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avril 2026

De 19:30 à 20:30

École normale supérieure

45 rue d'Ulm - 75005 Paris

Langue

Français

Guerre

Iran – États-Unis : la première guerre mondiale asymétrique ?

Thierry Breton
Thierry Breton

Mardi du Grand Continent à l’École normale supérieure, avec Thierry Breton et Gilles Gressani.

Nous sommes ravis d’accueillir aujourd’hui Thierry Breton, commissaire européen chargé du marché intérieur, de la politique industrielle, du tourisme, du numérique, de l’audiovisuel, de la défense et de l’espace de 2019 à 2024. 

Nous souhaitons faire le point sur votre diagnostic, présenté dans un article publié dans les pages du Grand Continent, concernant la situation autour du détroit d’Ormuz et la guerre qui dure depuis près de 50 jours. À partir de là, nous essaierons de faire de la prospective et d’interroger la manière dont une nouvelle doctrine politique occidentale se consolide et se construit depuis Washington. Nous en avons beaucoup parlé cette semaine avec le manifeste de Palantir. On en parlera également à l’occasion de la lecture de la Bible qui aura lieu à Washington ce soir, à laquelle Donald Trump pourrait participer. 

Thierry Breton, vous avez été parmi les premiers à utiliser le mot « asymétrie » pour décrire la situation en Iran. Pouvez-vous revenir sur votre intuition ? En quoi ce qu’on observe depuis 50 jours est-il une guerre asymétrique ? Pourquoi est-ce une notion pertinente pour comprendre la situation ?

Thierry Breton

Thierry Breton

C’est même plus qu’une intuition : c’est une réflexion que nous essayons d’approfondir. Cette réflexion a donné lieu à un article de doctrine intitulé « La Première Guerre mondiale asymétrique ». Nous avons hésité entre « mondiale » et « mondialisée ». En effet, « guerre mondiale » a des connotations qui ne correspondent pas exactement à la situation actuelle. La guerre d’aujourd’hui est certes mondialisée, bien sûr. Elle est clairement asymétrique, dans le sens où d’un côté, on a la plus grande armada du monde depuis 2003, l’armada américaine, qui s’est déplacée avec deux, puis trois groupes de porte-avions nucléaires, et qui s’est mobilisée. Ceci a provoqué un mouvement extrêmement important dans la région. Des milliers de bombardements ont eu lieu, menés par la coalition formée par les États-Unis et Israël.

Une question demeure en suspens : quels sont les objectifs de guerre qui ont motivé une telle mobilisation américaine en dehors du droit américain ? Le Congrès n’a pas été saisi, et nous sommes désormais dans le troisième mois de la guerre, ce qui est extrêmement aléatoire. Elle se joue également en dehors du droit international, mais on sait que les États-Unis ne le respectent plus. En Europe, le droit international est toujours respecté et nous y reviendrons, car je crois qu’il est très important que nous continuions à être les défenseurs du droit international, y compris en ce qui concerne les buts de guerre. 

Les buts de guerre étaient clairs du côté israélien, puisqu’il s’agissait de riposter à la posture iranienne depuis 1947, qui a indiqué que l’un de ses objectifs était d’annihiler Israël et de le faire disparaître de la carte. Les Iraniens avaient d’ailleurs fixé des dates en fonction de l’évolution du calendrier lunaire, et ont identifié l’année de 2035. Israël affichait donc le souhait et la nécessité existentielle de se défendre contre cette velléité. Mais pour les États-Unis, le but de la guerre n’était absolument pas clair. 

Bien entendu, Benjamin Netanyahu a sollicité pratiquement tous les présidents des États-Unis depuis qu’il est Premier ministre, mais tous ont refusé, y compris Barack Obama, Trump 1 et Joe Biden. Il a toutefois réussi à convaincre Donald Trump, le 47e président des États-Unis, de l’accompagner. 

Il est clair que l’opération Venezuela-Maduro a joué un rôle important dans ce contexte. L’idée était de créer un « Maduro bis » : éliminer facilement les Mollahs en sachant exactement où ils se trouvent, puis changer de régime par le biais d’une opération militaire spéciale qui s’est avérée un succès évident sur le plan tactique au Venezuela.

Sauf que cette opération militaire spéciale en Iran n’a pas fonctionné et s’est transformée en guerre.

Thierry Breton

Thierry Breton

Elle n’a pas fonctionné, car l’Iran se prépare à ce type de réaction depuis 47 ans. L’Iran a une organisation qui ressemble à une ruche. Chaque ruche possède une capacité de résilience : si une abeille disparaît, une autre prend sa place. Au fond, cette organisation a fait ses preuves. Le changement de régime n’a absolument pas eu lieu. 

Nous entrons donc dans une guerre qui va durer. Nous ne sommes plus du tout dans la logique du Venezuela. C’est une véritable guerre avec des milliers de bombardements et de cibles bien définies, dont beaucoup sont éliminées par intelligence artificielle, comme on le voit maintenant avec l’utilisation d’instruments tels que ceux de Palantir. Nous sommes entrés dans cette guerre ultramoderne.

