En novembre 2024, Donald Trump avait gagné l’élection présidentielle en s’engageant à réindustrialiser les États-Unis – une part essentielle de sa promesse de « Make America Great Again » (MAGA). Cela lui avait valu en particulier les faveurs de beaucoup de « cols bleus », dont un nombre important de syndiqués, dans les États désindustrialisés qui votaient jusqu’alors traditionnellement démocrate.
- Ce renouveau industriel aurait dû se concrétiser, au moins en partie, grâce aux droits de douane massifs instaurés dès les premières semaines de son second mandat.
- Ces mesures étaient censées permettre aux industriels américains de regagner des parts de marché aux États-Unis et obliger les industriels étrangers à y produire s’ils voulaient continuer à y écouler leurs produits.
Un an et demi plus tard, on ne constate rien de tel dans les statistiques économiques.
- L’emploi industriel s’était nettement redressé sous la présidence de Biden après la pandémie du Covid-19, atteignant en 2024 des niveaux que le pays n’avait plus connus depuis la crise de 2008.
- L’investissement dans la construction de nouvelles usines avait bondi parallèlement : il avait été multiplié par quatre, en dollars courants, entre 2021 et 2024.
- C’était le résultat notamment des politiques publiques industrielles très actives mises en place par l’administration Biden avec l’Inflation Reduction Act (IRA) ou le Chips Act, qui reposaient sur un important soutien public à l’investissement industriel.
Depuis janvier 2025, l’emploi industriel a reculé avec une perte de 75 000 postes, tandis que les investissements dans la construction de nouvelles usines – tout en restant à des niveaux élevés – ont baissé de 85 milliards de dollars par an par rapport au sommet atteint en 2024.
- L’effet rapide attendu par Trump des mesures protectionnistes massives qu’il a prises ne s’est donc pas traduit pour l’instant dans la réalité.
- La forte incertitude qui règne désormais sur l’état de droit aux États-Unis, le traitement subi par les immigrants, les tensions politiques et le caractère erratique de la politique de l’administration dans de nombreux domaines n’incitent guère pour l’instant à investir dans le pays.
Compte tenu des délais de planification et de lancement de nouvelles usines, qui peuvent aller jusqu’à 10 ans, l’instabilité de la politique de Trump menace la viabilité de nombreux projets. En Ohio, seulement 9 % des industriels relocalisent leur production, notamment car une suppression des tarifs douaniers par une future administration pourrait considérablement en affecter la rentabilité 1.
- De plus, même pour les entreprises qui décident de relocaliser une partie de leur production aux États-Unis, celles-ci peuvent directement subir les effets des tarifs.
- C’est notamment le cas pour les entreprises qui ont passé des commandes de machines-outils, soumises à des droits de douane de 25 % par l’administration Trump, comme GE Appliances, dont le régime tarifaire applicable aux produits a changé cinq fois en six mois 2.
- La pénurie de main-d’œuvre, exacerbée par la politique migratoire répressive, pourrait constituer l’obstacle le plus important à une réindustrialisation. Au mois de mai, près de 530 000 emplois étaient à pourvoir dans le secteur manufacturier, soit plus qu’avant la pandémie de Covid-19 3.
Sources
- « “Liberation Year” has not freed American factories », The Economist, 31 mars 2026.
- Brooke Masters, « What happened to the great rebirth of American manufacturing ? », Financial Times, 10 juin 2026.
- Facts About Manufacturing, National Association of Manufacturers.