Cracovie, Varsovie. Durant l’année 2019 on a célébré le centième anniversaire du renouvellement des relations diplomatiques entre la Pologne et la France. En 1995, dans une lettre demande de l’admission de la Pologne en tant que pays observateur auprès de l’Organisation Internationale de la Francophonie, Władysław Bartoszewski, le ministre des affaires étrangères à l’époque, percevait ainsi les relations franco-polonaises : « Le sort des nations polonaise et française appartenant au même cercle culturel a souvent été intimement lié au cours des siècles passés. Les Polonais et les Français ont ensemble construit une partie de ce que nous appelons aujourd’hui notre civilisation et notre patrimoine culturel communs. Les noms de personnages tels que Frédéric Chopin, Marie Skłodowska-Curie et Guillaume Apollinaire sont gravés en permanence dans l’histoire de la Pologne et de la France »1. En plusieurs phrases, M. Bartoszewski définit l’héritage que la Pologne et la France ont créé pendant des centaines d’années. Cet acquis commun  a survécu à ce jour.

De nombreuses initiatives économiques, politiques, scientifiques et universitaires franco-polonaises méritent une attention particulière. D’un côté, nous observons une coopération dans le domaine de la science. De l’autre, une augmentation dynamique du nombre de Français nouvellement arrivés en Pologne. Ils afin s’installent et font leur carrière dans les grandes villes polonaises. Ces deux indicateurs influencent positivement l’avenir des relations entre ces deux pays. Ils s’inscrivent également dans un paysage d’équilibre et de confiance mutuelle.

Le concept de l’Université européenne, annoncé lors du discours d’Emmanuel Macron « Initiative pour l’Europe » à la Sorbonne à Paris le 26 septembre 2017, a été mis en œuvre. L’un des projets — Alliance 4EU + constitue la coopération de 6 universités européennes  : l’Université de Varsovie, en Pologne ; l’Université Charles, en République tchèque ; l’Université de Heidelberg, en Allemagne ; Sorbonne Université, en France ; l’Université de Copenhague, au Danemark ; l’Université de Milan, en Italie. Il a reçu une bourse de la Commission européenne pour le développement et la création de structures de coopération.

Des institutions comme le Centre de civilisation française et d’études francophones de l’Université de Varsovie (CCFEF UW), créé en 1958 par Michel Foucault, en sont également un exemple. Il a été créé sur la base d’un accord franco-polonais  créant simultanément le Centre de civilisation polonaise à la Sorbonne. Le CCFEF UW favorise une coopération scientifique entre les centres de recherche français et polonais ainsi qu’entre les jeunes chercheurs. Il organise des débats scientifiques, des conférences internationales sur des sujets tels que la diaspora polonaise en France, les histoires nationales — une mémoire européenne commune avec la participation, entre autres, de Jacek Czaputowicz, ministre des Affaires étrangères de Pologne et de Frédéric Worms, philosophe et directeur adjoint de l’École Normale Supérieure.2

Par ailleurs, l’Année scientifique franco-polonaise 2019 vient de s’achever. Dans le cadre de cette année, plus de cinquante manifestations scientifiques ont eu lieu : des conférences, des séminaires, des ateliers et des festivals scientifiques. Dans le cadre de la célébration de cette année, la Fondation polonaise pour la science (FNP) et le ministère français de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), en collaboration avec l’Académie des sciences polonaise, ont fondé le prix scientifique franco-polonais de Marie Skłodowska et Pierre Curie3.

Le forum franco-polonais pour la science et l’innovation se déroule également en Pologne depuis 5 ans. Il vise à mettre en valeur les coopérations franco-polonaises en matière de recherche et d’innovation ainsi que de promouvoir la coopération entre recherche et industrie innovante. De plus, l’Agence nationale pour la mobilité académique polonaise (NAWA) organise des visites d’étude en Pologne pour les chercheurs venant de France, issus de différentes disciplines scientifiques. 
L’Institut français de Pologne, en collaboration avec des partenaires polonais, organise également la Nuit des idées depuis quatre ans, le concours d’éloquence Ma thèse en 180 secondes ainsi que des nombreuses rencontres au sein du réseau France Alumni Pologne. De surcroît, le programme de bourses du gouvernement français (BGF) finance plus de quatre cent mois de bourses par an et permet des échanges universitaires et académiques entre la France et la Pologne4.

Outre la coopération dans les domaines universitaire et culturel, le domaine de la coopération économique entre les deux pays se développe également de manière dynamique, et pas seulement au niveau macro. Alors que la France est l’un des principaux investisseurs de l’économie polonaise (23 milliards de PLN, soit environ 5,5 milliards d’euros) et emploie plus que 200 000 Polonais.5, on note également l’augmentation du nombre de Français présents personnellement en Pologne. Dans des villes comme Varsovie, Gdańsk, Katowice ou Cracovie, les communautés de citoyens français s’organisent en associations formelles et informelles. En tant qu’expatriés, ils enrichissent l’offre de services de proximité en créant des magasins avec des spécialités françaises, boulangeries, bistrots et restaurants, devenant ainsi directement les ambassadeurs de leur pays d’origine.

Le nouvel ambassadeur de France en Pologne, Frédéric Billet, en poste à Varsovie depuis octobre 2019, a déclaré lors des célébrations du centenaire des études romanes à l’Université de Varsovie : « la coopération universitaire, la recherche, l’enseignement du français et la Francophonie représentent des enjeux majeurs pour nos deux pays. Un des objectifs est de former non seulement des étudiants hautement qualifiés, mais aussi une partie des futures élites de nos deux pays, des élites européennes. »

Des projets tels que ceux mentionnés ci-dessus sont la preuve de la coopération franco-polonaise persistante et efficace. Il semble primordiale de parier sur l’avenir construit ensemble pour les générations futures. Il faut briser le mur qui, malgré son effondrement depuis 1989, semble perdurer dans nos mémoires. Les jeunes Européens, en particulier les Polonais et les Français, se retrouvent devant une opportunité de coopération étroite et doivent faire table rase de ce passé.

Perspectives :

  • Dans le cadre de l’Alliance 4EU+, six grandes universités publiques de recherche s’unissent pour développer une coopération innovante, profonde et durable entre les partenaires européens. Des projets concrets sont en train de se mettre en place.
  • Extension et encore meilleure sélection de l’offre d’événements culturels entre les deux pays  s’annoncent pour l’année 2020. Au niveau non institutionnel nous attendons une intensification des relations d’affaires à micro-échelle, notamment dans le domaine de la start-up et de la haute technologie. 
Sources
  1. Lettre de demande de la Pologne d’être admise en tant que pays observateur auprès de l’Organisation Internationale de la Francophonie, Władysław Bartoszewski, ministre des Affaires étrangères, Varsovie, 2 aout 1995.
  2. Site officiel du Centre de civilisation française et d’études francophones de l’Université de Varsoviehttps://okf.uw.edu.pl/fr et de l’Alliance 4EU+
  3. Site officiel de Fundacja na rzecz Nauki Polskiej, Rusza konkurs o Polsko-Francuską Nagrodę Naukową im. Marii Skłodowskiej i Pierre’a Curie 2019, 24 juillet 2019
  4. Site officiel de l’Ambassade de France en Pologne et de l’Institut Francais à Varsovie
  5. KPMG, 75 proc. badanych firm francuskich działających w Polsce pozytywnie ocenia atrakcyjność inwestycyjną naszego kraju, 3 juin 2019