La guerre en Irak avait été pensée par McKinsey ; là, on est dans une guerre pensée par Palantir.

Thierry Breton

Thierry Breton

Là, c’est Palantir avec Peter Thiel.

En tout cas, pour éliminer des personnes, il faut aussi disposer de renseignements sur le terrain. Le Mossad est très impliqué, mais plutôt dans les grandes villes et moins sur le terrain. Il est en effet aujourd’hui incapable de retrouver les 450 kilos d’uranium enrichi à plus de 60 %.

Cette guerre se transforme donc en une guerre de stocks, au sens où l’on utilise les bombes les plus modernes et les mieux guidées pour atteindre ses cibles de façon chirurgicale, en provoquant un certain nombre de dommages collatéraux qui ne semblent pas trop préoccuper ceux qui en sont les auteurs. On est une fois de plus complètement hors du droit de la guerre. 

C’est là qu’intervient l’asymétrie, de façon inattendue, en tout cas visiblement par les plus hautes autorités américaines, peut-être pas par l’armée américaine elle-même ni par la CIA. Pourtant, les dirigeants politiques ne s’attendaient pas à ce que l’Iran se batte avec une telle détermination, en utilisant des moyens beaucoup moins sophistiqués. On pense évidemment aux drones, notamment aux drones Shahed, dont on a beaucoup entendu parler parce qu’ils ont été très utilisés par les Russes, notamment contre les Ukrainiens, qui ont également développé des technologies très efficaces pour les contrer. On sait que la technologie des drones iraniens est très efficace et qu’il y a une production de plusieurs milliers de drones par mois, capables de traverser le détroit sur une distance de 200 km pour aller frapper des cibles.

La question du drone est vraiment décisive. L’une de vos hypothèses est que la production de drones se poursuit.

Thierry Breton

Thierry Breton

Il y a un véritable flux de production.

L’administration américaine a déclaré à plusieurs reprises que les sites de production avaient été neutralisés.

Thierry Breton

Thierry Breton

Elle avait également affirmé avoir complètement neutralisé les capacités de production nucléaire durant la guerre des 12 jours, mais on se rend compte après coup que ce n’est pas du tout le cas, puisque l’on cherche précisément cette capacité d’enrichissement. 

L’Iran est un pays très montagneux qui, en un demi-siècle, s’est progressivement doté d’une capacité à enterrer des usines, des stocks et des rampes de lancement de missiles balistiques. Il s’agit de véhicules lourds appelés TEL (Tracteur-érecteur-lanceur), des camions transformés en lance-missiles, qui sont enterrés et stockés dans des tunnels. Ils en sortent au moment de lancer les missiles, puis y retournent pour ne pas être détectés lors du lancement. 

Les Iraniens disposent donc d’une capacité de production très importante, ce qui les amènera évidemment à tirer des missiles sur Israël. Les drones vont inonder l’ensemble des pays du Golfe et créer une asymétrie politique. Cela aura un impact négatif sur les populations, notamment celles des Émirats arabes unis et des pays du Golfe, y compris l’Arabie saoudite, qui sont pourtant géographiquement éloignés. 

Ces pays se voyaient d’ailleurs comme la Suisse du Moyen-Orient. Mohammed ben Salmane, prince héritier d’Arabie saoudite, disait même que cela allait devenir la nouvelle Europe du XXIe siècle.

Il y a eu le fameux discours de Riyad, qui a d’ailleurs presque un an. Il a été prononcé par Donald Trump à Riyad, à l’issue d’une tournée dans les pays du Golfe. Dans ce discours, il a annoncé que l’époque des « nation builders », ces personnes qui façonnent le Moyen-Orient et le Golfe depuis l’extérieur, était révolue. Aujourd’hui, de nouveaux dirigeants se tournaient vers l’avenir, vers un nouvel âge d’or, bâti sur la paix. On pouvait presque y voir une ambition de transformer le Golfe en une sorte d’Union européenne.

Thierry Breton

Thierry Breton

Il fait d’ailleurs référence à une Union européenne modernisée. En effet, les pays du Golfe, l’Arabie saoudite y compris, ont délégué leur protection et leur architecture de sécurité aux États-Unis, moyennant l’acceptation de bases sur leur territoire et l’achat massif de matériel militaire américain très sophistiqué et moderne, afin de payer, en quelque sorte, cette défense qui sera opérée sous contrôle américain.

L’idée était que la guerre était intermédiaire aux États-Unis, qui se laissent payer par ailleurs. Donald Trump a fait son premier voyage de mandat en Arabie saoudite parce que l’Arabie saoudite a les poches aussi assez profondes, comme le Qatar qui va payer son dû et lui garantir 500 milliards de dollars d’investissements minimum pour financer la machine américaine, notamment dans l’économie et l’intelligence artificielle. Par ailleurs, le gendre de Donald Trump récupère deux milliards pour son fonds. 

