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Sans jamais avoir atteint le stade d’une démocratie consolidée, la Turquie a bien connu, au cours de son histoire récente, des phases d’ouverture et de réformes à visée démocratique. Ces dernières ont eu lieu à partir de 1999, dans le cadre de sa pré-adhésion à l’Union européenne. Mais cet élan réformateur, porté dans un premier temps par un véritable enthousiasme politique et sociétal, s’est graduellement essoufflé 1, au point de faire du régime d’Ankara l’un des précurseurs de la vague autoritaire qui régit l’ère post-démocratique.
Le régime politique turc s’est progressivement structuré autour de deux axes à la fois parallèles et interdépendants, l’un sur le plan interne, l’autre s’appliquant à la politique étrangère. Ils consistent d’une part à remettre en cause la primauté du droit comme source de la légitimité du pouvoir, et, de l’autre à ignorer l’ordre néo-westphalien, régi par les principes de non-ingérence, de souveraineté et de respect des traités interétatiques.
Cela s’est traduit par des offensives lancées au vu, au su et même à l’approbation de ses partenaires, à l’encontre des institutions étatiques mises en place depuis le XIXe siècle dans l’Empire ottoman et par la suite en Turquie. Sur le plan international, c’est tout le corpus de traités et de règlements interétatiques consolidé depuis 1945, dans lequel s’inscrivait la Turquie, qui est de moins en moins respecté. C’est pourquoi on peut dire que le régime d’Ankara participe d’un « Zeitgeist anomique » ou « nomocidaire », au sens d’annihilation du « nόmos », de ce qui est communément partagé.
Le « Droit de la politique » 2 contre l’État de droit
Depuis l’avènement de la République turque en 1923, qui succédait à l’Empire, et plus encore depuis 1945, le pays a tenté, malgré les obstacles et ses propres contradictions, de se constituer en État de droit. C’est à partir de 2013 que la Turquie s’en est durablement éloignée, avec la vague de répression survenue après le soulèvement de Gezi 3 et la révélation d’une retentissante affaire de corruption 4 impliquant la quasi-totalité du sommet de l’État. Le 16 avril 2017, date du référendum constitutionnel qui a inauguré le tournant hyper-présidentiel du régime, marque l’abandon définitif du respect de l’État de droit en Turquie.
Depuis lors, la clef de voûte de l’architecture idéologique du régime consiste, au nom de la primauté absolue de la politique – érigée elle-même en principe suprême, au-delà du « droit » –, à délégitimer non seulement l’État de droit, mais également l’ordre interétatique fondé sur des normes juridiques.
Le régime politique turc s’est progressivement structuré autour de deux axes à la fois parallèles et interdépendants, l’un sur le plan interne, l’autre s’appliquant à la politique étrangère.
Cengiz Aktar
Les six piliers de cette architecture sont les suivants : le majoritarisme ; son corollaire, la délégitimation de l’opposition ; l’unité du pouvoir ; le constitutionnalisme révolutionnaire ; les masses et la prépondérance du droit dit « naturel » dans les relations interétatiques. La légitimité issue des urnes – autrement dit, le majoritarisme – a préséance sur l’ensemble des autres corps et principes de la vie politico-sociale.
Le majoritarisme exige la délégitimation de toute opposition potentielle au pouvoir politique et à ses représentants. La doxa qui détermine la mise en œuvre de ce majoritarisme en Turquie présente plusieurs caractéristiques : elle est d’inspiration sunnite et anti-laïque ; elle est résolument turquiste ; enfin, elle est fondée sur une conception hétéronormative et masculine de l’ordre social. Ainsi, toute figure susceptible d’incarner l’opposition est désignée comme ennemie au sens schmittien du terme : elle est délégitimée, voire directement emprisonnée, à l’instar du maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, ou de l’ancien coprésident du parti pro-kurde Selahattin Demirtaş. Cette logique s’étend aux formations politiques elles-mêmes, comme l’a illustré la neutralisation, par le biais d’une machination judiciaire, du principal parti d’opposition, le CHP 5, au cours du mois de mai 2026.
L’exercice du pouvoir politique tel que conçu par Erdoğan, qui passe en premier lieu par l’exécutif, requiert l’unité des pouvoirs ou, plus exactement, la subordination au régime de tous les contre-pouvoirs, à commencer par la branche judiciaire. Les citoyens turcs en font quotidiennement l’expérience à travers les dénis de justice.
Mais cette subordination du droit n’est pas contradictoire avec les visées révolutionnaires du régime : la mise en place d’un système hyper-présidentiel s’inscrit en faux contre le régime précédent, la République kémaliste, laïque et modernisatrice. Son ultime étape est une Constitution taillée sur mesure pour Erdoğan, en cours de rédaction. Cette transformation majeure est intrinsèquement liée au processus de construction d’un nouveau régime antidémocratique en Turquie.
