Élections espagnoles

La gauche qui gouverne : Sanchez dans le texte

C’est chose faite. Pedro Sanchez vient d’être investi pour un nouveau mandat. Lors de la séance du 15 novembre, le candidat socialiste a clairement présenté l’alternative qui selon lui rythmera l’Espagne politique des années suivantes : le progrès et la cohésion contre l'arriération et la haine. Pour la première fois en français, nous publions l'intégralité de ce discours qui imprime une nouvelle ligne à la gauche espagnole.

Auteur
Eduardo Bayón
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© AP Photo/Manu Fernandez

Après l’échec de l’investiture d’Alberto Núñez Feijóo et après des semaines d’âpres négociations, Pedro Sánchez a ouvert avec ce discours la séance d’investiture qui a abouti à son élection, une nouvelle fois, à la présidence du gouvernement espagnol. 

Le discours a eu lieu dans un contexte de manifestations d’extrême droite dans les rues de Madrid, en plus de celles promues par le Parti populaire, ce qui favorise une nouvelle vague de tension politique avant l’investiture de Sánchez et le début définitif de l’actuelle législature, marquée par la présentation du projet de la future loi d’amnistie pour les personnes impliquées dans le processus indépendantiste catalan

Le candidat socialiste s’est montré ferme et confiant dans un discours dans lequel il a souligné ses lignes d’action pour les mois à venir, présenté les principaux points de son programme de gouvernement, en accord avec Sumar et défendu sans détours sa proposition actuelle de dialogue pour normaliser définitivement la situation en Catalogne. Ce faisant, il cherche à transformer la politique espagnole durant la prochaine législature en une alternative simple : un gouvernement de progrès ou le bruit et la colère d’une extrême droite dont dépend le Parti Populaire.

Bonjour à tous. Egun on. Bon dia. Bos dias.

Pour la première fois, Sánchez commence son discours par des salutations en espagnol et dans les trois autres langues officielles — le catalan, le galicien et le basque, dont l’usage est autorisé au Congrès depuis la réforme du règlement, décidée lors de l’élection du Bureau qui a porté Francina Armengol à la présidence de l’Assemblée.

Madame la Présidente, chers députés, chers compatriotes, chers concitoyens qui nous suivent à travers les médias et les réseaux sociaux.

Manifester dans les rues est l’une des façons d’exercer la démocratie reconnue par notre Constitution.

Ces jours-ci, nous avons entendu des milliers de citoyens s’exprimer librement et légitimement lors de manifestations convoquées par le Parti populaire et Vox. À tous ceux qui ont exercé ce droit pacifiquement — et j’insiste sur le terme « pacifiquement » — je tiens à exprimer mon respect et ma reconnaissance, car ils ont exercé un droit constitutionnel à la participation politique qui découle de la Constitution espagnole.

La Constitution — Mesdames et Messieurs — ne prévoit qu’une seule forme supérieure d’exercice démocratique, à savoir voter aux élections. C’est précisément la procédure prévue par la Constitution pour la formation du gouvernement et, par conséquent, pour l’investiture de la présidence du gouvernement.

Aujourd’hui et demain, dans cette Assemblée, nous allons écouter les 25 millions de personnes qui ont voté le 23 juillet lors d’élections constitutionnelles, convoquées et organisées d’une manière impeccablement constitutionnelle et conformément aux règles établies dans la Constitution espagnole.

Aujourd’hui, dans cette Assemblée, nous allons écouter — et respecter — la volonté du peuple espagnol exprimée par ses représentants, telle qu’elle est reconnue par notre Constitution. Aujourd’hui et demain, nous suivrons les règles de la démocratie parlementaire établies dans notre Constitution et nous entamerons le processus constitutionnel qui conduira à la formation d’un gouvernement constitutionnel en Espagne.

Et nous allons le faire parce que la Constitution elle-même l’établit et les lois qui en émanent ; mais aussi parce que nous avons appris de nos pères, de nos mères, de nos grands-pères et de nos grands-mères, qu’il n’y a de démocratie que dans la Constitution ; parce qu’en dehors de la Constitution et de ses règles, il n’y a pas de démocratie, mais de l’imposition et du caprice.

Sánchez oppose la valeur des élections et des règles démocratiques en tant que cadre institutionnel du système démocratique au discours de la droite et de l’extrême droite qui, ces dernières semaines, ont remis en question cette séance d’investiture et la légitimité de l’accord avec l’ERC et la Junts, dont fait partie la future loi d’amnistie. Il le fait, qui plus est, après avoir reconnu la légitimité des manifestations pacifiques.

Et il est important, Mesdames et Messieurs, que nous ayons ce débat et que le gouvernement qui prendra le pouvoir dans cette Assemblée se mette en place le plus rapidement possible, car notre pays, comme l’Europe et aussi comme le monde, connaît des transformations sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

Certaines de ces transformations sont clairement positives, comme le féminisme, qui vise à mettre fin au patriarcat et à parvenir ainsi à des sociétés plus justes et plus égalitaires. En revanche, d’autres transformations seront bénéfiques ou dévastatrices pour notre société dans son ensemble, en fonction de la manière dont nous y répondrons.

L’exemple le plus évident est l’urgence climatique, qui touche l’ensemble de la planète, et qui représente justement une urgence qui nous oblige à transformer nos économies, nos habitudes de consommation, notre mobilité, notre politique énergétique… Tout cela afin de préserver une planète habitable pour les générations actuelles et futures.

Je ne citerai qu’un seul fait pour vous donner une idée de l’ampleur du défi qui nous attend. Atteindre la neutralité climatique au cours de ce siècle coûtera 2,6 points de pourcentage du produit intérieur brut mondial. Ne pas y parvenir signifierait une contraction de 30 % de ce même PIB mondial.

À cela s’ajoute, Mesdames et Messieurs, une deuxième grande transformation, à savoir l’avancée inéluctable de la mondialisation, mais malheureusement sans système multilatéral efficace, ce qui multiplie les inégalités entre les pays, produit des mouvements migratoires intenses et incontrôlés ; des mouvements migratoires qui, en outre, sont exacerbés par l’urgence climatique, le manque d’opportunités dans les pays d’origine, la persécution de ceux qui sont différents dans les régimes dictatoriaux et par l’augmentation ou l’enracinement des conflits armés.

Nous le voyons en Ukraine, et malheureusement nous le voyons aussi au Moyen-Orient. Nous en avons été témoins il n’y a pas si longtemps en Syrie, en Afghanistan et en Irak, et c’est avec la même détermination que l’Espagne aide les pays attaqués, en l’occurrence l’Ukraine, contre un pays agresseur tel que la Russie de Poutine, pour sa violation flagrante du droit international ; c’est avec la même détermination que nous exigeons d’Israël un cessez-le-feu immédiat à Gaza et le strict respect du droit humanitaire international, qui n’est manifestement pas respecté à l’heure actuelle.

Sánchez fait allusion au contexte international et à la guerre en Ukraine alors que l’Espagne assure la présidence de l’Union européenne du 1er juillet au 31 décembre 2023, qu’il évoquera plus loin.

Qu’il n’y ait aucun doute, nous sommes aux côtés d’Israël pour condamner et répondre à l’attaque terroriste qu’Israël a subie en octobre dernier, bien sûr, et les auteurs doivent être traduits en justice et tenus pour responsables. Nous exigeons la libération immédiate des otages toujours détenus par le Hamas. Mais tout aussi clairement, Mesdames et Messieurs, nous rejetons l’assassinat aveugle de Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie. Nous appelons à un cessez-le-feu immédiat. Les bombes doivent cesser, l’aide humanitaire dont le peuple palestinien a besoin doit cesser immédiatement, la diplomatie doit commencer avec la tenue urgente d’une conférence de paix et la solution, réclamée à juste titre et depuis longtemps par le peuple palestinien pour la reconnaissance de son État, doit être approuvée par la communauté internationale.

À cet égard, je voudrais prendre un engagement, le premier de cette législature. C’est que, en s’inspirant de la résolution des Cortes Generales de 2014, le nouveau gouvernement va travailler en Europe et, bien sûr, en Espagne, à la reconnaissance de l’État palestinien.

C’est le point clef de la première partie consacrée à la politique internationale de l’Espagne. Sánchez maintient la position de reconnaissance de la Palestine en tant qu’État et préconise donc la solution à deux États contenue dans les résolutions des Nations unies. Sur cette question, il convient de rappeler qu’en 2014, tous les groupes parlementaires avaient exhorté le gouvernement de Mariano Rajoy à reconnaître la Palestine en tant qu’État indépendant. Ils l’avaient fait à l’initiative des socialistes, qui avaient présenté une proposition non-législative.

Et bien sûr, l’Espagne et l’Europe doivent continuer à soutenir l’Ukraine jusqu’à ce que le dernier soldat russe quitte un pays qui veut être libre, qui veut être européen, afin de parvenir à une paix juste et durable entre la Russie et l’Ukraine et aussi, par conséquent, entre la Russie et l’Europe.

Sánchez réitère ici son engagement aux côtés de l’Ukraine dans la guerre qu’elle mène contre la Russie de Poutine.

Mesdames et Messieurs, je vous parlais de l’urgence climatique, des inégalités entre les nations et les régions, de la montée des conflits armés et de l’augmentation des inégalités au sein de nos pays, après des décennies d’échec des politiques néolibérales qui ont dévalorisé les conditions matérielles de la classe moyenne, mais aussi des travailleurs et des travailleuses, et sapé les fondements de l’État-providence.

Parallèlement, la quatrième révolution industrielle et l’explosion de l’intelligence artificielle remettent en question le contrôle de l’homme sur la technologie et annoncent le remplacement d’une grande partie des emplois actuels. Un remplacement qui pourrait atteindre, selon diverses études, ni plus ni moins que la moitié des emplois actuels.

Nombre de ces transformations ont eu lieu pendant la présidence espagnole de l’Union européenne. Citons par exemple le renforcement du pilier social, la réforme du marché de l’électricité, l’aboutissement — avant la fin de l’année, je l’espère — du Pacte sur l’immigration et l’asile, l’augmentation de l’aide humanitaire espagnole et européenne à Gaza, la nouvelle gouvernance économique — que nous espérons pouvoir présenter avant la fin de l’année, le règlement sur l’intelligence artificielle et les préparatifs de la prochaine et importante COP28, au cours de laquelle l’Europe et l’Espagne doivent montrer l’exemple dans le respect des accords de Paris.

Je tiens à le souligner, Mesdames et Messieurs, parce que le leadership actif et constructif de l’Espagne dans tous ces débats mondiaux, avec un fort impact social sur la vie quotidienne des personnes que nous représentons, montre que notre pays, que l’Espagne a progressivement regagné ce poids international que nous n’avions pas ces dernières années. Non pas parce que nous parlons couramment une langue ou une autre, mais parce que l’Espagne est aujourd’hui considérée par de nombreux pays qui nous entourent, tant en Europe qu’au niveau international, comme un partenaire fiable et engagé face aux grands défis auxquels l’humanité est confrontée.

Je voudrais également dire aux citoyens qui suivent ce débat que je suis pleinement conscient que toutes ces transformations provoquent un sentiment d’impuissance dans de larges secteurs de notre population, qui se sentent désemparés, sans certitude face à des changements aussi perturbateurs et vertigineux.

Nombreux sont les travailleurs, les indépendants, les membres de l’économie sociale qui voient leur emploi et leur entreprise menacés par la délocalisation d’activités économiques vers des pays qui, malheureusement, offrent moins de libertés et moins de protections sociales et du travail. Ou le remplacement, comme je l’ai déjà dit, de leurs emplois par des machines, des machines automatisées. Il y a des travailleurs et des chômeurs qui regardent la migration avec une certaine méfiance parce qu’ils sentent un risque potentiel de voir leur contribution au marché du travail réduite. Il y a des zones géographiques entières, y compris ici en Espagne, qui sont menacées par des pénuries d’eau, par des incendies, par la désertification, ce qui a un impact direct sur les secteurs productifs traditionnels qui sont profondément enracinés dans nos sociétés — je pense à l’agriculture, à l’élevage et à la pêche — mais aussi sur d’autres secteurs qui sont extrêmement importants dans nos sociétés, tels que l’agriculture, l’élevage et la pêche, mais aussi sur d’autres secteurs très importants en termes de PIB et en termes de création d’emplois, comme le secteur du tourisme et le secteur des transports, tous exposés, et bien d’autres encore, aux conséquences d’une urgence climatique qui, au contraire, ne ralentit pas mais s’accélère.