On voit donc clairement cette vassalisation qu’il vaut mieux éviter en Europe. Au fond, elle représente l’intermédiation en matière de défense. Les Américains suggèrent qu’ils s’occupent de tout. Avec leurs bases, on n’aurait rien à craindre. En contrepartie, il est demandé de renvoyer les pétrodollars à flux tendu vers les États-Unis. C’est ce qui se passe au Qatar, au Bahreïn, au Koweït. Enfin, Donald Trump rentre de son voyage avec 2 000 milliards de promesses.

Nous sommes dans une architecture très claire pour les pays du Golfe, qui savent comment parler à Donald Trump : précisément par l’argent. Cette forme de néoréalisme et d’enrichissement personnel est totalement assumée par le président des États-Unis. Lorsque nous avons publié la traduction du discours de Riyad, nous avons dit qu’il s’agissait sans doute du discours le plus onéreux de l’histoire de l’humanité.

Thierry Breton

Thierry Breton

Oui, sauf qu’ils n’ont pas payé. Ils ont fait des promesses qui ne peuvent plus être honorées. Tout ce qui a été cassé doit maintenant être réparé. Les priorités ont changé.

D’un autre côté, c’est aussi l’architecture elle-même, ce nouveau grand jeu moyen-oriental, qui est totalement remise en question.

Thierry Breton

Thierry Breton

C’est le point le plus intéressant, et nous y reviendrons. 

Vous voyez donc qu’il y a d’abord une asymétrie. Les Iraniens ont eu l’intelligence d’envoyer des milliers de drones, coûtant entre 30 000 et 40 000 dollars, vers Israël. Pour les détruire, il faut utiliser des missiles Patriot ou THAAD (Terminal High Altitude Area Defense). Or, une batterie de lancement de Patriot coûte entre 1 et 2 millions de dollars. Les Patriot sont donc utilisés pour détruire les drones, mais les Iraniens utilisent aussi des drones pour détruire les Patriot, ce qui représente un coût de 30 000 dollars d’un côté et de millions de dollars de l’autre. 

La première asymétrie est donc technologique : d’un côté, une logique de flux avec une reproduction très rapide, et de l’autre, des stocks qui se vident. Les 40 premiers jours de la guerre ont représenté deux années entières de production de missiles Patriot, utilisés pour lutter contre les drones, mais aussi contre les missiles balistiques.

Concernant les missiles balistiques, je voudrais ajouter un point. Pour fabriquer une arme nucléaire, il faut trois choses : de l’uranium enrichi, la capacité de le convertir en arme, donc de le miniaturiser, et des vecteurs, c’est-à-dire des missiles. Les Iraniens n’en sont pas encore là, mais ils s’en approchent. 

À ce sujet, nous devons nous tourner vers tous ceux qui aident l’Iran depuis des décennies dans ce domaine. N’oublions pas que le Pakistan, qui joue un rôle très important dans les négociations en cours, entretient des relations extrêmement privilégiées avec l’Iran. Le Premier ministre est chiite, ce qui crée déjà des correspondances sur ce plan. Même si ce n’est pas public, de plus en plus de sources ouvertes indiquent que c’est le Pakistan qui, il y a quelques décennies, a commencé à discuter de nucléaire militaire avec les Iraniens, et non les Russes. Ces derniers exploitent une centrale nucléaire civile à Bouchehr, en Iran. 

Quant au vecteur, qui représente clairement la matrice balistique de l’Iran, c’est la Corée du Nord qui aide l’Iran, elle-même héritière de la Russie. 

On voit donc qu’il existe une logique, désormais appelée CRINK (Chine, Russie, Iran et Corée du Nord). L’Iran n’est donc pas seul. Les autres pays des CRINK l’aideront à se défendre dans cette guerre de plus en plus mondialisée et asymétrique. 

Concernant les missiles balistiques, les Iraniens ont également développé une capacité extraordinaire et très performante. Pour fabriquer des missiles, il faut plusieurs choses. D’abord, il faut le savoir-faire, qui a été entièrement transmis par la Corée du Nord, comme le montrent de nombreuses sources. Ensuite, il faut les fabriquer et disposer des combustibles nécessaires, le propergol. Ce dernier est fabriqué à partir de perchlorate de sodium ou d’ammonium, qui provient à 100 % de Chine. On a d’ailleurs récemment vu passer deux bateaux chinois chargés de 2 000 tonnes de propergol d’ammonium chacun. Ceci explique pourquoi Trump commence à s’énerver et exige que la Chine cesse ses activités. Le ministère chinois des Affaires étrangères a immédiatement répliqué qu’il ne revenait pas à Trump de se mêler des relations que la Chine entretient avec ses partenaires. 


La Chine est également cruciale pour l’Iran en ce qui concerne la précision du guidage des missiles, qui nécessite des constellations satellitaires. Évidemment, ce ne sont pas nous, avec Galileo, ou les Américains, avec le GPS ou Starlink, qui assistons l’Iran, mais la Chine, avec la constellation Beidou. Ils ne le disent évidemment pas ouvertement, mais tout le monde le sait.

