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Key Points
  • Les opérations russes sont saccadées en séquences « pause logistique-offensive-pause logistique »,  « frappes-manœuvre-frappes ». La manœuvre ukrainienne se limite quant à elle à des contre-attaques locales.
  • La méthode russe de la logistique poussée par l’arrière selon plutôt que tirée par la demande de l’avant provoque une inadéquation et un gâchis, et entraîne la nécessité de pauses opérationnelles régulières.
  • Nous sommes en situation de crise de manœuvre, les forces étant insuffisantes de part et d’autre pour obtenir une rupture à court terme. Or pour dépasser une crise, il faut injecter des ressources nouvelles et innover.

Situation générale

Aucune évolution importante n’est à noter dans les dernières vingt-quatre heures. Les opérations russes sont saccadées en séquences « pause logistique-offensive-pause logistique »,  « frappes-manœuvre-frappes ».

Le regroupement de forces dans la région de Kharkiv témoigne de l’effort à venir en direction du Dniepr, avec l’intention d’isoler les forces ukrainiennes de la région du Donbass. La manœuvre ukrainienne se limite quant à elle à des contre-attaques locales.

Dans les airs, on enregistre une activité russe accrue depuis la Biélorussie vers l’Ukraine. Le nombre de frappes air-sol augmente, ainsi que les tirs de missiles sur les villes assiégées et les  infrastructures. La maîtrise du ciel russe est incomplète, laissant des espaces de manœuvre aérienne encore disponibles.

En mer, la destruction de l’aéroport de Vinnytsia a été réalisée par des frappes de missiles venant de la flotte de la mer Noire, via la Transnistrie.

Zone Ouest

La situation à l’Ouest reste inchangée malgré des frappes dans la région centrale. Cela pourrait être l’indice d’une attaque prochaine depuis le nord par la 38e Armée

Zone de Kiev

La manœuvre russe d’encerclement de la capitale ukrainienne se poursuit : la 36e Armée gagne peu de terrain, la 20e progresse vers l’Est tandis que la 41e est toujours bloquée à Chernihiv. 

Zone Est

Dans le Centre-Est du pays, les forces sont toujours concentrées autour de Kharkiv avec l’objectif d’attaquer la ville et/ou le centre (Poltova). Au Sud-Est, la pression sur Marioupol se poursuit pour l’instant sans assaut. Peut-être l’objectif est-il de libérer les forces pour attaquer ailleurs – au Nord, peut-être, vers Zaporijia.

Zone Sud-Ouest

On note au Sud-Ouest l’échec de la 7e division aéroportée à Mikolayev.

Perspectives

La question d’une zone d’exclusion aérienne a été mise sur la table par certain. En l’état, la mise en place du NFZ est inconcevable à partir du moment où l’OTAN refuse d’engager la guerre en premier contre une puissance nucléaire – et refusera de le faire. Cela supposerait par ailleurs la mise en place d’une structure de déconfliction entre forces russes et otaniennes devrait voir le jour.

D’Ukraine nous arrivent des échos et des images de colère grandissante devant l’inaction occidentale. Ces plaintes seront de plus en plus nombreuses avec le temps et il est probable qu’en Europe un courant d’opinion favorable à une intervention se développera en proportion des images de Kiev. Les enjeux humanitaires vont également devenir de plus en plus importants : corridors, aide aux populations assiégées, évacuation.

Les problèmes logistiques russes continuent d’être une constante : de nombreux véhicules lourds et une très puissante artillerie impliquent une logistique énorme. La logistique uniquement portée par camions en territoire ukrainien est rendue compliquée par l’état des routes pendant la période. Le nombre de camions et de citernes semble insuffisant pour alimenter tout le monde en même temps, occasionnant d’importants ralentissements. La méthode russe de la logistique poussée par l’arrière selon plutôt que tirée par la demande de l’avant provoque une inadéquation et un gâchis, et entraîne la nécessité de pauses opérationnelles régulières.

Crise de manœuvre

Nous sommes en situation de crise de manœuvre, les forces étant insuffisantes de part et d’autre pour obtenir une rupture à court terme. Or pour dépasser une crise, il faut injecter des ressources nouvelles et innover.

Des forces de toute la Russie sont mobilisées – l’infanterie navale du Pacifique est ainsi engagée en Biélorussie – et on prépare les esprits à un effort de longue durée du côté de Moscou, qui passera peut-être par une extension de la conscription.

Le processus d’adaptation russe est également mis en œuvre. Il est souvent centralisé, l’état-major général prenant le temps d’accumuler les enseignements avant d’organiser d’un bloc tous les changements. Cela peut prendre cependant des mois, signe que cette adaptation demeure limitée.

Côté ukrainien, l’armée n’a d’autre choix que d’augmenter encore la capacité de guerre d’usure par la formation rapide des troupes territoriales et l’injection de matériels légers, autant que possible et le plus vite possible avant que les transferts depuis l’Ouest ne soient entravés. Peut-être peut-on envisager des camps d’équipement et de formation pour les Ukrainiens dans les pays limitrophes.