Les ménages, Mesdames et Messieurs, ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. La vie trop chère, l’impossibilité d’accéder à un logement décent, est l’un des problèmes séculaires de notre démocratie. Toutes ces dures réalités, et bien d’autres encore, exigent donc une réponse ferme et engagée de la part des pouvoirs publics. Il s’agit de renforcer l’État-providence, d’élargir le filet de sécurité sociale, à l’opposé des coupes et du démantèlement du secteur public proclamés par la pensée néolibérale de ceux qui sont au sommet de l’État.

La transformation de l’emploi par l’intelligence artificielle, l’un des principaux défis à relever à court terme, et l’augmentation du coût de la vie, l’une des principales préoccupations des Espagnols au cours de l’année écoulée, sont abordées ici par Sánchez — signe que le gouvernement est conscient des problèmes économiques qui pourraient survenir.

Et si ces situations de stress et d’incertitude ne reçoivent pas une réponse positive de la part de la démocratie, ce sentiment d’insécurité, d’incrédulité et de confusion peut se répandre de plus en plus parmi la population et alimenter des expressions politiques réactionnaires qui finissent par saper les fondements mêmes de notre démocratie.

En résumé, Mesdames et Messieurs, soit la démocratie répond en apportant la sécurité, soit le sentiment légitime d’insécurité sociale qu’éprouvent de nombreux citoyens à la suite des révolutions en cours se transformera en colère, et cette colère finira par alimenter des propositions politiques qui finiront par saper la démocratie elle-même.

Le premier ministre espagnol fait allusion à la nécessité d’offrir des certitudes et des horizons aux citoyens : proposer un projet politique qui préserve les projets vitaux des citoyens ; apporter des réponses progressistes à travers des politiques publiques pour sortir des fausses promesses nostalgiques de l’extrême droite.

Je fais donc évidemment référence aux propositions réactionnaires qui se cristallisent dans les formations politiques d’extrême droite qui remettent en cause la démocratie mais aussi les droits humains. Quand on remet en cause le féminisme, on remet en cause une cause qui a évidemment un impact sur les droits humains, pour ne citer qu’un exemple.

Des propositions réactionnaires qui disqualifient la science, comme nous l’avons vécu dans la gestion de la pandémie. Des propositions réactionnaires qui nient les preuves scientifiques du changement climatique, nous en faisons l’expérience tous les jours. Des propositions réactionnaires qui méprisent la culture, qui attaquent ceux qui sont différents parce qu’ils sont différents, parce qu’ils sont différents, et qui attaquent des causes aussi justes, comme je l’ai déjà dit, que le féminisme.

Je me réfère à eux et je me réfère également à ces idées réactionnaires qui finissent par parasiter les partis de la droite traditionnelle : le Parti républicain aux États-Unis, colonisé par le trumpisme ; le Parti conservateur britannique entraîné vers le bas par le Brexit — et qui maintenant, comme nous venons de le voir, a retrouvé son principal créateur ; les courants du Parti populaire européen qui cèdent à l’ultra-droite ; la droite traditionnelle en Argentine, submergée par le discours réactionnaire délirant de Milei.

Voilà, Mesdames et Messieurs, le dilemme auquel le monde est confronté. Le dilemme de l’Europe. Et c’est aussi, par conséquent, le dilemme auquel l’Espagne est confrontée. Soit la démocratie apporte la sécurité, soit l’insécurité tue la démocratie. Soit nous affrontons toutes ces transformations avec la justice sociale et sur la base de la justice sociale, soit les fondements de notre prospérité seront affaiblis. Soit l’Espagne continue d’avancer, Mesdames et Messieurs, soit elle recule. C’est le dilemme auquel nous sommes confrontés ici aussi en Espagne.

Sánchez redéfinit ici le concept de sécurité, en le dotant d’un signifiant lié à ce qui est d’ordre matériel. Aux certitudes vitales mentionnées plus haut. Ici comme dans les paragraphes suivants, le candidat à l’investiture met l’accent sur le cadre entre les forces progressistes et réactionnaires. Autrement dit, entre le progressisme et la dérive représentée par l’extrême droite. 

Et c’est un dilemme qui va bien au-delà de la distinction classique entre la gauche et la droite. Ce qui s’affronte, ce sont deux manières différentes de comprendre la société et d’affronter le présent et l’avenir de l’Espagne. Comme il y a 100 ans, dans une période de changements intenses, une lutte idéologique et politique intense a lieu entre une option réactionnaire et une option progressiste ; l’option réactionnaire et, par conséquent, involutive, promet un retour illusoire à un passé glorieux, mythifié et erroné. Une option qui, à l’instar des mouvements démagogiques de la Grèce classique, désigne des boucs émissaires et n’offre pas de véritables solutions. Tantôt ce sont les gauchistes, tantôt ce sont les élites mondialistes, ce sont les autorités communautaires, et toujours, toujours, toujours, ce sont les féministes, les syndicalistes, les migrants, le collectif LGTBI, les écologistes et, encore une fois, la gauche.

Et face à cette option réactionnaire, il y a une option qui s’engage pour le progrès, pour la consolidation, pour l’extension et l’amélioration des grandes conquêtes sociales. Une option qui offre la sécurité d’une solidarité organisée en réponse à des peurs légitimement individuelles. Il nous appartient donc de décider si nous voulons relever ces défis ou si nous voulons laisser les inégalités s’exprimer et précipiter une catastrophe environnementale qui conditionnera le bien-être des générations présentes et futures, y compris celui de notre propre espèce.

C’est à nous de choisir d’aller de l’avant ou de reculer. Il nous appartient également de décider, Mesdames et Messieurs, d’améliorer et d’accroître les services publics et les prestations sociales ou de revenir aux postulats néolibéraux et d’austérité qui ont causé tant de souffrances à de nombreuses générations depuis la crise financière.

Une fois de plus, Mesdames et Messieurs, nous sommes confrontés à un choix : soit nous allons de l’avant, soit nous revenons à ce point de départ. De même, le moment est venu de réaffirmer notre engagement en faveur de la démocratie. Depuis le début du siècle, Mesdames et Messieurs, le nombre de régimes autocratiques a augmenté de 20 % et les démocraties sont retombées à leur niveau de 1986. Il y a 1/4 de la population mondiale qui pense que c’est une bonne nouvelle, que dans une période frénétique et complexe comme celle que nous vivons, il vaut mieux laisser le gouvernement aux mains de dirigeants autoritaires qui décident seuls, sans avoir à répondre devant les parlements, les élections ou les médias — ne  vous sentez pas visés, Mesdames et Messieurs — et il y a ceux d’entre nous qui pensent que c’est grandement imprudent.

Certains d’entre nous pensent, Mesdames et Messieurs, que les démocraties sont des systèmes qui garantissent une plus grande croissance économique, une plus grande paix, une plus grande liberté, de plus grands droits et une plus grande justice sociale.

Par conséquent, Mesdames et Messieurs, nous devons choisir, il faut choisir, c’est à nous de choisir ; tout comme nous devons également choisir si nous voulons continuer à progresser en matière de dignité du travail, d’autonomisation des femmes, de respect de la diversité sexuelle, d’intégration de la population migrante et de la situation toujours difficile de nombreuses personnes handicapées, qui ont besoin de la dignité que les pouvoirs publics doivent leur accorder et la réclament ; dans la conviction qu’une société plurielle est indubitablement une meilleure société. Ou si, au contraire, nous suivons les prophètes de la haine qui veulent enfermer les femmes dans des cuisines, les LGTBI dans des armoires et les migrants dans des camps de réfugiés.

L’humanité est donc confrontée à un dilemme existentiel et les décisions que nous prenons aujourd’hui conditionneront le monde dans lequel nous vivrons pour le reste de notre vie et que nous transmettrons à nos fils et à nos filles. En d’autres termes, les enjeux sont considérables. Et comme je l’ai dit, il n’y a que deux alternatives. D’une part, il y a la proposition des droites rétrogrades qui veulent démanteler pratiquement tous les progrès que nous avons réalisés au cours des dernières décennies. Ce que font ces droites, c’est faire couler le classisme. Ils nient les acquis en matière de droits, de dignité du travail, ils rejettent l’État-providence, ils nient le changement climatique, ils méprisent ceux qui aiment différemment d’eux, ils imposent un modèle unique et exclusif — comme nous l’avons vu ces dernières semaines — de se sentir et d’être espagnol — par ailleurs, nous sommes tout aussi espagnols que vous, nous ne sommes pas moins espagnols que vous. Et vous vous opposez au rôle des femmes dans la société. Bref, ils refusent le changement, ils refusent de changer les choses et ne proposent qu’un retour au passé.

Et face à eux, il y a des forces progressistes qui veulent continuer à aller de l’avant, ne pas faire un pas en arrière. Des forces qui sont bien conscientes des problèmes auxquels nous sommes confrontés, des problèmes auxquels sont confrontés les citoyens de notre pays, et qui sont également convaincues que ces problèmes peuvent être surmontés, qu’ils doivent être surmontés. Et que si nous prenons les bonnes décisions, l’Europe et l’Espagne — et les valeurs qu’elles incarnent — ont un bel avenir devant elles et peuvent éclairer le reste du monde de leur modèle.

La droite rétrograde, Mesdames et Messieurs, suit des dogmes économiques dépassés, ignore les experts, remet en cause les apports de la science et, par conséquent, se révèle incapable de gérer le secteur public. Elle est tout aussi incapable de résoudre les problèmes que capable d’attiser la haine et la colère sociale. Ils maîtrisent la technique réactionnaire et ne savent qu’exploiter les peurs et les frustrations légitimes d’une partie de la population pour accéder au pouvoir. Mais une fois au pouvoir, ils précipitent le chaos, comme en témoignent l’échec tonitruant de la Première ministre Liz Truss, la débâcle du Brexit ou la gestion erratique de la pandémie. Ils sont incompétents en matière de gestion, mais redoutablement efficaces pour répandre le ressentiment et la haine.

Au cours de la dernière décennie, Mesdames et Messieurs, les partis d’extrême droite ont doublé leurs voix en Europe. Ils ont obtenu un siège sur quatre dans les parlements nationaux et sont entrés dans 12 gouvernements d’État et des centaines de gouvernements régionaux et locaux. Et ils ne l’ont pas fait seuls. Il est vrai que cela aurait été impossible. Les partis d’extrême droite se sont développés grâce à une droite traditionnelle qui les a accueillis comme des compagnons de route et leur a ouvert les portes de ces gouvernements. Résultat : aujourd’hui, un nombre non négligeable d’Européens, 27 %, vivent dans un pays gouverné par ces forces réactionnaires.

Pendant de nombreuses années, Mesdames et Messieurs, l’Espagne et le peuple espagnol ont été épargnés par ce fléau. De nombreux analystes internationaux se félicitaient même qu’un pays aussi important que l’Espagne dans le contexte européen était capable de tenir l’ultra-droite à l’écart de ses institutions et de ses gouvernements, et faisaient l’éloge de la société espagnole pour cela. Malheureusement, la situation a commencé à changer il y a quatre ans, lorsque l’extrême droite a fait irruption avec force dans ce Parlement, même si elle n’a pas bénéficié d’un soutien suffisant pour atteindre les leviers de pouvoir effectifs.

Quoi qu’il en soit, le changement radical a été consommé le 28 mai lors des élections municipales et régionales qui se sont déroulées dans notre pays. Ce jour-là, la droite traditionnelle, le Partido Popular, a dû choisir quel type de droite elle voulait être : la droite responsable — si nous pouvons l’appeler ainsi — qui comprend la nécessité d’arrêter l’avancée de l’ultra-droite avant qu’il ne soit trop tard, ou une droite irresponsable qui blanchit et légitime l’ultra-droite afin d’arriver au pouvoir.

