La doctrine chinoise de l’administration Biden

Quelle est la stratégie chinoise des États-Unis après l'invasion de l’Ukraine ? Nous publions la première traduction commentée ligne à ligne du texte clef d'Antony Blinken pour comprendre la doctrine de l'administration Biden.

Auteur
Marin Saillofest
Trad.
Clémentine Buhl
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© Carolyn Kaster/AP/SIPA

La rivalité entre la Chine et les États-Unis structure le monde. Dans les secousses telluriques des politiques de l’interrègne, les deux pays promeuvent un système, des valeurs, des modes de gouvernance qui, bien qu’ils se comprennent entre eux, ne s’admettent pas mutuellement. 

Le discours prononcé avant-hier, le jeudi 26 mai 2022, à George Washington University par le Secrétaire d’État Antony Blinken constitue la plus complète synthèse de la stratégie chinoise de l’administration Biden — sans toutefois la réinventer1. Compétition, rivalité stratégique, affrontement des deux grandes puissances mondiales. La formule est si simple qu’elle relève presque de l’incantatoire. Cependant, si Joe Biden et son administration ont dans les faits prolongé la politique conduite par Donald Trump entre 2017 et 2021, quelques ajustements ont été faits.

L’opposition frontale, le pointage du doigt de la menace que la Chine représente pour l’ordre mondial et les guerres commerciales ont laissé leur place à un discours plus mesuré, mettant en avant la nécessaire prise en compte de l’interdépendance et de la coopération entre les États-Unis et la Chine pour affronter les enjeux globaux — le réchauffement climatique en tête, mais également la prévention et la lutte contre les épidémies —, qui ne laisse toutefois pas de côté la rivalité stratégique.

Ce discours ne doit pas être lu comme posant les jalons d’une nouvelle politique américaine vis-à-vis de la Chine, mais plutôt comme une mise à jour nécessaire ainsi qu’une formulation doctrinaire imposée par les défis posés par la guerre en Ukraine. D’une part, l’assistance sécuritaire américaine à l’Ukraine, la reprise en main de la défense de l’Europe par les Européens ainsi que le renforcement des organisations internationales — OTAN et UE en tête — laissent penser que le regard des États-Unis se tourne à nouveau vers l’Europe. Ce sentiment n’est qu’un trompe-l’œil temporaire. D’autre part, l’affaiblissement de jour en jour des capacités financières, militaires et d’influence russe à l’international conduisent à la conclusion qu’il n’existe bel et bien qu’un seul rival stratégique capable d’offrir une alternative aux États-Unis à l’échelle mondiale : la Chine.

Les États-Unis sont plus déterminés que jamais à opérer un pivot vers l’Asie, appelé par Barack Obama il y a maintenant plus d’une décennie. La guerre en Ukraine ouvre la porte à une contestation de l’ordre mondial plus décomplexée, s’accompagnant de sanctions économiques et financières certes mais seulement dans une partie du monde. Si la Chine n’a pas profité de cette fenêtre d’opportunité pour diriger une attaque militaire contre Taïwan — comme certains le prévoyaient cyniquement —, elle se retrouve indéniablement dans une position de force. 

Initialement prévu avant la tournée asiatique de Joe Biden, ce discours fleuve doit être lu pour saisir les points de cristallisation qui seront les terrains d’affrontement de demain. La « nouvelle » ligne américaine repose sur un triptyque investissement, alignement, rivalité qui insiste sur la primauté de la diplomatie sans négliger les capacités militaires, considère Pékin comme la menace la plus sérieuse à l’ordre international tout en admettant que Washington ne s’opposerait pas à la Chine et, enfin, développe un monde bicéphale, manichéen, partagé entre démocraties et autocraties tout en assurant aux pays composant ce dernier qu’ils n’auront pas à faire un choix entre ces deux camps.

La semaine prochaine, nous vous proposerons la réponse apportée à ce discours par Wang Wenbin, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, traduite et commentée ligne à ligne par l’historien des relations internationales Pierre Grosser2.

C’est un réel plaisir d’être ici à l’Université George Washington, une institution qui attire des étudiants et des universitaires exceptionnels du monde entier, et où les défis les plus urgents auxquels nous sommes confrontés en tant que pays et en tant que planète sont étudiés et débattus. Je vous remercie donc de nous accueillir ici aujourd’hui.

Je tiens tout particulièrement à remercier nos amis de l’Asia Society, qui se consacrent à l’établissement de liens plus étroits avec les pays et les peuples d’Asie pour tenter de renforcer la paix, la prospérité, la liberté, l’égalité et la durabilité. Merci de nous accueillir aujourd’hui, mais aussi merci pour votre leadership au quotidien. Kevin Rudd, Wendy Cutler, Danny Russel — tous collègues, tous leaders d’opinion mais aussi acteurs, c’est toujours merveilleux d’être avec vous.

Je dois dire que je vous suis vraiment reconnaissant, sénateur Romney, de votre présence ici aujourd’hui. Vous êtes un homme, un leader que j’admire beaucoup, une personne aux principes immenses qui a pris la tête du mouvement sur le sujet dont nous allons parler aujourd’hui. Sénateur, merci de votre présence.

Les opinions publiques des Américains, indicatrices des lignes politiques tenues au congrès par les élus, suivent traditionnellement un clivage caractérisé par une affinité plus présente chez les démocrates à l’égard de la Chine, ayant conduit les élus républicains à critique une politique trop molle et conciliante à l’égard de la Chine soutenue par les démocrates. La pandémie de Covid-19 a eu pour effet de susciter une montée considérable des vues négatives sur la Chine, chez les républicains comme chez les démocrates, qui tendent à concilier de plus en plus leurs vues. Depuis la fin de l’administration Trump, les positions des élus républicains et démocrates ont eu tendance à converger de plus en plus, se rejoignant sur la menace que pose la Chine sur l’économie américaine ainsi que comme promotion d’un modèle alternatif. Mitt Romney, présent pour le discours de Blinken, s’est joint à plusieurs sénateurs démocrates et républicains dernièrement, demandant à Joe Biden de maintenir les tarifs douaniers mis en place par l’administration Trump, arguant qu’ils ne contribuaient pas à l’inflation3. Le maintien d’une ligne assez dure vis-à-vis de la Chine par Biden, caractérisée par la reprise de certains éléments de l’administration Trump, a tendance à créer des positions bipartisanes au Congrès sur la politique américaine à adopter vis-à-vis de la Chine, qui n’est toutefois pas exempte de lignes de rupture relevant de logiques de politique intérieure.

Je suis également ravi de voir autant de membres du corps diplomatique, car la diplomatie est l’outil indispensable pour façonner notre avenir commun.

Au cours des deux dernières années, nous nous sommes réunis pour lutter contre la pandémie de Covid-19 et nous préparer aux futures urgences sanitaires mondiales, pour nous remettre des chocs économiques, des perturbations des chaînes d’approvisionnement aux crises de la dette, pour nous attaquer au changement climatique et pour réimaginer un avenir énergétique plus propre, plus sûr et plus abordable.

Le dénominateur commun de ces efforts est le simple fait qu’aucun d’entre nous ne peut relever ces défis seul. Nous devons les relever ensemble.

C’est pourquoi nous avons remis la diplomatie au centre de la politique étrangère américaine, pour nous aider à réaliser l’avenir que les Américains et les peuples du monde entier recherchent. Un avenir où la technologie est utilisée pour aider la population et non pas lui nuire ; où le commerce et les échanges soutiennent les travailleurs, augmentent les revenus, créent des opportunités ; où les droits de l’homme universels sont respectés ; où les pays sont à l’abri de la coercition et de l’agression et où les personnes, les idées, les biens et les capitaux circulent librement ; où les nations peuvent à la fois forger leurs propres voies et travailler ensemble efficacement pour une cause commune.

