Varsovie. Au temps de la pandémie Covid-19, de la canicule et des inondations en Pologne le taux de participation durant le premier et le second tour a été le plus élevé depuis 1989 et a atteint en premier tour 64 %, et lors de la second tour – 68,9 % (à l’exception des élections en 1995  quand le taux de participation au premier tour était de 64,07 %, et au deuxième – 68,23 %). Une telle mobilisation des Polonais se traduit par trois facteurs : premièrement la société polonaise souhaite désormais d’avoir plus d’influence sur l’avenir de leur pays en faisant face à la pandémie (se sentant menacée par le danger de Covid-19), deuxièmement les Polonais sont partagés plus que jamais en deux parties : ceux qui soutient une droite conservatrice à tendance extrême et ceux qui sont libéraux à tendance à gauche, troisièmement ces élections sont le troisième de la série des trois élections durant deux dernières années (après les élections locales (2018) et parlementaires (2019) qui décident du pays pour les années à venir. Certains sondages donnaient la victoire a Rafał Trzaskowski (47 %) contre Andrzej Duda (46 %).1 

Les résultats du 12 juillet démontrent qu’Andrzej Duda remporterait les élections avec 51,2 %, contre Rafał Trzaskowski au 48,8 %. Une différence de 2,2 % signifie une victoire très fragile pour le pouvoir en place. C’est une victoire de l’actuel président et de son milieu politique qu’il représente – la droite conservatrice qui désormais pourrait continuer le chemin menant la Pologne vers l’autoritarisme. 

La répartition des électeurs des candidats restants était divisée comme suit entre deux rivaux : pour Andrzej Duda, principalement les électeurs de Krzysztof Bosak (La Confédération, l’extrême droite) – ont gagné 3 %, les électeurs de Władysław Kosiniak-Kamysz (le Parti populaire polonais, le centre chrétien) – ont gagné 1 % et les électeurs de Szymon Hołownia (le journaliste indépendant, chrétien libéral) – gagne 1 %. Quant à Rafał Trzaskowski – il a obtenu principalement les voix des électeurs Robert Biedroń (à gauche) – 2 %, Szymon Hołownia – 10 %, Krzysztof Bosak 2 % et Władysław Kosiniak-Kamysz – 1 %.23

Dès le début, on savait que le deuxième tour était une bataille. La plupart des électeurs participant à l’élection étaient des jeunes (âgés de 18 à 30 ans) qui ont voté au premier tour contre le système, c’est-à-dire pour Szymon Hołownia et Krzysztof Bosak. Cela a inversé la tendance des dernières élections, lorsque le taux de participation le plus élevé a été enregistré chez les personnes âgées (60+), c’est-à-dire l’électorat du PiS. Ce dernier, craignant une pandémie, a décidé de rester chez lui. Cependant, le Premier ministre Mateusz Morawiecki, début juillet, alors que le nombre de cas reste à 300 par jour, a annoncé la fin de la pandémie, mobilisant ainsi l’électorat d’Andrzej Duda pour participer aux élections. Les habitants des petites villes (jusqu’à 20 000 habitants), constituant également un pilier de l’électorat de Duda, ont été mobilisés. Le ministère de l’Intérieur et de la Justice a annoncé l’action « Bataille pour les camions pompier » – la ville qui aura le taux de participation le plus élevé remporte le camion de pompiers.

La menace pandémique en Pologne reste réelle, portant le nombre de cas  confirmés à 37 891, et des décès à 1 571 au 12 juillet. Face à cette épidémie, la campagne électorale, comme l’ensemble des élections, se déroulait d’une manière jamais vue auparavant. Les rencontres avec les électeurs ont été difficiles au début et les principaux thèmes étaient les services de santé publics et le vaccin Covid-19. Rafał Trzaskowski, qui a commencé sa campagne le 12 mai (après avoir remplacé la première candidate de l’opposition Małgorzata Kidawa-Błońska, qui avait de très faibles notes), a convaincu 30 % des électeurs en 7 semaines.4

La période entre les deux tours a été très tendue. Les principaux rivaux se sont concentrés sur une stratégie à deux volets. D’une part, une critique acerbe, voire agressive de l’adversaire. D’autre part, des efforts pour convaincre les électeurs des autres candidats du premier tour.

Le niveau élevé de haine et d’agression durant cette campagne visant à « combattre l’ennemi » a créé des tensions dans la société jusqu’ici inconnues et incompréhensibles pour certains Polonais (les bagarres lors de rassemblements électoraux, agressions physiques et verbales contre des responsables de campagne d’un candidat contre les responsables de la campagne de rival). Les conflits à l’intérieur du pays ont également évolué en scandales diplomatiques internationaux où des attaques ont été menées contre l’ambassadrice américaine en Pologne Georgette Mosbacher et les médias liés au fonds d’investissement allemand, accusant l’Allemagne d’avoir tenté d’influencer le résultat des élections en favorisant le candidat de l’opposition.