Ce soir-là, M. Feijóo aurait pu choisir d’être comme Mme Von der Leyen, Emmanuel Macron ou Donald Tusk, mais il ne l’a pas fait. Il a emprunté le chemin de la perdition qu’il avait entamé quelques mois plus tôt en Castille et Léon ; bref, Mesdames et Messieurs, il a uni son destin à celui de l’ultra-droite. Il a coupé le fragile cordon sanitaire maintenu malgré tout par son prédécesseur, M. Casado, et a rejoint le club réactionnaire de Trump, Le Pen, Orban et Santiago Abascal.

Le PP, donc, Mesdames et Messieurs, a décidé de bénir l’ultra-droite et lui a ouvert les portes de cinq gouvernements autonomes — avec des portefeuilles qui ne sont pas mineurs, car ils détiennent, par exemple, l’Intérieur et la Justice, qui sont responsables de la prise en charge et de la sécurité des femmes qui subissent des violences de genre, de cinq députations et de 135 conseils municipaux. En d’autres termes, il lui a donné le pouvoir d’influencer la vie de plus de 12 millions d’Espagnols. Il lui a donné la plateforme pour diffuser son message de haine et l’a même rendu partiellement sien, suivant le modèle déjà testé par Mme Ayuso dans la Communauté de Madrid.

Le PP est présenté comme faisant partie d’un bloc avec VOX, donc formé de conservateurs et l’extrême-droite. Contrairement à d’autres pays voisins, Sánchez rappelle que dans le cas espagnol, la droite traditionnelle semble fortement conditionnée par la présence d’une extrême droite avec laquelle elle partage déjà le gouvernement et la gestion dans de nombreux territoires.

Les conséquences de ce pacte d’ignominie sont déjà visibles. En Castille et Léon, Mesdames et Messieurs, le Partido Popular et VOX ont réduit les budgets destinés à la formation des chômeurs. Ils ont également réduit les ressources économiques pour l’intégration des migrants, pour la lutte contre la violence de genre, tout en essayant d’éteindre le dialogue social entre les syndicats et les employeurs.

En Aragon, ils ont mis leur veto à des discussions sur la prévention de la violence sexiste à l’intention des adolescents. Ils ont supprimé la direction générale de la lutte contre le changement climatique et réduisent les heures de consultation médicale dans les zones rurales.

À Madrid, Mesdames et Messieurs, ils ont annoncé l’abrogation d’urgence de la loi LGTBI et le démantèlement du réseau contre la LGTBIphobie. Tout ce démantèlement juridique implique la réduction des droits et des libertés et implique quelque chose de beaucoup plus grave, Mesdames et Messieurs, il implique de rendre encore plus vulnérables ceux qui se sentent déjà vulnérables.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin d’un pacte d’État pour les personnes LGTBI, et le nouveau gouvernement de coalition progressiste s’est engagé à mettre en place ce pacte d’État.

À Madrid, dans la capitale de l’Espagne, Mesdames et Messieurs, à Valence et en Estrémadure, la droite a baissé les impôts sur les revenus les plus élevés, tout en réduisant les dépenses de santé publique, en privant des milliers d’enfants sans place dans les écoles maternelles et les cantines scolaires et en doublant le prix des tickets et des cartes de bus.

Aux Baléares, Mesdames et Messieurs, ils s’apprêtent à fermer l’Office de lutte contre la corruption, tout en favorisant l’opacité dans la déclaration de patrimoine des fonctionnaires.

Dans de nombreuses mairies, le Partido Popular et Vox ont supprimé les pistes cyclables, suspendu les licences photovoltaïques, arrêté la mise en œuvre des zones à faibles émissions, devant renoncer aux fonds européens. Dans d’autres, ils ont supprimé l’éducation sexuelle dans les lycées, ils ont rétabli les noms franquistes sur le plan des rues, ils ont retiré des livres des bibliothèques municipales et ont censuré des concerts, des films et des pièces de théâtre.

Mesdames et Messieurs, tout cela alors qu’ils ont augmenté leurs salaires, multiplié les conseillers et exercé toutes sortes de népotismes, démontrant ainsi que le problème, Mesdames et Messieurs, n’était pas que l’État soit grand ou petit, central ou régional. Le problème est qu’ils ne l’occupent pas.

On dira, Mesdames et Messieurs, qu’il n’y a rien de définitif dans tout cela, dans tout cet agenda réactionnaire que le Partido Popular a mis en œuvre avec Vox. C’est vrai. Mais l’histoire nous enseigne que c’est toujours le cas au début des vagues réactionnaires.

Si nous continuons à normaliser l’ultra-droite, si nous continuons à lui donner du pouvoir, elle augmentera son agressivité, les politiques qu’elle met en œuvre, et elle imitera ses références internationales.

Ils commencent par démanteler les négociations collectives et finissent par réduire les allocations de chômage, faciliter les licenciements, augmenter la nature temporaire des contrats comme le font les pays gouvernés par la droite et l’extrême droite en Europe.

On commence par suspendre les licences pour les énergies renouvelables et on finit par revenir au charbon, en abattant 10 % des forêts et en augmentant les émissions de CO2, comme le font les gouvernements de droite et d’extrême droite en Europe.

On commence par associer les migrants à la criminalité et on finit par refuser l’aide dans le naufrage mortel de centaines d’êtres humains. Elle commence, Mesdames et Messieurs, par refuser l’accès à certains médias et finit par museler la justice et censurer la presse, comme le font également les pays gouvernés par la droite et l’extrême droite.

On commence par remettre en cause les institutions européennes et on finit par militer pour la sortie de l’Union européenne et la fermeture des frontières. Et si ce n’est pas le cas, mesdames et messieurs, regardez ce qui se passe dans les autres pays européens.

Et oui, Mesdames et Messieurs, dans notre pays, ces mouvements ne sont pas allés plus loin dans le démantèlement des valeurs constitutionnelles et démocratiques, non pas par manque de volonté, et certainement pas en raison de limites politiques ou morales. Ni, malheureusement, parce que la droite conservatrice leur a demandé de renoncer.

Le seul rempart efficace contre les politiques de l’ultra-droite dans les communautés et les municipalités a été le gouvernement de coalition progressiste en Espagne. Car c’est un gouvernement progressiste en Espagne qui a pu paralyser le chantage institutionnalisé du Parti populaire et de Vox qu’ils voulaient imposer en Castille et Léon aux femmes qui voulaient interrompre leur grossesse.

Sánchez insiste à nouveau sur le cadre qui établit le dilemme du progrès contre la régression. Ou, en d’autres termes, un gouvernement progressiste dirigé par le PSOE ou un gouvernement conservateur dans lequel Vox serait présent. 

Seul un gouvernement progressiste en Espagne a été capable d’approuver des réglementations d’urgence pour éviter que l’épidémie de tuberculose bovine apparue dans cette même communauté, en Castille et Léon, grâce aux politiques de VOX, ne s’étende à toute l’Espagne.

Seul un gouvernement progressiste en Espagne a pu faire appel de la censure éducative que le gouvernement de droite et d’extrême droite a tenté de légaliser dans la région de Murcie. 

Seul un gouvernement progressiste en Espagne a pu faire appel et renverser le veto de la loi sur l’euthanasie que le gouvernement régional de la Communauté de Madrid, où le Partido Popular est indissociable, tant sur le fond que sur la forme, des éléments les plus exaltés de l’ultra-droite, a tenté d’instaurer.

Et seul un gouvernement progressiste en Espagne, avec le soutien de l’Union européenne, Mesdames et Messieurs, a été capable de défendre notre plus grand patrimoine naturel, le parc national de Doñana, face à la proposition de loi du Parti populaire et de VOX qui menaçait de le tuer.

Un gouvernement progressiste, Mesdames et Messieurs, qui défend l’égalité entre les Espagnols par des actes. Car que signifie défendre l’égalité ? Défendre l’égalité entre les Espagnols, c’est augmenter le salaire minimum. Cela signifie approuver une réforme du travail en collaboration avec les partenaires sociaux qui a récupéré les droits des travailleurs et en a reconnu de nouveaux. Cela signifie annuler les coupes infligées pendant la crise financière et la réponse néolibérale au système de dépendance nationale. Cela signifie éliminer les tickets modérateurs pharmaceutiques pour les classes les plus vulnérables et récupérer l’universalité du système de santé publique que vous avez brisé lorsque vous étiez au gouvernement. L’égalité entre les Espagnols signifie qu’il doit y avoir un million d’étudiants boursiers et qu’ils doivent pouvoir aller à l’école en utilisant les transports publics gratuits. Cela signifie qu’il faut revaloriser les pensions en fonction de l’indice des prix à la consommation. C’est aussi approuver des impôts sur les grandes fortunes, sur les grandes banques, sur les entreprises énergétiques, pour pouvoir payer cet immense réseau de protection sociale.

Et toutes ces mesures, Mesdames et Messieurs, l’ultra-droite et la droite ont systématiquement voté contre. Allons-nous traduire toutes ces mesures en réalités quotidiennes pour les citoyens ? L’égalité, Mesdames et Messieurs, ce sont les 23 000 jeunes hommes et femmes d’Estrémadure qui pourront étudier cette année académique grâce à une bourse. L’égalité, ce sont les presque 60 000 femmes de Castille-La Manche qui pourront payer leurs factures et contracter un prêt hypothécaire grâce à un contrat permanent qu’elles n’avaient pas auparavant. L’égalité, ce sont les 264 000 foyers andalous qui bénéficient d’un chèque social électricité et qui ne souffriront pas du froid cet hiver. L’égalité, ce sont les 2,3 millions d’Espagnols qui n’avaient pas d’emploi et qui en ont désormais un. Ce sont les 2,5 millions de salariés qui ont vu leurs revenus passer de 735 euros par mois à 1 080 euros par mois.

1 080 euros par mois de salaire minimum. L’égalité, mesdames et messieurs, ce sont les 9 millions de retraités qui n’ont pas perdu de pouvoir d’achat grâce à la revalorisation des pensions et à la reconstruction du pacte de Tolède. Ce sont, enfin, les 14 millions de travailleurs qui ont retrouvé leurs droits avec la réforme du travail.

Cette partie du discours met en lumière les politiques sociales développées par le gouvernement de coalition au cours de la dernière législature. L’un des défis politiques que devra relever le prochain gouvernement progressiste est de faire en sorte que les questions sociales aient plus de poids que celles de nature territoriale, dans une législature où cela pourrait être difficile, étant donné que ses partenaires parlementaires sont des partis non étatiques aux idéologies nationalistes ou indépendantistes.

L’égalité, Mesdames et Messieurs, ce sont ces chiffres, mais surtout les personnes qui se cachent derrière ces chiffres. Cela signifie-t-il que l’inégalité a disparu ? Loin de là. Il y a encore beaucoup à faire, Mesdames et Messieurs, mais la direction que nous prenons est la bonne. La seule égalité en danger est celle des femmes, suite aux accords du Parti Populaire avec Vox.

Si la droite réactionnaire a fait comprendre une chose, c’est qu’elle n’est pas prête de s’arrêter. C’est pourquoi, dans ce débat, Mesdames et Messieurs, nous faisons un choix très important. Soit nous construisons un mur contre ces attaques récurrentes contre les valeurs de l’Espagne démocratique et constitutionnelle, soit nous leur laissons le champ libre. Et je voudrais annoncer un engagement à vous toutes et tous : tant que je serai président du gouvernement, toute la force de l’État sera consacrée à la défense des valeurs démocratiques, des libertés et des droits. Pas un seul pas en arrière, pas un seul recul, pas une seule marche arrière n’aura l’approbation ou l’indifférence du gouvernement espagnol. Aucun.

C’est pourquoi, ici, aujourd’hui, dans cette session, Mesdames et Messieurs, il nous appartient de choisir le chemin, de choisir la voie à suivre. Soit nous ouvrons la porte à ce mouvement, soit nous l’arrêtons net, en érigeant un mur de démocratie, de coexistence et de tolérance.

Car ces mêmes courants, ces mêmes alignements qui s’expriment dans d’autres pays européens et dans d’autres nations occidentales sont également présents dans cette Assemblée et reflètent deux façons de comprendre la politique qui transcendent, comme je l’ai dit précédemment, les axes de la gauche et de la droite. D’une part, il y a les forces conservatrices et réactionnaires représentées par le Partido Popular et Vox qui veulent clairement revenir en arrière, qui croient que tout ce que nous avons fait au cours des quatre dernières années est pire que mauvais, c’est pernicieux. D’un autre côté, il y a les partis qui veulent aller de l’avant, de différentes manières, avec des différences très importantes, mais qui veulent aller de l’avant. Ce qui se décide aujourd’hui, c’est à qui nous confions les rênes du gouvernement pour les quatre prochaines années et laquelle de ces deux voies opposées nous empruntons.