Ce régime prétend s’appuyer sur le soutien des masses. En effet, la coercition n’est pas le seul mode d’action de ce nouvel absolutisme ou de ce nouveau sultanat, qui se déploie en même temps que le néo-royalisme d’outre-Atlantique, avec lequel le régime turc présente beaucoup de points communs. Le régime dépend aussi des adhésions qu’il suscite et des mobilisations sociales qui permettent de l’ancrer durablement dans le quotidien des Turcs. Leur soutien est un besoin vital.
Le 16 avril 2017, date du référendum constitutionnel qui a inauguré le tournant hyper-présidentiel du régime, marque l’abandon définitif du respect de l’État de droit en Turquie.
Cengiz Aktar
Cette incarnation du pouvoir et le soutien massif qu’il peut provoquer dans la population nous rapprochent des catégories développées par Arendt autour de son travail sur le totalitarisme et le « système totalitaire » 6. De manière générale, il importe, afin de mieux comprendre les régimes antidémocratiques contemporains, de prendre en compte qu’ils ne s’imposent pas par la seule violence, mais qu’ils sont également élus et désirés. En suivant le travail pionnier de Wilhelm Reich et sa relecture par Deleuze et Guattari, la question reste d’expliquer « le désir totalitaire », à savoir l’adhésion et le soutien que ces régimes font naître auprès de larges franges de la population 7.
Pour espérer pouvoir déchiffrer l’ascension d’Erdoğan, de Netanyahou, d’Orbán, de Poutine, de Modi ou de Trump, ainsi que les nouveaux types de régimes qu’ils édifient pierre après pierre, le soutien des masses constitue une clef d’analyse essentielle. C’est en lui que résident les fondations de leur pouvoir qui, en dépit de déficiences manifestes et d’erreurs parfois considérables sur le plan économique, politique, militaire ou moral, n’en paraît pas pour autant ébranlé.
À cet égard, le régime turc actuel bénéficie d’un appui populaire inégalé dans l’histoire de la République. Sur un grand nombre de points, on peut dresser des parallèles avec des précédents d’inspiration autoritaire, de l’ère ittihadiste ottomane (1908-1918) et de l’ère du Parti unique kémaliste du début de la République (1923-1946). Mais il manquait à ces régimes le soutien des masses.
Ce désir autoritaire de masse est à considérer par et pour lui-même. À l’inverse de l’Allemagne et de la Russie du début du XXe siècle, la dérive autoritaire en Turquie, comme dans d’autres pays, n’est pas le fruit de convulsions sociétales profondes. Elle émerge dans un pays qui, à l’orée de notre siècle, était considéré comme un modèle de « démocratie musulmane », qu’il faudrait tenter de reproduire dans toute la région en vertu de son économie prometteuse et de ses ambitions européennes.
On constate aujourd’hui que ce modèle a cédé la place au « bon droit naturel » de la Turquie et à l’expression décomplexée de sa supposée prééminence culturelle, historique et religieuse. Ces derniers s’exercent à l’étranger, aux dépens de ses voisins et à l’encontre du droit interétatique.
L’assaut contre l’État
La mise en pratique du « droit de la politique », qui bouscule le droit positif au nom d’un principe de légitimité supérieur, cible les principaux piliers institutionnels de l’État : le pouvoir judiciaire, l’armée, les affaires étrangères, l’éducation, les finances publiques et l’administration civile. Ceux-ci sont, en Turquie comme dans de nombreux régimes antidémocratiques, soumis à un processus systématique de discrédit, qui favorise l’érosion de leur mémoire institutionnelle et la dénaturation de leur fonction même d’institution. Progressivement démantelés par le pouvoir politique, ces attributs démocratiques sont devenus les cibles de l’arbitraire étatique.
Dans ce contexte, l’autonomie auparavant relative des institutions turques a disparu au profit d’un alignement direct sur l’exécutif. Les mécanismes d’équilibre et de contrôle réciproque entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, ainsi qu’entre le pouvoir central et les autorités locales, ont progressivement disparu du paysage politique.
Il importe, afin de mieux comprendre les régimes antidémocratiques contemporains, de prendre en compte qu’ils ne s’imposent pas par la seule violence, mais qu’ils sont également élus et désirés.
Cengiz Aktar
Cette reprise en main diffère de la période du parti unique, où l’État se confondait avec le parti, le CHP. Aujourd’hui, même le parti politique hégémonique, l’AKP 8, a été vidé de sa substance, à l’image des institutions étatiques, et transformé en une officine au service d’un clan gravitant autour du « raïs » Erdoğan.
Pour illustrer cette vaste reprise en main, prenons quelques exemples significatifs.