Pour construire cet avenir, nous devons défendre et réformer l’ordre international fondé sur des règles. Le système de lois, d’accords, de principes et d’institutions que le monde s’est uni pour construire après les deux guerres mondiales afin de gérer les relations entre les États, de prévenir les conflits et de faire respecter les droits de tous les peuples.

Ses documents fondateurs comprennent la Charte des Nations unies et la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui consacrent des concepts tels que l’autodétermination, la souveraineté et le règlement pacifique des différends. Ce ne sont pas des constructions occidentales. Ils sont le reflet des aspirations communes du monde.

Au cours des décennies qui ont suivi, malgré des défis de taille et malgré l’écart entre nos idéaux et certains des résultats que nous avons obtenus, les pays du monde ont évité une autre guerre mondiale et un conflit armé entre puissances nucléaires. Nous avons construit une économie mondiale qui a permis à des milliards de personnes de sortir de la pauvreté. Nous avons fait progresser les droits de l’homme comme jamais auparavant.

Aujourd’hui, alors que nous nous tournons vers l’avenir, nous voulons non seulement maintenir l’ordre international qui a rendu possible une grande partie de ces progrès, mais également le moderniser. Ainsi, nous souhaitons nous assurer qu’il représente les intérêts, les valeurs et les espoirs de toutes les nations, grandes et petites, de toutes les régions et, en outre, qu’il peut relever les défis auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui et auxquels nous serons confrontés à l’avenir, dont beaucoup dépassent ce que le monde aurait pu imaginer il y a sept décennies.

Mais cette issue n’est pas garantie, car les fondements de l’ordre international sont remis en question de manière sérieuse et durable.

Le président russe Vladimir Poutine représente une menace réelle. En attaquant l’Ukraine il y a trois mois, il a également attaqué les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale, inscrits dans la Charte des Nations unies, pour protéger tous les pays contre la conquête ou la contrainte. C’est pourquoi tant de pays se sont unis pour s’opposer à cette agression, car ils y voient une attaque directe contre les fondements de leur propre paix et de leur sécurité.

Après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février dernier, nous analysions les réactions internationales à cette dernière en proposant une série de cartes qui permettait de voir se dessiner une nouvelle forme de rupture mondiale. Marquée par une nouvelle séparation Nord-Sud qui reprend sans toutefois se superposer parfaitement avec les logiques de Guerre Froide, cette « nouvelle cartographie » mondiale laissait également apparaître clairement une zone d’influence continentale chinoise et russe qui, bien qu’en ne soutenant pas — pour la plupart d’entre eux — l’invasion russe, était marquée par une absence de condamnation.

L’Ukraine se bat vaillamment pour défendre son peuple et son indépendance avec l’aide sans précédent des États-Unis et des pays du monde entier. Et bien que la guerre ne soit pas terminée, le président Poutine n’a pas réussi à atteindre un seul de ses objectifs stratégiques. Au lieu d’effacer l’indépendance de l’Ukraine, il l’a renforcée. Au lieu de diviser l’OTAN, il l’a unie. Au lieu d’affirmer la force de la Russie, il l’a sapée. Et au lieu d’affaiblir l’ordre international, il a rassemblé les pays pour le défendre.

Alors même que la guerre du président Poutine se poursuit, nous resterons concentrés sur le défi à long terme le plus grave pour l’ordre international, à savoir celui que pose la République populaire de Chine.

La Chine est le seul pays qui a à la fois l’intention de remodeler l’ordre international et qui dispose de plus en plus de la puissance économique, diplomatique, militaire et technologique pour le faire. La vision de Pékin nous éloignerait des valeurs universelles qui ont soutenu une grande partie des progrès du monde au cours des 75 dernières années.

La Chine fait également partie intégrante de l’économie mondiale et de notre capacité à résoudre des problèmes allant du climat au Covid. En d’autres termes, les États-Unis et la Chine doivent composer l’un avec l’autre dans un futur proche.

C’est pourquoi il s’agit de l’une des relations les plus complexes et les plus importantes du monde actuel.

Au cours de l’année dernière, l’administration Biden a élaboré et mis en œuvre une stratégie globale visant à exploiter nos forces nationales et notre réseau inégalé d’alliés et de partenaires pour réaliser l’avenir que nous recherchons.

La « stratégie globale » de l’administration Biden reste encore à définir et à implémenter. Bien qu’ayant publié un document intitulé Interim National Security Strategic Guidance en mars 20214, la Maison-Blanche n’a toujours pas envoyé au Congrès sa National Security Strategy — un document stratégique assez large définissant les priorités de l’administration en matière de politique étrangère. 

Nous ne recherchons pas un conflit ou une nouvelle guerre froide. Au contraire, nous sommes déterminés à éviter les deux.

Nous ne cherchons pas à empêcher la Chine de jouer son rôle de grande puissance, ni à l’empêcher — ou tout autre pays d’ailleurs — de développer son économie ou de faire progresser les intérêts de son peuple.

Mais nous défendrons et renforcerons le droit international, les accords, les principes et les institutions qui maintiennent la paix et la sécurité, protègent les droits des individus et des nations souveraines, et permettent à tous les pays — y compris les États-Unis et la Chine — de coexister et de coopérer.

La Chine d’aujourd’hui est très différente de celle d’il y a 50 ans, lorsque le président Nixon a rompu des décennies de relations tendues pour devenir le premier président américain à visiter le pays.

À l’époque, la Chine était isolée et luttait contre une pauvreté et une faim généralisées.

Aujourd’hui, la Chine est une puissance mondiale avec une portée, une influence et une ambition extraordinaires. C’est la deuxième plus grande économie, avec des villes et des réseaux de transport public de classe mondiale. Elle abrite certaines des plus grandes entreprises technologiques du monde et cherche à dominer les technologies et les industries du futur. Elle a rapidement modernisé son armée et entend devenir une force de combat de premier plan à vocation mondiale. Elle a annoncé son ambition de créer une sphère d’influence dans la région Indo-Pacifique et de devenir la première puissance mondiale.

La transformation de la Chine est due au talent, à l’ingéniosité et au travail acharné du peuple chinois. Elle a également été rendue possible par la stabilité et les opportunités qu’offre l’ordre international. On peut dire qu’aucun pays sur Terre n’en a autant profité que la Chine.

Mais plutôt que d’utiliser son pouvoir pour renforcer et revitaliser les lois, les accords, les principes et les institutions qui ont permis son succès, afin que d’autres pays puissent également en bénéficier, Pékin les sape. Sous la présidence de Xi Jinping, le Parti communiste chinois au pouvoir est devenu plus répressif à l’intérieur et plus agressif à l’extérieur.

Nous le voyons dans la façon dont Pékin a perfectionné la surveillance de masse en Chine et a exporté cette technologie dans plus de 80 pays ; dans la façon dont le pays avance des revendications maritimes illégales en mer de Chine méridionale, sapant la paix et la sécurité, la liberté de navigation et le commerce ; dans la façon dont il contourne ou enfreint les règles commerciales, nuisant aux travailleurs et aux entreprises aux États-Unis mais aussi dans le monde entier ; et dans la façon dont il prétend défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale tout en se tenant aux côtés de gouvernements qui les violent effrontément.

Alors même que la Russie se mobilisait clairement pour envahir l’Ukraine, le président Xi Jinping et le président Poutine ont déclaré que l’amitié entre leurs pays était — je cite — « sans limites ». Cette semaine encore, alors que le président Biden était en visite au Japon, la Chine et la Russie ont effectué ensemble une patrouille de bombardiers stratégiques dans la région.

