle unique — planification par filières, investissements coordonnés, commandes publiques capables de faire grandir nos entreprises, préférence européenne assumée — appliquée en priorité à l’industrie de défense. Les États-Unis d’Europe se libéreront de l’obsession de la libre concurrence pour faire ce que les États-Unis et la Chine ont fait avant nous : planifier, investir massivement dans la recherche et dans nos entreprises les plus prometteuses, puis leur donner accès au plus grand marché du monde et à des commandes publiques massives. La politique commerciale devra elle aussi évoluer : l’Union garderait la main pour négocier de nouveaux accords avec nos alliés — comme le CETA avec le Canada — et deviendrait l’interlocuteur de tous nos partenaires pour organiser la paix commerciale, du Japon à l’Inde, de la Corée à la Nouvelle-Zélande et à l’Australie. Mais face à une attaque avérée de la Chine ou des États-Unis, les États-Unis d’Europe disposeraient d’une arme de dissuasion commerciale, capable de réagir plus vite et plus fort qu’à vingt-sept, et d’imposer notre propre vision du commerce international. Nous défendre, et enfin imposer notre puissance.

Pour porter ces politiques, nous donnerons aux États-Unis d’Europe les moyens de leurs décisions : un budget commun, des ressources communes, un Trésor capable d’émettre une dette commune pour financer nos investissements d’avenir. Avec l’Union, nous avons fait le marché unique. Avec l’euro, la monnaie unique. Je propose de faire, avec les États-Unis d’Europe, une économie unique.

Mais les États-Unis d’Europe seront une puissance écologique autant qu’économique, et j’y tiens profondément. L’éco-continent est la seule échelle possible pour relever ce défi. Les États-Unis d’Europe décideront donc de leur trajectoire climatique et des moyens de la tenir : planification écologique européenne, réseaux d’énergie organisés en commun, nucléaire et renouvelables unis dans un même effort, financement des interconnexions, du stockage et de la décarbonation de nos industries. Sur un continent pauvre en ressources naturelles, la sécurité de nos approvisionnements sera une priorité, pour que les matières premières chinoises ne deviennent pas le gaz russe de demain ; nous diversifierons nos fournisseurs et deviendrons la plus grande économie circulaire du monde — nos déchets deviendront notre principale matière première. Notre dette commune financera aussi notre adaptation au dérèglement déjà engagé : agriculture résiliente, logements et services publics isolés, protection de nos ressources en eau, de nos littoraux, de nos forêts. Il faut sortir de cette logique où l’on fixe un objectif européen avant de renvoyer chaque pays, chaque entreprise, chaque ménage à ses propres moyens pour l’atteindre : une ambition commune exige des moyens communs, et l’écologie doit devenir un levier de notre puissance plutôt qu’une addition de contraintes nationales.

La méthode : un noyau dur, un traité, un référendum

Ce projet, je le mènerai dès le premier jour de mon mandat. Ma première mission sera de constituer un noyau dur de pays européens et de les convaincre que les États-Unis d’Europe sont le seul chemin possible. Nous tendrons la main aux pays fondateurs — l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg — puis à l’Espagne, au Portugal, aux pays nordiques, à la Pologne, tous essentiels à l’avenir européen. Je souhaite qu’un jour le Royaume-Uni retrouve sa place dans cette aventure, s’il fait librement le choix de la rejoindre. Je ne prétends pas que tous ces pays sont déjà prêts : je propose de leur ouvrir ce chemin. Peu importe le nombre des premiers signataires — huit, dix — pourvu que ce noyau dur soit uni, solidaire et puissant. Il sera l’avant-garde des États-Unis d’Europe.

J’irai voir ces dirigeants en personne, et je leur dirai : posons la première pierre. Écrivons ensemble ce traité qui fusionnera nos économies et nous unira dans notre combat contre le dérèglement climatique — le Traité de prospérité économique et d’urgence écologique — qui organisera cette première étape des États-Unis d’Europe. Car c’est ce fédéralisme économique qui en sera la première pierre, comme naguère la mise en commun du charbon et de l’acier fut la première pierre de l’union politique, autrement plus ambitieuse, que nous connaissons aujourd’hui.

On m’objectera que c’est le projet d’un siècle. C’est faux : les États-Unis d’Europe peuvent voir le jour en moins de dix ans. Le traité de Paris instituant la Communauté européenne du charbon et de l’acier est entré en vigueur sept ans seulement après la fin de la Seconde Guerre mondiale ; la négociation du traité de Maastricht a pris à peine quatorze mois ; l’accord de Schengen a été signé douze mois après le Conseil européen de Fontainebleau. Une fois les dirigeants européens d’accord sur ce qu’ils veulent mettre en commun, le processus peut aller vite — et je crois que la crise existentielle que traverse l’Europe y conduira ses dirigeants : le modèle allemand, fondé sur une triple dépendance aux hydrocarbures russes, aux exportations vers la Chine et au parapluie militaire américain, est ébranlé structurellement par l’inondation de son marché par les voitures chinoises ; le modèle français est à bout de souffle, et il n’est pas le seul. J’ai consulté mes voisins européens : dans le secret de nos discussions, ils font le même constat que moi, et j’ai bâti, dans presque tous les pays européens, un réseau d’alliés qui pensent, comme moi, que sans union nous sommes condamnés à la disparition.