Tout d’abord, les modifications apportées à la loi sur le Conseil des juges et des procureurs entérinent la mise sous tutelle de l’institution judiciaire, placée sous l’autorité directe du ministre de la Justice et, par conséquent, de l’exécutif.
De même, les forces armées, dont le chef suprême est le président Erdoğan, sont étroitement contrôlées par l’exécutif : l’institution militaire n’est plus au service de la nation turque, mais du régime d’Erdoğan, par le biais d’un système de promotions et de nominations qui dépend directement de la volonté présidentielle.
Il est de notoriété publique que le corps diplomatique n’est plus consulté dans l’élaboration et la prise de décisions en matière de politique extérieure. Deux exemples viennent étayer cet état de choses : c’est Erdoğan et son entourage qui ont parié, contrairement aux conseils des diplomates sur la chute imminente de Bachar al-Assad en 2011 et c’est encore ce clan qui, à force de constamment menacer Chypre et la Grèce, les a poussés dans le giron d’Israël alors que la Grèce fut depuis toujours un pays proche de la cause palestinienne.
Sur le plan de l’éducation, le savoir scientifique n’a plus la primauté. Le président du « Conseil de l’enseignement supérieur », ainsi que les présidents de chaque université turque, qui s’élèvent au nombre de 200, sont désignés par le président Erdoğan.
La gouvernance économique se limite à la politique des taux d’intérêt, avec pour conséquence une surévaluation de la monnaie, une inflation galopante et l’appauvrissement général d’un pays qui manque de ressources naturelles. Notons toutefois que le marasme économique ne touche que la population générale, mais pas la dynastie Erdoğan. En effet, le système économique clanique du président, qui comprend des politiciens inféodés, des oligarques dont le nombre et l’influence varient selon leur loyauté, ainsi qu’un vaste réseau mafieux dont les connexions s’étendent à l’étranger, est épargné.
Quant à l’administration civile, elle est devenue, à l’instar du système judiciaire, de l’armée et de l’enseignement supérieur, un appareil au service du pouvoir, au point que n’importe quel dirigeant provincial de l’AKP a préséance sur le préfet.
Le critère déterminant pour les nominations et les promotions n’est pas la compétence, mais la loyauté et l’obéissance – autrement dit, le népotisme et le clientélisme au sein d’un cercle restreint – ce qui a entraîné une spectaculaire perte de compétences dans l’ensemble de ces institutions.
Contre le droit interétatique, l’affirmation d’un « droit naturel » sur la scène internationale
Afin de justifier ce qu’elle présente comme un droit naturel d’intervention, la Turquie mobilise un ensemble d’arguments récurrents : les menaces sécuritaires, la lutte antiterroriste, la continuité historique avec les anciens territoires ottomans, ainsi que la solidarité (entendez primauté) envers des populations perçues comme culturellement ou ethniquement proches (Azéris, Ouzbeks, Kazakhs, etc.) , dans le voisinage immédiat, le Caucase du sud et l’Asie centrale.
Sur le plan « juridique », les autorités invoquent fréquemment, et de manière abusive, le droit à la légitime défense, tel que défini par l’article 51 de la Charte des Nations unies, pour appuyer leurs interventions extérieures.
Dans la pratique, les observateurs identifient une combinaison d’instruments relevant à la fois de la diplomatie, de la dissuasion militaire et de la communication stratégique. Ceux-ci incluent des démonstrations de force, des menaces ouvertes (le 22 septembre 2022, le président Erdoğan, qui se plaignait alors de la « militarisation des îles grecques » est allé jusqu’à menacer de les envahir en expliquant que « Nous pouvons arriver soudainement, au milieu de la nuit [..] Si vous les Grecs allez trop loin, le prix en sera très lourd »), la création de faits accomplis sur le terrain, ainsi que des tensions ponctuelles avec certains alliés de l’OTAN. Même lorsqu’elle se limite au dialogue, la diplomatie turque a tendance à faire valoir avec force la position de son pays et non à chercher un accord. L’exemple le plus emblématique est la doctrine de la « patrie bleue » (Mavi Vatan) 9, introduite par l’amiral Cem Gürdeniz en 2006, une visée maximaliste qui couvre un espace maritime de 462.000 km2 autour de la masse terrestre du pays, et qui va à l’encontre des droits de ses voisins tout en bafouant le cadre juridique établi par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS).
Notons toutefois que le marasme économique ne touche que la population générale, mais pas la dynastie Erdoğan.
Cengiz Aktar
Ainsi, la rhétorique du régime turc repose sur une combinaison d’éléments politiques, économiques, historiques, géographiques et identitaires, mobilisés selon les différentes zones de tensions et théâtres d’opérations (Chypre, Grèce, Libye, Irak, Syrie, etc.). Les préoccupations sécuritaires affichées peinent à dissimuler les questions énergétiques liées à l’accès aux ressources fossiles.