La semaine dernière, Joe Biden était en déplacement en Asie pour la première fois depuis son arrivée à la Maison-Blanche en janvier 2021. Alors que les regards étaient rivés sur l’Ukraine, Biden a fait le déplacement pour envoyer « un message d’une vision positive de ce à quoi le monde pourrait ressembler si les démocraties et les sociétés ouvertes du monde s’unissent pour façonner les règles ». Pour la première fois depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, la Chine et la Russie ont profité de cette opportunité pour mener un exercice conjoint consistant à faire voler des bombardiers des deux pays au-dessus de la mer du Japon durant le Sommet du Quad qui s’est tenu à Tokyo mardi dernier. La manœuvre était évidemment destinée à envoyer un message aux Etats-Unis et à l’Occident d’une manière plus large

La défense par Pékin de la guerre menée par le président Poutine pour effacer la souveraineté de l’Ukraine et s’assurer une sphère d’influence en Europe devrait tirer la sonnette d’alarme pour tous ceux d’entre nous qui vivent dans la région Indo-Pacifique.

Pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, nous vivons un moment crucial et décisif pour le monde. Et dans des moments comme celui-ci, la diplomatie est vitale. C’est ainsi que nous pouvons exprimer clairement nos profondes préoccupations, mieux comprendre le point de vue de l’autre et ne pas douter de ses intentions. Nous sommes prêts à accroître notre communication directe avec Pékin sur toute une série de questions, et nous espérons que cela pourra se faire.

Cependant, nous ne pouvons pas compter sur Pékin pour changer sa trajectoire. Nous allons donc façonner l’environnement stratégique autour de Pékin pour faire avancer notre vision d’un système international ouvert et inclusif.

Le président Biden est convaincu que cette décennie sera décisive. Les mesures que nous prendrons chez nous et avec les pays du monde entier détermineront si notre vision commune de l’avenir se réalisera.

Pour réussir au cours de cette décennie décisive, la stratégie de l’administration Biden peut se résumer en trois mots : « investir, aligner, concourir ».

Nous allons investir dans les fondements de notre force ici, chez nous — notre compétitivité, notre innovation, notre démocratie.

Nous alignerons nos efforts sur ceux de notre réseau d’alliés et de partenaires, en agissant dans un but commun et pour une cause commune.

Et en exploitant ces deux atouts clés, nous rivaliserons avec la Chine pour défendre nos intérêts et construire notre vision de l’avenir.

Nous relevons ce défi avec confiance. Notre pays est doté de nombreux atouts. Nous avons des voisins pacifiques, une population diversifiée et en pleine croissance, des ressources abondantes, la monnaie de référence des réserves de change mondial, l’armée la plus puissante de la planète et une culture florissante de l’innovation et de l’esprit d’entreprise qui, par exemple, a produit de multiples vaccins efficaces protégeant aujourd’hui la population mondiale contre le Covid-19. 

Notre société ouverte, à son meilleur, attire les flux de talents et d’investissements et possède une capacité de réinvention éprouvée, ancrée dans notre démocratie, qui nous permet de relever tous les défis auxquels nous sommes confrontés.

Tout d’abord, l’investissement dans nos forces.

Après la Seconde Guerre mondiale, alors que nous et nos partenaires construisions l’ordre fondé sur des règles, notre gouvernement fédéral faisait également des investissements stratégiques dans la recherche scientifique, l’éducation, les infrastructures, notre main-d’œuvre, créant ainsi des millions d’emplois de classe moyenne et des décennies de prospérité et de leadership technologique. Mais nous avons considéré ces fondations comme acquises. Il est donc temps de revenir à l’essentiel.

L’administration Biden réalise des investissements de grande envergure dans les sources essentielles de notre force nationale — en commençant par une stratégie industrielle moderne visant à soutenir et à étendre notre influence économique et technologique, à rendre notre économie et nos chaînes d’approvisionnement plus résilientes, à aiguiser notre avantage concurrentiel.

L’année dernière, le président Biden a promulgué la loi relative au plus grand investissement en infrastructures de notre histoire : il s’agit de moderniser nos autoroutes, nos ports, nos aéroports, nos chemins de fer et nos ponts, afin d’accélérer la mise sur le marché des marchandises et de stimuler notre productivité, d’étendre l’Internet à haut débit à tous les coins du pays et d’attirer davantage d’entreprises et d’emplois dans davantage de régions des États-Unis.

La loi sur les infrastructures, ratifiée en novembre 2021 par Biden, répond aux larges besoins américains en matière de renouvellement et de modernisation des infrastructures déjà existantes qui, depuis le National Interstate and Defense Highways Act de 1956 — qui a permis la création du système d’autoroutes interétatiques aux Etats-Unis — n’avaient jamais fait l’objet d’un plan de cette envergure.

Nous faisons des investissements stratégiques dans l’éducation et la formation des travailleurs, afin que les travailleurs américains — les meilleurs du monde — puissent concevoir, construire et exploiter les technologies du futur.

Parce que notre stratégie industrielle est centrée sur la technologie, nous voulons investir dans la recherche, le développement et la fabrication avancée. Il y a 60 ans, notre gouvernement dépensait plus de deux fois plus pour la recherche en pourcentage de notre économie qu’aujourd’hui — des investissements qui, à leur tour, ont catalysé l’innovation du secteur privé. C’est ainsi que nous avons gagné la course à l’espace, inventé le semi-conducteur, construit l’Internet. Nous étions autrefois les premiers au monde en matière de R&D par rapport à notre PIB — nous sommes maintenant au neuvième rang. Pendant ce temps, la Chine est passée de la huitième à la deuxième place.

Avec le soutien bipartisan du Congrès, nous allons inverser ces tendances et réaliser des investissements historiques dans la recherche et l’innovation, notamment dans des domaines tels que l’intelligence artificielle, la biotechnologie et l’informatique quantique. Ce sont des domaines dans lesquels Pékin est déterminé à prendre la tête — mais étant donné les avantages de l’Amérique, la compétition est à notre portée non seulement en termes de développement de nouvelles technologies, mais aussi en ce qui concerne la manière dont elles sont utilisées dans le monde, afin qu’elles soient ancrées dans des valeurs démocratiques et non autoritaires.

Les dirigeants — le sénateur Romney et d’autres —, la Chambre et le Sénat ont adopté des projets de loi pour soutenir ce programme, y compris des milliards pour produire des semi-conducteurs ici et pour renforcer d’autres chaînes d’approvisionnement essentielles. Il faut maintenant que le Congrès envoie la loi au président pour qu’il la signe.

Le CHIPS (Creating Helpful Incentives to Produce Semiconductors) for America Act, dont le texte a été voté en janvier 2021, est toujours bloqué au Congrès où les deux chambres peinent à se mettre d’accord sur un texte commun. Cet projet de loi vise à allouer des fonds à l’élaboration de programmes permettant la construction ou la modernisation d’usines de fabrication de semi-conducteurs aux États-Unis. Selon un document du Service de recherche du Congrès, la part des États-Unis dans la production mondiale de semi-conducteurs s’est effondrée au cours des trente dernières années, passant de 40 % en 1990 à environ 12 % en 20205.

Nous pouvons y arriver, et cela ne peut pas attendre. Les chaînes d’approvisionnement sont en mouvement maintenant, et si nous ne les attirons pas ici, elles seront établies ailleurs. Comme l’a dit le président Biden, le Parti communiste chinois fait pression contre cette législation car il n’y a pas de meilleur moyen d’améliorer notre position et notre influence dans le monde que de réaliser notre renouveau national. Ces investissements ne rendront pas seulement l’Amérique plus forte, ils feront aussi de nous un partenaire et un allié plus fort.

L’un des aspects les plus puissants, voire magiques, des États-Unis est que nous sommes depuis longtemps une destination pour les personnes talentueuses et motivées de tous les coins de la planète. Cela inclut des millions d’étudiants chinois qui ont enrichi nos communautés et forgé des liens à vie avec les Américains. L’année dernière, malgré la pandémie, nous avons délivré plus de 100 000 visas à des étudiants chinois en seulement quatre mois — le taux le plus élevé jamais enregistré. Nous sommes ravis qu’ils aient choisi d’étudier aux États-Unis, nous avons de la chance de les avoir.

