S01/09
Dimanche 21 juin 2026
Essais

Éloge du Panthéon en forme de sphère

Le professeur de littératures comparés du Collège de France signe un texte remarquable sur ces « dieux proches, et jeunes, éternellement » qui habitent à la cime circulaire de la Ville lumière.

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Artiste inconnu, 1887

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« Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre. » La phrase figurait au fronton de l’Académie de Platon, à Athènes. Elle ouvre également l’un des chefs-d’œuvre de Peter Sloterdijk, Sphères, panorama vertigineux en trois tomes colossaux de tout ce que la forme circulaire représente pour la pensée, comment elle la structure, la fascine, l’organise, comment elle s’invite dans notre relation au monde et aux autres, comment elle entretient une dialectique mystérieuse entre l’idéal d’une unité du moi et la tentation d’une saisie conceptuelle, sinon mystique, de la totalité du cosmos 1.

« Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre. » La phrase pourrait aussi bien figurer au fronton du Panthéon en lieu et place de celle, fameuse, qu’on y connaît. Si ce lieu nous intimide, ce n’est pas seulement par la place éminente qu’il occupe dans l’histoire de France, par la volonté nationale d’en faire le reflet de toutes les gloires, de toutes les flammes et de tous les drames qui ont illuminé ou assombri ce pays depuis bientôt trois siècles. Si ce lieu nous intimide, c’est parce qu’il nous confronte à la réalité de l’espace, parce qu’il nous oblige à devenir géomètres, à prendre la mesure du volume immense où nous sommes finalement moins rassemblés que perdus, ramenés à notre taille véritable dans l’univers comme dans l’histoire humaine. Pour mesurer la grandeur, il faut d’abord se savoir petit. L’effarement ressenti devant la disproportion de ces lieux relativement à notre fragile présence nous convoque à une réflexion peut-être angoissante au départ, mais qu’il faut imaginer finalement sereine et, qui sait, réjouissante, sur la place que nous occupons en ce monde, dont nous ne constituons en fin de compte que l’écume éphémère, d’autant plus scintillante qu’elle se sait condamnée à se lisser sur la surface étale et létale de la mer et à s’incorporer aux choses qui nous entourent, en devenant chose parmi les choses. Tel est notre destin, notre Dasein, pour reprendre à Heidegger un concept qui traversa le Rhin et fit les beaux jours de l’existentialisme germanopratin, à deux pas d’ici : notre être-là nous invite à la conscience de notre finitude temporelle, à la révélation de notre être-pour-la-mort.

À Parsifal marchant vers le château du Graal, son mentor Gurnemanz fait remarquer, accompagné de l’une des plus belles musiques que Wagner ait jamais composées, qu’« ici le temps devient espace ». Zum Raum wird hier die Zeit. Il nous faut en ce lieu renverser la sentence : ici, l’espace devient temps. Ici, sous cette coupole céleste que reflète fidèlement sous nos pieds hésitants le dallage d’un marbre glacé, la promesse d’infini de la forme sphérique est une épiphanie volumétrique de la quatrième dimension de l’univers. La terre tourne insensiblement, malgré nous, que nous le voulions ou non, et cette rotation du globe, une autre sphère la réalise miraculeusement sous nos yeux ébahis : juste derrière nous, dans son balancement imperturbable, le pendule de Foucault inscrit spectaculairement dans notre champ de vision le mouvement de rotation dans lequel nous sommes emportés sans remède et qui nous conduira, en dernier ressort, à notre perte ou à notre rédemption.

Car il y a une possibilité de rédemption, et, sans nul besoin de faire appel à une quelconque transcendance de foi et de doctrine, elle se trouve ici même, sous nos pieds. Les multiples citations sphériques qui nous environnent, le cercle de marbre au niveau du sol, le pendule à notre hauteur humaine, la coupole au-dessus de nous, les quatre arcs qui la soutiennent, le dôme qui à l’extérieur la surmonte, nous désignent fabuleusement comme les habitants et passagers de deux autres sphères incommensurables, la terre et le cosmos. Nous voici à la fois rabaissés dans notre orgueil et élevés par la conscience et le savoir, nous voici mis en contact direct avec les dieux, comme dans ce Panthéon de Rome auquel les révolutionnaires français empruntèrent le nom.

Nos dieux à nous sont les acteurs de l’histoire, celles et ceux qui, justement, transforment le temps inexorable mesuré par les physiciens en un champ des possibles, où la liberté humaine puisse se révéler à elle-même et s’exercer pleinement. Nos dieux sont nos libérateurs, et ils ne trônent pas dans le ciel ou sur l’Olympe, mais reposent ici, sous nos pieds, dans la crypte, jouissant paisiblement d’une vénération unanime au sommet de la montagne Sainte-Geneviève, à la cime de la Ville lumière. Avec eux, le temps impersonnel et glaçant est devenu histoire, et qu’est-ce que l’histoire, sinon le temps que s’approprient et qu’habitent les humains ?