Ainsi, des rapports de l’Équipe multilatérale de surveillance des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies, couvrant la période 2014-2016, ont mis au jour, durant l’expansion de l’État islamique en Irak et en Syrie, l’existence de réseaux commerciaux informels comprenant divers acteurs régionaux, dont la Turquie. Le pays serait impliqué dans le commerce illicite de pétrole provenant de zones contrôlées par l’organisation terroriste. Même après sa défaite et ses pertes territoriales, on soupçonne que certaines formes de trafic aient perduré, notamment au Kurdistan irakien.
L’engagement de la Turquie en Libye, ainsi que son soutien à l’Azerbaïdjan, relèvent également, au-delà des considérations stratégiques, de visées énergétiques. S’ajoutent à cette panoplie les pratiques de prédation économique observées dans certains territoires conquis ou placés sous tutelle, en particulier dans le nord de la Syrie.
De même Ankara, à l’instar de régimes comparables, choisit soit de ne pas adhérer à certaines conventions (par exemple le Statut de Rome instituant la CPI), soit d’ignorer les décisions des juridictions auxquelles elle est pourtant liée (notamment la CIJ), soit encore de dénoncer des instruments qu’elle avait initialement ratifiés, comme la « Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique », plus connue sous le nom de « Convention d’Istanbul (sic) ».
Le clan qui occupe le pouvoir
Aujourd’hui, la Turquie est devenue la proie d’un maelström de loyautés familiales, clientélaires et institutionnelles avec, en son cœur, Erdoğan. Son entourage immédiat se compose de son omniprésente épouse, de son fils cadet et de ses deux gendres. Berat Albayrak, l’époux de sa fille aînée, a été ministre de l’Énergie puis ministre du Trésor et des Finances. Selçuk Bayraktar, l’époux de sa fille cadette, est un ingénieur, propriétaire de l’entreprise d’armement Baykar, classée 73e parmi les cent plus grandes productrices d’armes dans le monde, selon SIPRI 10. C’est elle qui fabrique les drones Bayraktar, qui se sont fait connaître au début de la guerre russo-ukrainienne. Sa gestion reste opaque et bénéficie largement des soutiens technologiques et financiers de l’État.
Parmi les fidèles d’Erdoğan, on trouve également Devlet Bahçeli, chef du MHP 11, le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan 12, une figure pressentie comme le successeur le plus vraisemblable d’Erdoğan, le directeur des services de renseignement İbrahim Kalın, son principal conseiller juridique, Mehmet Uçum, ainsi qu’un noyau de partisans qui occupent des positions stratégiques au sein du gouvernement, du Parlement et de la haute magistrature.
Le second cercle est composé d’acteurs économiques, parmi lesquels le ministre des finances Mehmet Şimşek et les tout-puissants dirigeants de conglomérats oligarchiques, surnommés par la presse le « gang des cinq ». Il s’agit du président de Cengiz Holding, Mehmet Cengiz, du PDG de Limak Holding, Nihat Özdemir, du président de MNG Holding, Mehmet Nazif Günal, du PDG de Kolin Construction, Naci Koloğlu et du président de Kalyon Construction, Cemal Kalyoncu. Spécialisés dans le BTP, l’énergie, les mines ainsi que les infrastructures aéroportuaires et ferroviaires, ces groupes ont participé à la quasi-totalité des mégaprojets les plus lucratifs des vingt dernières années (aéroport d’Istanbul, nouveau palais présidentiel, autoroutes) pour lesquels ils auraient bénéficié de 203 milliards de dollars de contrats publics entre 2003 et 2021 selon le Président du CHP, Kemal Kılıçdaroğlu. D’après un rapport de la Banque mondiale, ces groupes figurent parmi les dix entreprises qui ont le plus bénéficié de marchés publics d’infrastructures, à l’échelle mondiale 13. Ces groupes contribuent au renforcement du pouvoir via leur contrôle des médias, dont Kalyon qui possède Turkuvaz Medya, l’un des principaux groupes de médias du pays.
Il convient également de mentionner les confréries sunnites, particulièrement bien implantées et influentes dans la haute magistrature, ainsi que des organisations d’extrême droite, présentes dans l’armée, la police et l’éducation secondaire.
De quoi dresser un véritable portrait de cour, tant la façon d’exercer le pouvoir d’Erdoğan se rapproche d’un régime monarchique ou sultanesque. Le Külliye en est peut-être le meilleur symbole : c’est un colossal palais en béton que le dirigeant a fait ériger sur l’emplacement même où se trouvait, auparavant, une forêt, que le fondateur de la République, Mustafa Kemal Atatürk, avait léguée à l’État turc. Le nom donné à cette résidence présidentielle fait référence à une association traditionnelle de bâtiments dans les pays musulmans, comprenant mosquée, madrasa, tombeau, hôpital et bains publics. Rien de tel, pourtant, dans ce Külliye d’Ankara, puisqu’il est inaccessible aux citoyens et réservé à l’entourage du chef. Néanmoins, le message est limpide : l’architecture du Külliye renvoie à une mise en scène du pouvoir aux accents néo-ottomans.