Les stocks iraniens sont évidemment constitués de façon souterraine et il est très difficile de savoir où ils se trouvent. Beaucoup de sites ont été détruits, mais pas tous visiblement. Avant la guerre, l’Iran avait une capacité de production d’environ 400 missiles par mois ; aujourd’hui, il en produit encore au moins une centaine par mois. 

Ces missiles contiennent également une électronique embarquée assez sophistiquée, en grande partie d’origine occidentale. Il s’agit généralement de technologies duales qui transitent par un certain nombre de pays, dont la Turquie. Tout cela atterrit en Chine, où il est transformé, puis repart en Iran pour équiper les têtes de missiles, y compris les gyroscopes, et rendre ces missiles de plus en plus précis. 

Ces missiles sont non seulement très puissants, puisqu’ils peuvent désormais parcourir plus de 4 000 km, mais ils sont aussi très précis. Un missile tiré depuis l’Iran a ainsi atteint la base de Diego Garcia, située à 3 800 km de là. Un autre missile a pu, à plus de 2 000 km, viser et toucher un AWACS (avion radar de contrôle aérien américain) stationné sur une base saoudienne. Ils ont donc non seulement une capacité extrêmement performante, mais ils peuvent aussi passer outre les systèmes de défense antimissile Patriot et THAAD, qui coûtent entre 16 et 18 millions de dollars la pièce. Ils partent très haut, sont hypersoniques, puis descendent très vite. Pourtant, il faut savoir qu’on n’en fabrique que deux ou trois par mois. 

La guerre est donc asymétrique, d’abord parce qu’on n’utilise pas les mêmes moyens. Deuxièmement, des flux continuent malgré les milliers de bombardements, ce qui constitue une grande surprise pour tout le monde. Les Iraniens sont très ingénieux, à l’image des Ukrainiens. Ils parviennent par exemple à réparer les camions de lance-missiles à toute vitesse. 

Du côté américain, les stocks se vident. Le Pentagone commence à évoquer le rapatriement de stocks de Patriot stockés en Corée du Sud. Parallèlement, la guerre en Corée du Sud se poursuit face à un voisin qui n’est pas le dernier des imbéciles, comme l’appelait Trump, Rocket Man. Dans cette région, le Japon a également confié sa défense aux États-Unis dans le cadre de l’architecture de sécurité d’après-guerre. Il y a 26 000 GI positionnés en Corée du Sud, et 60 000 autres, notamment à Okinawa, au Japon. Ils se disent qu’il faut acheter du matériel américain pour être protégés. Mais maintenant, le matériel est relocalisé, car il faut protéger tous les pays du Golfe. Il en va de même pour le matériel stocké en Europe. C’est dans ce sens que la guerre se mondialise. 

Plus cette guerre dure, plus les Américains perdent, et ils commencent à le comprendre. On commence à prendre conscience de l’asymétrie politique de cette guerre, dont la cible était tous les pays du Golfe. Ces pays jouaient de cette ambiguïté et de leur rôle privilégié en se positionnant comme la Suisse ou l’Europe du Moyen-Orient. Il y faisait bon vivre. Ils ont finalement trouvé un moyen de se distinguer. Ils entretenaient des relations avec l’Iran qu’ils savaient gérer, notamment pour ce qui est de la gestion de leurs flux financiers, y compris occultes. Pourtant, ils n’y sont pas parvenus. Le pays qui a reçu le plus de missiles et de drones, ce sont évidemment les Émiratis. Ils en ont reçu quatre ou cinq fois plus qu’Israël. Cela signifie donc qu’une panique s’installe, car les éléments importants sont détruits.

Je pense notamment au symbole Dubaï.

Thierry Breton

Thierry Breton

Les symboles que sont Dubaï, Abu Dhabi et le Qatar sont tous devenus des cibles. On commence à comprendre que ce n’est plus un havre de paix. Le tourisme fuit ces pays. Les infrastructures critiques sont attaquées, notamment celles qui permettent à ces pays d’être des pétromonarchies. 

Bien sûr, les Iraniens font attention, car s’ils les attaquent, ils s’exposent à une riposte. Pourtant, on voit que les Iraniens ont des capacités de réaction. Lorsque les Américains et les Israéliens commencent à bombarder des sites iraniens très sensibles, comme des lieux de production pétrochimique ou électrique, les Iraniens ripostent en attaquant les usines de dessalement et de désalinisation, qui sont extrêmement importantes pour les autres pays du Golfe. On sait que la quasi-totalité de ces pays dépendent à 50, 60, voire 90 % pour des pays comme le Kuweït du dessalement pour leur eau. Ces attaques constituent donc des crimes de guerre. Tout cela a des répercussions, par cercles concentriques, au-delà de la région.