Ce qui sera exprimé dans cette Assemblée aujourd’hui et demain a également la plus grande légitimité, puisqu’il découle de la volonté démocratique des citoyens de notre pays, telle qu’elle s’est exprimée par leur vote. Mais, en outre, il coïncide avec la majorité encore plus grande des Espagnols interrogés sur leurs préférences spécifiques. Soixante-quinze pour cent de nos compatriotes pensent qu’il faut renforcer l’État-providence et, pour ce faire, augmenter les impôts sur les grandes fortunes et les grandes entreprises. Cette opinion est aussi majoritaire que prépondérante, même parmi les électeurs de droite.

Sánchez affirme ici la nécessité de renforcer l’État-providence, qui a souffert en Espagne après la crise de 2008 et la pandémie de Covid-19. Les services publics tels que la santé, l’éducation et les transports seront prioritaires dans l’agenda du prochain gouvernement.

Or, là où le Parti populaire et Vox gouvernent, ils font tout le contraire : ils suppriment les droits de succession pour ceux qui héritent de plus d’un million d’euros, ils remettent en cause l’impôt sur le patrimoine qui ne concerne que ceux qui ont plus de 3 millions d’euros et, en même temps, ils saturent les services de santé et laissent des milliers d’enfants sans place dans les crèches et les écoles publiques. Et ce n’est qu’un exemple. Nous pourrions en citer beaucoup d’autres. 92 %, Mesdames et Messieurs, 92 % des Espagnols souhaitent que les énergies renouvelables soient promues, et le Parti populaire et VOX réduisent les aides et, même lorsqu’ils étaient au gouvernement, ils ont imposé une taxe sur le soleil. 75 % des Espagnols soutiennent le bouclier social créé par le gouvernement pour faire face, dans ce cas, aux effets de l’inflation dérivée de la guerre de Poutine en Ukraine. Le Parti populaire et VOX s’y opposent. 91 % des Espagnols, Mesdames et Messieurs, pour que nous puissions voir à quel point notre pays est grand, à quel point notre pays est bon, 91 % sont favorables à ce que les personnes LGTBI aient les mêmes droits et la même visibilité que les autres. Et le Parti Populaire et Vox s’abstiennent et alimentent même la discrimination et la haine.

Bref, Mesdames et Messieurs, la majorité des Espagnols ne partagent pas ces thèses et ces positions réactionnaires. Ils ne partagent ni leurs valeurs ni leurs objectifs. L’Espagne est en effet un pays tolérant, un pays ouvert, un pays égalitaire, conscient du changement climatique. C’est pourquoi, Mesdames et Messieurs, je suis ici devant vous aujourd’hui.

Mesdames et Messieurs, je me présente à cette session d’investiture pour proposer la voie de la marche en avant, la voie de la majorité, la voie du progrès. Je suis ici pour plaider en faveur de l’abandon de la politique de l’insulte, de la haine et de la tension. Que nous mettions de côté le négationnisme climatique, le classisme, le sexisme et la xénophobie.

Sánchez s’oppose une fois de plus à la manière de faire de la politique de Vox, conscient du rejet qu’ils suscitent dans une grande partie de la population, notamment dans les secteurs progressistes, et du poids qu’ils font peser sur le PP en étant un partenaire de bloc du parti d’extrême droite. 

Je propose que nous donnions à l’Espagne quatre années supplémentaires de stabilité, de coexistence, de progrès, et que nous disions non aux réactionnaires dont l’unique objectif est l’involution et la confrontation. Je viens vous proposer de continuer sur la voie que nous avons entamée il y a cinq ans, et qui, je crois, a donné un résultat positif pour notre pays et pour la grande majorité du peuple espagnol.

Un bilan positif pour notre pays et pour la grande majorité de nos concitoyens, quel que soit leur vote.

Un bilan dans lequel, je le reconnais également, et je l’ai dit à maintes reprises, nous avons commis des erreurs et des lacunes, comme dans toute autre action humaine. Des erreurs involontaires, Mesdames et Messieurs, pour lesquelles nous nous sommes excusés ; des lacunes que nous entendons combler au cours de ce nouveau mandat. Mais je crois honnêtement que le bilan des réalisations est incontestable, ou plutôt, seulement discutable du point de vue de l’extrême militantisme ou de la mauvaise foi, et des réalisations qui ont un mérite particulier, parce qu’elles ont aussi été réalisées dans une situation internationale terrible, la plus difficile de ces dernières décennies. Et malgré le harcèlement constant de l’opposition la plus stérile et la plus furieuse que notre démocratie ait jamais connue.

L’Espagne est aujourd’hui un pays plus prospère qu’à notre arrivée. Nous sommes la grande économie de l’Union européenne qui, dans ce contexte international complexe, marqué par de multiples crises et par des guerres sur le front oriental et, logiquement, au Moyen-Orient, est en pleine croissance et sera celle qui connaîtra la plus forte croissance en 2024, selon les perspectives économiques de la Commission européenne. Nous avons l’un des taux d’inflation les plus bas d’Europe. Nous avons l’énergie la moins chère, des niveaux records d’investissements étrangers qui démontrent la confiance des investisseurs dans les possibilités et les capacités de notre pays et les meilleurs chiffres d’emploi de notre histoire, avec 2 millions de personnes employées de plus que lorsque le Parti populaire était au pouvoir. Et tout cela, Mesdames et Messieurs, avec la paix sociale.

Aujourd’hui, l’Espagne dispose d’un État-providence plus large et plus solide que lorsque le Parti populaire était au pouvoir.

Nous avons récupéré l’universalité du système national de santé, qui avait été rompue sous les gouvernements du Parti populaire.

Le personnel sanitaire est plus nombreux. Il ne fait aucun doute que nous avons besoin de plus, mais nous avons plus de personnel sanitaire qu’en 2018. Nous avons plus de professeurs, plus d’enseignants, plus d’étudiants boursiers qu’il y a quatre ans. Et l’argent que l’État investit — c’est le chiffre que je voudrais simplement transmettre aux citoyens qui suivent ce débat — l’argent que l’État investit dans le bien-être de chacun de nos citoyens est passé de 6 300 euros par an à 7 600 euros par an.

L’Espagne est donc aujourd’hui un pays un peu plus juste. Il y a encore beaucoup d’inégalités à éradiquer, mais c’est beaucoup, c’est un peu plus juste, grâce au fait que nous avons réduit les inégalités et le nombre de personnes vivant en situation de risque de pauvreté. Je pense qu’il incombe à cette Assemblée et aussi, logiquement, au gouvernement, de reconnaître que nous avons été en mesure de faire face et d’amortir les conséquences néfastes que la pandémie aurait eues sur l’inégalité dans notre pays avec une réponse différente. Nous avons amélioré l’égalité des chances dans les écoles, nous avons réduit l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes pour en faire l’un des plus faibles de l’OCDE. Nous avons également réalisé de grands progrès en matière d’énergies renouvelables. Mesdames et Messieurs, en quatre ans seulement, nous avons augmenté de 40 % notre capacité installée en énergies renouvelables.

Nous avons décarbonisé des phases entières de nos processus de production et nous avons réussi à réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 14 %, tout en maintenant la croissance économique. Ce faisant, nous sommes devenus une démocratie encore plus solide et plus influente. On parle beaucoup des dictatures et des démocraties, mais nous avons amélioré notre position au cours des cinq dernières années dans tous les classements internationaux de la qualité démocratique et de l’État de droit, et nous avons gagné en prestige et en influence internationale, ce que nous n’avions malheureusement pas auparavant et ce qui nous permet de mieux défendre nos valeurs et nos intérêts.

En un mot, les résultats sont là, ils sont là pour tous, Mesdames et Messieurs. Il y a encore beaucoup à faire, mais je crois que le bilan est franchement positif. La Commission européenne, l’OCDE et le Fonds monétaire international le reconnaissent. En bref, les mesures du gouvernement de coalition progressiste ont fonctionné au cours des quatre dernières années.

Il reste, comme je l’ai déjà dit, beaucoup à faire. Nous ne sommes pas satisfaits. Nous sommes conscients des problèmes et des besoins de la classe moyenne, des travailleurs, des gens ordinaires de notre pays. Mais pour les résoudre, je crois sincèrement que la direction prise au cours des quatre dernières années est la bonne, et c’est pourquoi je viens aujourd’hui vous demander votre soutien pour continuer sur la voie que nous avons entamée il y a cinq ans et avec le gouvernement, il y a quatre ans.

La dirigeante de Sumar, la vice-présidente Yolanda Díaz, et moi-même, en tant que dirigeante du Parti socialiste ouvrier espagnol, avons présenté les bases il y a quelques semaines, dans cet accord entre le Parti socialiste et Sumar. Je voudrais ici partager avec vous ce qui, à mon avis, constitue les principaux objectifs. Huit engagements que nous avons pris envers les citoyens et, logiquement, envers leurs représentants, qui sont vous tous, tous les députés.

Sánchez fait référence pour la première fois dans son discours à l’accord de coalition gouvernementale avec Sumar. Il le fait en faisant allusion à l’actuelle deuxième vice-présidente et ministre de l’Emploi en fonction, Yolanda Díaz, et présente ensuite huit points du programme.

Le premier, logiquement, car il ne peut en être autrement, est la principale préoccupation des citoyens, qui se situe dans le domaine économique, pour achever toute la modernisation que nous avons mise en œuvre au cours de la dernière législature, pour transformer notre tissu productif dans une dynamique verte et numérique et dans une perspective d’inclusion sociale et territoriale.

Le premier point est consacré aux politiques de l’emploi, l’un des piliers de l’actuel gouvernement progressiste, qui est à nouveau appelé à jouer un rôle de premier plan au cours de la prochaine législature. À cet égard, lors de l’annonce du pacte de gouvernement avec Sumar, la réduction de la semaine de travail en Espagne à 37,5 heures par semaine a déjà été annoncée comme une mesure phare. 

Nous allons donc redoubler d’efforts en matière d’innovation, de formation et de numérisation. Et nous allons déployer, heureusement, ces 115 000 millions d’euros de fonds européens, pour aider ce processus de changement à atteindre toutes les régions de notre pays, ainsi que nos PME, les travailleurs indépendants et l’économie sociale. Et tout cela pour atteindre deux objectifs que j’aimerais partager avec les citoyens.

D’une part, avoir plus d’emplois de meilleure qualité, plus d’entreprises plus grandes, plus de start-ups, plus d’économie sociale. Nous allons continuer à créer des emplois de qualité, Mesdames et Messieurs, à aider les jeunes, les chômeurs, à rejoindre le marché du travail, jusqu’à ce que nous atteignions le plein emploi. Une ambition dont on a toujours rêvé mais qui n’a jamais été réalisée dans notre pays.

Et main dans la main avec le dialogue social, nous allons également promouvoir une culture du travail différente, qui nous permettra de mieux concilier cette question en suspens que se posent tous les citoyens de notre pays, à savoir la responsabilité conjointe du travail, de la famille et de la vie personnelle, afin que l’Espagne devienne l’un de ces pays où l’on travaille pour vivre et où l’on ne vit pas pour travailler.

C’est pourquoi j’annonce que cette législature sera celle du nouveau statut des travailleurs, celle où nous allons garantir par la loi que le salaire minimum interprofessionnel continuera d’augmenter chaque année pour se maintenir à 60 % du salaire moyen. La législature au cours de laquelle nous allons promouvoir une réduction de la semaine de travail à 37,5 heures, en incorporant des incitations pour que les entreprises offrent des horaires de travail plus flexibles et favorisent le télétravail dans la mesure du possible.