Quant à l’exercice du pouvoir à proprement parler, sa personnalisation extrême, exacerbée par l’hyper-présidentialisation, constitue une source permanente d’arbitraire et d’imprévisibilité. En ce sens, Erdoğan s’inscrit dans ce vaste réseau, en constante expansion à travers le monde, où les affaires en tout genre se traitent dans un strict bilatéralisme entre mâles puissants et richissimes. Ceux-ci forment, de fait, une sorte d’« Internationale personnaliste », lancée à l’assaut de l’ordre ancien et s’autolégitimant simplement en agissant de concert.
Les finances
Sous le régime d’Erdoğan, tout s’achète et se monnaye. Vous souhaitez faire libérer de prison un condamné ? Il vous suffit, sauf si c’est un opposant politique, de soudoyer les autorités pour qu’il sorte demain. Cette pratique, qui consiste à « laisser faire et laisser passer », est particulièrement répandue dans le cercle rapproché de la présidence, devenu le haut-lieu des affaires illicites turques. On peut même parler d’une « commercialisation » de la présidence de la République. Notons qu’en 2018, la loi relative au Fonds souverain turc est modifiée, pour permettre au Président de la République, Erdoğan, de devenir président du conseil d’administration du fonds, dont les actifs sont estimés à environ 310 milliards d’euros.
Au cours des trente dernières années, le secteur de la construction s’est imposé comme le fer de lance du développement économique de la Turquie, exactement comme dans la Hongrie d’Orbán. Il représente environ 5 à 6 % du PIB total et emploie près de deux millions de personnes soit plus de 5 % de la population active turque. Si on prend en compte les effets directs et indirects du secteur sur les industries liées – celles qui produisent les matériaux de construction, les machines de chantier, l’ingénierie et l’architecture – sa part dans l’économie nationale atteint environ 30 %. Le secteur de la construction stimule la demande de biens et de services produits par plus de 200 sous-secteurs, ce qui en fait le principal moteur de l’économie turque 14.
La construction d’une infrastructure obéit souvent à un modèle de partenariat public-privé où une entreprise privée finance et construit une infrastructure, l’exploite pendant une période déterminée afin de rentabiliser son investissement, puis en transfère la propriété ou l’exploitation à l’État à l’expiration du contrat. Pratiquement tous les mégaprojets ont été réalisés selon ce modèle dans lequel l’État garantit un nombre minimum d’usagers. Si ce seuil n’est pas atteint l’exploitant est indemnisé. Des sommes colossales sont ainsi continuellement versées à des exploitants, le plus souvent ralliés à la cause du pouvoir. En 2024, le Trésor public a ainsi dû verser 67 millions de dollars à la société exploitant la gare, un consortium des groupes Kolin, Cengiz et Limak, de TGV d’Ankara car la fréquentation était inférieure de 64 % à la fréquentation garantie (13,7 millions de passagers au lieu de 38 millions) 15.
En ce sens, Erdoğan s’inscrit dans ce vaste réseau, en constante expansion à travers le monde, où les affaires en tout genre se traitent dans un strict bilatéralisme entre mâles puissants et richissimes.
Cengiz Aktar
Les marges bénéficiaires très élevées, les généreuses subventions dont il bénéficie et l’attribution préférentielle des marchés publics aux oligarques : autant d’éléments qui font de ce pan de l’économie turque un réseau d’entreprises et d’acteurs sur lequel le régime d’Ankara exerce pleinement son influence.
Cette manne est devenue intarissable. Elle profite en outre de l’opacité financière généralisée et d’une corruption omniprésente, de la privatisation forcenée des biens publics et de la franchise fiscale des grosses fortunes, sans compter les allégations d’implication de cadres de l’AKP et du gouvernement dans le commerce de cocaïne en provenance d’Amérique du Sud : en 2021, le mafieux Sedat Peker a révélé que le ministre de l’Intérieur de l’époque lui aurait offert sa protection et a dénoncé l’implication, dans le trafic international de cocaïne, d’Erkam Yıldırım, fils de Binali Yıldırım, important cadre de l’AKP, notamment Premier ministre de 2016 à 2018. Les affaires de blanchiment d’argent sont également courantes : en 2013, Reza Zarrab, homme d’affaires turco-iranien, a plaidé coupable aux États-Unis pour fraude, blanchiment d’argent et contournement des sanctions contre l’Iran. Il a déclaré avoir versé des pots-de-vin à de hauts responsables turcs afin de faciliter ces transferts d’argent via la banque publique Halkbank. L’opposition dénonce fréquemment les amnisties fiscales à répétition, qui permettent le rapatriement ou simplement le transfert de capitaux de n’importe quelle origine, ainsi que les délits d’initiés.
