Dans un documentaire réalisé sur une période de près d’un an, de septembre 2025 jusqu’à fin juillet 2026, et diffusé hier, jeudi 3 septembre, au Royaume-Uni, le groupe de journalistes Verbatim a révélé les dessous des pratiques illégales utilisées par la campagne de Nigel Farage pour recueillir des financements provenant de donateurs et d’entreprises étrangères.
- Le documentaire, qui a recueilli plus de 3 millions de vues en moins de 24 heures sur le réseau social X, montre comment un journaliste est parvenu à se faire passer pour le fils d’un riche Américain souhaitant contribuer à la campagne de Farage.
- Après être entré en contact avec celui-ci via James Orr, un universitaire à Cambridge proche de J.D. Vance rencontré à la NatCon de Washington (qui est devenu depuis conseiller senior de Farage), le journaliste a été en mesure de payer pour 3 sondages commandés par Reform UK pour un montant total de 32 500 livres (environ 38 000 euros).
- Cette pratique pourrait constituer une violation de la loi électorale britannique, qui interdit aux partis d’accepter des financements provenant de donateurs étrangers non autorisés.
- Dans la vidéo ci-dessous, James Orr affirme que le parti manque de donateurs résidant au Royaume-Uni. Il explique comment Reform UK compte sur des « profils » comme le sien pour contourner cette contrainte, tout en insistant sur la discrétion à respecter concernant ce type de stratagème.
Au cours du même entretien, Orr suggère que Reform UK tire profit du manque de moyens de la Commission électorale pour contourner la loi, et ainsi accepter des dons illégaux.
- Pensant s’adresser à un donateur, il affirme : « [la Commission] est inutile, tout simplement stupide et inefficace […] ce n’est pas un service de police spécialisé, ce n’est pas Scotland Yard […] ils sont inutiles ».
- Plusieurs extraits laissent à ainsi voir que James Orr et Dan Jukes, le principal conseiller de Farage, étaient conscients de l’illégalité de ces dons.
- Jukes, qui travaille aux côtés du leader de Reform UK depuis ses années à l’UKIP puis pendant la campagne du Brexit, explique, lors d’un entretien, à quel point ces sondages financés « discrètement » (« off-the-books ») ont été précieux pour la communication du parti. Il suggère que le parti a pour habitude d’avoir recours à ces pratiques pour financer des sondages en utilisant de l’argent provenant de l’étranger.
- Il confie : « C’était une opération totalement discrète, sans laisser de traces. Et pourtant, cela a fait l’objet d’un gros article dans The Telegraph en page six, ce qui a confirmé le soutien du public à notre slogan, n’est-ce pas ? Ces petits projets clandestins sont donc extrêmement précieux, pour la modique somme de 4 500 livres ».
Lorsque le journaliste confie à Jukes que son père (une personnalité fictive) serait prêt à injecter des sommes bien plus importantes, ce dernier lui suggère de servir d’intermédiaire entre son père et Reform UK. Or, pour être légal, un tel don devrait faire l’objet d’une déclaration de l’intermédiaire précisant l’origine des fonds, ce qui le contraindrait à le refuser au risque de violer la loi électorale.
- Tout en déclarant que « la révolution a un prix » et que les opérations de Reform UK nécessitent « plus d’un million de livres par mois », Jukes confie avoir déjà eu recours à ce stratagème pour faire transiter de l’argent depuis des donateurs non autorisés vers le parti, en désignant leurs enfants comme donateurs.
- Jukes déclare : « Vous savez, si Nigel [Farage] arrive au 10 Downing Street, vous irez boire une pinte avec celui qui sera, en réalité, son chef de cabinet au 10 Downing Street. Si ce n’est pas un intérêt commercial, je ne sais pas ce que c’est ».
Quelques mois après avoir payé son premier sondage commandé par Reform UK, le journaliste de Verbatim est invité à rencontrer Nigel Farage dans sa circonscription de Clacton, à Walton-on-the-Naze. Des images prises durant la rencontre semblent confirmer que Farage était au courant de ces pratiques.
- La veille, Orr avait déclaré avoir déjà parlé à Farage du stratagème électoral : « Il ne s’en souvient peut-être pas, mais vous pouvez tout à fait lui en parler. Il n’aime pas parler de chiffres. Donc, il est au courant de ce soutien, il n’entre pas dans les détails des chiffres, mais il sait que vous êtes un donateur important ».
- Lors de la rencontre, le père du journaliste (un acteur) a explicitement détaillé à Farage le financement des sondages par sa société américaine, sans que celui-ci ne s’en étonne ni ne le questionne, allant jusqu’à s’en réjouir ouvertement – « ça a fonctionné, boom » (« It worked. Boom ») – avant d’affirmer, un peu plus tard, que ce soutien financier se ferait « en toute légalité » et de se déclarer lui-même « Américanophile massif ».
Quelques heures après la diffusion du documentaire, qui coïncide avec la conférence annuelle de Reform UK, James Orr et Dan Jukes ont tous deux démissionné suite à l’ouverture d’une enquête interne. Farage a quant à lui réfuté l’illégalité de ces dons, dénonçant « un coup monté par des militants écologistes financés par l’étranger ».
- Il a affirmé : « Cela n’avait rien à voir avec Reform. C’est un tiers indépendant qui s’en est chargé. Donc ce n’est rien. Ce n’est rien. Des sondages sont financés par des personnes étrangères chaque semaine. Chaque semaine ».
- Reform UK se trouve actuellement en deuxième position dans les intentions de vote (autour de 23 %), derrière le Parti travailliste (26 %) du Premier ministre au pouvoir, Andy Burnham.