La Chine est le premier importateur du pétrole brut vénézuélien, ainsi que le premier créditeur du pays. Selon les données d’AidData, un centre de recherche de l’université américaine William & Mary, le Venezuela est également le quatrième destinataire de prêts chinois au monde avec 106 milliards de dollars sur la période 2000-2023, derrière les États-Unis (202 milliards), la Russie (171) et l’Australie (130).
La capture de Nicolás Maduro et son remplacement par la vice-présidente Delcy Rodríguez, placée par Washington, menace les investissements réalisés par Pékin dans le pays.
- Ces dernières années, la Chine a injecté plusieurs milliards de dollars dans les raffineries de pétrole et les infrastructures vénézuéliennes.
- Bien que le montant exact de la dette vénézuélienne soit inconnu, une source consultée par le Financial Times estime qu’elle pourrait être bien supérieure au chiffre de 10 milliards de dollars mis en avant par la plupart des analystes 1.
- L’annonce faite hier, mardi 6 janvier par Donald Trump, qui a déclaré que le Venezuela « céderait » jusqu’à 50 millions de barils de pétrole aux États-Unis, pourrait menacer son remboursement — en partie couvert par des exportations de brut.
Les actifs chinois au Venezuela pourraient être aussi menacés par le contrôle du pays exercé par Washington. La stratégie de sécurité nationale américaine, publiée en novembre 2025, mentionnait explicitement que l’un des objectifs de la Maison-Blanche était de mettre « l’hémisphère occidental à l’abri des incursions étrangères hostiles ou de la mainmise sur des actifs clés » — dont font notamment partie les infrastructures énergétiques.
- Le géant chinois Sinopec est partenaire d’une coentreprise qui contrôle 2,8 milliards de barils de réserves au Venezuela, selon Morgan Stanley, soit la plus grande concession pétrolière parmi les entreprises étrangères.
- La China National Petroleum Corp contrôle quant à elle, également via une coentreprise, 1,6 milliard de barils, et continue de produire du brut en partenariat avec l’acteur public vénézuélien PDVSA.
- À l’été 2025, la China Concord Resources Corp prévoyait l’investissement de plus d’un milliard de dollars dans un projet visant à produire 60 000 barils de pétrole brut par jour d’ici fin 2026 en exploitant deux champs pétrolifères vénézuéliens 2.
Le chef de cabinet adjoint de Trump, Stephen Miller, a suggéré lundi 5 janvier lors d’une interview que la « prise de contrôle » du Venezuela s’inscrivait dans le cadre d’une stratégie plus large visant à empêcher les pays de « l’arrière-cour » des États-Unis de fournir des ressources aux adversaires de Washington — avant tout la Chine.
Pour Pékin, qui a cherché à renforcer ses liens avec l’ensemble des pays de la région, le risque est que cette stratégie menace à terme ses intérêts.
- L’administration Trump a d’ores et déjà menacé d’intervention l’île de Cuba, la Colombie ainsi que le Mexique.
- Via son soutien apporté à Javier Milei, elle s’est assurée du maintien de son influence en Argentine, et devrait également bénéficier du soutien du nouveau président-élu chilien, José Antonio Kast, qui sera investi début mars.
Lors d’un sommet à Pékin en mai 2025 avec les dirigeants d’Amérique latine et des Caraïbes, le président chinois Xi Jinping a annoncé une ligne de crédit d’investissement de 9 milliards de dollars pour la région 3.
- Un test majeur pour l’influence américaine dans la région aura lieu en octobre au Brésil, où le président Lula pourrait faire face à Flávio Bolsonaro, le fils de l’ex-président Jair Bolsonaro, lors des prochaines élections générales.
- Des élections ont également lieu cette année en Colombie, mais aussi au Pérou, où Pékin a considérablement investi ces dernières années dans les industries minières : la mine de cuivre Las Bambas est exploitée par China Minmetals, et celle de Toromocho par Chinalco.
Sources
- Ryan McMorrow et Joe Leahy, « China’s influence in US backyard tested by Nicolás Maduro’s downfall », Financial Times, 6 janvier 2026.
- Chen Aizhu et Marianna Parraga, « Private Chinese firm producing oil in Venezuela under rare 20-year pact, source says », Reuters, 25 août 2025.
- Eduardo Baptista, Joe Cash et Liz Lee, « China offers Latin America and the Caribbean billions in bid to rival US influence », Reuters, 13 mai 2025.