Notre deuxième objectif sera de faire en sorte que le pouvoir d’achat des Espagnols renoue avec la croissance. Avec la France, nous sommes les pays qui ont le plus récupéré de pouvoir d’achat ces dernières années, depuis la pandémie. Notre pays a l’un des taux d’inflation les plus bas d’Europe, mais je suis bien conscient que cela ne signifie pas que le problème soit réglé. Je sais que la vie est toujours plus chère, que de nombreux citoyens ont des difficultés à payer leur hypothèque, à épargner, à partir en vacances ou simplement à remplir leur panier. Au sein du gouvernement, nous en sommes très conscients et nous allons travailler dur, comme je l’ai dit pendant la pandémie et aussi pendant la guerre et ses effets économiques, ainsi que sur les prix ; nous allons travailler dur pour inverser cette situation. Avec des mesures à moyen et long terme, en engageant des réformes que j’évoquerai plus tard pour améliorer la productivité de notre pays, mais aussi avec des mesures à court terme pour aider à résoudre le problème demain, pas dans dix ans.

En particulier, j’annonce que dans les prochains mois, nous allons approuver trois actions majeures. Premièrement, nous allons prolonger la baisse de la TVA sur les produits alimentaires jusqu’en juin 2024. Nous allons relever le seuil de revenu moyen de 30 000 euros actuellement à 38 000 euros, afin que davantage de familles puissent bénéficier de la mesure d’allègement hypothécaire en vigueur, qui consiste à geler la mensualité pendant un an et à allonger la période de remboursement à sept ans et, en outre, à partir du 1er janvier prochain, les transports publics seront gratuits pour tous les mineurs et les jeunes, ainsi que pour les chômeurs.

Nous nous sommes déjà engagés à maintenir la réduction du prix des abonnements jusqu’en 2024. Mais nous voulons aller plus loin, en coordination avec les communautés autonomes et les conseils municipaux. Nous voulons que cette politique de gratuité des transports publics soit permanente et qu’elle soit consolidée en Espagne comme une référence en matière de durabilité environnementale.

Outre l’économie et l’emploi, Mesdames et Messieurs, notre deuxième grand engagement sera de continuer à renforcer l’État-providence pour améliorer la vie des citoyens, en commençant précisément par le système national de santé. Il est inacceptable qu’un citoyen, Mesdames et Messieurs, doive attendre plus de trois mois pour une première consultation avec un médecin spécialiste ou 200 jours pour une opération d’une hernie qui l’empêche de sortir du lit. Je suis conscient que cette compétence est logiquement entre les mains des communautés autonomes, mais nous, en tant que gouvernement espagnol, ne pouvons pas rester les bras croisés. C’est pourquoi nous allons mettre en œuvre, avec les gouvernements autonomes qui le souhaitent, un plan visant à réduire considérablement les listes d’attente.

Nous continuerons à renforcer les soins primaires, qui sont l’une des questions en suspens dans notre système. Nous allons étendre le portefeuille des services publics aux soins bucco-dentaires et aux soins ophtalmologiques pour nos jeunes. Et nous allons promouvoir, Mesdames et Messieurs, un grand pacte d’État pour la santé mentale, qui augmentera le nombre de psychologues et de psychiatres dans les centres publics, réduira les délais d’attente et garantira, Mesdames et Messieurs, qu’il n’y a pas un seul citoyen en Espagne qui ait besoin d’une aide psychologique et qui ne puisse pas l’obtenir.

Le candidat fait ici allusion à la détérioration du système sanitaire publique après la pandémie, dont les principaux problèmes sont les listes d’attente et l’accès aux soins primaires.

Et cette amélioration de la vie des gens va aussi aller au plus important, qui est l’éducation de nos fils et de nos filles, avec une éducation publique de qualité, avec une science de pointe et avec une culture gratuite et accessible à tous. C’est pourquoi, au cours de cette législature, nous allons continuer à améliorer les conditions de formation des enseignants, nous allons augmenter les subventions pour les cantines, nous allons également augmenter les aides et l’offre d’activités éducatives extrascolaires et nous allons augmenter le nombre de bourses et réduire le prix des droits d’inscription à l’université.

Nous allons augmenter le financement de nos centres de recherche, qui sont une véritable source de fierté. Nous allons encourager une plus grande collaboration public-privé dans la recherche, le développement et l’innovation, et nous allons améliorer les conditions de travail de nos scientifiques grâce au statut du personnel enseignant et de recherche. Et nous allons récupérer tous les cerveaux espagnols qui ont dû partir à l’étranger à la suite de l’abandon de notre système scientifique national par le Parti populaire.

Et nous allons approuver, Mesdames et Messieurs, une loi sur les droits culturels, qui garantit l’accès à la culture pour toutes les personnes et tous les territoires. Nous allons renforcer la présence de la culture et de la créativité artistique dans les écoles et les instituts. Nous allons fournir davantage d’aides aux créateurs et nous allons maintenir le bon culturel pour les jeunes.

Et nous allons améliorer la vie des personnes âgées, Mesdames et Messieurs, parce que cela signifie aussi leur apporter certitude et assistance, et c’est une simple question de justice après une vie d’efforts et de travail. Pour préserver la dignité et le bien-être de nos aînés, je peux vous dire que, sans aucun doute, comme nous l’avons fait au cours de la dernière législature, c’est déjà inscrit dans notre loi, nous allons continuer à revaloriser les pensions en fonction de l’indice des prix à la consommation. Nous allons augmenter les ressources allouées à la dépendance. Hier, lors du dernier Conseil des ministres, nous avons injecté 1 000 millions d’euros dans le système national de dépendance, par l’intermédiaire des communautés autonomes, et nous allons parvenir à un modèle de soins de meilleure qualité, plus personnalisé, qui donne la priorité aux soins à domicile.

Et nous allons faire quelque chose de très important, c’est-à-dire respecter le mandat du pacte de Tolède, dont vous nous avez dit, Mesdames et Messieurs, que les pensions devraient logiquement être revalorisées en fonction de l’IPC, mais aussi allouer 5 000 millions d’euros chaque année au Fonds de réserve de la sécurité sociale, afin que les travailleurs d’aujourd’hui aient des pensions décentes lorsqu’ils prendront leur retraite le moment venu.

Mesdames et Messieurs, améliorer la vie des gens, c’est aider ceux qui en ont le plus besoin. Et ces derniers jours, beaucoup de choses ont été dites, beaucoup de choses ont été proclamées dans les rues de notre pays, mais nous avons entendu un dirigeant d’extrême droite d’une autre partie du monde, en Argentine, dire ce qui suit. De la part de la droite de l’extrême droite argentine, d’ailleurs soutenue par la droite conservatrice et traditionnelle argentine. En bref, M. Feijóo, vous devez faire attention : M. Rajoy soutient le candidat Milei, le candidat pour la présidence de l’Argentine.

L’ancien Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a signé un manifeste avec Vargas Llosa et d’autres anciens présidents latino-américains de droite en vue du second tour du 19 novembre en Argentine pour soutenir Javier Milei. Il y a trois semaines, Ayuso a déjà exprimé son soutien après le premier tour. 

Mais voilà, nous avons entendu un leader de l’extrême droite argentine dire, je cite : « La justice sociale est une aberration et elle est injuste parce qu’elle implique un traitement inégal devant la loi ». Je ferme les guillemets. Une chose dont nous sommes en somme guéris ici en Espagne, parce qu’elle ne nous surprend pas, si ce n’est que la dirigeante intellectuelle du parti populaire, Mme Ayuso, l’avait déjà dit quelques mois plus tôt, en déclarant, Mesdames et Messieurs, — je ne plaisante pas — que la justice sociale est une invention de la gauche pour promouvoir la culture de la jalousie. 

Voilà, Mesdames et Messieurs, où nous en sommes. Le gouvernement de coalition que je représente ne considère pas la justice sociale comme une aberration ; au contraire, nous la considérons comme la condition même de la vie en société. Car c’est cela, Mesdames et Messieurs les députés de droite et d’extrême droite, le patriotisme : savoir que nous sommes liés les uns aux autres, que nous sommes tous dans le même bateau et que le bien-être de chacun d’entre nous dépend du bien-être fondamental de tous les membres de notre communauté.

C’est pourquoi nous continuerons à soutenir davantage ceux qui en ont le plus besoin, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières. C’est pourquoi nous continuerons à renforcer le revenu minimum d’existence, en simplifiant les conditions d’éligibilité afin que davantage de ménages puissent en bénéficier et que nos niveaux d’inégalité et de pauvreté continuent à baisser.

Mesdames et Messieurs, je suis conscient que très souvent, si l’État-providence ne sert pas mieux les citoyens, c’est parce que l’administration est lente, excessivement bureaucratique et probablement lourde. Et nous allons nous attaquer sérieusement à ce problème au cours de cette législature. C’est pourquoi j’annonce qu’au cours de cette législature, nous allons continuer à simplifier toutes les procédures administratives, que nous allons placer les intérêts et les besoins de l’utilisateur au centre du système et que, pour cette raison, nous allons établir un nouveau modèle d’attention directe aux citoyens, avec des horaires flexibles et sans rendez-vous obligatoires. Nous allons également fixer par la loi un délai maximum de 30 jours pour la réception des prestations, telles que l’aide aux personnes dépendantes.

Comme vous pouvez le constater, nous avons l’intention d’améliorer radicalement le fonctionnement de notre État-providence. Et nous voulons le faire tout en continuant à réduire le déficit public, car ce gouvernement s’est engagé à respecter la discipline budgétaire. Comment allons-nous nous y prendre ? En améliorant l’efficacité de l’administration publique, en luttant contre l’économie souterraine, en élargissant nos assiettes fiscales, en augmentant la progressivité de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, en garantissant un taux d’imposition minimum effectif de 15 % pour l’impôt sur les sociétés. Bref, il s’agit d’en finir une fois pour toutes avec la fraude fiscale, l’évasion fiscale, des grandes fortunes et des grandes multinationales.

Les riches, je suis désolé, mais ils doivent payer plus d’impôts qu’ils n’en paient aujourd’hui. De plus, pendant que nous gouvernerons, ils vont payer plus que les autres, parce que ce qui est juste, ce que la Constitution impose, c’est que ceux qui ont le plus doivent contribuer le plus.

En parlant de Constitution, Mesdames et Messieurs, voyons si cette législature est enfin celle où nous amendons l’article 49 de la Constitution et où nous reconnaissons constitutionnellement la dignité des personnes.

Une vie meilleure passe avant tout par un toit. C’est pourquoi notre troisième priorité sera d’améliorer l’accès au logement, car c’est actuellement un des plus grands problèmes auxquels sont confrontés de nombreux citoyens de notre pays, en particulier les jeunes.

Hausse des loyers, augmentation des hypothèques suite au resserrement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne. La difficulté d’économiser de l’argent a rendu de plus en plus difficile l’élaboration d’un projet de vie pour de nombreux citoyens de notre pays. Au cours de la dernière législature, nous avons pris quelques mesures préliminaires à cet égard, mais nous savons qu’il nous reste encore beaucoup à faire, en partant d’un principe très simple, qui est d’aider les locataires et les petits propriétaires.

Sánchez aborde le problème du logement en Espagne. Les politiques publiques et leur réglementation sont présentées comme l’une des questions sociales centrales de la prochaine législature. En outre, le PSOE disputera la bannière de cette question à Sumar.

Et nous, qu’allons-nous faire ? Nous allons soutenir les jeunes qui veulent, peuvent et doivent devenir indépendants plus tôt. C’est pourquoi j’annonce que nous allons augmenter le montant du chèque-logement. J’espère que les gouvernements régionaux du Partido Popular avec Vox développeront cette politique. Nous allons créer une ligne de garantie qui leur permettra de couvrir jusqu’à 20 % de leur hypothèque, comme je l’ai annoncé pendant la campagne électorale ; et nous allons entreprendre la mise à disposition de 183 000 logements publics pour des locations abordables, comme nous l’avons également promis il y a quelques mois.

Nous allons également soutenir tous les Espagnols de la classe moyenne, y compris les travailleurs, dont le logement est le principal instrument d’épargne et le filet de sécurité. Par conséquent, nous allons les aider à réformer et à moderniser leurs logements grâce à un cadre juridique qui les protège et à des incitations fiscales pour que ceux qui le souhaitent puissent les louer.

L’engagement pour une vie meilleure a une prémisse fondamentale, Mesdames et Messieurs, qui est de défendre la vie de la planète. C’est pourquoi notre quatrième priorité sera de promouvoir une transition écologique qui permette d’atténuer le changement climatique et de s’y adapter, qui protège notre biodiversité et qui génère des richesses et des opportunités sur l’ensemble du territoire.