Évidemment, les conséquences se feront sentir sur le prix du pétrole en Europe. Dès qu’une raffinerie ferme, le prix du pétrole augmente de 10 %. Lorsqu’on annonce qu’on va se calmer, il baisse de 8 %. Il y a une forte volatilité. 

Pour nos concitoyens, les répercussions sont immédiates : un prix à la pompe élevé, une inflation et une remontée des taux d’intérêt, ce qui a un impact sur l’économie.

C’est la même chose aux États-Unis. Le pays est devenu le premier producteur et exportateur d’hydrocarbures. Trump argue donc que les États-Unis sont immunisés. Or, ce n’est pas le cas, car les hydrocarbures américains sont lourds et ils doivent importer 30 % de leurs propres hydrocarbures pour faire des mélanges qui permettent précisément aux automobilistes d’acheter leur gallon. Or, le prix du gallon était de 2,80 dollars avant la guerre ; il est ensuite passé à 4,20 dollars. Cela représente donc une hausse de 46 à 50 %, ce qui est encore plus cher qu’en France. Aux États-Unis, le prix du gallon est un argument électoral de poids. L’inflation, qui est passée de 3 à 3,3 %, est un sujet important pour les Américains, car ils vivent en empruntant pour tout : leur maison, bien entendu, mais aussi pour tout le reste. Évidemment, le soutien populaire s’effondre avec une guerre beaucoup plus longue que l’opération vénézuélienne. On commence également à voir des fissures chez ceux qui soutenaient Trump, et il commence à payer très lourdement le prix politique, à quatre mois des élections de mi-mandat. On commence donc à être très nerveux à Washington. Trump n’a donc qu’une envie : tout arrêter et déclarer que les États-Unis ont tout gagné.

Avant d’aborder le sujet central de cette séquence, à savoir la Maison Blanche, Washington et l’opinion publique américaine, pouvez-vous nous parler du drone nautique dont le développement est pour le moment insuffisant pour rétablir cette asymétrie ?

Thierry Breton

Thierry Breton

C’est intéressant, car les États-Unis commencent à se dire qu’il faut changer complètement leur approche technologique militaire pour adopter une logique comparable, voire identique, à celle des Iraniens.

Ce n’est pas non plus une énorme surprise. On est quand même face à une guerre qui a une dimension dronistique très marquée.

Thierry Breton

Thierry Breton

Nous avons beaucoup appris de la guerre en Ukraine, qui entre dans sa cinquième année. Il ne faut pas oublier que les Ukrainiens ont réussi à couler presque toute la flotte russe à Odessa, sans marine, uniquement avec des drones. 

Pourtant, les États-Unis accusent un certain retard dans ce domaine. Comme d’habitude, c’est la DARPA qui va financer des projets identifiés auprès d’entreprises fabriquant des drones. Les États-Unis disposent donc désormais de drones qu’ils ont commencé à déployer. Il s’agit de petits bateaux sans pilote, un peu comme des zodiacs surpuissants, mais qui sont tout de même assez équipés pour couler un navire. Ils en ont donc maintenant, mais pas beaucoup.

On est, là aussi, face à une asymétrie très évidente.

Thierry Breton

Thierry Breton

Nous sommes à nouveau confrontés à une asymétrie volumétrique. Les Américains estiment qu’ils en auront la capacité dans trois ans. Mais où en sera-t-on dans trois ans ?

Comme je le disais tout à l’heure, il y a également une asymétrie politique qui se manifeste à deux niveaux. D’une part, il y a la pression que cela met sur le peuple américain, ainsi que sur les populations d’Europe et du Golfe, qui estiment que cela suffit. En Iran, le régime en place se préoccupe évidemment peu de sa population. Il les assassine plutôt quand ils manifestent. Nous avons vu ce qui s’est passé du 7 au 10 janvier, avec entre 30 000 et 40 000 morts. Le régime pend les manifestants qui ne sont pas d’accord. 

Quand un pilote américain s’est éjecté et n’a pas été retrouvé, le monde entier retient son souffle, puis il est retrouvé. Les Américains sont les meilleurs au monde pour mener des opérations de grande envergure.

On est à nouveau dans une logique au niveau du spectre.

Thierry Breton

Thierry Breton

Cette asymétrie perdure, mais elle commence à peser très lourdement, et c’est là-dessus que mise l’Iran. On voit clairement qu’il existe une différence de temporalité dans cette guerre mondialisée et asymétrique. 

Celui qui tient le plus longtemps a, en quelque sorte, les cartes en main et gagne. Trump disait à Zelensky, à Washington : « Tu n’as pas les cartes. » Aujourd’hui, nous réalisons que c’est Trump qui n’a pas les cartes dans cette guerre asymétrique. D’où son besoin de se donner l’impression de chercher à trouver un moyen de conclure quelque chose. Il essaie donc de faire croire que le régime a changé, ce qui est vrai, puisque ce ne sont plus les mêmes. Cependant, le régime ne s’est pas adouci, il s’est durci.

Le nom du guide suprême n’a pas vraiment changé.

