05

mai 2026

De 19:30 à 20:30

École normale supérieure

29 rue d'Ulm - 75005 Paris

Langue

Français

Guerre

Sommes-nous toujours dans le déni de la guerre ?

Pierre Vandier
Pierre Vandier
Stéphane Audoin-Rouzeau
Stéphane Audoin-Rouzeau
Ulrike Franke
Ulrike Franke
Gilles Gressani
Gilles Gressani

Mardi du Grand Continent à l’École normale supérieure, avec Stéphane Audoin-Rouzeau, l’amiral Pierre Vandier et Ulrike Franke, modéré par Gilles Gressani.

Ce soir, nous essaierons de regarder la guerre en face, ce qui est effectivement l’une des tâches les plus importantes aujourd’hui. 

Nous sommes très heureux d’accueillir l’amiral Pierre Vandier, commandant suprême allié transformation de l’OTAN depuis 2024, et ancien major général des armées, chef d’état-major de la Marine et commandant du porte-avions Charles de Gaulle. 

Stéphane Audoin-Rouzeau, directeur d’études à l’EHESS, est un grand historien de la Première Guerre mondiale, à laquelle il a consacré une dizaine d’ouvrages, ainsi qu’un spécialiste du génocide des Tutsis au Rwanda. Il est l’auteur du livre Notre déni de guerre, récemment publié aux éditions du Seuil. 

Ulrike Franke est senior policy fellow au Conseil européen des affaires étrangères. Elle travaille sur les questions de défense en Allemagne et en Europe, ainsi que sur l’avenir de la guerre. Elle est notamment reconnue comme l’une des plus grandes spécialistes des drones. 

Amiral Vandier, dans une pièce de doctrine que vous avez publiée dans Le Grand Continent, vous posez un diagnostic radical qui se reflète dans l’intitulé : « La vitesse est la matrice de la nouvelle puissance ». Pourriez-vous nous en dire plus sur votre analyse de la situation actuelle ?

Pierre Vandier

Pierre Vandier

J’ai rédigé cet article d’un seul jet, car les idées étaient claires dans ma tête. Ce texte vous livre donc une sorte de fond de cerveau qui a mûri depuis que j’occupe mon poste à l’OTAN où je m’occupe de la transformation. La question que l’on se pose est la suivante : qu’est-ce que transformer ? Vers quoi ? Vers où ? Et pourquoi ? Dans mon texte, j’ai donc tenté d’apporter des réponses à ces questions concernant ma mission. 

Premièrement, on assiste à un changement de nature de la guerre. Ce n’est pas nouveau. La guerre a toujours changé de nature, mais on a cru un moment que le monde était statique et que les choses étaient définitivement réglées. On croyait que nos modèles, qu’il s’agisse de modèles d’armée, de relations internationales, etc., étaient stables. Beaucoup de questions ont ainsi été laissées en suspens après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du bloc soviétique. Aujourd’hui, ces questions resurgissent, ce qui est très dérangeant pour nos sociétés.

La guerre revient finalement comme un environnement. L’affrontement est là, et il devient un état permanent. On a cru, notamment pendant la guerre froide et la période de paix qui a suivi, que la guerre n’était qu’une transition entre deux états. Il y avait donc l’état de paix et l’état de guerre. Lors d’une discussion que j’ai eue avec le chef d’état-major des armées norvégiennes l’année dernière, il m’a dit quelque chose de très pertinent : ce n’est pas la guerre qui est hybride, c’est la paix. Nous ne sommes donc pas en paix, mais en état de paix hybride, et cela durera probablement des années. Nous ne sommes peut-être pas en guerre, mais nous ne sommes certainement pas en paix. C’est un peu comme quand on pollue une eau avec des microplastiques : une fois qu’elle est polluée, il est extrêmement difficile de revenir à l’état initial. Aujourd’hui, la paix est polluée de l’intérieur par l’état du monde et de notre société. C’est pourquoi on parle aujourd’hui de continuum sécurité-défense, avec des groupes terroristes, des actions individuelles commanditées par des puissances étrangères à l’intérieur de nos pays, des sabotages, des vols de données, et puis des actions militaires telles qu’on peut voir en Ukraine. Il n’y a pas de changement fondamental de nature, et cette absence de discontinuité vaut un peu partout. Elle vaut donc aussi entre l’état de guerre et l’état de paix, entre civil et militaire, entre l’avant et l’arrière. 

Dans une société devenue totalement numérique, la notion de séparation des états n’est plus pertinente. La guerre est donc un environnement. 

L’objectif d’une guerre est de prendre l’ascendant sur l’adversaire. Aujourd’hui, il s’agit de désorganiser, de saturer, de décrocher et de perdre l’adhésion des populations. Or, nous vivons dans des démocraties qui présentent certaines fragilités. C’est l’ensemble du système étatique qui est attaqué : ses infrastructures, son fonctionnement, ses lois et la façon dont elles sont mises en œuvre. Il s’agit donc d’une approche très systémique de la bataille. 

