Les capacités de communication de l’armée russe ont été considérablement dégradées par sa déconnexion de Starlink en février. Moscou avait alors dû suspendre certaines opérations, avant que ses soldats ne fassent face, quelques jours plus tard, à une interdiction de Telegram.

  • La Russie ne dispose d’aucun service d’accès à Internet par satellite opérationnel, et accuse dans ce domaine un retard considérable sur les États-Unis et l’Europe, et désormais la Chine.
  • Mis à part Starlink, seule la constellation OneWeb – opérée par le groupe franco-britannique Eutelsat depuis sa fusion avec OneWeb en 2023 – dispose d’un service réellement opérationnel à grande échelle.
  • Du côté chinois, plusieurs entreprises, dont SpaceSail, qui a lancé plusieurs lots de satellites début juin, et Guowang notamment, développent activement leurs propres constellations.

La Russie, quant à elle, mise sur un acteur pour l’heure relativement peu connu : le Bureau 1440, une entreprise lancée en 2020 qui appartient à la holding IKS (« ИКС Холдинг »).

  • Celle-ci a lancé en 2023 ses premiers satellites expérimentaux, qui ont été suivis l’année suivante par une deuxième mise en orbite.
  • En mars 2026, quelques semaines après la déconnexion de Starlink, le Bureau 1440 a lancé les 16 satellites qui devraient composer son futur réseau « Rassvet ». Une deuxième mise en orbite réussie a eu lieu le 19 juillet 1.
  • L’entreprise vise à atteindre une constellation composée de 250 satellites en 2027, puis de 730 en 2030 et de 900 d’ici 2035.

L’armée américaine estime que, sur ces 900 satellites, « une centaine sera explicitement destinée au contrôle des drones et des systèmes aériens sans pilote » 2.

  • La perspective que Moscou puisse se doter dès l’an prochain d’un service permettant aux forces russes sur le front d’avoir accès à une communication Internet haut débit suscite de vives inquiétudes en Ukraine.
  • Fin juin, Kiev a revendiqué avoir frappé avec un drone le centre de communications spatiales des forces armées russes, situé dans la région de Moscou, détruisant plusieurs antennes paraboliques.
  • Selon l’analyste russe Ruslan Leviev, fondateur de la Conflict Intelligence Team, ce centre de communication « constitue sans aucun doute un élément essentiel des projets russes Sfera et Rassvet […] C’est pour cette raison qu’ils ont frappé ce centre, afin de compliquer encore davantage la mise en place par la Russie de sa propre constellation de satellites » 3.

Outre la menace que font peser les drones ukrainiens sur le projet, le développement de Rassvet pourrait également être ralenti par les sanctions, qui restreignent les capacités de la Russie à accéder à des technologies critiques. Le projet a été ciblé par l’Union dans son 21e train de sanctions, adopté le 23 juillet.