Rome. Né « ni à droite ni à gauche », le Mouvement 5 étoiles se retrouve ces dernières semaines à perdre des morceaux, un peu à droite et un peu à gauche. Selon les données du site internet « Open Parliament », depuis le début de la législature, 9 députés et 8 sénateurs ont quitté les groupes du Mouvement1. C’est le groupe qui a connu le plus grand nombre de défections si l’on excepte le Parti démocratique, qui a cependant connu la scission importante d’Italia Viva, le nouveau parti de l’ancien chef du parti et Premier ministre Matteo Renzi.

Parmi les 8 sénateurs enregistrés par « Open Parliament », il n’y a pas l’Honorable Gianluigi Paragone qui, bien qu’il ait été expulsé du Mouvement, n’a pas voulu quitter le groupe parlementaire pour le moment. Autrefois journaliste à Radio Padania, l’organe du parti de la Ligue du Nord, Paragone a mal toléré le changement de majorité de l’été dernier, qui a vu le Mouvement passer de l’alliance jaune-vert avec la Lega di Salvini à l’alliance jaune-rouge avec le Parti démocratique, Italia Viva di Renzi et le groupe de gauche Liberi e Uguali. Le Mouvement a expulsé Paragone pour son vote contre la loi budgétaire en décembre dernier. 

Ce n’est pas la première fois que le Mouvement 5 étoiles expulse un de ses propres membres qui ne respecte pas la ligne officielle, mais cette expulsion est significative car, en plus d’être un visage connu en tant qu’animateur du talk-show télévisé La Gabbia jusqu’à son élection comme député, Paragone semble représenter un mécontentement par rapport à une ligne que certains élus estiment être devenue (surtout après le changement d’alliance gouvernementale), trop gouvernaliste et trop pro-européenne. Un mécontentement qui a atteint Strasbourg où, en novembre dernier, deux députés M5S ont voté contre et deux autres se sont abstenus lors de l’élection de la commission Von der Leyen, désobéissant à la ligne officielle. « Nous sommes en train de devenir la copie fanée du PD », a déclaré à cette occasion Ignazio Corrao, l’un des rebelles2. En comparaison, plus récemment, l’ancien député européen Alessandro Di Battista a également pris parti, qui, bien qu’il ne se soit pas représenté en 2018, a continué à intervenir dans les événements du Mouvement, avec une ligne plus rigide que la ligne officielle, anti-système et critique envers l’Union européenne et l’OTAN.

De l’autre côté, il y a eu la démission comme Ministre de l’Education, à Noël dernier, de Lorenzo Fioramonti, qui plus tard a également laissé le groupe à la Chambre du Mouvement 5 étoiles pour passer au Groupe Mixte en vue de la formation éventuelle d’un nouveau groupe parlementaire appelé Echo. Lorsqu’il a pris ses fonctions de ministre, Fioramonti a promis qu’il démissionnerait si la loi de finances ne prévoyait pas au moins 3 milliards d’euros pour l’école. Et c’était tout. En plus de l’école, sujet cher à l’Italie, au moins en termes de rhétorique, surtout à gauche, Fioramonti semble vouloir se positionner dans le domaine progressiste également sur d’autres sujets, comme l’environnement. En accord sur ce point avec le Président du Conseil Giuseppe Conte, formellement indépendant mais proche du Mouvement 5 étoiles, il est récemment apparu comme son dirigeant (peut-être inattendu) et a défini un « point de référence très fort pour toutes les forces progressistes » même par le Secrétaire du Parti Démocratique Nicola Zingaretti3.

Ces mouvements sont à surveiller non seulement parce qu’ils concernent le plus grand parti italien depuis les élections du 4 mars 2018, mais aussi parce qu’ils caractérisent une recomposition potentielle de la scène politique italienne, certains représentants du parti étant attirés par l’orbite souveraine de Salvini et Meloni et d’autres étant apparemment prêts à entrer dans le camp progressiste. Au-delà de la fortune qu’auront les différentes opérations parlementaires (qui ont rarement des résultats effectifs dans l’opinion publique), il reste à voir si, comme les parlementaires, les électeurs décideront aussi de chercher une nouvelle position politique à droite ou à gauche ou si le Mouvement 5 étoiles parviendra à conserver sa propre identité, un peu en crise après un an et demi de gouvernement d’abord avec la Ligue puis avec le Parti démocratique.