Le deuxième point majeur de cette transformation est le retour du facteur temps. Autrement dit, on a toujours pensé qu’on aurait le temps de faire les choses plus tard. Aujourd’hui, le sentiment d’urgence, que l’on a notamment appliqué à la question climatique, revient dans le domaine de la géopolitique. On voit en Ukraine ce qui se passe quand on n’a plus le temps. L’Europe est encore dans un état de paix hybride, mais il est évident que le facteur temps devient une commodité. L’usage du temps est important, et il n’est pas surprenant qu’un des principaux atouts de l’intelligence artificielle soit d’accélérer le temps, et que l’on gagne beaucoup d’argent grâce à cette accélération.

Aujourd’hui, dans les sociétés occidentales et démocratiques, on cherche à moderniser un système devenu obsolète. La vision que l’on a de l’outil militaire est un peu étroite, voire romantique. Autrement dit, on pense qu’on va résoudre le problème en dépensant davantage pour acheter des armes qui fonctionnaient dans un contexte différent, alors que le problème à résoudre est nouveau. Ce n’est donc pas en appliquant les recettes d’hier qu’on réussira à le résoudre. C’est le Long Telegram, un article de George Kennan de 1946 alors chef du bureau des États-Unis à Moscou, qui explique le système soviétique, qui m’a fait comprendre cela. Je l’ai lu avant de prendre mes fonctions à l’OTAN et j’ai été saisi par le fait que cet article décrivait parfaitement la situation actuelle. Il explique qu’il faut d’abord se renforcer de l’intérieur, renforcer la société civile, sa résilience et sa force morale pour résister aux Soviétiques. Il y a évidemment un volet militaire, mais c’est l’ensemble du dispositif qui doit fonctionner, car c’est l’ensemble qui est attaqué. L’Union soviétique avait pour objectif de dominer le continent, tant sur le plan militaire que politique.

Aujourd’hui, nous sommes face à un adversaire qui a pris conscience des limites de notre modèle actuel. On parle d’industrie de défense, mais nous avons désindustrialisé et nous rencontrons donc des problèmes majeurs, y compris aux États-Unis, pour produire en masse des armes adaptées à la réalité de la guerre. Nos systèmes militaires sont désalignés par rapport à cette réalité, et nos adversaires en ont pris acte. Les États-Unis produisent par exemple environ 1 200 Patriot par an, soit des missiles anti-drones et anti-ballistiques très chers, qui coûtent environ 2 millions de dollars l’unité. Les Russes, eux, produisent 50 000 Shahed par an, ainsi que 3 000 à 4 000 missiles balistiques. Ce que nous produisons ne répond donc pas au défi. De plus, ce qu’on a conçu n’est pas produisible en masse aujourd’hui. Le plafond de verre, c’est que — et je reviens sur le temps — notre inertie institutionnelle devient un facteur de vulnérabilité stratégique. Tout le temps qu’on passe à admirer le problème, à faire des théories, on ne fait rien et on ne change pas. Nous sommes donc dans un temps d’adaptation. 

La vertu stratégique d’aujourd’hui est l’apprentissage et l’adaptation. Nous sommes dans un moment darwinien. Il faut être capable de regarder les choses en face, même si cela fait peur, puis de savoir ce qu’il faut faire. Ce n’est pas un acte de désespoir, mais il faut tenir compte de la situation telle qu’elle est et appliquer des solutions qui résolvent le problème, plutôt que des solutions qui nous rassurent sans pour autant le résoudre. 

Bien entendu, tout ne se résout pas dans un budget. On parle beaucoup de chiffres, mais ce qui compte, c’est ce que pense l’adversaire. Aux États-Unis, j’aime dire : « The enemy has got the vote ». C’est l’ennemi qui choisit de nous attaquer. Nous n’avons pas envie d’attaquer quelqu’un, mais l’ennemi a son mot à dire. Il faut donc d’abord savoir ce qu’il veut faire, quels sont ses moyens et comment on va le contrer. C’est le début de la stratégie. 

Nous sommes donc dans une phase de réapprentissage. La vitesse d’adaptation et la qualité de la réponse sont essentielles. Aujourd’hui, j’invite nos amis européens, mais aussi américains, à changer de paradigme, à se remettre en cause, à identifier le problème et à inventer des solutions. Inventer, c’est prendre des risques, tester et apprendre en avançant. En agissant ainsi, nous montrerons que notre société démocratique est meilleure que celle de ceux qui nous contestent, que nous sommes plus forts et plus unis. 

Essayons d’inventer le monde de demain, celui qui se présente à nous. Il est ce qu’il est. C’est notre héritage, c’est notre problème. Mais ce n’est pas en tournant le dos à la réalité que nous parviendrons à prendre l’ascendant.

Voilà donc ma réponse à la question que je vous ai posée au début : transformer, ce n’est pas prédire la prochaine rupture, c’est s’organiser pour survivre. Nous disposons de tous les moyens nécessaires dans notre monde occidental pour y parvenir, à condition de considérer l’ensemble du spectre.

Il s’agit d’un combat de société. La Première Guerre mondiale a vu des agriculteurs enrôlés de force dans un conflit pré-industriel, voire quasi-industriel. La Seconde Guerre mondiale a été un choc industriel entre l’Allemagne, puissance industrielle, et les États-Unis, qui ont fini par l’emporter. Aujourd’hui, nous sommes dans une sorte de guerre numérique. Le numérique envahit l’ensemble de notre société et de nos vies. La question de la vitesse d’adaptation devient donc fondamentale, notamment en ce qui concerne l’intelligence artificielle. Il faut prendre conscience de la société dans laquelle nous vivons et de celle que nous voulons défendre.