Et nous avons de la chance lorsque les meilleurs talents mondiaux non seulement étudient ici mais y restent — comme l’ont fait ces dernières années plus de 80 % des étudiants chinois qui poursuivent des doctorats en sciences et en technologie aux États-Unis. Ils contribuent à stimuler l’innovation chez nous, ce qui profite à tous. Nous pouvons rester vigilants quant à notre sécurité nationale sans fermer nos portes.

Notre histoire nous a également appris que lorsque nous gérons une relation difficile avec un autre gouvernement, les personnes originaires de ce pays ou ayant cette origine peuvent avoir l’impression qu’elles n’ont pas leur place ici — ou qu’elles sont nos adversaires. Rien ne saurait être plus éloigné de la vérité. Les Américains d’origine chinoise ont apporté une contribution inestimable à notre pays, et ce depuis des générations. Maltraiter une personne d’origine chinoise va à l’encontre de tout ce que nous représentons en tant que pays — qu’il s’agisse d’un ressortissant chinois en visite ou vivant ici, d’un Américain d’origine chinoise ou de tout autre Américain d’origine asiatique dont les droits dans ce pays sont égaux à ceux de tout autre. Le racisme et la haine n’ont pas leur place dans une nation construite par des générations d’immigrants pour tenir la promesse d’une opportunité pour tous.

Depuis une trentaine d’années, les étudiants chinois représentent une importante manne financière pour les universités américaines, particulièrement sur la côte ouest. Le discours de Blinken fait écho au racisme latent qui existe aux États-Unis à l’encontre des émigrés asiatiques, qui a particulièrement resurgi durant la pandémie de Covid-19. Dès la fin du XIXe siècle, le Chinese Exclusion Act de 1882 interdisait la migration de travailleurs chinois sur le territoire américain. Pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est les populations japonaises vivant aux États-Unis qui furent visées par des campagnes de dénigrement et de suspicion d’espionnage après l’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941, aboutissant pour plus de 100 000 d’entre eux à l’internement dans des camps de concentration.

Nous avons de profondes différences avec le Parti communiste chinois et le gouvernement chinois, mais ces différences sont entre les gouvernements et les systèmes politiques — pas entre nos peuples. Le peuple américain a un grand respect pour le peuple chinois. Nous respectons leurs réalisations, leur histoire, leur culture. Nous apprécions profondément les liens de famille et d’amitié qui nous unissent, et nous souhaitons sincèrement que nos gouvernements travaillent ensemble sur des questions qui ont de l’importance pour leur vie et pour la vie des Américains, et par conséquent pour la vie de la population mondiale.

Il existe une autre source fondamentale de force nationale sur laquelle nous nous appuierons au cours de cette décennie décisive : notre démocratie.

Il y a cent ans, si l’on nous demandait ce qui constitue la richesse d’une nation, nous aurions pu citer l’étendue de nos terres, la taille de notre population, la force de notre armée, l’abondance de nos ressources naturelles. Heureusement, nous sommes toujours riches de tous ces attributs. Mais plus que jamais, en ce XXIe siècle, la véritable richesse d’une nation se trouve dans son peuple — ses ressources humaines — et dans sa capacité à libérer son plein potentiel.

Nous y parvenons grâce à notre système démocratique. Nous débattons, nous argumentons, nous ne sommes pas d’accord, nous nous défions les uns des autres, y compris nos dirigeants élus. Nous abordons nos lacunes ouvertement ; nous ne faisons pas semblant qu’elles n’existent pas ou nous ne les balayons pas sous le tapis. Et même si le progrès peut être douloureusement lent, difficile et laid, dans l’ensemble, nous travaillons constamment à l’avènement d’une société où les personnes de tous horizons peuvent s’épanouir, guidés par des valeurs nationales qui nous unissent, nous motivent et nous élèvent.

Nous ne sommes pas parfaits. Néanmoins, nous nous efforçons toujours d’être — pour reprendre les termes de notre Constitution — une union plus parfaite. Notre démocratie est conçue pour y parvenir.

Voici ce que le peuple américain et le modèle américain offrent, et c’est l’un des atouts les plus puissants dans cette compétition.

Pékin croit que son modèle est le meilleur, qu’un système centralisé dirigé par le parti est plus efficace, moins désordonné et finalement supérieur à la démocratie. Nous ne cherchons pas à transformer le système politique chinois. Notre tâche consiste à prouver une fois de plus que la démocratie peut relever les défis urgents, créer des opportunités, faire progresser la dignité humaine ; que l’avenir appartient à ceux qui croient en la liberté et que tous les pays seront libres de tracer leur propre chemin sans contrainte.

Le deuxième élément de notre stratégie consiste à nous aligner sur nos alliés et partenaires afin de promouvoir une vision commune de l’avenir.

Dès le premier jour, l’administration Biden s’est efforcée de redynamiser le réseau inégalé d’alliances et de partenariats des États-Unis et de se réengager dans les institutions internationales. Nous encourageons nos partenaires à travailler les uns avec les autres par le biais d’organisations régionales et mondiales. Nous mettons en place de nouvelles coalitions pour répondre aux besoins de notre peuple et aux défis du siècle à venir.

Cela n’est nulle part plus vrai que dans la région Indo-Pacifique où nos relations, y compris nos alliances conventionnelles, sont parmi les plus solides au monde.

Les États-Unis partagent la vision des pays et des peuples de la région : celle d’un Indo-Pacifique libre et ouvert, où les règles sont élaborées de manière transparente et appliquées équitablement, où les pays sont libres de prendre leurs propres décisions souveraines et où les biens, les idées et les personnes circulent librement sur terre, dans le ciel, dans le cyberespace et en haute mer, et où la gouvernance est à l’écoute des populations.

Le président Biden a renforcé ces priorités cette semaine lors de son voyage dans la région, où il a réaffirmé nos alliances vitales en matière de sécurité avec la Corée du Sud et le Japon et a approfondi notre coopération économique et technologique avec ces deux pays.

Il a lancé le cadre économique Indo-Pacifique pour la prospérité, une initiative inédite pour la région. Elle permettra, selon les termes du président, « d’aider les économies de tous nos pays à croître plus rapidement et plus équitablement ». L’IPEF, comme nous l’appelons, renouvelle le leadership économique américain mais l’adapte au XXIe siècle en abordant des questions de pointe comme l’économie numérique, les chaînes d’approvisionnement, les énergies propres, les infrastructures et la corruption. Une douzaine de pays, dont l’Inde, ont déjà adhéré. Ensemble, les membres de l’IPEF représentent plus d’un tiers de l’économie mondiale.

Le président a également pris part au sommet des dirigeants des pays du Quad : Australie, Japon, Inde, États-Unis. Le Quad ne s’était jamais réuni au niveau des dirigeants avant l’entrée en fonction du président Biden. Depuis qu’il a convoqué la première réunion des dirigeants l’année dernière, le Quad a tenu quatre sommets Il est devenu un groupe régional de premier plan. Cette semaine, il a lancé un nouveau partenariat Indo-Pacifique pour la connaissance du domaine maritime afin que nos partenaires de la région puissent mieux surveiller les eaux proches de leurs côtes pour lutter contre la pêche illégale et protéger leurs droits maritimes et leur souveraineté.

Durant le sommet du Quad de la semaine dernière, l’Inde, les États-Unis et l’Australie se sont accordés sur un système commun pour surveiller le trafic maritime régional. Ce dispositif vise en particulier à contrôler l’action de la Chine, qui tente de multiplier les accords sécuritaires avec des petites îles du Pacifique. En avril dernier, les îles Salomon signaient un premier pacte de ce type avec Pékin. Selon des sources américaines, la Chine serait actuellement en négociations avec les Kiribati — trois archipels situés à seulement 3000 kilomètres d’Hawaï, où le Commandement américain de l’Indo-Pacifique est basé — et une autre île du Pacifique. Ces accords pourraient permettre à la Chine d’envoyer des troupes dans ces îles, voire d’y installer une base militaire. En parallèle, après que Donald Trump ait retiré les États-Unis du traité de libre-échange transpacifique (TPP) en 2017 — accord négocié et signé par l’administration Obama —, Joe Biden cherche à engager une douzaine de pays asiatique dans un nouvel accord (qui réunirait 40 % de l’économie mondiale) censé rivaliser avec le RCEP chinois. 