Nous allons continuer à déployer les énergies renouvelables, Mesdames et Messieurs, et nous allons le faire de manière responsable ; et je veux le dire ici, devant vous, de manière coordonnée, en intégrant nos voisins dans le processus de décision et aussi dans la distribution des bénéfices de cette extension des énergies renouvelables.

Nous allons également promouvoir les communautés énergétiques et tripler la capacité installée d’autoconsommation. Tout cela pour que, d’ici la fin de la décennie, la moitié de l’énergie consommée dans notre pays provienne de sources renouvelables.

Le défi de la transition énergétique requiert également un régulateur indépendant et spécialisé ainsi que les ressources techniques appropriées pour préparer le système énergétique à atteindre notre objectif ambitieux de neutralité climatique.

C’est pourquoi je tiens à annoncer que nous allons rétablir la Commission nationale de l’énergie, supprimée par le gouvernement du Parti populaire, qui jouera un rôle clé pour garantir et améliorer le fonctionnement du secteur énergétique et la diversification de ses opérateurs.

Nous allons continuer à lutter contre la menace de la sécheresse, en étendant et en modernisant les infrastructures, en modernisant les ressources des organismes hydrologiques, en fermant les puits et les systèmes d’irrigation illégaux, en aidant les agriculteurs à améliorer leurs exploitations. Parce que nous savons que l’Espagne est une puissance agroalimentaire mondiale et que nous voulons qu’elle le reste, nous allons consacrer une partie importante des fonds européens à la modernisation du secteur, à la promotion d’une agriculture écologique et régénératrice.

Et je voudrais annoncer que nous allons approuver une loi sur l’agriculture familiale qui favorisera ce type d’agriculture, génératrice de valeur sociale ajoutée et de liens avec le territoire. Et nous allons déployer une stratégie alimentaire nationale pour l’Espagne qui permettra de développer l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, de promouvoir l’emploi rural et d’améliorer la qualité des aliments.

Et nous allons continuer à promouvoir les gains d’efficacité et de circularité dans notre société, avec l’ambition qu’au final, le tissu productif finisse par être un système symbiotique dans lequel rien n’est gaspillé et que, par conséquent, les déchets d’un secteur deviennent les ressources productives d’un autre.

Je sais, Mesdames et Messieurs, qu’au sein du Gouvernement, nous sommes bien conscients que parfois l’urgence et l’ampleur de la transition écologique nous dépassent et même nous effraient ; mais, croyez-moi, je crois que nous pouvons réussir sans perdre de temps, sans laisser personne de côté, aucune personne et aucun territoire, en profitant de cette opportunité pour générer de nouveaux emplois, de nouvelles industries pour l’ensemble du territoire, améliorer nos villes et aussi prendre soin de notre santé. Pour chaque euro que nous dépensons aujourd’hui pour engager cette transition écologique, nous économiserons dix euros de dommages dans les décennies à venir.

La cinquième priorité, Mesdames et Messieurs, sera de faire en sorte que l’Espagne continue d’être un leader européen et mondial en matière d’égalité. Améliorer la vie, c’est améliorer les conditions de vie de la moitié de notre société, c’est améliorer la vie des femmes, c’est parvenir à une égalité réelle et effective entre les hommes et les femmes.

« Le féminisme est un cancer ».

« Si je le pouvais, je le retirerais des écoles et j’introduirais un cours de couture, car il est plus valorisant de coudre un bouton ».

Non, nous ne devons pas rire de cela, Mesdames et Messieurs. Nous ne devons pas rire. Ne riez pas.

« Nous ne détestons pas les femmes. Dans notre parti, il y a beaucoup de femmes de grande valeur, presque autant que d’hommes ».

« Si les femmes sont moins bien payées, c’est parce qu’elles l’ont décidé ».

« S’il y a des postes avec plus d’hommes, c’est parce que les hommes sont génétiquement plus adaptés ».

Ces déclarations, Mesdames et Messieurs, semblent sortir d’un manuel de la section féminine de la Phalange franquiste, mais ce sont des déclarations publiques faites par les dirigeants de Vox au cours des derniers mois. Des dirigeants qui, il ne faut pas l’oublier, ont accédé à des postes de responsabilité gouvernementale régionale et locale grâce au vote favorable du Partido Popular. Je les cite ici parce qu’ils sont un témoignage vivant du problème auquel nous sommes confrontés.

Sánchez fait allusion au féminisme comme barrière d’endiguement contre l’ultra-droite. Le vote des femmes a en effet été une clef du résultat électoral du PSOE. Les socialistes récupéreront également le ministère de l’égalité, qui, lors de la précédente législature, était occupé par Irene Montero de Unidas Podemos.

Car malgré les nombreuses avancées réalisées ces dernières années dans notre pays, les préjugés et les comportements sexistes persistent. Les femmes souffrent encore d’inégalités de traitement dans de nombreux domaines, elles gagnent des salaires inférieurs à ceux des hommes pour le même type de responsabilités professionnelles.

Cette absence d’égalité effective est une injustice qui va à l’encontre des principes de parité, par exemple, de notre Constitution, qui aggrave notre société et qui nous empêche d’atteindre notre plein potentiel, qui est immense et formidable en tant que pays.

Nous devons donc y remédier et, à cette fin, j’annonce que nous approuverons une loi sur l’égalité de représentation qui nous aidera définitivement à briser les plafonds de verre. Car si les femmes représentent 50 % de notre société, 50 % du pouvoir politique et économique leur revient. Et nous faciliterons la conciliation de la vie professionnelle et familiale pour les pères et les mères en allongeant le congé de paternité et de maternité à 20 semaines. Nous allons aussi universaliser l’éducation de 0 à 3 ans, en l’occurrence dès l’âge de 2 ans. Et nous allons donner aux familles monoparentales avec deux enfants, dirigées principalement par des femmes, comme elles le savent bien, le même niveau de protection que celui dont bénéficient les familles nombreuses.

Une vie meilleure, Mesdames et Messieurs. Une vie meilleure, c’est une vie qui éradique le fléau de la violence à l’égard des femmes. Pour chaque euro, Mesdames et Messieurs, voici ce que je veux dire aux citoyens et, surtout, aux femmes de notre pays : pour chaque euro qu’un gouvernement municipal autonome réactionnaire retire de la prévention et de l’élimination de ce cancer social, nous allons consacrer dix euros à la lutte contre la violence de genre. Et pour chaque minute de respect que les politiciens de Vox refusent aux victimes de la violence de genre, nous leur consacrerons tout notre temps et tous nos efforts.

Nous allons continuer à agir, tout comme nous allons agir contre les abus sexuels sur mineurs, y compris ceux commis au sein de l’Église. Le rapport, Mesdames et Messieurs, présenté par le Médiateur révèle l’ampleur et la gravité de ce problème et interpelle toutes les institutions publiques, en particulier le Parlement et le gouvernement espagnols.

C’est pourquoi nous allons renforcer le cadre juridique afin que les crimes d’agression sexuelle et d’abus sur mineurs ne soient pas limités à un moment précis et que la responsabilité civile soit imprescriptible. Nous allons créer un fonds d’État pour le versement d’aides et d’indemnisations aux victimes, conformément aux normes européennes, et nous allons exhorter l’Église catholique, Mesdames et Messieurs, à s’engager à reconnaître et à indemniser tous ceux qui, malheureusement, ont subi des abus sexuels de la part du clergé, y compris les victimes de cas historiques et de cas prescrits. Mais surtout, nous prendrons les mesures nécessaires pour que cette aberration ne se répète pas.

C’est pourquoi j’annonce que, conformément aux recommandations du médiateur, nous allons, au cours de cette législature, renforcer les mécanismes de suivi et de contrôle de la loi sur la protection intégrale des enfants et des adolescents, en les dotant de plus de personnel et de ressources.

Nous allons renforcer le travail d’inspection dans les centres éducatifs afin de garantir qu’ils respectent les protocoles établis et que leurs professionnels reçoivent une formation adéquate en matière d’abus sexuels. Et nous allons établir par la loi que ces mêmes protocoles de prévention et de formation soient respectés dans toutes les institutions religieuses.

Mesdames et Messieurs, offrir une vie meilleure aux Espagnols signifie, en plus de tout ce qui précède, réduire les différences qui existent entre les provinces et renforcer la cohésion territoriale de notre pays. Ce sera la sixième priorité du gouvernement que j’ai l’intention de former si vous me donnez la confiance de la majorité de l’Assemblée.

Pendant la Transition, Mesdames et Messieurs, nous, Espagnols, avons opté pour un État autonome qui a rapproché les administrations publiques des 52 capitales provinciales et encouragé la création d’entreprises et le développement économique et social de centaines de municipalités de taille moyenne dans tout le pays.

Malheureusement, ces dernières années, cette tendance s’est inversée. Aujourd’hui, Madrid et d’autres grandes villes sont devenues, sans surprise, des géants absorbants et les différences entre les provinces se sont par conséquent accrues.

Le défi démographique interpelle toutes les institutions publiques ainsi que le gouvernement espagnol, comme nous avons pu commencer à le développer au cours de la dernière législature. Au cours de la dernière législature, nous avons pris certaines mesures : nous avons opté pour un modèle décentralisé, également polycentrique, que notre Constitution postule ; nous avons essayé de rechercher une distribution équitable et intelligente des opportunités sur l’ensemble du territoire. Je pense que les fonds européens y contribuent : nous voyons des gigafactory de batteries de véhicules électriques dans différentes régions d’Espagne qui ne sont pas concentrées dans les secteurs industriels traditionnels de notre pays, ou des institutions publiques qui sont en train d’être créées sur l’ensemble du territoire.

Au cours de cette législature, nous continuerons à aller dans la même direction. Nous allons consacrer la majeure partie des fonds européens à la création de nouvelles industries et de nouvelles opportunités en dehors des grandes capitales. Nous allons créer de meilleures infrastructures et des liaisons ferroviaires. Ces éléments sont inclus dans l’accord de gouvernement entre le parti socialiste et Sumar. Nous allons garantir par la loi l’accès aux services publics de base pour toutes les municipalités dans un rayon de moins de 30 minutes, afin que personne ne doive quitter sa ville parce qu’il n’y a pas de distributeur de billets ou de centre de santé à proximité ou parce que les opportunités ne sont pas développées dans sa municipalité.

J’aimerais que nous puissions compter sur le soutien de la majorité de cette Assemblée pour faire de cet objectif de garantir des services publics de base dans un rayon de moins de 30 minutes une réalité.

Nous allons également élargir le dialogue entre les administrations, nous allons renforcer la co-gouvernance entre elles et nous allons promouvoir un nouveau modèle de financement régional, qui garantisse les ressources économiques dont les communautés autonomes ont besoin, sur la base des principes que vous connaissez, parce qu’ils ont été évoqués à de nombreuses autres occasions : le principe d’équité, le principe d’autonomie financière et, par ailleurs, le principe de coresponsabilité fiscale, parce qu’il est curieux que les gouvernements régionaux du Partido Popular avec Vox baissent les impôts des plus riches et demandent ensuite plus de ressources économiques à l’administration générale de l’État.

Mais, en résumé, ce que je veux dire, Mesdames et Messieurs, c’est que les réductions appliquées à notre État-providence, comme vous le savez, qui sont entre les mains des communautés autonomes pendant la période de gouvernement du Parti populaire, ont effectivement laissé de nombreuses communautés autonomes sans ressources pour répondre aux besoins les plus élémentaires des citoyens et, par conséquent, les ont forcées à s’endetter. Au cours de ces années, la dette des communautés autonomes, pour que vous ayez cette information, Mesdames et Messieurs, a presque doublé.

Et qu’a fait ce gouvernement au cours des quatre dernières années, en particulier ? Je crois que nous avons aidé les communautés autonomes. Nous avons fourni plus de ressources que n’importe quel autre gouvernement à n’importe quel moment de notre histoire démocratique. 

En cinq ans de gouvernement avec moi à la barre, en quatre ans de gouvernement de coalition, pour être exact, les communautés autonomes ont reçu 40 % de plus que pendant les cinq dernières années du gouvernement de Mariano Rajoy ; 40 % de plus. Pour nous donner une idée, nous parlons de 180 000 millions d’euros de plus. Et tout cela sans tenir compte des fonds européens, qui sont également gérés par les communautés autonomes.