Amiral, vous écrivez : « L’Histoire n’attend pas les organisations qui hésitent. Elle ne prévient jamais. Elle constate, après coup, quelles sont celles qui avaient su se transformer et celles qui ont disparu, annihilées par la défaite.  » 

Stéphane Audoin-Rouzeau, dans quelle mesure sommes-nous dans le déni ? En quoi ces textes de l’amiral Vandier résonnent-ils avec votre propre travail ?

Stéphane Audoin-Rouzeau

Stéphane Audoin-Rouzeau

C’est un texte assez brutal par moments, et c’est tant mieux. Je n’en avais jamais lu de semblable depuis le début de l’offensive russe, le 24 février 2022, émanant d’un haut responsable militaire. 

Ce qui m’a frappé dans ce texte, c’est son pessimisme extrême. Personnellement, j’ai toujours pensé que l’histoire progressait grâce à ses aspects sombres. Je me considère donc aussi comme un pessimiste, mais le pessimisme de ce texte a dépassé le mien de très loin. À certains moments, j’ai cru lire, toutes proportions gardées bien sûr, certains avertissements du général de Gaulle dans les années 1930, ou, a posteriori, certaines analyses de Marc Bloch dans son livre L’Étrange Défaite, lorsqu’il analyse justement l’écart technologique et conceptuel entre l’armée française et l’armée allemande. 

La question du temps et de notre lenteur est centrale dans l’article. Si nous étions pris de vitesse par l’adversaire, qui nous désigne aujourd’hui de manière extrêmement claire, l’impression serait que ce qui nous guette collectivement, en tant qu’alliance, c’est un mai-juin 1940.

En tant qu’historien civil, ce qui m’intéresse, c’est évidemment l’absence de séparation entre les questions militaires et les questions socio-culturelles. Vous écrivez que nous avons cessé de considérer la guerre comme une possibilité réelle, structurante et imminente, face à laquelle il faut rester vigilant. Cette possibilité nous a échappé, comme elle échappait d’ailleurs aux contemporains avant la guerre de 1914. À l’époque, pourtant, dans une société très militarisée, avec des pacifistes très organisés, l’effectivité de la guerre n’est apparue aux sociétés européennes qu’à la fin du mois de juillet, soit deux ou trois jours seulement avant le début de la guerre, dans les capitales. 

Pourquoi cette installation dans ce que vous appelez une inquiétude hors du temps ? C’est une question qui nous concerne tous. Il faut sortir les questions militaires du cercle dans lequel elles sont traitées pour que nous puissions nous affronter, en tant que citoyens et acteurs sociaux, à cette question. Si nous avons cru à ce point à la disparition définitive de la guerre en Europe, si nous avons commis cette erreur fatale, c’est parce que nous avons été victimes d’une eschatologie très ancienne. Le vieux millénarisme chrétien, avec son jugement dernier, prônait justement la disparition de la guerre. Les Lumières reprennent cette thématique, notamment dans le texte Vers la paix perpétuelle de Kant, publié en 1795 : un écrit très notable, mais prescriptif et naïf. Puis advient le pacifisme libéral du XIXe siècle, qui précède, dès le milieu de ce siècle, les pacifismes socialistes et internationalistes. 

Ce qui est très étrange, c’est que les deux guerres mondiales, qui ont brisé ces espoirs pacifistes, au lieu de les relativiser, les ont fait renaître et les ont portés à un niveau extraordinairement élevé. Les années 1990, marquées par la fin de la guerre froide et la supposée victoire de l’Occident, ont nourri chez nous une grande illusion. Entre les années 1990 et le début des années 2000, nous avons cru à cette promesse du 12 novembre 1918, publiée dans un journal lyonnais : « La guerre est morte, et c’est nous qui l’avons tuée. » Nous avons également cru à la victoire définitive de la démocratie libérale. Deux erreurs fatales et imbriquées dont il faut maintenant payer le prix, qui est extrêmement élevé.


L’Union européenne est la réalisation de cette croyance, de cette attente d’une forme de parousie. Comment une telle naïveté a-t-elle pu être possible ? Le moment où cette naïveté s’est le plus fait sentir, c’est lorsque nous n’avons pas cru à l’invasion russe du 24 février 2022. Cette erreur fatale n’était pas seulement une erreur de renseignement, mais une erreur profondément ancrée dans notre culture.

Il est difficile de ne pas penser à la relation franco-allemande quand on parle de déni de guerre. Il est également difficile de ne pas penser au contexte géopolitique particulier dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui, avec l’annonce historique du retrait de 5 000 soldats américains du territoire allemand, même si, par la suite, des déclarations ont tenté de minimiser son importance. Ulrike Franke, pouvez-vous nous aider à comprendre ce contexte, en lien avec l’article de l’amiral ?