Nous revigorons notre partenariat avec l’ASEAN. Au début du mois, nous avons organisé le sommet États-Unis-ASEAN afin de nous attaquer ensemble à des problèmes urgents tels que la santé publique et la crise climatique. Cette semaine, sept pays de l’ASEAN sont devenus membres fondateurs du cadre économique indo-pacifique, et nous construisons des ponts entre nos partenaires indo-pacifiques et européens, notamment en invitant des alliés asiatiques au sommet de l’OTAN à Madrid le mois prochain.

Nous renforçons la paix et la stabilité dans la région Indo-Pacifique, par exemple avec le nouveau partenariat de sécurité entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis, connu sous le nom d’AUKUS.

Nous aidons également les pays de la région et du monde entier à vaincre le Covid-19. À ce jour, les États-Unis ont fourni près de 20 milliards de dollars dans le cadre de la lutte mondiale contre la pandémie. Cela inclut plus de 540 millions de doses de vaccins sûrs et efficaces donnés — et non vendus — sans conditions politiques, en vue d’atteindre 1,2 milliard de doses dans le monde. Et nous coordonnons avec un groupe de 19 pays un plan d’action mondial visant à distribuer des vaccins.

Grâce à toute cette diplomatie, nous sommes davantage en phase avec nos partenaires de la région Indo-Pacifique et nous travaillons de manière plus coordonnée à la réalisation de nos objectifs communs.

Nous avons également approfondi notre alignement de l’autre côté de l’Atlantique. L’année dernière, nous avons lancé le Conseil américano-européen du commerce et de la technologie, qui rassemble le poids combiné de près de 50 % du PIB mondial. La semaine dernière, je me suis joint à la secrétaire d’État Raimondo, à l’ambassadeur Tai et à nos homologues de la Commission européenne pour notre deuxième réunion afin de travailler ensemble sur les nouvelles normes technologiques, de coordonner l’examen des investissements et le contrôle des exportations, de renforcer les chaînes d’approvisionnement, de stimuler les technologies vertes et d’améliorer la sécurité alimentaire et l’infrastructure numérique dans les pays en développement.

Le Tech and Trade Council (TTC) a tenu sa deuxième réunion le 15 mai dernier, à Saclay, après l’organisation du premier sommet à Pittsburgh en septembre 2021 qui a acté la création de 10 groupes de travail, autour de 9 thématiques allant de la standardisation technologique à l’inclusion numérique en passant par le commerce international de technologies. Pour autant, peu de décisions majeures ont été prises à l’issue de la rencontre, même si celle-ci a permis de renforcer le dialogue atlantique sur ce sujet où de nombreux objectifs sont communs, notamment en opposition aux pratiques chinoises.

Entre-temps, nos partenaires européens et nous-mêmes avons mis de côté 17 années de litiges concernant les aéronefs ; désormais, au lieu de nous disputer, nous nous efforçons de garantir des conditions de concurrence équitables pour nos entreprises et nos travailleurs dans ce secteur.

De même, nous avons travaillé avec l’Union européenne et d’autres parties pour résoudre un différend sur les importations d’acier et d’aluminium, et maintenant nous nous rassemblons autour d’une vision commune sur des normes climatiques plus élevées et la protection de nos travailleurs et de nos industries contre les efforts délibérés de Pékin pour fausser le marché à son avantage.

Nous nous associons à l’Union européenne pour protéger la vie privée de nos citoyens tout en renforçant une économie numérique partagée qui dépend de vastes flux de données.

Avec le G20, nous avons conclu un accord historique sur un impôt minimum mondial pour mettre fin au nivellement vers le bas, faire en sorte que les grandes entreprises paient leur juste part et donner aux pays encore plus de ressources pour investir dans leur population. Plus de 130 pays ont signé cet accord à ce jour.

Avec nos partenaires du G7, nous poursuivons une approche coordonnée, de haut niveau et transparente pour répondre aux énormes besoins en infrastructures des pays en développement.

Nous avons convoqué des sommets mondiaux pour vaincre le Covid-19 et renouveler la démocratie mondiale, et nous avons rejoint le Conseil des droits de l’homme des Nations unies et l’OMS.

Et à un moment de grande épreuve, nous avons, avec nos alliés, redynamisé l’OTAN, qui est maintenant plus forte que jamais.

Toutes ces actions visent à défendre et, si nécessaire, à réformer l’ordre fondé sur des règles qui devrait profiter à toutes les nations. Nous voulons mener une course vers le sommet en matière de technologie, de climat, d’infrastructures, de santé mondiale et de croissance économique inclusive. Et nous voulons renforcer un système dans lequel autant de pays que possible peuvent se réunir pour coopérer efficacement, résoudre pacifiquement leurs différends et écrire leur propre avenir en tant qu’égaux souverains.

Notre diplomatie est fondée sur le partenariat et le respect des intérêts de chacun. Nous ne nous attendons pas à ce que tous les pays aient exactement la même évaluation de la Chine que nous. Nous savons que de nombreux pays — y compris le notre — entretiennent avec la Chine des liens économiques ou interpersonnels essentiels qu’ils souhaitent préserver. Il ne s’agit pas de forcer les pays à choisir. Il s’agit de leur donner le choix, afin que, par exemple, la seule option ne soit pas un investissement opaque qui laisse les pays endettés, alimente la corruption, nuit à l’environnement, ne crée pas d’emplois locaux ou de croissance et compromet l’exercice de la souveraineté des pays. Nous avons entendu parler de première main des remords de l’acheteur que ces transactions peuvent laisser derrière elles.

À chaque étape, nous consultons nos partenaires, nous les écoutons, nous prenons leurs préoccupations à cœur et nous élaborons des solutions qui répondent à leurs défis et priorités uniques.

Il existe une convergence croissante sur la nécessité d’aborder les relations avec Pékin avec plus de réalisme. Nombre de nos partenaires savent déjà, par expérience douloureuse, comment Pékin peut s’en prendre durement à eux lorsqu’ils font des choix qui lui déplaisent. Comme au printemps dernier, lorsque Pékin a interdit aux étudiants et aux touristes chinois de se rendre en Australie et a imposé des droits de douane de 80 % sur les exportations d’orge australienne, parce que le gouvernement australien avait demandé une enquête indépendante sur l’origine du Covid. Ou encore en novembre dernier, lorsque des navires des garde-côtes chinois ont utilisé des canons à eau pour empêcher le réapprovisionnement d’un navire de la marine philippine en mer de Chine méridionale. Des actions comme celles-ci rappellent au monde comment Pékin peut riposter à une opposition perçue.

Il existe un autre domaine d’alignement que nous partageons avec nos alliés et partenaires : les droits de l’homme.

Les États-Unis se tiennent aux côtés des pays et des peuples du monde entier contre le génocide et les crimes contre l’humanité qui se produisent dans la région du Xinjiang, où plus d’un million de personnes ont été placées dans des camps de détention en raison de leur identité ethnique et religieuse.

Nous sommes solidaires du Tibet, où les autorités continuent de mener une campagne brutale contre les Tibétains et leur culture, leur langue et leurs traditions religieuses, et à Hong Kong, où le Parti communiste chinois a imposé de sévères mesures antidémocratiques sous couvert de sécurité nationale.