Cela nous a évidemment aidés à faire face à la pandémie, à reconstruire tout ce qui avait été démantelé pendant la crise financière et la réponse néolibérale du gouvernement PP de l’époque. Mais du point de vue de la consolidation fiscale, elle a fait quelque chose de très pertinent, Mesdames et Messieurs, à savoir que, grâce à elle, la dette a été réduite par rapport au produit intérieur brut et les coupes ont pu cesser dans de nombreux domaines malgré la politique fiscale irresponsable et insoutenable que la droite déploie une fois de plus.

Qu’allons-nous faire maintenant ? Eh bien, nous allons poursuivre sur la voie de la responsabilité fiscale, mais aussi de la solidarité, et reprendre une partie de la dette des communautés autonomes, qu’elles ont contractée pendant la période de gouvernement du Parti populaire.

Sánchez fait référence à la prise en charge par l’État de la dette des communautés autonomes, suite au débat qui a eu lieu ces dernières semaines à la suite du pacte avec Junts, dans lequel l’État espagnol s’est engagé à prendre en charge une partie de la dette de la Catalogne.

Cette mesure sera applicable et extensible à toutes les communautés autonomes, quelle que soit leur couleur politique et qu’elles soient ou non membres du Fonds de liquidité autonome, créé à l’époque par le Parti populaire. Cette mesure nous permettra de faire beaucoup de choses, Mesdames et Messieurs, mais surtout de nous financer à moindre coût. Elle va alléger la facture des intérêts de la dette de nombreuses communautés autonomes et, par conséquent, elle va aider les citoyens à disposer de services publics de qualité. Je mets cela, évidemment, entre parenthèses, car nous ne savons pas exactement ce que les gouvernements du Partido Popular vont faire avec Vox, bien qu’on ait déjà quelques indices.

Mesdames et Messieurs, la septième priorité sera d’avancer sur l’agenda de la réunion pour garantir une meilleure coexistence dans notre pays. Je crois que nous pouvons tous être conscients, tous les citoyens qui nous voient, qu’il ne peut y avoir de prospérité dans la discorde. Nos parents et nos grands-parents le savaient, et c’est pourquoi ils ont fait de la coexistence l’un des principes directeurs de la Constitution et de la transition ; et maintenant, nous devons faire de même, c’est-à-dire promouvoir la coexistence et aussi le pardon, non seulement pour gagner une législature de progrès, ce qui est également possible, mais aussi pour nous engager dans un avenir de réconciliation et d’harmonie.

C’est la première fois dans le discours qu’il est question de la situation politique en Catalogne et de l’accord avec Junts et ERC, dont l’élément central est la future loi d’amnistie. L’accord est présenté comme une solution politique de réunion, mais aussi comme la réincorporation de l’indépendantisme catalan dans la normalisation politique et institutionnelle. Sánchez oppose également la situation actuelle à la gestion de la contestation indépendantiste menée par les gouvernements de Rajoy, lorsque le point culminant du procés a eu lieu en octobre 2017.

Nous parlons bien sûr de la Catalogne. Mais soyons clairs, Mesdames et Messieurs, en Catalogne et dans d’autres régions de notre pays, il y a des citoyens qui pensent qu’ils seraient mieux s’ils étaient indépendants. Le gouvernement de coalition progressiste que j’ai l’intention de diriger ne partage pas cette idée. Nous sommes convaincus qu’une Espagne unie est une Espagne meilleure, plus prospère et plus forte.

De plus, nous pensons que ces réalités nationales que ces citoyens indépendantistes ressentent légitimement s’exprimeraient mieux dans une Union européenne qui, au fil des années, progresse dans son intégration grâce à la structure autonome que possède notre pays et qui est reconnue dans notre Constitution.

Mais la question que nous devons nous poser, et qui, je crois, mérite également une réponse devant nos concitoyens, est de savoir comment garantir cette unité. En gros, il y a deux alternatives : nous pouvons essayer de la réaliser par l’imposition et la tension sociale, ou nous pouvons essayer de la réaliser par le dialogue, la compréhension et le pardon.

Le Parti populaire a déjà essayé la première de ces recettes. Tout ce qu’il a obtenu, Mesdames et Messieurs, c’est que le nombre de Catalans favorables à l’indépendance atteigne des sommets historiques. Les rues de Catalogne ont été incendiées et le monde entier a regardé avec étonnement les images diffusées de notre pays au cours de ces années et, surtout et en particulier, en 2017. Le résultat a été la plus grande crise territoriale de notre démocratie. La plus grande crise institutionnelle, territoriale et constitutionnelle de notre démocratie. En bref, je crois que la recette du Parti populaire a conduit au désastre et qu’il n’est pas souhaitable de suivre cette voie.

Qu’avons-nous fait ? Eh bien, je crois que c’est le contraire. Nous avons opté pour la voie du dialogue, nous avons opté pour la voie du pardon, nous avons opté pour la voie de la compréhension, même si c’est très difficile parce que les positions sont très différentes. Nous avons fait passer la négociation avant l’imposition, nous avons fait passer les retrouvailles avant la vengeance, bref, nous avons fait passer l’unité avant la fracture. Alors qu’il y avait auparavant une rupture de la Constitution dans certains territoires, au cours des cinq dernières années, Mesdames et Messieurs, la Constitution espagnole a été respectée dans chacun des territoires de notre pays.

Je crois qu’il n’y a pas de chemin plus sûr que celui qui est orienté vers la compréhension afin de rétablir les ponts politiques qui n’auraient jamais dû être rompus et qui l’ont été, Mesdames et Messieurs. C’est pourquoi nous avons gracié les dirigeants du procés. Et c’est pourquoi nous avons soutenu l’utilisation des langues co-officielles au Congrès, nous avons promu l’utilisation des langues co-officielles dans les institutions européennes et, ce qui est indéniable, 

Mesdames et Messieurs, c’est que cette voie fonctionne, avec des difficultés, mais elle fonctionne parce que la coexistence est revenue dans les rues ; il suffit de regarder ce qui se passe dans de nombreuses rues de Catalogne.

Je ne sais pas, peut-être interprètent-ils la coexistence comme le fait de voir Barcelone brûler en 2019 ou en 2017, lorsque le Partido Popular était au pouvoir. Je ne pense pas que ce soit le cas.

La coexistence est revenue dans les rues, le dialogue est revenu dans les institutions, Mesdames et Messieurs, avec beaucoup de difficultés, et notre pays — c’est curieux parce que tout le monde attendait tout particulièrement cette partie de mon discours, mais ils ne s’arrêtent pas de parler — notre pays, Mesdames et Messieurs, a pu concentrer ses énergies pour relever des défis extraordinairement difficiles tels que, par exemple, le COVID ou la réponse aux conséquences économiques et sociales de la guerre de Poutine en Ukraine.

Que préfère la grande majorité des citoyens : la Catalogne de 2017 ou celle de 2023 ? Quelle politique profite le plus aux citoyens : la politique de confrontation prônée par le Partido Popular au carré, également avec Vox, ou la politique de compréhension prônée par une large majorité des groupes parlementaires de cette Assemblée ?

Nous n’avons pas besoin de spéculer sur la question. Je pense que nous connaissons la réponse. D’ailleurs, les sondages reflètent la coexistence et la paix sociale dans les rues de Catalogne. Cela se reflète également dans la manière dont les Catalans eux-mêmes ont voté le 23 juillet : 50 %, Mesdames et Messieurs, ont soutenu les partis qui ont formé le gouvernement de coalition progressiste au cours des quatre dernières années, 50 % en Catalogne ; et seulement 20 % ont soutenu les partis de droite rétrogrades. 50-20 %.

Je pense donc que le dialogue, la générosité et le pardon ont fonctionné et ont contribué à quelque chose de très important, qui n’a bien sûr pas été résolu, à savoir restaurer les blessures de notre société. C’est pourquoi nous avons l’intention de continuer à les appliquer au cours des quatre prochaines années.

Il est clair que le cadre juridique actuel établit des conditions contraignantes. C’est vrai. Mais cela ne peut pas être le seul argument en faveur d’une Espagne unie. Nous avons besoin de bien d’autres raisons et, si elles n’existent pas, nous devons avoir le courage de les construire. Parce que c’est possible et parce que, comme l’a dit le brillant Antonio Machado : « Aujourd’hui est toujours encore ».

Et puisqu’aujourd’hui est encore et que le dialogue est toujours possible, nous allons nous y engager, en suivant le conseil donné par le grand Salvador Espriu à toute l’Espagne : dialoguer pour parvenir à une idée qui s’exprime exactement de la même manière dans nos quatre langues, celle de Machado, celle d’Espriu, celle d’Aresti et celle de Castelao, c’est-à-dire Concordia.

C’est pourquoi nous continuerons à promouvoir les réformes et à améliorer notre État autonome. C’est pourquoi nous continuerons à attirer les entreprises étrangères et les institutions européennes en Catalogne et dans l’ensemble de notre pays, au lieu de les faire fuir, comme cela s’est fait dans le passé.

Et c’est pourquoi, Mesdames et Messieurs, au nom de l’Espagne et au nom de l’intérêt de l’Espagne, en défense de l’harmonie entre les Espagnols, nous allons accorder une amnistie aux personnes poursuivies pour le processus catalan. Nous allons accorder cette amnistie.

Veuillez noter, Mesdames et Messieurs, qu’il s’agit d’une mesure demandée par un groupe très important de la société espagnole. Il s’agit d’une mesure demandée par une partie très importante de la société catalane, approuvée par 80 % de ses représentants politiques, ainsi que par une large majorité des forces présentes dans cette Assemblée ; et c’est aussi une mesure qui peut être partagée ou non par de nombreux citoyens. J’en suis bien conscient et je voudrais leur dire à tous que je respecte beaucoup leurs opinions et aussi leurs émotions, mais les circonstances sont ce qu’elles sont et nous devons faire de nécessité vertu. Oui, de nécessité vertu.

Pour deux raisons d’intérêt général — calmez-vous, Mesdames et Messieurs. Tout d’abord, pour consolider les progrès accomplis au cours des quatre dernières années et poursuivre sur la voie de la coexistence et du progrès.

Je crois qu’à ce moment de notre histoire démocratique et avec tout ce que nous avons vécu et entendu au cours des quarante dernières années de démocratie, les citoyens ne doivent pas, ne peuvent pas, être naïfs : le problème du Parti populaire avec Vox n’est pas l’amnistie des dirigeants du procés, le problème du Parti populaire avec Vox est qu’ils n’acceptent pas le résultat électoral du 23 juillet.

Je demande donc aux citoyens de bonne foi qui assistent à ce débat que, quel que soit le tapage qu’ils fassent, et qui plus est, nous allons les écouter — bon, je suis pour ma part déjà vacciné, parce que je viens d’une législature précédente où j’ai été insulté et traité de toutes sortes de choses, mais bon — quel que soit le tapage qu’ils fassent, Mesdames et Messieurs, quel que soit le fait qu’ils se drapent dans une couverture d’insultes, quel que soit le nombre de fois qu’ils font du bruit, quel que soit le nombre de fois qu’ils font du tapage, ils ont beau s’enrouler dans le drapeau, qui appartient à tous, y compris à nous, Mesdames et Messieurs, ils ont beau faire du tapage, ils ont beau essayer de patrimonialiser le drapeau, qui appartient à tous, et les symboles constitutionnels, qui appartiennent à tous, nous savons que la droite réactionnaire se soucie très peu de l’amnistie. Les puissances économiques qui non seulement parrainent et protègent la droite et l’ultra-droite ne s’inquiètent pas de l’amnistie ; en fait, elles savent qu’elle sera bénéfique pour l’économie du pays.

Ce que la droite ne veut surtout pas, c’est que nous continuions à améliorer les conditions de travail et les salaires des travailleurs et des travailleuses, que nous ne continuions pas à revaloriser les pensions en fonction de l’IPC, que nous continuions à renforcer la santé, l’éducation, le système national de dépendance, que nous continuions à promouvoir la transition écologique, que nous continuions à défendre les droits des migrants, de la communauté LGTBI et des femmes… C’est pour cela qu’elle ne veut pas que nous gouvernions.