Thierry Breton

Thierry Breton

Ils repoussent les uns après les autres. C’est pour cela que les Israéliens disent qu’il faut tondre le gazon en permanence. C’est un peu vulgaire et trivial, mais c’est ainsi que l’on justifie ces frappes à répétition.

Il y a une autre dimension que vous avez d’ailleurs développée dans un article passionnant sur la gestion du temps de Donald Trump en lien avec les marchés. 

Les indicateurs dont on dispose sont le soutien de l’opinion publique, les résultats sur le terrain et l’évolution des tendances lourdes. Mais si l’on adopte une approche néoréaliste, on se rend compte que ce qui se passe à la Maison-Blanche aujourd’hui représente une transformation du pouvoir lui-même. Le chef de l’État devient le dirigeant d’une entreprise et peut prendre le contrôle d’une fonction publique qui lui permet de s’enrichir considérablement. On observe en effet des choses très étonnantes, comme le fait que Donald Trump se comporte comme le président de la Fed.

Thierry Breton

Thierry Breton

On voit en effet que Donald Trump s’est mis dans une situation invraisemblable. Aujourd’hui, il n’y a qu’une seule personne au monde dont les paroles peuvent faire bouger les marchés : le président de la Fed. D’où la remarque de certains de ses prédécesseurs : « Si vous m’avez compris, c’est que je me suis mal exprimé. » Il faut donc faire très attention à ce que l’on dit en tant que président de la Fed, car cela fait bouger les taux d’intérêt, donne des perspectives et des anticipations, et les marchés réagissent. 

Donald Trump s’était mis dans la situation d’un président de la Fed. En disant une chose, le prix du baril bougeait immédiatement. Lorsqu’il affirmait qu’on n’était pas loin de la guerre, le prix du baril baissait immédiatement de 10 dollars. Finalement, les Iraniens ne voulaient rien entendre et disaient qu’ils allaient redoubler d’efforts, ce qui faisait remonter le prix du baril de 15 dollars. 

En observant ces évolutions, je me suis intéressé à la corrélation entre les propos de Donald Trump et les variations des cours. C’est incroyable et très précis. Il a donc cette espèce de grammaire, un peu comme un président de la Fed, et il sait que lorsqu’il dit par exemple « Nous n’avons pas besoin de l’OTAN », cela signifie quelque chose. « Nous protégerons le détroit d’Ormuz » veut dire quelque chose. Il appuie sur quelques touches du piano et les marchés bougent.

Maintenant, les marchés pensent qu’un accord mal ficelé serait sans doute trouvé, c’est la raison pour laquelle ils ne bougent pas trop, y compris aujourd’hui à New York.

Je me permets peut-être une annexe pour dire très brutalement que si vous savez à l’avance laquelle de ces touches va être appuyée, et que vous avez de l’argent, vous pouvez l’investir pour en tirer des bénéfices parfois intéressants.

Thierry Breton

Thierry Breton

Cela constitue un délit d’initié.

Je ne suis pas totalement en désaccord, mais je préfère nuancer cette vision des choses en utilisant des termes plutôt propres à un ministre des Finances. Lorsqu’il y a de la volatilité, on voit souvent apparaître des enrichissements indus. Selon le Wall Street Journal, certaines personnalités de l’entourage proche, voire familial, de Donald Trump auraient pu réaliser des plus-values rapides dans cette situation.

C’est la conséquence logique de la méthode néoréaliste du gouvernement : vous consolidez un clan qui bénéficie d’avantages.

Thierry Breton

Thierry Breton

Est-ce la finalité ? Je n’en sais rien. S’agit-il d’une conséquence directe ou indirecte ? C’est possible. En effet, beaucoup aux États-Unis commencent à se poser la question. Finalement, je suis convaincu que les « checks and balances » finiront par l’emporter et que des comptes seront demandés. La vitesse à laquelle les ministres américains sont remplacés est impressionnante : il y a encore une démission ce soir, celle de la ministre du Travail. 

Le secrétaire à la guerre, Pete Hegseth, prend des passages de Pulp Fiction pour des versets de la Bible. On frôle la caricature absolue.

Et personne dans la salle ne s’en rend compte.

Thierry Breton

Thierry Breton

Les 3 000 personnes présentes dans la salle sont très recueillies et prennent la chose très au sérieux. Nous pourrions également aborder la question du fait religieux dans ces guerres. Il ne faut pas non plus négliger ce sujet, car il est malheureusement bien réel, comme en témoigne la façon dont Donald Trump s’adresse au pape. 

Revenons à cette asymétrie dont on parlait. Il a effectivement désormais cette maîtrise sur les marchés, mais ceux-ci lui disent désormais que cela suffit. De même, les marchés lui avaient déjà dit stop le 4 avril, lorsqu’il avait annoncé son fameux « Liberation Day » et déclaré au monde entier à quelle sauce nous serions mangés avec les droits de douane et les tarifs. Dans la nuit, les taux obligataires se sont envolés. Les États-Unis sont le pays le plus endetté au monde. Ils doivent payer 1 000 milliards de dollars de taux d’intérêt par an. Quand on prend donc 30, 40 ou 50 points de base, cela change la donne. C’était la réponse des marchés obligataires, avant même que la Cour suprême n’en rajoute une couche sur l’illégalité et les effets néfastes de cette politique tarifaire. 