De la même manière que pour Taïwan, le Tibet est l’un des points de tension qui cristallise la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis. À l’occasion d’une visite en Inde en juillet dernier, Antony Blinken avait rencontré à New Delhi le représentant de l’Administration centrale tibétaine (le gouvernement tibétain étant en exil depuis 1959), Ngodup Dongcheng, signe d’une reprise de contact entre l’administration américaine et le gouvernement tibétain qui avait été délaissé durant le mandat de Donald Trump — la dernière rencontre entre Barack Obama et le Dalaï Lama remontait à 2016. Aussi, en novembre dernier, l’ancien président du gouvernement tibétain en exil, Lobsang Sangay, s’était rendu à la Maison-Blanche — une première en 60 ans pour un représentant du pays. Depuis 2002, le Département d’État dispose d’un bureau dédié à « promouvoir un dialogue constructif entre la République populaire de Chine (RPC) et Sa Sainteté le Dalaï Lama ou ses représentants sur l’autonomie du Tibet », dirigé par un Coordinateur spécial pour les questions tibétaines.

Aujourd’hui, Pékin insiste sur le fait qu’il s’agit en quelque sorte de questions internes que les autres n’ont pas le droit de soulever. C’est faux. Le traitement qu’il réserve aux minorités ethniques et religieuses du Xinjiang et du Tibet, ainsi que de nombreuses autres actions, vont à l’encontre des principes fondamentaux de la Charte des Nations unies que Pékin cite constamment et de la Déclaration universelle des droits de l’homme à laquelle tous les pays sont censés adhérer.

En réprimant la liberté à Hong Kong, Pékin viole ses engagements en matière de rétrocession, inscrits dans un traité déposé auprès des Nations unies.

Nous continuerons à soulever ces questions et à appeler au changement, non pas pour nous opposer à la Chine, mais pour défendre la paix, la sécurité et la dignité humaine.

Cela nous amène au troisième élément de notre stratégie. Grâce à des investissements accrus au niveau national et à un meilleur alignement avec les alliés et les partenaires, nous sommes bien placés pour surpasser la Chine dans des domaines clés.

Par exemple, Pékin veut se placer au centre de l’innovation et de la fabrication mondiales, accroître la dépendance technologique des autres pays puis utiliser cette dépendance pour imposer ses préférences en matière de politique étrangère. Et Pékin se donne beaucoup de mal pour gagner ce concours, par exemple en profitant de l’ouverture de nos économies pour espionner, pirater, voler des technologies et du savoir-faire afin de faire progresser son innovation militaire et de consolider son État de surveillance.

Ainsi, alors que nous nous assurons que la prochaine vague d’innovation est déclenchée par les États-Unis et nos alliés et partenaires, nous nous protégerons également contre les efforts visant à siphonner notre ingéniosité ou à mettre en péril notre sécurité.

Nous affinons nos outils pour préserver notre compétitivité technologique. Il s’agit notamment de contrôles à l’exportation nouveaux et plus stricts pour s’assurer que nos innovations essentielles ne se retrouvent pas entre de mauvaises mains ; de protections accrues pour la recherche universitaire, afin de créer un environnement ouvert, sûr et favorable à la science ; de meilleures cyber défenses ; d’une sécurité renforcée pour les données sensibles ; et de mesures de filtrage des investissements plus pointues pour défendre les entreprises et les pays contre les efforts de Pékin pour accéder à des technologies, des données ou des infrastructures essentielles sensibles, compromettre nos chaînes d’approvisionnement ou dominer des secteurs stratégiques clés.

Nous pensons — et nous attendons du monde des affaires qu’il comprenne — que le prix de l’admission sur le marché chinois ne doit pas être le sacrifice de nos valeurs fondamentales ou de nos avantages concurrentiels et technologiques à long terme. Nous comptons sur les entreprises pour poursuivre la croissance de manière responsable, évaluer les risques avec sobriété et travailler avec nous, non seulement pour protéger mais aussi pour renforcer notre sécurité nationale.

Pendant trop longtemps, les entreprises chinoises ont bénéficié d’un accès bien plus important à nos marchés que nos entreprises en Chine. Par exemple, les Américains qui veulent lire le China Daily ou communiquer via WeChat sont libres de le faire, mais le New York Times et Twitter sont interdits au peuple chinois, à l’exception de ceux qui travaillent pour le gouvernement et qui utilisent ces plateformes pour diffuser de la propagande et de la désinformation. Les entreprises américaines opérant en Chine ont fait l’objet d’un transfert de technologie forcé systématique, alors que les entreprises chinoises en Amérique ont été protégées par notre État de droit. Les cinéastes chinois peuvent librement commercialiser leurs films auprès des propriétaires de salles de cinéma américaines sans aucune censure de la part du gouvernement américain, mais Pékin limite strictement le nombre de films étrangers autorisés sur le marché chinois, et ceux qui sont autorisés sont soumis à une censure politique musclée. Les entreprises chinoises aux États-Unis n’ont pas peur d’utiliser notre système juridique impartial pour défendre leurs droits — en fait, elles sont fréquemment devant les tribunaux pour faire valoir leurs droits contre le gouvernement américain. Il n’en va pas de même pour les entreprises étrangères en Chine.

Prenez par exemple ce qui s’est passé sur le marché de l’acier. Pékin a ordonné un surinvestissement massif des entreprises chinoises, qui ont ensuite inondé le marché mondial d’acier bon marché. Contrairement aux entreprises américaines et à d’autres entreprises axées sur le marché, les entreprises chinoises n’ont pas besoin de faire des bénéfices — il leur suffit d’obtenir une nouvelle injection de crédit de la banque d’État lorsque les fonds viennent à manquer. De plus, elles ne font pas grand-chose pour contrôler la pollution ou protéger les droits de leurs travailleurs, ce qui maintient également les coûts à un bas niveau. En conséquence, la Chine représente aujourd’hui plus de la moitié de la production mondiale d’acier, évinçant du marché les entreprises américaines ainsi que les usines en Inde, au Mexique, en Indonésie, en Europe et ailleurs.

Nous avons vu ce même modèle en ce qui concerne les panneaux solaires, les batteries de voitures électriques — des secteurs clés de l’économie du XXIe siècle que nous ne pouvons pas laisser devenir complètement dépendants de la Chine.

Des manipulations économiques comme celles-ci ont coûté des millions d’emplois aux travailleurs américains. Et elles ont porté préjudice aux travailleurs et aux entreprises de pays du monde entier. Nous nous opposerons aux politiques et pratiques qui faussent le marché, comme les subventions et les barrières d’accès au marché, que le gouvernement chinois utilise depuis des années pour obtenir un avantage concurrentiel. Nous renforcerons la sécurité et la résilience de la chaîne d’approvisionnement en délocalisant la production ou en nous approvisionnant en matériaux dans d’autres pays dans des secteurs sensibles tels que les produits pharmaceutiques et les minéraux essentiels, afin de ne pas dépendre d’un seul fournisseur. Nous ferons front commun avec d’autres pays contre la coercition et l’intimidation économiques. Et nous veillerons à ce que les entreprises américaines ne s’engagent pas dans un commerce qui facilite les violations des droits de l’homme, notamment le travail forcé, ou qui en tire profit.

Dans un rapport du think-tank Carnegie Endowment datant de 2020, le brillant conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan détaillait ce qui allait devenir, avec l’arrivée au pouvoir de Joe Biden en 2021, la foreign policy for the middle class6. Considérant que la politique étrangère devait avant tout bénéficier aux foyers et aux travailleurs américains pour qu’elle puisse devenir un outil efficace de projection d’influence et de puissance, Sullivan défendait l’idée d’organiser la politique étrangère américaine afin que celle-ci puisse avoir des conséquences bénéfiques concrètes sur la vie des américains. Un an plus tôt, Julia Reichert et Steven Bognar présentaient leur documentaire American Factory — qui obtint en 2020 l’Oscar du meilleur film documentaire —, qui montrait l’arrivée d’une entreprise chinoise de fabrication de pare-brises dans la petite ville de Moraine en Ohio, théâtre de l’ère post-industrielle. L’entreprise investissait alors une ancienne usine de General Motors, symbole des jours heureux de la classe moyenne américaine. Au-delà de l’aspect culturel généré par la cohabitation de travailleurs américains et chinois, le documentaire offrait également un support témoignant des effets de la politique étrangère sur le quotidien des classes moyennes américaines. Autrefois reléguées à la télévision ou dans les titres des journaux, elle s’impose désormais dans la vie quotidienne des Américains.