L’ensemble de la campagne présidentielle a clairement révélé la division du pays en deux parties – une scission dans la société polonaise qui peut rester permanente. Deux débats présidentiels  qui se sont tenus le 6 juin constituent le symbole de cette division. Chaque candidat a débattu séparément, dans un studio séparé, seul. Andrzej Duda à Końskie avec des journalistes de TVP (télévision publique), Rafał Trzaskowski à Leszno avec 12 journalistes de divers médias. Le personnel électoral n’a pas pu se mettre d’accord sur le débat télévisé de peur de perdre. En fin de compte, aucun candidat n’a remporté parce qu’ils n’étaient qu’une farce de vrais débats électoraux. Cependant, les deux débats resteront un symbole de l’absence de dialogue dans toute la société polonaise. 

Plus important encore, cette division a été renforcée par deux campagnes différentes et deux visions différentes de la présidence. Cela se voit clairement sur la base d’une analyse des spots électoraux des deux candidats. Duda présente des références à la fierté nationale se référant au soulèvement de Varsovie, à la famille comme symbole de la permanence de la société. De l’autre côté, Trzaskowski appelle à l’unité et à l’égalité, en présentant les valeurs européennes. Lors de cette campagne il y a eu un plus un phénomène intéressant : les films avec une série d’attaques visant l’adversaire.5

Un engagement accru des premières dames reste également visible. Agata Kornhauser-Duda présente une attitude silencieuse, elle ne parle jamais sur des sujets socialement sensibles. Małgorzata Trzaskowska présente une attitude complètement différente, en particulier contrastée – elle souhaite souligner son engagement et son message.

La campagne d’Andrzej Duda a été basée sur un projet visant à modifier la loi sur l’éducation, selon lequel les activités de chaque organisation et association sur le terrain de l’école doivent exiger le consentement de la direction et des parents ; un projet de loi modifiant la Constitution, concernant l’introduction de la disposition selon laquelle une personne restant dans une relation de même sexe est exclue pour adoption ; une charte pour la protection de la liberté sur Internet ; une charte de protection de la nature ; et l’implication de l’Église catholique (le prêtre de Czermno a déclaré que « si un catholique par un acte électoral choisit la deuxième voie (Trzaskowski) se met hors de l’Église. »

La campagne de Rafał Trzaskowski a été conduite sous le slogan « Nouvelle solidarité 2020 ». Il soulignait à plusieurs reprises lors des rencontres avec des électeurs : « Je crois que c’est le devoir du président de supporter les divisions et de construire une communauté de femmes polonaises. Nous devons rétablir la confiance. »

Enfin, c’est le premier message qui aurait convaincu les Polonais, qui ont donné mandat à Andrzej Duda pour les cinq prochaines années. Avec cette victoire, la route vers la démocratie anti-libérale deviendra un fait. En 2020, la Pologne occupait le 62e rang du classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Par rapport à l’année dernière, la Pologne a enregistré une baisse de trois positions et a pris la place la plus basse de l’histoire du classement. Reporters sans frontières justifie la subordination du pouvoir judiciaire par les autorités polonaises et la politisation des médias d’Etat.6 C’est ainsi que les Polonais auront choisi.

Conclusion

La victoire de l’actuel président Andrzej Duda signifie sans aucun doute le renforcement du parti au pouvoir en Pologne. Une forte division de la société en Pologne en deux parties restera plus longtemps, ce qui renforcera la scission dans la société polonaise. Le président et le gouvernement restent aux mains de la droite conservatrice avec des tendances anti-libérales et autoritaires. La majorité des communes et le Sénat restent dans les mains de l’opposition, mais elle est brisée et chaotiques. Aucune initiative constructive ne peut percer. Le président de l’opposition serait un argument supplémentaire pour interrompre le mono-pouvoir du PiS. À long terme, cela pourrait signifier le renforcement d’une alliance forte avec les pays de la région – la consolidation du groupe Viségrad, que la Pologne dirige actuellement, l’Initiative des Trois Mers, sur la base d’un partenariat solide avec les États-Unis. Cela peut se produire dans une atmosphère de sentiments anti-européens qui rapprochera la Pologne de Polexit. Sera-t-il possible d’arrêter la pandémie d’autoritarisme dans la région d’Europe centrale ? Nous saurons la réponse dans les années à venir.