Nous avons bel et bien affaire à une kakistocratie : le mode de gouvernance arbitraire exercé par un clan composé d’individus parmi les plus médiocres, les plus incompétents, les moins vertueux et les plus serviles, agissant exclusivement au service de leurs propres intérêts.
Les appuis et relais externes : de l’Occident aux pairs et réseaux mafieux, en passant par les Frères musulmans et les Salafistes
Malgré ses ambitions, la Turquie demeure une puissance moyenne dont la liberté d’action reste largement conditionnée par l’espace que les grandes puissances veulent bien lui concéder. Pour cela elle a constamment besoin d’appuis, de réseaux, de relais et de la complicité de ses pairs qui fonctionnent avec le même style de gestion clanique transétatique et d’instruments qui vont avec.
À l’instar de la Hongrie d’Orbán et de la Russie de Poutine, l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel a développé, durant ses années au pouvoir, une relation privilégiée avec Erdoğan, effectuant dix visites en Turquie au cours de son mandat, un record parmi les dirigeants occidentaux. Elle a poursuivi ces déplacements dans le cadre d’un pacte migratoire entre l’Union et la Turquie conclu avec Erdoğan, se rendant à trois reprises en Turquie en 2016, alors que le pays était politiquement et moralement ravagé par des attentats meurtriers, provoqués par l’État islamique (notamment l’attentat du 10 octobre 2015 ayant fait 109 morts à Ankara) et par des groupes kurdes radicaux. Tandis que la chancelière poursuivait ses visites et recevait Erdoğan en Allemagne, les dérives du régime d’Ankara devenaient de plus en plus manifestes. Pourtant, ni l’autoritarisme croissant à l’intérieur du pays, ni les actions agressives menées en mer Égée, en Méditerranée orientale, en Irak, en Libye et en Syrie, ni même le soutien apporté au terrorisme djihadiste ne l’ont dissuadée de maintenir son soutien indéfectible, y compris en matière de ventes d’armes.
Ainsi, depuis 2015, l’Union s’est engagée, sous l’impulsion de Merkel, dans une politique d’apaisement à l’égard d’Ankara. Malgré les conséquences désastreuses de cette stratégie et l’avalanche de mea culpa ayant suivi l’échec de la même approche vis-à-vis de la Russie de Poutine, l’Occident a continué d’apaiser avec son discours habituel sur les « préoccupations légitimes de sécurité d’Ankara ». Et plus l’Union et les États-Unis ont cherché l’apaisement, plus Erdoğan les a instrumentalisés ; plus son régime s’est consolidé, plus les conflits qu’il a attisés se sont enracinés, tant à l’intérieur du pays que dans son voisinage.
En vérité, les partisans de l’apaisement ont été incapables de reconnaître que le modus operandi d’Ankara était fondamentalement incompatible avec les normes, les standards, les valeurs et les principes de l’Union, lesquels ne représentaient pour ce régime que des obstacles à son « bon fonctionnement ». Exactement comme dans le cas de la Hongrie d’Orbán. Pas davantage que le régime de Budapest, le régime d’Ankara ne pouvait être réformé. L’impasse structurelle dans la coexistence entre régimes démocratiques et régimes antidémocratiques s’est peu à peu révélée au grand jour.
Début 2016, lors des négociations sur l’accord migratoire visant à demander à la Turquie d’empêcher les départs de réfugiés vers l’Europe, le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière, interrogé sur la prise de contrôle arbitraire d’un important groupe de presse par le régime, répond froidement : « Nous ne sommes pas arbitres en matière de droits de l’homme. »
Les partisans de l’apaisement ont été incapables de reconnaître que le modus operandi d’Ankara était fondamentalement incompatible avec les normes, les standards, les valeurs et les principes de l’Union.
Cengiz Aktar
Le régime ne pouvait pas espérer mieux.
En août 2020, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, en visite officielle à Ankara, réaffirme explicitement la position de son gouvernement en refusant de répondre aux questions portant sur la régression de l’État de droit, qu’il qualifie d’« affaires internes ».
En réalité, satisfaite de la perspective d’une fin de facto du processus d’adhésion à l’Union, Berlin n’hésite pas à devenir un partenaire à part entière d’Ankara. La chancelière a développé une relation privilégiée avec son homologue, comme si elle appartenait presque à ce cercle d’autocrates qui se comprennent, se protègent et s’entraident.
