Friedrich Merz et Lars Klingbeil ont annoncé ce mardi 27 janvier lors d’une conférence organisée par Die Welt à Berlin 1 la mise en place d’une nouvelle coopération renforcée entre six pays volontaires : l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, la Pologne et les Pays-Bas. Les six représentent ensemble environ 70 % du PIB de l’Union européenne. 

  • Selon Klingbeil : « Il est désormais crucial de miser sur nos propres forces. L’Allemagne, aux côtés de la France et d’autres partenaires, prendra donc l’initiative de rendre l’Europe plus forte et plus indépendante ». 
  • Le chancelier Merz a déclaré : « L’Europe doit devenir une puissance politique capable de façonner le monde, tant sur le plan économique que militaire ». 

Une série de priorités communes structureront cette initiative, appelée « groupe des six » ou « format E6 » : l’union des marchés de capitaux, le rôle international de l’euro — y compris la mise en place d’un système de paiement européen indépendant, la sécurité des matières premières et les investissements de défense.

L’objectif est de faire de l’Europe une puissance capable d’agir économiquement et militairement, quitte à court-circuiter la Commission, très critiquée ces dernières semaines par le patronat et le gouvernement allemand pour leur incapacité à avancer face à l’accélération géopolitique du monde 2

Un calendrier est déjà en place. 

  • Une première réunion, en amont de la séance de réflexion informelle des dirigeants de l’Union du 12 février, qui se tiendra à Alden Biesen, en Belgique, a déjà eu lieu : une visioconférence a été organisée le 28 janvier. 
  • Les ministres des Finances des six pays ont notamment abordé la question du renforcement de la compétitivité et des capacités de défense. 
  • Klingbeil a déclaré après la réunion : « En tant que six grandes économies européennes, nous voulons désormais être les moteurs ». « Nous donnons l’impulsion, d’autres peuvent se joindre à nous. Ce qui importe, c’est de renforcer notre compétitivité et notre capacité de défense. » 3.

L’« Europe à deux vitesses », menée par un noyau dur, est une vieille idée en Allemagne. C’est Schäuble qui a formulé l’idée d’une « Europe à deux vitesses » (KernEuropa) dès 1994, alors que la construction européenne ne comptait que 12 États membres.

  • François Hollande parlait lui, en 2015, de la création, « avec les pays qui en décideront », d’une « avant-garde » de l’Union européenne.
  • Emmanuel Macron déclarait lui aussi, dans son discours à la Sorbonne en 2017 : « L’Europe est déjà à plusieurs vitesses, alors n’ayons pas peur de le dire et de le vouloir ! ». « Aucun État ne doit être exclu de cette dynamique, mais aucun pays ne doit pouvoir bloquer ceux qui veulent avancer plus vite ou plus loin. »
Sources
  1. Karsten Seibel, Christoph Kapalschinski, Daniel-Dylan Böhmer, Thorsten Jungholt, Holger Zschäpitz, Daniel Zwick, Geduld mit Europa schwindet – im Kanzleramt und in den Vorstandsetagen, Die Welt, 27 janvier 2026.
  2. Christian Kraemer, Maria Martinez, Germany pushes for ‘two-speed’ Europe with new bloc of six leading economies, Reuters, 27 janvier 2026.
  3. Maria Martinez, Victoria Waldersee, Six European economies vow to drive progress on stalled projects, Reuters, 28 janvier 2026.