Nos dieux sont proches, si proches, dans l’espace comme dans le temps. Il y a dix ans, j’avais à l’université de Nanterre une étudiante, retraitée certes, qui me disait que sa tante avait, encore enfant, suivi le cortège funèbre de Victor Hugo, juchée sur les épaules de son père – ce cortège qui le mena ici même, au Panthéon. C’était en 1885, et c’était donc hier, puisque deux contacts humains suffisent à me relier, moi, modeste mortel de 2026, à l’événement grandiose des funérailles du poète. Je n’en finis pas de m’en étonner. Nos dieux sont proches, et ils sont jeunes, éternellement. Nous avons avec les grands morts une proximité sans pareille, eux dont la mémoire vit encore, entretenue sans relâche par la nation.

« Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre. » Ce lieu nous invite à mesurer les hommes comme on a mesuré la terre. Qu’est-ce qu’un grand homme ou une grande femme ? La tendance aujourd’hui serait à les confondre avec le saint. On voudrait vénérer des saints, des êtres dont la vie entière serait orientée vers la lumière et dans la lumière, sans la moindre zone d’ombre, et dont les éventuels replis obscurs ne serviraient que de repoussoir à la clarté divine, comme pour la mieux mettre en valeur, simples prétextes à la conversion augustinienne. Confusion regrettable, d’inspiration américaine et puritaine.

Critiquant ceux qui voudraient se détourner de Voltaire en raison de sa méchanceté supposée, Emmanuel Kant souligne que ce qu’on respecte dans Voltaire, ce ne sont pas ses défauts, mais sa capacité à illustrer et à incarner d’une manière forcément limitée une loi morale qui le dépasse et qui nous dépasse également 2.

Un grand homme n’est pas un saint. Il a ses faiblesses, ses maladresses, ses vices, ses erreurs, ses fautes. Mais il incarne quelque chose de plus grand que tout cela. Une idée sublime dont la nation et même l’humanité ne sauraient se passer. C’est pourquoi il y a des statues, et c’est pourquoi il y a un Panthéon.

Un grand homme n’est pas un saint ou une sainte, et il ne doit surtout pas l’être, car il convient de garder une communication entre lui et nous. Comment pourrions-nous lui être reconnaissants, comme nous y appelle le fronton de l’édifice, si nous ne savions qu’il n’est pas foncièrement différent de nous, qu’il a passé par les mêmes affres et qu’il est semblable à nous en toute chose, à ceci près qu’il incarne exemplairement une idée qui nous élève ?

Une grande femme, un grand homme sont des idées. Nous ne sommes pas, au Panthéon, dans un cimetière, mais dans un répertoire d’idées, une forme mentale, une bibliothèque qui nous est offerte à lire et à interpréter.

« Quand un homme meurt, on n’arrache pas un chapitre d’un livre, on le traduit au contraire dans une meilleure langue », disait John Donne, à quoi j’ajouterai : c’est à nous qu’il revient d’opérer cette traduction.

J’ai découvert cette citation du poète anglais en lisant et en relisant l’œuvre de Peter Sloterdijk à la Bibliothèque nationale de France, appelée à devenir, selon Victor Hugo, « la bibliothèque des États-Unis d’Europe ».

Je dis : l’œuvre de Peter Sloterdijk, mais j’ai tort. Cette œuvre est en réalité à elle seule une bibliothèque : une soixantaine de livres souvent très épais, plus de six cents pages parfois, denses et profondes. Plusieurs dizaines de milliers de pages en tout. À quoi il faudrait ajouter toutes celles du journal que l’écrivain tient chaque jour depuis 1972, près de deux cents carnets en tout à ce jour. Huit années de ce journal ont paru en allemand, trois en français : c’est l’une des portes d’entrée les plus accessibles à la pensée de Peter Sloterdijk. Comment trouver le temps et la force, passe encore de lire, mais d’écrire tout cela – avant même, il faut le rappeler, le secours frelaté de l’intelligence artificielle ? Comment trouver le temps de le traduire ? Ici une pensée me vient en direction du traducteur fidèle de Sloterdijk, l’infatigable Olivier Mannoni, qui est plus que la plume française du philosophe, son compagnon de pensée, grâce à qui nous pouvons avoir part dans notre langue à ce trésor humain.

Comment écrire tout cela ? On devine un effort constant, une ascèse terrible, de celles que décrit Sloterdijk dans l’un de ses livres majeurs, Tu dois changer ta vie, où il dresse le diagnostic aigu de l’injonction qui nous est faite depuis tant de siècles de nous améliorer, de devenir meilleurs que nous-mêmes.