Ulrike Franke

Ulrike Franke

Je ne trouve pas cet article si pessimiste. Peut-être est-ce tout simplement parce que, dans les cercles d’experts en sécurité et en défense, les propos de l’amiral sont a priori très partagés : il y a une urgence, il faut faire beaucoup plus, le danger est bien réel. En Allemagne, beaucoup d’experts évoquent d’ailleurs l’année 2029, à partir de laquelle la Russie serait en mesure d’attaquer les pays de l’OTAN. Ces derniers jours, les services de renseignement de l’OTAN ont justement établi le même calcul : à partir de 2029, la Russie sera en mesure d’attaquer un pays de l’OTAN ou l’OTAN tout court. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il n’y aura pas de problème avant 2029. D’ailleurs, c’est justement en 2029 que Donald Trump ne devrait plus être président. 

Peut-être ne trouve-je pas cet article si pessimiste, car il apporte également des réponses. 

J’ai grandi en Allemagne avec l’idée que la guerre était terminée, justement, dans les années 90. C’est surtout l’Allemagne qui a embrassé cette idée d’une fin de l’histoire de manière assez extrême. Les Allemands regardaient même la France et la Grande-Bretagne, ces anciennes grandes puissances militaires, avec un peu d’arrogance, car ils avaient l’impression d’être les seuls à avoir compris que les questions militaires n’avaient plus d’importance. J’ai donc été frappée de voir à quel point cette idée est aussi présente en France et ailleurs. 

Je suis également d’accord avec l’amiral sur la notion de « paix hybride », un terme qui est d’ailleurs bien plus approprié que « guerre hybride ». Cependant, en l’utilisant, on se demande toujours si l’on est sous attaque et comment réagir. Or, ce n’est pas exactement cela. En réalité, nous ne sommes pas encore en guerre, mais nous ne sommes pas vraiment en paix non plus. D’ailleurs, c’est exactement ce que le chancelier allemand Friedrich Merz a récemment déclaré. En Europe, nous sommes confrontés à des attaques hybrides tous les jours. Des survols de drones ont eu lieu un peu partout en Europe, surtout l’année dernière, ce qui a entraîné la fermeture de nombreux aéroports pendant quelques heures, voire plus. Des drones ont également survolé des bases militaires, y compris celles où sont entraînés les soldats ukrainiens, ainsi que d’autres infrastructures critiques. Les attaques informatiques sont également très nombreuses. Le Parlement européen et le Bundestag ont été piratés. On assiste également à des sabotages de câbles sous-marins et à d’importantes campagnes de désinformation. D’ailleurs, c’est surtout en France que l’on observe cela. Je ne sais pas pourquoi. Ou peut-être que la France y prête simplement plus d’attention. Alors, que faire face à cette paix hybride ? 

Le deuxième point que je voulais aborder concerne l’industrie de la défense. Qu’achète-t-on et comment ? Ce sont des questions très importantes pour l’Allemagne, qui dépend énormément de financements pour ses forces armées. Trois jours après l’invasion de l’Ukraine en 2022, l’annonce d’un budget de 100 milliards d’euros pour les forces armées allemandes, la Bundeswehr, a été faite. Depuis, une autre annonce d’investissement de 500 milliards d’euros a été faite, pas uniquement pour la défense, mais aussi pour l’infrastructure. Il s’agit de sommes jamais vues en Allemagne et en Europe. Cela a une importance pour la défense européenne quand l’Allemagne dépense autant d’argent. 

La question est de savoir quoi acheter et comment acheter. Il y a deux défis : le premier est la production locale, et le second, l’adaptation.

En ce qui concerne la production, nous avons besoin d’un nouveau complexe militaro-industriel qui permette à nos industries de défense de produire en grande quantité lorsque c’est nécessaire. Or, ce n’est pas le cas actuellement, car nous avons du mal à produire en grande quantité. Nous voyons en Ukraine que la quantité est un facteur déterminant. Au lieu d’acheter en masse des systèmes aujourd’hui, il faut surtout mettre nos industries dans une situation où elles seront capables de produire le jour venu. Il faut donc changer notre système d’acquisition militaire et nos contrats d’acquisition. Il faut arrêter de faire des acquisitions pour lesquelles il faut déjà trois ans pour définir ce que l’on veut, puis on le dit à l’industrie qui met entre cinq et dix ans à produire quelque chose, et ensuite, on le garde jusqu’au jour où on en a besoin. Il faut plutôt mettre nos industries en mesure de produire quand c’est nécessaire et produire chez nous plutôt qu’ailleurs, car la désindustrialisation est un véritable problème. Elle a créé des dépendances très importantes, notamment envers la Chine, où sont produites toutes les pièces détachées des drones. 

Concernant l’adaptation, elle ne se limite pas à un progrès technologique. Avant la guerre en Ukraine, les cercles d’experts réfléchissaient déjà beaucoup au progrès technologique. La question de la prochaine technologie qui se retrouvera sur les champs de bataille est importante. Pourtant, on voit en Ukraine que l’adaptation peut parfois aussi consister à faire machine arrière. Il est vrai que les drones se sont beaucoup développés avec l’intelligence artificielle, notamment en ce qui concerne leur autonomie, mais en ce moment, l’une des adaptations les plus importantes en Ukraine et en Russie, c’est qu’il s’agit de drones qui tirent derrière eux des câbles de 30 km. Ce n’est pas un progrès technique, car cela existait déjà il y a des décennies, mais c’est ce qui permet aux Ukrainiens de contourner la guerre électronique des Russes, et cela fonctionne. 