En bref, nous nous battrons pour les travailleurs et l’industrie américaine avec tous les outils dont nous disposons — tout comme nous savons que nos partenaires se battront pour leurs travailleurs.

Les États-Unis ne veulent pas séparer l’économie chinoise de la nôtre ou de l’économie mondiale — bien que Pékin, malgré sa rhétorique, poursuive un découplage asymétrique, cherchant à rendre la Chine moins dépendante du monde et le monde plus dépendant d’elle. Pour notre part, nous souhaitons des échanges et des investissements tant qu’ils sont équitables et ne mettent pas en péril notre sécurité nationale. La Chine dispose de formidables ressources économiques, notamment d’une main-d’œuvre très compétente. Nous sommes convaincus que nos travailleurs et nos entreprises seront en mesure de rivaliser avec succès — et nous saluons cette concurrence — sur un pied d’égalité.

Ainsi, tout en repoussant de manière responsable les pratiques technologiques et économiques déloyales, nous nous efforcerons de maintenir les liens économiques et interpersonnels entre les États-Unis et la Chine, conformément à nos intérêts et à nos valeurs. Pékin n’est peut-être pas disposé à changer son comportement, mais s’il prend des mesures concrètes pour répondre aux préoccupations que nous et de nombreux autres pays avons exprimées, nous répondrons positivement.

La concurrence ne doit pas nécessairement conduire au conflit. Nous ne le recherchons pas. Nous nous efforcerons de l’éviter, mais nous défendrons nos intérêts contre toute menace.

À cette fin, le président Biden a donné instruction au ministère de la Défense de tenir la Chine pour son défi de rythme, afin de s’assurer que notre armée garde une longueur d’avance. Nous chercherons à préserver la paix par une nouvelle approche que nous appelons « dissuasion intégrée » — en faisant appel à des alliés et à des partenaires ; en travaillant dans les domaines conventionnel, nucléaire, spatial et informationnel ; en tirant parti de nos forces renforcées en économie, en technologie et en diplomatie.

L’administration réoriente nos investissements militaires en délaissant les plates-formes conçues pour les conflits du XXe siècle au profit de systèmes asymétriques à plus longue portée, plus difficiles à trouver et plus faciles à déplacer. Nous développons de nouveaux concepts pour guider la conduite de nos opérations militaires, et nous diversifions notre dispositif de forces et notre empreinte mondiale en fortifiant nos réseaux, nos infrastructures civiles essentielles et nos capacités spatiales. Nous aiderons également nos alliés et partenaires de la région à développer leurs propres capacités asymétriques.

Nous continuerons à nous opposer aux activités agressives et illégales de Pékin dans les mers de Chine méridionale et orientale. Il y a près de six ans, un tribunal international a estimé que les revendications de Pékin en mer de Chine méridionale n’avaient aucun fondement juridique international. Nous aiderons les États côtiers de la région à faire respecter leurs droits maritimes. Nous travaillerons avec nos alliés et nos partenaires pour préserver la liberté de navigation et de survol, qui a permis la prospérité de la région pendant des décennies, et nous continuerons à voler et à naviguer partout où le droit international le permet.

En ce qui concerne Taïwan, notre approche a été cohérente à travers les décennies et les administrations. Comme l’a dit le président, notre politique n’a pas changé. Les États-Unis restent attachés à leur politique d’une seule Chine, qui est guidée par la loi sur les relations avec Taiwan, les trois communiqués conjoints et les six assurances. Nous nous opposons à toute modification unilatérale du statu quo de la part de l’une ou l’autre partie ; nous ne soutenons pas l’indépendance de Taïwan ; et nous attendons que les différends entre les deux rives soient résolus par des moyens pacifiques.

Nous continuons à avoir un intérêt constant pour la paix et la stabilité dans le détroit de Taiwan. Nous continuerons à respecter les engagements que nous avons pris en vertu de la loi sur les relations avec Taïwan, à savoir aider Taïwan à maintenir une capacité d’autodéfense suffisante et, comme l’indique la loi sur les relations avec Taïwan, « maintenir notre capacité à résister à tout recours à la force ou à d’autres formes de coercition qui mettraient en danger la sécurité ou le système social ou économique de Taïwan ». Nous entretenons de solides relations non officielles avec Taïwan, une démocratie dynamique et une économie de premier plan dans la région. Nous continuerons à étendre notre coopération avec Taïwan sur nos nombreux intérêts et valeurs partagés, à soutenir la participation significative de Taïwan à la communauté internationale, à approfondir nos liens économiques, conformément à notre politique de « Chine unique ».

En 1979, Jimmy Carter ratifiait le Taiwan Relations Act qui reconnaissait de facto la séparation de l’île avec la République populaire de Chine continentale. Au-delà de l’établissement d’une relation diplomatique, la loi prévoyait également la contribution américaine à la défense de l’île par l’envoi de matériel militaire, principalement défensif. Dans sa tournée en Asie, Joe Biden a déclaré la semaine dernière que les États-Unis défendraient militairement Taïwan si l’île venait à être attaquée par la Chine, mettant fin à une posture américaine qui avait été qualifiée « d’ambiguïté stratégique ». Par la suite, la Maison-Blanche et le Pentagone ont rétropédalé sur l’engagement pris par Joe Biden lors de cette conférence de presse, assurant que la doctrine américaine vis-à-vis de Taïwan restait inchangée.

Si notre politique n’a pas changé, la coercition croissante de Pékin a changé, en tentant de couper les relations de Taïwan avec les pays du monde entier et de l’empêcher de participer aux organisations internationales. Pékin s’est engagé dans une rhétorique et des activités de plus en plus provocatrices, comme le fait de faire voler des avions de l’APL près de Taïwan presque quotidiennement. Ces paroles et ces actions sont profondément déstabilisantes ; elles risquent de provoquer des erreurs de calcul et menacent la paix et la stabilité du détroit de Taïwan. Comme nous l’avons constaté lors des discussions du président avec les alliés et les partenaires de la région Indo-Pacifique, le maintien de la paix et de la stabilité de part et d’autre du détroit n’est pas seulement un intérêt pour les États-Unis ; c’est une question d’intérêt international, essentielle à la sécurité et à la prospérité régionales et mondiales.

Comme le président Biden aime à le dire, le seul conflit pire qu’un conflit voulu est un conflit non voulu. Nous gérerons cette relation de manière responsable afin d’éviter que cela ne se produise. Nous avons donné la priorité à la communication de crise et aux mesures de réduction des risques avec Pékin. Sur cette question — et sur toutes les autres — nous restons engagés à mener une diplomatie intense parallèlement à une concurrence intense.

Même si nous investissons, nous nous alignons et nous nous faisons concurrence, nous collaborerons avec Pékin là où nos intérêts se rejoignent. Nous ne pouvons pas laisser les désaccords qui nous divisent nous empêcher d’avancer sur les priorités qui exigent que nous travaillions ensemble, pour le bien de nos peuples et pour le bien du monde.

Cela commence par le climat. La Chine et les États-Unis ont connu des années d’impasse sur le climat, qui ont bloqué le monde — mais aussi des périodes de progrès, qui l’ont galvanisé. Le canal de diplomatie climatique lancé en 2013 entre la Chine et les États-Unis a déclenché un élan mondial qui a abouti à l’accord de Paris. L’année dernière, lors de la COP26, les espoirs du monde ont été renforcés lorsque les États-Unis et la Chine ont publié notre déclaration commune de Glasgow pour travailler ensemble à la lutte contre les émissions du méthane au charbon.