Je rappelle par ailleurs que les marchés, notamment le Dow Jones, ont retrouvé leur niveau d’avant-guerre. Cela signifie qu’ils ont effacé l’impact. Ils exerceront donc une pression très forte. 

Quand je parle des marchés, je parle de tous les acteurs, et Donald Trump les écoute pour conclure un accord le plus rapidement possible. 

Dans cette situation asymétrique, les Iraniens affirment qu’ils décident de tout quand ils le souhaitent. 

Des adultes interviennent alors dans la pièce aux États-Unis, entourés de Susie Wiles, la directrice de cabinet de Donald Trump. Cette femme républicaine très expérimentée connaît bien le parti, est la plus responsable et connaît le mieux Donald Trump. Susie Wiles commence alors à filtrer l’équipe. 

Les militaires sont sur place et prennent les choses au sérieux. Ils sont finalement parvenus à convaincre Donald Trump qu’une opération terrestre était nécessaire pour récupérer le pilote, mais qu’il ne fallait pas en faire une autre, car ils savaient qu’une telle opération en Iran serait une catastrophe. Les militaires, y compris le directeur de la CIA John Ratcliffe, ont maintenant repris la main et essaient de gérer au mieux cette situation. 

Un exemple en est le blocus dans le blocus. Concrètement, dans le blocus iranien, les Américains en mettent un autre en place sur les ports iraniens. 

Je rappelle que le PIB de l’Iran s’élève à 450 milliards de dollars. La France est à 3 500 milliards, soit 7 fois plus que l’Iran, pour un pays qui compte 93 millions d’habitants, soit une fois et demie la population de la France. Il s’agit donc d’un pays très développé sur le plan intellectuel, mais très pauvre. C’est également un pays qui a besoin d’importer de grandes quantités de matières premières, notamment pour subvenir à ses besoins alimentaires : 5,6 millions de tonnes de maïs par an, par exemple. Il doit donc passer par les ports pour importer du riz, de l’huile, du sucre, ainsi que des médicaments, du matériel médical, des intrants agricoles (y compris ceux qui doivent traverser le golfe) et des intrants technologiques pour fabriquer ses missiles et ses drones.

Si les ports sont fermés, ils ne peuvent évidemment pas exporter, mais ils doivent aussi vivre de façon très rudimentaire, une situation à laquelle la population iranienne est habituée, bien sûr. Le régime va se durcir pour éviter de nouvelles manifestations, comme celles du 28 décembre, qui avaient dégénéré. Quand il n’y a plus de riz, de maïs, de soja ou d’huile, la population commence à gronder.

Sous pression, les Américains tentent de créer une asymétrie politique en Iran. Sauf que l’Iran pénalise évidemment sa propre population. 

Par ailleurs, l’inflation en Iran était de 45 % l’année dernière et de 60 % cette année. La monnaie iranienne s’est encore dévaluée de 30 % depuis le début de la guerre, ce qui signifie qu’il faut désormais plus d’argent pour acheter tout ce dont on a besoin pour vivre. L’économie est donc très affaiblie. Beaucoup d’infrastructures ont été détruites, ce qui signifie que de nombreuses personnes ne peuvent plus se rendre sur leur lieu de travail et se retrouvent au chômage. Ils entrent donc dans cette asymétrie politique. 

Nous avons des échéances à moyen terme : le voyage de Donald Trump en Chine, initialement prévu le 30 mars, a été reporté au 14 mai. Cette situation constitue un obstacle pour nous. En Iran, les barrières se comptent en mois, voire en semestres. Les Américains ont donc voulu rétablir la symétrie et resynchroniser les échéances, mais en faisant cela, ils ont finalement fait souffrir un peu plus le peuple iranien. Cela a évidemment déplu aux Iraniens.

Je ne résiste pas à la tentation de vous demander de revenir sur l’Europe. Il y a quelques mois, vous avez publié un texte dans Le Continent dans lequel vous posiez un diagnostic qui semble aujourd’hui relativement adéquat à la situation que nous vivons. Vous y parliez de l’ère de la radicalité. Vous citiez également Karl Marx. Vous y défendiez l’idée qu’il fallait former une union sacrée en Europe pour résister à cette ère de la radicalité. Pouvez-vous revenir sur ce point ? La crise d’Ormuz donne-t-elle du poids à cette analyse ?

Thierry Breton

Thierry Breton

J’avais intitulé cet article « Résister à l’ère de la radicalité ». Le monde dans lequel nous vivons depuis la Seconde Guerre mondiale est un monde qui s’est reconstruit sur le concept de la confiance, qui nous permet d’avoir des relations contractualisées.  Au-delà du contrat, il faut également une instance, un gardien du contrat, un primus inter pares, qui veille à ce que ces relations contractuelles nous permettent de nous développer. Cela peut être l’OMC, par exemple, dans les relations internationales de commerce, ou l’ONU, dans les relations plus étatiques. 