Dans l’industrie de défense, on voit qu’il y a beaucoup de mouvements et de développement en Europe, avec également énormément de start-up, de petites entreprises qui commencent à s’organiser et à produire des systèmes très importants. L’industrie de défense européenne sera donc très différente de celle d’il y a quatre ans. D’ailleurs, les Ukrainiens s’intégreront également à tout cela une fois que la guerre sera terminée.

Amiral Vandier, êtes-vous très pessimiste, plutôt pessimiste ou pas du tout pessimiste ?

Souhaitez-vous rebondir sur les différents points soulevés par Ulrike Franke et Stéphane Audoin-Rouzeau ?

Pierre Vandier

Pierre Vandier

Je ne pense pas être pessimiste. Il faut avoir le courage d’être lucide. Le problème en Europe, en particulier, c’est qu’on a du mal à renoncer à une forme d’impérialisme ou de supériorité morale. On pensait avoir résolu tous les problèmes du monde. Nous étions engagés en faveur de la croissance infinie et de la paix éternelle. Récemment, on me posait la question de l’état de l’ordre international et de l’État de droit international. J’ai répondu que c’était une construction qui résultait de l’équilibre de la Seconde Guerre mondiale et de la fin de la guerre froide. Aujourd’hui, une masse critique de gens est en train de retourner la table. Cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas d’ordre international demain, mais les règles actuelles sont en train de changer. Le dire n’est pas être pessimiste, c’est un fait. 

Il faut donc accepter de renoncer à des prophéties que l’on croyait éternelles. J’en cite souvent trois : on a cru que le commerce libéral produirait la démocratie. L’échec est survenu en 2005 sur la place Tian’anmen. On n’a pas voulu le voir, mais aujourd’hui, la deuxième puissance économique mondiale est tout sauf une démocratie. La deuxième prophétie était que le commerce et l’interdépendance nous vaudraient une amitié éternelle de la part de nos ennemis. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne a acheté du gaz aux Russes pendant longtemps avant de comprendre que ce n’était pas la solution. La dernière prophétie était que le désarmement nous vaudrait l’absence d’ennemis. Or, un pays totalement désarmé comme le Rwanda a réussi à mettre des millions de personnes dans la tombe à l’aide de pelles et de pioches. 

On voit donc clairement que la paix n’est pas le résultat de tout cela et qu’il faut l’aborder avec plus de lucidité. L’inquiétude que j’ai tenté d’exprimer dans l’article, c’est que cette forme de cécité, d’abord intellectuelle et morale, cette idée d’arrogance et cette eschatologie que l’on a cru pouvoir imposer au monde à la fin de la guerre froide, conduisent à l’immobilisme. 

Je réfute donc le pessimisme et je privilégie plutôt la lucidité.

C’est une manière optimiste de voir le pessimisme.

Pierre Vandier

Pierre Vandier

À partir du moment où l’on regarde les choses en face, on peut commencer à prendre de bonnes mesures. Prenons un exemple : imaginons qu’il y ait un incendie dans notre grande maison de campagne. Nous ne sommes pas sur place et notre gardien nous appelle pour nous dire : « Il y a un incendie dans la maison. Je viens de prendre deux extincteurs supplémentaires. » Si une aile entière de la maison brûle, ce n’est pas une bonne nouvelle, et nous aurions préféré qu’il nous dise : « Trois camions de pompiers sont en train d’essayer de maîtriser l’incendie. »

Stéphane Audrand, spécialiste de la défense, commentait récemment la décision d’un grand pays de l’OTAN d’augmenter sa production de cartouches d’infanterie pour la porter à 5 millions par an. On pourrait penser que 5 millions, c’est beaucoup, mais en réalité, cela ne représente que 30 cartouches par jour pour une division pendant 80 jours. Aujourd’hui, il faut 500 millions pour commencer à équiper ce que ce grand pays mettra en œuvre lorsqu’il affirme de s’engager à hauteur d’une division dans une bataille en Europe.

Sur ce point, vous voulez donc dire que ce changement très radical implique également une manière différente d’envisager le fonctionnement de l’institution elle-même ?

Pierre Vandier

Pierre Vandier

C’est le contexte dans lequel se trouvent les Ukrainiens qui ont tenté de combattre les Russes avec de l’artillerie. Puis, brutalement, ils se sont retrouvés à court d’obus. Ils ont donc inventé la guerre des drones, car ils n’avaient pas d’autre choix. C’était cette solution ou la mort. Ils ont commencé par fixer des grenades et des têtes de roquettes sur des drones DJI, par exemple. Puis, petit à petit, cette approche s’est institutionnalisée. J’ai visité une usine à Kiev où une puéricultrice de 29 ans dirige une équipe de 1 000 personnes qui travaille 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Elle produit 3 000 drones par jour. Les Ukrainiens ont ainsi résolu un problème en adoptant une nouvelle approche. 

Il faut prendre conscience de la dissonance entre, d’une part, le discours qui souligne que nous serons en guerre en 2029 et que les Russes sont aux portes de l’Europe, et d’autre part, ce que nous faisons aujourd’hui. Tant que nous continuerons à appliquer ce cataplasme qui nous rassure sans affronter la situation, nous créerons les conditions pour que l’adversaire tente sa chance en croyant que nous sommes faibles. 