Parallèlement à l’appui de l’Occident, le régime d’Ankara a établi dès le début des années 2000 des liens avec les Frères musulmans, particulièrement d’Égypte, de Syrie et de Tunisie, se posant comme le « grand frère » avec les moyens financiers du Qatar. Alors que ce tropisme frériste a lamentablement échoué en Égypte et en Tunisie, il s’est doublé, avec l’émergence de l’État islamique en Mésopotamie, d’une dimension salafiste terroriste dont le régime s’est accommodé sans sourciller. Cette collusion a abondamment servi sa monomanie antikurde au nord de l’Irak et de la Syrie avec occupation territoriale et bases militaires. Soumise à des affrontements sans fin, cette région frontalière a continué à servir de base arrière pour toute sorte de trafic illicite, — êtres humains, drogue et pétrole —, alimentant les caisses du clan.
Dans la même veine, les réseaux mafieux qui prospèrent plus aisément dans les pays où l’État de droit est relégué au second plan, sont très présents en Turquie. Ainsi le territoire turc s’est imposé progressivement comme un maillon essentiel des routes mondiales du trafic de cocaïne entre l’Amérique du Sud et les marchés européens, russes et caucasiens, tout en figurant parmi les pays à haut niveau de criminalité organisée et une faible résilience institutionnelle, d’après l’Indice mondial du crime organisé 16. Le point critique réside dans les liens présumés entre les composantes du clan au pouvoir, les réseaux d’extrême droite, les services de sécurité et les acteurs du crime organisé. Aujourd’hui, la Turquie figure parmi les pays « narco-autoritaires », à l’instar de certains de ses homologues américains du Sud 17.
Les pairs et complices d’Erdoğan au sein de l’« Internationale personnaliste » sont légion. Aux vétérans comme Poutine et Trump s’ajoutaient jusqu’à récemment Maduro et Orbán, mais aussi Aliyev et Netanyahou avec qui on commerce allègrement malgré des passes d’armes aussi fréquentes qu’agressives et grossières. Sans compter les autocrates mâles de tout acabit qui pullulent à travers le monde et fonctionnent, eux aussi, selon le même mode personnaliste.
Enfin, il convient de rendre « hommage » au tandem Erdoğan-Trump, le « raïs » et le « king ». Leur relation remonte à 2012, lorsque Donald Trump se rend à Istanbul pour l’inauguration de sa « Trump Tower ». Durant son premier mandat présidentiel, il entretient des rapports parfois tendus avec Erdoğan, notamment en raison de l’acquisition par la Turquie des systèmes russes de défense antiaérienne S-400, incompatibles tant sur le plan politique que technique avec l’OTAN. Pour autant, il ne pousse jamais sa mauvaise humeur jusqu’à la rupture et trouve régulièrement des circonstances atténuantes à Erdoğan, y compris face à ses démêlés financiers 18 aux États-Unis.
De même, les demandes répétées d’Ankara visant à obtenir de Washington la fin de son soutien aux Kurdes de Syrie n’ont jamais véritablement entamé l’estime que Trump porte à l’homme fort de la Turquie. Bien au contraire, ce dernier est régulièrement gratifié d’épithètes élogieuses chaque fois que les deux dirigeants entrent en contact. Une illustration parmi d’autres du fonctionnement du réseau personnaliste qui structure aujourd’hui la majeure partie des relations interétatiques ou interclaniques.
Contre la banalisation du néo-royalisme et de l’antidémocratie
En parallèle de cette consolidation de régimes antidémocratiques nous assistons à une entreprise de « normalisation » de ces mêmes régimes. Il devient ainsi de plus en plus fréquent de lire et d’entendre des analyses qui s’apparentent moins à un effort critique qu’à des exercices de communication fondés sur une realpolitik de circonstance, visant à présenter ces régimes comme des réalités naturelles, normales, légitimes et même parfois démocratiques, puisqu’issus des urnes.
Or, ces régimes ne sauraient être considérés comme naturels ni normaux. Ils procèdent de constructions politiques artificielles et profondément dérogatoires aux principes démocratiques, comme en témoigne l’effort constant qu’ils déploient pour redéfinir les normes et altérer les cadres institutionnels éprouvés. Il incombe dès lors à toute personne de plume et de parole de les exposer, de les dénoncer afin d’en contenir la banalisation.
Mais la dénonciation ne saurait en rester là.
Nous avons affaire à des peuples en pleine « servitude volontaire », exacerbée par les nouveaux moyens techniques d’intelligence, de communication, de manipulation et de travestissement de la vérité. Celles-ci participent tout autant au nomocide planétaire que les clans de kakistocrates ; en réalité, elles en sont les complices.
Ces régimes en voie de normalisation sont les fossoyeurs du vivant et ils demandent à être combattus par tous les moyens.