C’est ainsi que le monde s’est développé, et nous, en Occident, avec évidemment la mondialisation et ses conséquences, notamment sur la productivité, la compétitivité et la génération de chaînes de valeur. Tout cela a progressivement créé des dépendances, car tout était articulé sous le signe de la confiance. Ces relations étaient garanties par le fait que tout cela avait été contractualisé et que ces contrats prévaudraient donc sur toute autre velléité. 

Je ne parle évidemment pas de l’architecture de sécurité mise en place chez nous, comme dans les pays du Golfe, qui a permis à l’OTAN et à l’Europe de se développer, mais qui a rendu 26 pays sur 27 totalement dépendants des États-Unis. Avec des bases en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Belgique, en Espagne et en Turquie, les États-Unis disaient qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. Or, désormais, Trump dit : « Si vous ne payez pas, nous ne serons pas là. » 

Pourtant, l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord repose en grande partie sur la confiance : si l’un des pays est attaqué, c’est toute l’Alliance qui est attaquée et nous devons le défendre. Or, cette confiance a volé en éclats. Lorsqu’il n’y a plus de confiance, on entre dans un monde basé sur les rapports de force. C’est ce monde qui existe depuis le 20 janvier 2025. Il faut donc résister à ce monde qui ne fera que se radicaliser. 

Il s’agit donc maintenant pour l’Europe de faire face à cette situation. Notre projet européen est également fondé sur la confiance : confiance en l’État de droit, confiance en la démocratie et confiance suprême en la valeur humaine. Cette architecture de l’État de droit est le véritable ciment de notre union, et nous devons continuer à la défendre. 

J’entends certains dire qu’il faut arrêter les relations internationales. Non, il faut continuer. C’est vital et existentiel pour nous. Si quelqu’un doit rappeler qu’il faut respecter le droit international, c’est à l’Europe de le faire. Je suis convaincu que si nous tenons bon, nous parviendrons à rééquilibrer la situation. 

Il ne faut pas céder à la tentation à laquelle ont cédé Mme Meloni pendant un certain temps et M. Orban. Nous avons vu où cela a mené dans le cas hongrois. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a également failli à son devoir en cédant aux pressions de Donald Trump. J’estime qu’il aurait fallu résister, comme l’ont fait le Premier ministre canadien et la présidente mexicaine. 

Nous devons donc faire preuve de zéro naïveté. Nous devons plus que jamais résister à cette radicalité qui se manifeste désormais ouvertement, afin de transformer notre projet qui est un projet de paix. Outre notre projet de paix, il nous faut aussi les attributs de la puissance pour pouvoir faire valoir nos intérêts, comme notre marché intérieur et nos technologies. Enfin, nous ne dépendons plus de la protection américaine, dont on a pu observer les limites au Moyen-Orient, et dont on constate actuellement les insuffisances face aux attaques.

Il ne faut pas l’oublier : une guerre se déroule actuellement sur notre continent, en Ukraine, et nous devons donc devenir de plus en plus autonomes. Il faut donc créer une union sacrée autour de ce qui nous réunit, mettre en avant ces valeurs, et certainement pas essayer de changer les institutions parce qu’on est au cœur d’une tempête. Lorsqu’on se trouve au milieu d’une tempête, on pourrait dire : « Il vaut mieux avoir un bateau un peu plus long, des voiles un peu plus petites et un moteur un peu plus puissant. » Nous pourrons nous poser cette question une fois arrivés au port, mais pour l’instant, nous avons besoin d’un capitaine. Les moments que nous vivons nécessitent, et feront évidemment apparaître, du leadership.

Dans l’introduction du volume du Grand Continent, que vous trouverez également à la sortie, Giuliano da Empoli utilise une formule que j’apprécie beaucoup : « Toute résistance commence par la connaissance. » Ce soir, nous avons accompli cet exercice de compréhension et de diagnostic du monde, tout en montrant à quel point il permet effectivement de faire face.

Prochains événements

22 septembre

Paris · Mardi du Grand Continent

Entrons-nous dans la guerre des drones ?

De 19:30 à 20:30 ·
événement hebdomadaire
Fabrice Deprez
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Michel Goya
Michel Goya
Richard Rechtman
Richard Rechtman
Muriel Lacoue-Labarthe
Muriel Lacoue-Labarthe
24 septembre

Bruxelles · Conférence

Comment éviter une nouvelle crise financière ? 

De 19:00 à 20:00
Hélène Rey
Hélène Rey
Karel Lannoo
Karel Lannoo
Pierre Wunsch
Pierre Wunsch
25 septembre

Paris · Conférence

La Nuit de l’École normale supérieure 

De 17:00 à 23:00
Thomas Grjebine
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