L’adversaire russe s’est beaucoup transformé ces cinq dernières années : il produit désormais plus de matériel, plus de chars que les Ukrainiens ont détruits, et plus d’obus que nous, et l’écart ne cesse de se creuser. Notre devoir impérieux est aujourd’hui de créer les conditions pour que l’adversaire se trompe, et surtout qu’il comprenne qu’il se trompe. L’échec de la guerre en Ukraine, c’est que les Russes ont cru qu’ils allaient mener une opération de 15 jours. Si on leur offre cette chance pour ce qu’il reste d’Europe, ce serait une lourde faute.

Stéphane Audoin-Rouzeau

Stéphane Audoin-Rouzeau

Il y a quand même une phrase frappante dans votre article, Amiral. Vous y écrivez : « Un char modernisé reste un char conçu pour une bataille de contact linéaire. Un essaim de drones piloté par IA opère dans une logique radicalement différente : saturation, redondance, décision distribuée, coût marginal quasi nul. » Ce type de phrase est, à mon avis, extrêmement pessimiste, surtout à l’heure actuelle.

Il y a une autre chose qui aurait pu rendre votre article encore plus sombre : vous parlez de l’OTAN, une alliance de 32 pays, un traité, une profondeur industrielle extrêmement importante et une interopérabilité entre les armées construite de longue date. Mais vous n’évoquez pas les États-Unis, qui constituent pourtant la colonne vertébrale de cette Alliance. Si les États-Unis se désinvestissaient de l’Alliance, qu’est-ce qui changerait dans celle-ci ? Ne risque-t-on pas d’assister, à ce moment-là, à la juxtaposition de tronçons d’armées sans le principe qui, jusqu’ici, les a unis en termes de commandement, de présence de troupes sur place, de renseignement, etc. ?

De plus, puisque la transformation et la modernisation ont été beaucoup évoquées, nous pourrions aussi aborder la dimension régressive de la guerre. En tant qu’historien de l’histoire « d’en bas », de l’histoire des combattants, je suis très frappé par les conditions d’existence des soldats ukrainiens et russes, surtout depuis que les drones ont pris une telle importance sur le champ de bataille. Ces hommes sont, pendant des semaines, des mois, dans des trous, ravitaillés uniquement par des drones, sans possibilité d’être relevés, et qui deviennent fous d’épuisement et de terreur. De même, on parle peu de la régression des services de santé. Ce qui a permis de faire tant de progrès dans les services de santé depuis 1945, c’est l’hélicoptère, le « dust-off » du Vietnam, qui permet de transporter les soldats sur une table d’opération en moins d’une heure, voire en moins de 20 minutes. Si un soldat blessé se retrouve dans un hélicoptère, il n’a plus qu’1 % de risques de mourir. Mais les hélicoptères sanitaires ne peuvent pas voler, notamment à cause des drones. Le taux de blessés par rapport aux tués est ainsi proche de celui de la Première Guerre mondiale, avec des blessures faciales et un nombre d’amputations lié au retard de prise en charge. Il faut en effet trois jours et demi avant qu’un soldat ukrainien ne soit sur la table d’opération. Nous assistons donc à une régression historique tout à fait étonnante en temps de guerre, qui va dans l’autre sens en quelque sorte. 

Puisqu’on parlait de l’Allemagne, j’ai été très frappé par les propos du lieutenant-général de la Bundeswehr qui, le 14 janvier, déclarait : « L’un de mes problèmes pour 2029 est de savoir comment l’Allemagne, qui servira de hub aux armées de l’OTAN, pourra accueillir 1 000 blessés par jour. » Or, les hôpitaux militaires allemands ne peuvent en accueillir que 1 800 au total, ce qui signifie qu’ils seront saturés en moins de deux jours. On touche alors à une autre forme de guerre, à la guerre dans sa létalité extrême. C’est l’autre versant des percées technologiques que nous observons actuellement.

Ulrike Franke

Ulrike Franke

J’aimerais aborder deux points. Tout d’abord, ayant consacré ma carrière académique à l’étude des révolutions dans les affaires militaires, c’est-à-dire à l’analyse des avancées technologiques dans le domaine militaire et de leur impact sur les conflits du passé, j’ai constaté que, dans la plupart des cas, les nouvelles technologies viennent s’ajouter aux systèmes déjà en place plutôt que de les remplacer. Je souligne cela parce que je m’intéresse beaucoup à la guerre des drones, mais je ne suis pas convaincue qu’on n’aura plus besoin de chars, par exemple. Au contraire, les drones et l’intelligence artificielle s’ajoutent aux anciens systèmes. D’ailleurs, les Ukrainiens s’intéressent toujours beaucoup à l’artillerie. Il est vrai que le char doit évoluer. Et il est très probable que le char soit accompagné d’essaims de drones à l’avenir. Mais l’idée de pouvoir affirmer qu’on n’en aura plus besoin me semble prématurée.

