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Key Points
  • La situation militaire est très disparate selon les différents fronts. L’armée russe fait face à des difficultés au Nord-Est et à Kiev, mais elle continue à avancer lentement dans le Donbass et à Marioupol.
  • Les forces ukrainiennes ont lancé plusieurs contre-offensives victorieuses.
  • Comme la guerre pourrait se prolonger, le moral des troupes sera déterminant pour connaître l’issue de cette guerre.

Situation générale

On observe un ralentissement très net des opérations terrestres russes, supplanté par une campagne de frappes militaires. L’effort russe se porte toujours au Nord du Donbass et à Marioupol. 

Les contre-attaques ukrainiennes se multiplient, en particulier dans la région de Kiev-Ouest. On peut se demander si les forces ukrainiennes ne sont pas en train de prendre l’initiative opérationnelle.

Les rumeurs d’une entrée de la Biélorussie dans la guerre se multiplient de nouveau, mais des rumeurs équivalentes se manifestent sur le refus biélorusse d’entrer officiellement dans cette guerre.

Situations particulières

Kiev et Nord-Est

On assiste à des retranchements russes dans la périphérie Ouest de Kiev, mais aussi au Nord et à l’Est de l’Ukraine. Les Russes font face à un problème : remplacer les attaques directes par un siège d’artillerie afin de « maintenir la capitale à portée de canon ». De son côté, l’armée ukrainienne se bat pour maintenir les Russes au-delà de 25 km du centre de Kiev afin de limiter les frappes d’artillerie russes.

Une contre-attaque ukrainienne d’ampleur semble avoir eu lieu dans la banlieue Ouest de Kiev en direction de Boutcha-Irpin et Mila, mais aussi à l’Ouest de la ville en direction de Kiev sur les axes M-07 et M-06. Deux localités auraient été reconquises.

Une autre contre-attaque ukrainienne au Nord-Ouest de Kiev s’est déroulée le long du Dniepr vers Demydiv (zone de retranchement). D’autres combats sont apparus au Nord-Est aux alentours de Kalynivka  (zone de retranchement) contre la 90e Division motorisée.

Le reste de la situation dans la région Nord-Est reste inchangée. Les forces russes frappent les localités et les forces ukrainiennes harcèlent les troupes russes, en particulier sur la route H-7 qui relie Soumy à Kiev.

Donbass

Des combats se déroulent à Yzium et Severodonestk. La pression des 1er et 2e Corps d’armée sur la « frontière fortifiée » des républiques séparatistes de Donetks et Lougansk augmente, mais les résultats sont peu présents. L’effort russe se porte toujours sur l’armée ukrainienne du Donbass, avec notamment des frappes sur la gare de Pavlohrad, entre Dnipro et le Donbass.

Les frappes sur Marioupol se poursuivent. Du côté ukrainein, les forces de défense sont estimées à 10-12 000 combattants, avec notamment la 38e brigade infanterie navale, régiment Azov (ministère de l’Intérieur) et la 56e brigade motorisée. Il y a néanmoins une lente progression des forces russes vers le centre-ville.

Sud

La 58e Armée est toujours à l’arrêt. Elle dispose de 10-12 GTIA et d’une infanterie navale pour faire face à Mykolayev et Nova Odessa, tenir Kherson et enfin effectuer une reconnaissance offensive vers Kryvyi Rih. Les forces ukrainiennes doivent être du même ordre.

Les villes de la zone occupée, de Kherson à Melitopol, connaissent de nombreuses manifestations. Le maintien de l’ordre est géré par la Garde nationale russe (Rosgvardia).

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Perspectives

Le général Yershov, commandant la 6e armée russe – face à Kharkiv – aurait été limogé. Cinq généraux et trois commandants de régiments ont été tués. La mobilisation des conscrits est effective dans les républiques séparatistes de Donetsk et Lougansk. 

Le journal Komsomolskaïa Pravda a chiffré dans un article en ligne retiré par la suite un bilan des pertes humaines russes à 9 861 morts et 16 153 blessés. De nombreux doutes subsistent néanmoins sur la véracité de ces chiffres – les chiffres de destructions de véhicules, plus faciles à vérifier, semblent fantaisistes. 

Le chiffre à connaître pour connaître l’état des forces russes est celui des prisonniers et son évolution.

La question du moral des troupes

Aller volontairement dans une zone de combat pour éventuellement tuer et se faire tuer n’est pas une chose naturelle. Pour le faire, il faut être blindé de confiance et poussé par de fortes obligations.

La confiance vient du sentiment que l’on peut faire face à la situation. Elle repose d’abord sur la compétence militaire et la compréhension de la situation, la valeur et la maîtrise de son équipement, face à ce que l’on sait de l’ennemi. Elle repose aussi sur les capacités connues des membres de sa cellule tactique – compétence des chefs, solidarité, valeurs individuelles.

Les obligations – tout le corps s’y oppose mais l’esprit nous fait y aller – peuvent venir de la discipline, de la peur de l’arrière – unités barrages du NKVD –, et surtout de l’obligation morale de bien se comporter vis-à-vis de ses camarades – bien que parfois l’esprit de camaraderie n’a pas le temps de se former entre tous les soldats – ou de respecter l’honneur et la culture de son corps d’appartenance.

Si on ajoute une motivation forte, comme la détermination à défendre sa patrie, c’est encore mieux, mais comme dans la pyramide de Maslow, c’est le sommet de la pyramide. S’il n’y a pas la base, le volontaire isolé de bonne volonté, mais sans expérience, sans ami, sans esprit de corps a bien peu de chance de contrôler la transformation qu’impose le combat. Il aura une arme mais plus d’âme.

Cela est valable pour les volontaires néophytes bombardés à Yavoriv, comme pour les réservistes et recrutés russes injectés individuellement dans des unités déjà peu solides. Quand on ne connaît pas les autres, on ne sait pas se battre.