Le climat n’est pas une question d’idéologie. C’est une question de mathématiques. Il n’y a tout simplement aucun moyen de résoudre le problème du changement climatique sans le leadership de la Chine, qui produit 28 % des émissions mondiales. L’Agence internationale de l’énergie a clairement indiqué que si la Chine s’en tenait à son plan actuel et n’atteignait pas le pic de ses émissions avant 2030, le reste du monde devrait atteindre le niveau zéro d’ici 2035. Et cela n’est tout simplement pas possible.

Aujourd’hui, une vingtaine de nations sont responsables de 80 % des émissions. La Chine est en tête de ces pays, les États-Unis juste derrière. Si nous ne faisons pas tous beaucoup plus, beaucoup plus vite, le coût financier et humain sera catastrophique. En outre, la concurrence en matière d’énergie propre et de politique climatique peut produire des résultats qui profitent à tous.

Les progrès que les États-Unis et la Chine réalisent ensemble — notamment par le biais du groupe de travail établi par la déclaration de Glasgow — sont essentiels pour que nous réussissions à éviter les pires conséquences de cette crise. J’invite la Chine à se joindre à nous pour accélérer le rythme de ces efforts communs.

De même, en ce qui concerne la pandémie de Covid-19, nos destins sont liés. Et nous sommes de tout cœur avec le peuple chinois qui doit faire face à cette dernière vague. Nous avons traversé notre propre épreuve profondément douloureuse avec le Covid, c’est pourquoi nous sommes tellement convaincus que tous les pays doivent travailler ensemble pour vacciner le monde — non pas en échange de faveurs ou de concessions politiques, mais pour la simple raison qu’aucun pays ne sera en sécurité tant que tous ne le seront pas. Et toutes les nations doivent partager de manière transparente les données et les échantillons — et donner accès aux experts — pour les nouvelles variantes et les agents pathogènes émergents et réémergents, afin de prévenir la prochaine pandémie tout en combattant la pandémie actuelle.

Bien que partie de Chine, la pandémie de Covid-19 a eu des conséquences dévastatrices aux États-Unis, mettant en lumière les défaillances du système de santé américain — qui étaient pour la plupart déjà bien connues. Il y a deux semaines, le dépassement du chiffre symbolique d’un million de morts causés par le Covid-19 a suscité un émoi généralisé7. Avec l’arrivée de l’administration Biden, les États-Unis ont joué un rôle moteur dans la distribution de vaccins et de matériel médical dans des pays du monde entier, se posant comme une alternative à la diplomatie sanitaire chinoise. La détection des premiers cas de la variole du singe ainsi que le risque — désormais bien mesuré — de l’apparition de nouvelles pandémies à l’avenir ont fait prendre conscience à l’administration démocrate de la nécessaire coopération avec la Chine en matière de prévention et de recherche scientifique.

En matière de non-prolifération et de contrôle des armements, il est dans notre intérêt à tous de faire respecter les règles, les normes et les traités qui ont permis de réduire la propagation des armes de destruction massive. La Chine et les États-Unis doivent continuer à travailler ensemble, et avec d’autres pays, pour s’attaquer aux programmes nucléaires de l’Iran et de la Corée du Nord. Et nous restons prêts à discuter directement avec Pékin de nos responsabilités respectives en tant que puissances nucléaires.

Pour lutter contre les stupéfiants illégaux et illicites — en particulier les opioïdes synthétiques comme le fentanyl qui a tué plus de 100 000 Américains l’année dernière —, nous voulons travailler avec la Chine pour empêcher les organisations internationales de trafic de drogue d’obtenir des produits chimiques précurseurs, dont beaucoup proviennent de Chine.

Alors qu’une crise alimentaire mondiale menace les populations du monde entier, nous nous tournons vers la Chine — un pays qui a réalisé de grandes choses dans le domaine de l’agriculture — pour qu’elle contribue à une réponse mondiale. La semaine dernière, aux Nations unies, les États-Unis ont convoqué une réunion des ministres des Affaires étrangères pour renforcer la sécurité alimentaire mondiale. Nous avons invité la Chine à s’y joindre. Nous continuerons à le faire.

Et à mesure que l’économie mondiale se remet des ravages de la pandémie, la coordination macroéconomique mondiale entre les États-Unis et la Chine est essentielle — par le biais du G20, du FMI, d’autres instances et, bien sûr, de manière bilatérale. Cela fait partie du territoire des deux plus grandes économies du monde.

En bref, nous nous engagerons de manière constructive avec la Chine chaque fois que nous le pourrons, non pas pour nous rendre service ou pour rendre service à qui que ce soit d’autre, et jamais en échange d’un abandon de nos principes, mais parce que travailler ensemble pour résoudre les grands défis est ce que le monde attend des grandes puissances, et parce que c’est directement dans notre intérêt. Aucun pays ne devrait refuser de progresser sur des questions transnationales existentielles en raison de différences bilatérales.

L’ampleur et la portée du défi posé par la République populaire de Chine mettront la diplomatie américaine à l’épreuve comme nous ne l’avons jamais vu auparavant. Dans le cadre de mon programme de modernisation, je suis déterminé à donner au département d’État et à nos diplomates les outils dont ils ont besoin pour relever ce défi de front. Cela inclut la création d’une Maison de la Chine — une équipe intégrée à l’échelle du Département d’État qui coordonnera et mettra en œuvre notre politique dans tous les domaines et toutes les régions, en collaboration avec le Congrès si nécessaire. Et ici, je dois mentionner une équipe exceptionnelle à notre ambassade à Pékin et dans nos consulats à travers la Chine, dirigée par l’ambassadeur Nick Burns. Ils font un travail exceptionnel tous les jours, et beaucoup d’entre eux ont fait leur travail au cours des dernières semaines pendant ces verrouillages intenses du Covid. Malgré des conditions extrêmes, ils ont persisté. Nous sommes reconnaissants du travail de cette équipe formidable.

Je n’ai jamais été aussi convaincu du pouvoir et des fins de la diplomatie américaine, ni aussi sûr de notre capacité à relever les défis de cette décennie décisive. Au peuple américain : engageons-nous à nouveau à investir dans nos forces essentielles, dans notre peuple, dans notre démocratie, dans notre esprit d’innovation. Comme le dit souvent le président Biden, il n’est jamais bon de parier contre l’Amérique. Mais parions sur nous-mêmes et gagnons la compétition pour l’avenir.

Aux pays du monde entier engagés dans la construction d’un avenir ouvert, sûr et prospère, faisons cause commune pour défendre les principes qui rendent notre progrès commun possible et défendons le droit de chaque nation à écrire son propre avenir. Et au peuple chinois : nous rivaliserons avec confiance ; nous coopérerons partout où nous le pourrons ; nous contesterons là où nous le devrons. Nous ne voyons pas de conflit.

Il n’y a aucune raison pour que nos grandes nations ne puissent pas coexister pacifiquement, partager et contribuer ensemble au progrès humain. C’est à cela que se résume tout ce que j’ai dit aujourd’hui : faire progresser le progrès humain, laisser à nos enfants un monde plus pacifique, plus prospère et plus libre.

Sources
  1. U.S. Department of State, The Administration’s Approach to the People’s Republic of China, 26 mai 2022.
  2. « Réponse en sept points de Wang Wenbin au discours de Blinken sur la Chine », China News, 27 mai 2022.
  3. Rob Portman U.S. Senator for Ohio, Portman, Bipartisan Group of Senators Urge President Biden to Keep Section 301 Tariffs in Place, Enforce Phase One Agreement with China, 25 mai 2022.
  4. Maison-Blanche, Interim National Security Strategic Guidance, mars 2021.
  5. Congressional Research Service, Semiconductors : U.S. Industry, Global Competition, and Federal Policy, 26 octobre 2020.
  6. Carnegie Endowment for International Peace, « U.S. Foreign Policy for the Middle Class », 23 novembre 2020.
  7. Julie Bosman, « The Lost Americans », The New York Times, 14 mai 2022.
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