Deuxièmement, je pense qu’une des façons de répondre à la menace actuelle est d’impliquer davantage les sociétés et le secteur privé dans nos pays. En Allemagne, par exemple, si l’on doit transporter, héberger et soigner des milliers de troupes de l’OTAN sur notre territoire, cela ne se fera pas uniquement en impliquant la Bundeswehr et le gouvernement. Il faut impliquer le secteur privé dans tout cela. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un document classé, intitulé Operationsplan Deutschland, a été publié récemment. Il implique le secteur privé et examine la manière de s’appuyer sur les hôpitaux, les restaurants, les transporteurs et tous les autres secteurs qui deviennent très importants en cas de crise.

Pierre Vandier

Pierre Vandier

Le niveau technologique de nos sociétés a en effet permis d’atteindre un nouveau seuil d’efficacité dans ce domaine. C’est pour cette raison que l’on retrouve les chiffres de 1914. On ne l’avait pas vu auparavant, car les expéditions menées en Afghanistan, au Mali, etc., n’avaient absolument pas touché les populations et étaient déjà diablement efficaces. Aujourd’hui, nous avons un adversaire extrêmement coriace qui a une profondeur stratégique, et ces chiffres apparaissent. Mais quand on compare ce qui se passe aujourd’hui avec les frappes de l’OTAN en Afghanistan ou celles de la coalition menée par la France au Mali, on constate qu’on a juste massifié ce qui se faisait déjà à l’époque.

Aujourd’hui, nous parvenons à un triangle de vitesse, de précision et de létalité qui représente la performance de notre société. Les outils de microtrading et de logistique d’Amazon sont tout aussi efficaces pour les militaires. Ce qui fait qu’un livre commandé ce matin arrive dans la boîte aux lettres ce soir, s’applique également à la logistique militaire et à la précision. C’est donc ce degré de performance de la société qui est mis en œuvre, avec la question de la déshumanisation qui est également présente dans nos sociétés.

Aujourd’hui, les questions de trêve, de blessés, etc., sont des questions éminemment régressives, car on peut dire que, d’une certaine manière, nous avons beaucoup régressé dans notre conscience humaine, y compris dans nos sociétés.

Je me rends à Washington pour donner une conférence vendredi matin avec Éric Schmidt, l’ancien PDG de Google et expert en IA. La question n’est pas de savoir comment réguler, mais de comprendre ce à quoi nous sommes confrontés aujourd’hui avec l’IA, marquée par une accélération de la précision et de la rapidité, ainsi que par le risque d’un lâcher-prise cognitif. On pense que l’ordinateur a raison parce qu’il répond comme un assistant. Or, il dit énormément de bêtises, fait beaucoup de choses et en fait de très mauvaises.

Pendant la guerre en Libye, j’étais au centre de commandement de l’OTAN. Il s’agissait d’un cycle de 48 heures au cours duquel nous traitions quelques cibles émergentes dans les deux heures. Aujourd’hui, en Ukraine, ce cycle ne dure que 10 minutes. L’homme est toujours dans la boucle, mais la capacité de jugement, avec beaucoup d’automatisation des étapes, est un sujet majeur. 

Concernant la question des chars, je ne peux évidemment pas prédire s’il y aura de grands combats de chars à l’avenir. Les Ukrainiens ont tranché : ils ne veulent plus de chars. Ce qui vaut en Ukraine, vaudra-t-il également en Pologne ou dans les pays baltes ? Je l’ignore. Mais ce que je sais, c’est qu’un char sans drone a peu de chances de survivre. Nous avons déjà mené des exercices avec des Ukrainiens contre les forces de l’OTAN. En deux jours, nous avons anéanti des bataillons entiers. Il faut donc trouver une solution. C’est pareil pour les porte-avions, les frégates, etc. Nous devons atteindre un nouveau seuil d’efficacité dans la guerre, qui est celui de notre performance collective et industrielle.

En 1914, nous avons été surpris par un feu que nous n’avons pas su maîtriser. Il a fallu attendre la Seconde Guerre mondiale et l’ère nucléaire pour que l’on comprenne. Aujourd’hui, nous sommes surpris par une nouvelle robotisation et une digitalisation de la guerre. 

Le deuxième point, concernant l’alliance sans colonne vertébrale, est un peu plus complexe et politique. Vous comprenez bien que l’énergie et la franchise de mon article ne pouvaient pas aborder le sujet en tant que représentant militaire de l’OTAN en posant la question : « Qu’est-ce que l’OTAN sans la colonne vertébrale ? »

Nous sommes 32 alliés, dont deux outre-Atlantique : le Canada et les États-Unis. En identifiant les États-Unis en tant que colonne vertébrale, nous risquons de tomber dans une forme d’autorégression mentale. Nous nous sommes auto-vassalisés dans nos têtes. La colonne vertébrale, ce sont les 500 millions d’Européens qui espèrent vivre dans un univers où l’on ne se fait pas bombarder par des drones toute la journée, où l’on ne se fait pas voler ses données, où l’on ne se fait pas manipuler, où l’on peut voter librement, etc. Le fait de sous-traiter mentalement et moralement cette question à l’extérieur de nous-mêmes revient à ce que je disais tout à l’heure : c’est une forme de cécité. Je ne dis pas que les Américains ne seront pas là, je ne dis pas qu’ils ont cessé de nous aider, mais vous voyez à quel point le problème est intériorisé. La colonne vertébrale, c’est nous, et c’est à nous de porter la réponse.