Sources
- Pour une analyse approfondie de cet échec nous référons à nos deux travaux : Cengiz Aktar, « European Union and Turkey : Why It Failed ? What is Next ? », Turkish Economy at the Crossroads, p.265-294, octobre 2020 ; Cengiz Aktar, « Illiberal polity as the retribution of post-imperial nation-building : The case of Turkey », Philosophy and Social Criticism, 2023.
- Lors de sa visite officielle en Grèce, en décembre 2017, Erdoğan ravive la discorde entre les deux pays au sujet d’une éventuelle révision du Traité de Lausanne de 1923. La Turquie plaide pour sa révision, tandis que la Grèce rétorque qu’une telle démarche est quasiment impossible puisque ce traité est, entre autres, devenu un traité international de référence. Erdoğan déclare précisément ceci notamment à son homologue, le Président Prokopis Pavlopoulos : « Je ne suis pas professeur de droit (sous-entendu comme vous), mais je connais bien ‘le droit de la politique’. Et, dans le droit de la politique, il existe notamment une clause (sic) permettant la mise à jour des accords, et c’est nous (les politiciens) qui la mettons en œuvre »
- Cengiz Aktar, « ’Pour Quelques Arbres En Moins’ Le Soulèvement Gezi à Istanbul, d’Expression Citoyenne Au Tournant Politique. », Revue Internationale Et Stratégique, CAIRN, 2014.
- Guillaume Perrier, « Vaste coup de filet dans l’entourage de M. Erdogan en Turquie », Le Monde, 17 décembre 2013.
- CHP, Cumhuriyet Halk Partisi, Parti Républicain du peuple, fondateur de la République, laïc, moderniste et jacobin, s’est vu son congrès annulé abusivement par décision de justice et ses cadres élus automatiquement rendus désuets.
- Arendt en page 28 du « Système totalitaire » observe : « Ce serait une erreur encore plus grave d’oublier (…) que les régimes totalitaires, tant qu’ils sont au pouvoir, et les dirigeants totalitaires, tant qu’ils sont en vie, reposent sur le soutien des masses. Ni Hitler ni Staline n’auraient pu accéder au pouvoir, survivre à de nombreuses crises intérieures et extérieures, et braver les nombreux dangers des luttes incessantes au sein du parti s’ils n’avaient bénéficié de la confiance des masses ».
- Wilhelm Reich, La Psychologie de masse du fascisme (titre original : Die Massenpsychologie des Faschismus), publié en 1933 à Copenhague/Prague/Zurich aux éditions Verlag für Sexualpolitik. Voir aussi Deleuze, Guattari L’Anti-Œdipe, éd. de Minuit, 1973, chap. 3 (« Sauvages, barbares, civilisés »), § 10 (« La représentation capitaliste »), p. 306 : « C’est que le désir n’est jamais trompé. L’intérêt peut être trompé, méconnu ou trahi, mais pas le désir. D’où le cri de Reich : non, les masses n’ont pas été trompées, elles ont désiré le fascisme, et c’est ça qu’il faut expliquer… Il arrive qu’on désire contre son intérêt : le capitalisme en profite, mais aussi le socialisme, le parti et la direction du parti ».
- AKP, Adalet ve Kalkınma Partisi, Parti de Justice et Développement, crée en août 2001, réformateur au départ
- Cengiz Aktar, « Mavi Vatan, Turkey’s New Maritime Doctrine », Ahval News, 2019.
- Lorenzo Scarazzato, Dr Nan Tian, Dr Diego Lopes da Silva, Xiao Liang, Zubaida A. Karim et Jade Guiberteau Ricard, The SIPRI Top 100 Arms-producing and Military Services Companies, 2024, SIPRI, décembre 2025
- Milliyetçi Hareket Partisi, parti historique de l’extrême droite nationaliste
- Il est le seul à posséder un vaste réseau de contacts à l’étranger et en Turquie : l’OTAN, les services de renseignements étrangers lors qu’il a dirigé les services nationaux, les responsables d’aide au développement lors qu’il a dirigé l’agence turque, et à présent les diplomates. Militaire de formation, il a été proche de l’ancien associé du régime, le mouvement güleniste et il est apparenté à la puissante tribu kurde Zilan de côté de son père.
- Pour une enquête journalistique cf. K. Murat Yıldız, « ’The gang of five’ : Nepotism, corruption and tender-rigging in Erdoğan’s Turkey », Duvar, 10 février 2021.
- Turkey, FIEC, 2019.
- « Ankara high-speed train station falls far short of passenger guarantees », Bianet, 29 août 2024.
- Indice mondial du crime organisé 2025, Global Initiative, 2025.
- Hakkı Taş, « Turkey’s Narco-Authoritarian Turn : A Mafia Playground » GIGA, n°6, 2025
- Bruno Ripoche, « Aux États-Unis, une sulfureuse banque turque proche d’être blanchie », Ouest-france, 13 mars 2026.