Dès le premier jour de mon mandat, j’ouvrirai les négociations avec tous les partenaires qui ont vocation à rejoindre les États-Unis d’Europe. Mais aucune journée de négociation ne doit être perdue : nous utiliserons dès maintenant tout ce que les traités actuels permettent, dans le cadre des coopérations renforcées, qui autorisent un groupe restreint de pays à avancer plus vite quand l’Union patine à vingt-sept.

Et si, malgré tout, les gouvernements tergiversent, remettent à demain, se laissent gagner par la peur des grands projets, alors il faudra passer directement par les peuples. Je propose de créer les États-Unis d’Europe par un référendum européen : un vote simultané, dans tous les pays appelés à les rejoindre. Les gouvernements passent, les peuples restent. Si les peuples choisissent les États-Unis d’Europe, ce choix sera indéfectible.

Une gouvernance démocratique, pour en finir avec l’Europe des sommets

La gouvernance des États-Unis d’Europe devra être démocratique : il faut en finir avec l’Europe des sommets. À terme, un parlement composé des élus européens de chaque nation, et un responsable — un président, un président de Commission, peu importe le nom — élu au suffrage universel, lors du premier scrutin réellement pan-européen de notre histoire. Mais l’urgence n’est pas de recréer des instances : c’est d’avancer, d’être efficace, et de poser les pierres du projet dont notre Europe et notre pays ont besoin.

Répondre à ceux qui n’y croient plus

Certains diront que les États-Unis d’Europe sont un horizon souhaitable mais sans réponse aux angoisses du quotidien. J’ai montré pourquoi je pense le contraire : les précédents historiques disent que ce projet peut aboutir en moins de dix ans, dès lors que la volonté politique existe — et la crise que traversent, en même temps, presque tous les modèles nationaux européens, rend cette volonté plus probable, non moins. Les moments de crise structurelle amènent historiquement les peuples au meilleur d’eux-mêmes, comme au pire ; je fais le pari du meilleur.

D’autres diront que ce projet menace notre identité, qu’une intégration plus poussée effacerait notre pays. Je trouve cette crainte compréhensible et infondée : il faudrait vraiment nous croire bien faibles pour qu’une union économique et écologique puisse détruire des siècles d’histoire. Je crois en la France, je l’aime, je refuse son déclin — et c’est précisément pour cela que je la veux plus forte, plus prospère, au sein des États-Unis d’Europe. Les compétences régaliennes resteront à la main des États : commandement de nos armées, décision d’engager nos forces, diplomatie, sécurité intérieure, justice — chaque État les conservera. La dissuasion française restera française, et nous renforcerons même notre rôle en devenant le nouveau parapluie nucléaire européen : le parapluie américain s’est révélé peu fiable, place au parapluie français. Nos nations garderont leur langue, leur culture, leurs institutions ; la France continuera d’être la France, avec sa voix, son histoire et sa liberté — mais elle disposera d’une force économique nouvelle pour les faire vivre. Une puissance commune ne sera légitime que si les citoyens en gardent la maîtrise : c’est pour cela que je propose de la fonder par un référendum, et non par un accord entre chancelleries.

Ce que nous avons à décider

Je sais ce qu’une telle proposition représente dans une campagne présidentielle. Il serait plus facile de parler de quelques ajustements, de promettre un meilleur rapport de force sans jamais préciser ce que l’on est prêt à mettre en commun. Je fais un autre choix : je veux que cette campagne serve à décider de notre avenir, et je suis candidat pour proposer le projet d’une génération — les États-Unis d’Europe.

Ce n’est pas une idée improvisée. Elle vient d’échanges menés avec des dirigeants européens, des experts, des philosophes, des juristes, des économistes, des chefs d’entreprise, et tous m’ont dit la même chose : c’est ce dont la France a besoin.

Je mesure le risque que représente ce choix : il faudra convaincre, négocier, surmonter des intérêts installés et de vieilles habitudes. Je l’assume, parce que je crois que c’est le chemin de notre prospérité et de notre liberté dans le monde qui vient. Mais je mesure tout autant le risque que l’on ne nomme jamais : celui de continuer comme avant, de voir partir nos investissements, de perdre la maîtrise de nos technologies, de découvrir trop tard que nos choix sont devenus les décisions des autres. Face aux puissances américaine, chinoise et russe, je crois que les États-Unis d’Europe sont notre meilleure chance.

Nous avons, à notre tour, une décision à prendre : transmettre à notre jeunesse une Europe qui aura perdu la maîtrise de son avenir, ou une Europe qui aura su retrouver, dans la gravité de l’épreuve, la force de commencer quelque chose de grand.

La liberté est l’enjeu.

La puissance le moyen.

Les États-Unis d’Europe, le chemin.