Stéphane Audoin-Rouzeau

Stéphane Audoin-Rouzeau

Amiral, puisque la question du temps est centrale dans votre article comme dans votre pensée, de combien de temps dispose-t-on pour mener à bien les transformations que vous dirigez ?

Pierre Vandier

Pierre Vandier

J’ai passé une partie de ma carrière militaire à piloter des avions de chasse sur porte-avions. Il faut être à l’heure pour que le porte-avions puisse vous recueillir. J’ai donc vécu avec cette question de l’heure pendant une quinzaine d’années. Il y a deux façons d’être à l’heure. Soit on arrive en avance. Soit, si l’on arrive pile ou en retard, on accélère. Accélérer coûte très cher et demande de l’énergie. Dans un avion de chasse, il faut mettre les gaz, et parfois, il n’y a même pas assez de carburant pour arriver à l’heure. Il faut donc couper dans les virages. Si l’on a la chance d’avoir une navigation avec des branches, on peut essayer de couper tout droit pour gagner du temps. 

Aujourd’hui, le défi pour nous, Européens, dans ce monde, c’est d’accepter de prendre des virages, c’est-à-dire de quitter l’univers parfait que nous espérons, fait de normes et de règles, où tout irait bien. Comment y parvenir ? C’est un potentiel important, vu le poids des tonnes de processus et de normes que nous avons accumulées pour atteindre ce monde parfait. Aujourd’hui, le « good enough », c’est-à-dire le fait d’apporter une solution à 80 % des problèmes, est déjà positif et permet d’aller mieux. C’est une attitude mentale que j’ai essayé de déclencher dans l’article en disant : « Bougeons, prenons déjà la bonne direction, prenons conscience de ce que nous pouvons faire, et ça ira beaucoup mieux. » Le mouvement suit le constat.

Aujourd’hui, je ne sais pas combien de temps nous avons. Je ne sais pas si la Russie nous attaquera demain. Je ne sais pas si Trump ne va pas commettre une nouvelle erreur. Je ne sais pas si nous ne serons pas la cible d’un missile iranien qui finira par atterrir dans un pays de l’OTAN, comme cela a failli arriver en Turquie. Ce que je sais, c’est que si nous avons déjà changé d’état d’esprit et que nous nous disons qu’il faut absolument gagner du temps, alors nous pourrons peut-être trouver des solutions. À ce moment-là, nous commencerons à trouver des solutions, et peut-être que nos adversaires en tiendront compte.

Prochains événements

22 septembre

Paris · Mardi du Grand Continent

Entrons-nous dans la guerre des drones ?

De 19:30 à 20:30 ·
événement hebdomadaire
Fabrice Deprez
Fabrice Deprez
Michel Goya
Michel Goya
Richard Rechtman
Richard Rechtman
Muriel Lacoue-Labarthe
Muriel Lacoue-Labarthe
24 septembre

Bruxelles · Conférence

Comment éviter une nouvelle crise financière ? 

De 19:00 à 20:00
Hélène Rey
Hélène Rey
Karel Lannoo
Karel Lannoo
Pierre Wunsch
Pierre Wunsch
25 septembre

Paris · Conférence

La Nuit de l’École normale supérieure 

De 17:00 à 23:00
Thomas Grjebine
Thomas Grjebine
Camille Brugier
Camille Brugier

Guerre - Autres vidéos sur ce sujet

Le blocage d’Ormuz et la santé mondiale

Jean-François Delfraissy
Jean-François Delfraissy
Mathieu Lamiaux
Mathieu Lamiaux
Stéphanie Tchiombiano
Stéphanie Tchiombiano
Frédéric Worms
Frédéric Worms

​​La guerre selon Donald Trump – jusqu’où ira-t-il ?

Louis Lapeyrie
Louis Lapeyrie
Olivier Zajec
Olivier Zajec
Amélie Férey
Amélie Férey
Céline Marangé
Céline Marangé

Trump, Poutine, la guerre, le nucléaire — que pensent les Européens ?

Thierry Breton
Thierry Breton
Marie Krpata
Marie Krpata
Emmanuel Rivière
Emmanuel Rivière
Gilles Gressani
Gilles Gressani

L’Europe entre Trump et Poutine – que faire ? 

Michel Foucher
Michel Foucher
Laure Mandeville
Laure Mandeville
Jean-Dominique Merchet
Jean-Dominique Merchet
Adina Revol
Adina Revol
Patrick Weil
Patrick Weil
Gilles Gressani
Gilles Gressani

Trois ans après la grande invasion, leçons géopolitiques d’Ukraine

Gérard Araud
Gérard Araud
Michel Goya
Michel Goya
Alice Rufo
Alice Rufo
Gilles Gressani
Gilles Gressani

Europe géopolitique : le moment polonais ?

Pierre Buhler
Pierre Buhler
Isabelle Davion
Isabelle Davion
Maciej Witucki
Maciej Witucki
Volodymyr Yermolenko
Volodymyr Yermolenko
Gilles Gressani
Gilles Gressani

L’Empire selon Erdoğan : comprendre la stratégie turque au Moyen-Orient

Olivier Bouquet
Olivier Bouquet
Hamit Bozarslan
Hamit Bozarslan
Elise Massicard
Elise Massicard
Matthieu Rey
Matthieu Rey
Mariam Pirzadeh
Mariam Pirzadeh