Écoutez, Mesdames et Messieurs, la dernière fois que le Parti Populaire était au pouvoir, il n’y a pas si longtemps, jusqu’en 2018 ; la dernière fois que le Parti Populaire était au pouvoir, en Espagne, il était légal de licencier un travailleur alors qu’il était malade. Il était légal de payer 700 euros par mois à quelqu’un qui travaillait à temps plein pour faire son travail. Il était légal que les logements publics financés par les impôts de tous soient vendus à des fonds vautours et privatisés. Il était légal de faire payer aux patients les plus vulnérables un co-paiement pharmaceutique que le gouvernement a aboli lorsqu’il est arrivé au pouvoir.

Nous, eh bien, nous avons mis fin à ces injustices, nous avons essayé d’empêcher, dans le cadre de nos compétences, que des biens publics soient transformés en entreprises pour quelques-uns.

Et les députés des droites ont voté contre. C’est pourquoi il est nécessaire que nous continuions à gouverner pour consolider toutes ces avancées pendant quatre années supplémentaires.

Pour éviter que l’Espagne ne recule, pour que notre pays continue à progresser et qu’il soit également une source d’inspiration pour de nombreuses autres sociétés européennes qui constatent l’avancée de la vague réactionnaire, également soutenue par le Parti populaire dans ces autres pays.

Si cet argument est important, il en est un autre qui me semble également très pertinent pour expliquer pourquoi nous allons promouvoir cette amnistie.

Et c’est que cette mesure de grâce peut nous aider à surmonter le fossé qui s’est ouvert le 1er octobre 2017. Pour continuer à rapprocher les positions. Et à persuader — je suis peut-être naïf, mais je vais essayer — les Catalans qui se sentent indépendantistes, mais aussi ceux d’autres territoires qui se sentent indépendantistes, que notre pays est un bon pays pour eux aussi, que la Catalogne est prête pour une réunion totale et que nous devons avoir le courage de faire un pas en avant.

Mesdames et Messieurs, l’amnistie que nous proposons est parfaitement légale, elle est conforme à la Constitution. En fait, c’est une mesure qui est appliquée dans d’autres pays, dans des démocraties consolidées comme la France, l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Il y a quelques mois, une amnistie a également été approuvée au Portugal. La Cour constitutionnelle espagnole l’a d’ailleurs déjà approuvée.

Je voudrais donc vous demander — et je sais que c’est très difficile — je voudrais demander au Parti populaire un minimum de responsabilité. Je vous demande, Mesdames et Messieurs, de ne pas continuer sur la voie tracée par Vox dans sa dérive trumpiste, en alimentant des conspirations et des comportements antidémocratiques qui ont conduit, par exemple, une grande démocratie comme les États-Unis au bord de l’effondrement. Si le Partido Popular se considère encore, et je souligne encore, comme un parti d’État, il ne peut pas agir sous la dictée d’une organisation d’ultra-droite comme nous l’avons vu ces dernières semaines.

Rappelez-vous quand vous avez prôné le boycott des produits catalans. J’insiste, les Catalans, pas les Catalans indépendantistes, les Catalans. Ce que vous avez fait, Mesdames et Messieurs, c’est attiser le feu de la haine. C’est pourquoi je demande au Parti populaire de faire preuve de responsabilité et de sens de l’État. Je ne vous demande pas votre soutien, je sais que je ne l’obtiendrai pas. Je vous demande seulement de la raison et de la cohérence.

Et, j’insiste, de la cohérence. Cohérence parce qu’il est bon de le rappeler aux citoyens, qui s’étonnent de toutes les proclamations et de tous les sophismes auxquels nous assistons. Oui. Il est bon de rappeler que rien de ce que nous vivons n’est inédit dans notre démocratie. Tout a déjà été fait par les gouvernements du Parti Populaire.

Mesdames et Messieurs, vous rougissez peut-être aujourd’hui, mais j’ai le regret de vous dire que les gouvernements du Parti populaire ont accordé 1 400 grâces en un seul jour. En un seul jour. J’ai le regret de vous informer, Mesdames et Messieurs du PP et de Vox, ou du moins de M. Abascal, qui était alors au Partido Popular, que des gouvernements du Partido Popular ont gracié des membres de Terra Lliure condamnés pour terrorisme lors d’une investiture. Quel scandale, Monsieur Feijóo, quel scandale ! Quel scandale !

Je suis désolé de vous informer que celui qui lance des proclamations et des slogans disant que toute l’Espagne devrait se mobiliser contre ce méchant Sánchez, parce qu’ils ont donné de nombreux pouvoirs aux gouvernements autonomes du Pays basque et de la Catalogne alors qu’ils avaient besoin des votes du nationalisme catalan et basque pour éviter le blocus et assurer la gouvernabilité de l’Espagne.

Et pour autant que je sache, aucune de ces concessions n’a affaibli l’Espagne, ni corrompu notre démocratie, ni évolué vers une dictature. Bref, elles ont fait de nous ce que notre pays est réellement, un État composite, un État décentralisé, comme le sont d’ailleurs beaucoup d’autres pays, probablement les plus avancés du monde, avec des démocraties consolidées.

Quelle est donc la différence ? Eh bien, lorsque la droite conclut des accords avec le nationalisme, il s’agit d’un gentlemen’s agreement. Et si c’est la gauche, c’est une trahison de la patrie. Soyez un peu cohérent et n’insultez pas la mémoire du peuple espagnol.

Je vous demande de ne pas commettre les mêmes erreurs que celles que vous avez commises, et que vous avez toujours commises d’ailleurs. Je vous demande de ne pas essayer de profiter de cette situation pour mettre le feu à la rue, pour remettre en question ce que vous avez toujours fait, Mesdames et Messieurs du PP et du parti de M. Abascal, à savoir remettre en question la légitimité de tout gouvernement qui n’est pas dirigé par le Partido Popular.

Et ne vous inquiétez pas, Mesdames et Messieurs, et surtout les citoyens qui suivent ce débat, parce que l’amnistie va être approuvée à la lumière du jour, à la lumière et avec des sténographes, dans la plus grande transparence. Oui, elle sera débattue ici, cela ne vous suffit-il pas ? Elle sera assortie de toutes les garanties juridiques, avec le vote majoritaire de cette Assemblée démocratiquement élue.

En d’autres termes, l’amnistie ne sera pas une attaque contre la Constitution de 78, comme vous le dites, mais au contraire une démonstration de sa force et de sa validité.

Et cette amnistie, pour que les citoyens qui suivent ce débat en soient également conscients, profitera évidemment à beaucoup de monde. Elle profitera à des responsables politiques dont je ne partage pas les idées et dont je rejette les actions. Mais elle aidera aussi des centaines de citoyens qui ont été entraînés par le procés, y compris des agents de la police nationale et des Mossos d’Esquadra, qui ont subi les conséquences d’une crise politique dont personne ne peut être fier, Mesdames et Messieurs, pas même ceux d’entre nous qui n’avaient pas de responsabilités gouvernementales à l’époque.

En définitive, nous promouvons cette mesure de grâce dans l’espoir fondé qu’elle nous aidera à surmonter une crise dont personne ne peut être fier. Qu’elle contribuera à améliorer la coexistence dans notre pays, à canaliser les aspirations politiques des deux parties d’une manière plus saine, oui, plus saine et plus pacifique.

Mesdames et Messieurs, la huitième priorité de notre gouvernement doit être l’Europe. Je crois qu’au cours des quatre dernières années, l’Espagne a acquis une importance internationale qu’elle n’avait jamais eue auparavant. Avant même d’exercer la présidence tournante du Conseil, notre pays menait déjà à Bruxelles des débats très importants pour la vie quotidienne de nos concitoyens, comme la réforme du marché de l’électricité ou la politique agricole commune. Aujourd’hui, il est une référence continentale sur des sujets tels que l’autonomie stratégique, la transition verte et numérique ou les politiques d’immigration et d’asile.

Dans les années à venir, l’Union devra prendre des décisions cruciales. Elle devra tisser de nouveaux liens avec le reste du monde, notamment avec le Maghreb, l’Amérique latine et les Caraïbes. Elle devra également consolider son leadership technologique et scientifique à l’échelle mondiale, ou du moins y parvenir.

Elle devra relever des défis tels que les migrations et les conséquences du changement climatique. Elle devra aborder des débats très importants tels que l’élargissement vers les Balkans occidentaux et vers l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie, un élargissement qui répond à un devoir moral, sans aucun doute, à un intérêt géopolitique pour l’Europe, parce qu’il apportera plus de ressources, plus de résilience et plus de marché aux États membres. Mais il impliquera aussi des défis nationaux et un examen approfondi du fonctionnement de nos institutions communautaires.

Je peux vous garantir, Mesdames et Messieurs, que l’Espagne ne sera pas un simple témoin de ces processus ; nous ferons partie des pays qui les mèneront. Nous allons analyser les défis. Nous allons également rechercher des opportunités, nous allons proposer des solutions, ce que veulent les citoyens. Nous allons défendre les valeurs européennes. Nous allons promouvoir le dialogue et le respect de la pluralité sur le continent, comme nous le faisons à l’intérieur de ses frontières.

Tout cela, j’insiste, avec un seul objectif : améliorer la vie des Espagnols. Tel est l’objectif qui a guidé et guidera l’action du gouvernement de coalition progressiste. Donner à nos citoyens une vie plus riche, une vie de certitude, de sécurité, avec plus d’emplois et de meilleure qualité, avec plus de services publics et de meilleure qualité, avec plus de logements abordables, plus de durabilité environnementale, plus d’égalité, plus de cohésion territoriale, plus de coexistence et plus d’Europe.

Telles sont, Mesdames et Messieurs, les huit priorités de notre gouvernement avec lesquelles nous nous présentons devant vous afin que vous puissiez nous accorder la confiance de la majorité de l’Assemblée.

Et je voudrais conclure, Mesdames et Messieurs, en disant ceci : je crois en l’Espagne, je crois en nos citoyens, je crois en l’énorme et grand potentiel de notre pays.

Il suffit d’y penser. Pour les 18 millions d’Espagnols qui ont voté lors des premières élections démocratiques en 1977, il aurait été, et vous serez d’accord avec moi, impossible d’imaginer les niveaux de développement et de bien-être que nous connaissons aujourd’hui. Il leur aurait été impossible de croire qu’un pays en retard et isolé allait devenir en l’espace de quatre décennies, un souffle en termes historiques, la quatrième économie européenne, la seizième puissance économique ou, mieux, commerciale du monde et l’une des démocraties les plus complètes du monde.

Qu’auraient pensé nos grands-mères, par exemple, si on leur avait dit que la société machiste dans laquelle elles ont grandi allait devenir le quatrième pays le plus égalitaire d’Europe ? Qu’auraient dit — je m’en souviens parce que nous avons récemment célébré la Journée de la mémoire démocratique — qu’auraient dit ces Espagnols homosexuels qui devaient se cacher pour embrasser leur partenaire s’ils avaient su que l’Espagne finirait par être le troisième pays au monde à approuver le mariage homosexuel et le premier à reconnaître leur droit à l’adoption ?

Comment auraient réagi les pionniers de l’écologie — je pense à Félix Rodríguez de la Fuente — s’ils avaient su que l’Espagne deviendrait, comme elle l’est aujourd’hui, la septième grande économie la plus durable du monde et le deuxième pays de l’Union européenne comptant le plus grand nombre de kilomètres de zones naturelles protégées ? Ils y auraient vu une utopie inaccessible, bien sûr. Mais nous l’avons fait. Et aujourd’hui, nous pouvons le faire à nouveau.

L’Espagne a du talent, des travailleurs, des entreprises, des institutions publiques et des infrastructures. Et surtout, elle a des valeurs et des principes civiques, avec le prestige international nécessaire pour devenir l’une des nations les plus prospères et les plus avancées socialement, non pas en Europe, mais dans le monde.

Car notre pays, l’Espagne, est un pays formidable. Et il peut être encore meilleur. Et je suis convaincu qu’il le sera. Il sera meilleur, Mesdames et Messieurs, si nous aspirons à une vie meilleure pour tous. Si nous nous sentons liés au destin de chacun. C’est à cela que je veux me consacrer corps et âme pour les quatre prochaines années. Et c’est pourquoi, Mesdames et Messieurs, je vous demande de voter pour moi en toute confiance.

Voilà tout, et merci beaucoup.

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