« Le principe de la vie supérieure est l’entraînement assidu », avoue Sloterdijk dans son journal. « Nous sommes certes nés, mais seul vient au monde celui qui se fraie un chemin par le travail. La vie créative se met au monde elle-même. » Et de citer Goethe, qui fixe ainsi le principe de cette « anthropotechnique » : « Un scepticisme quotidien qui s’efforce inlassablement de se dépasser lui-même afin de parvenir, par l’expérience quotidienne, à une sorte de fiabilité conditionnée. » 3 On croirait entendre Paul Valéry, autre membre de cette société des esprits en dressage d’eux-mêmes.

On croit deviner une ascèse exigeante derrière cette œuvre, et pourtant nul homme ne fait moins profession d’ascétisme que Peter Sloterdijk, bon vivant, amateur de bonne chère et de tous les plaisirs de l’existence. Ce n’est pas un secret : sa vie, on le voit dans son journal publié, se partage, aux côtés de la merveilleuse Béatrice – plus réelle que celle de Dante –, entre Karlsruhe, où il a longtemps enseigné la philosophie et l’esthétique à l’Université des arts et du design, dont il fut le recteur pendant quinze ans jusqu’à sa retraite en 2015, Berlin, où il vit une partie de l’année, Grignan, dans la Drôme, où, l’autre partie de l’année, il dispute à la marquise de Sévigné et à Philippe Jaccottet le titre d’écrivain le plus célèbre de la contrée, et la Corse, où il lui arrive de s’évader sous un soleil d’azur quand il n’est pas en déplacement dans le monde entier pour inaugurer un colloque ou un festival ou recevoir l’un des innombrables prix qui jonchent sa carrière.

Il s’agit moins ici d’ascèse que d’énergie ou de conatus, pour parler comme Spinoza : la force vitale et réflexive de Sloterdijk est incomparable. Cinq heures de lecture par jour, avoue-t-il quelque part. On en imagine autant consacrées à l’écriture.

« Il y a des hommes océans », écrivait Victor Hugo à propos de Rabelais, de Cervantès et de Shakespeare 4. Disant cela, il pensait évidemment à lui-même, mais la formule s’appliquerait aussi bien à Peter Sloterdijk.

Aujourd’hui, donc, un océan rencontre un océan, une bibliothèque rencontre une bibliothèque, comme dans un choc des titans. Hugo-Sloterdijk : une belle affiche de match.

Or, il ne s’agit pas d’un combat, justement, mais de l’édification d’une bibliothèque, celle de l’Europe elle-même.

Il y a deux ans, sur la chaire annuelle « L’invention de l’Europe par les langues et les cultures », mécénée par le ministère de la Culture et la Délégation générale à la langue française, Peter Sloterdijk consacra son enseignement au Collège de France à ce qu’il appelait « des marque-pages dans le livre de l’Europe », à savoir des références structurantes pour penser notre « continent sans qualités », titre de la leçon inaugurale, depuis la latinité fondatrice jusqu’à la confrontation avec un monde que l’Europe elle-même a largement contribué à globaliser. Les sept leçons, toujours disponibles en ligne, sont désormais devenues un livre, qui vient de paraître : Le Livre de l’Europe. La leçon inaugurale est publiée séparément par le Collège de France.

Dans ce livre de l’Europe, dans cette bibliothèque européenne, comment ne pas insérer à notre tour deux marque-pages aux noms de Hugo et de Sloterdijk ? Le nom de Sloterdijk s’inscrit lui-même dans une illustre lignée, celle des Allemands qui œuvrèrent à la construction culturelle de l’Europe en s’appuyant sur un dialogue avec l’art, la pensée et la langue françaises : Goethe, bien sûr, Nietzsche, grand lecteur de Voltaire, Rilke, qui écrivit en français d’admirables poèmes, trop méconnus, Walter Benjamin, arpenteur des passages parisiens, Theodor Adorno et Karl Löwith, commentateurs essentiels de Paul Valéry, et aujourd’hui Anselm Kiefer, dont les œuvres térébrantes nous interpellent au Panthéon même.

Mais je songe plus encore à Leibniz, qui écrivit essentiellement dans notre langue et dont le projet encyclopédique trouve ici un prolongement. Une monade leibnizienne, ultime état de la sphère, reflétant toute la diversité du monde : voilà comment je m’imagine volontiers l’esprit de Peter Sloterdijk, tel que son œuvre en porte le miroir. Emprunté aux Lumières et parcourant l’histoire de la pensée allemande, de Hegel à Spengler, cet idéal encyclopédique traverse le travail de Sloterdijk moins comme une saisie du réel que comme une enquête sur les structures fondamentales de l’imaginaire et de la culture, ce que le philosophe nomme « les systèmes immunitaires de la société », tels qu’ils s’articulent autour d’images fondamentales, à la façon de Hans Blumenberg, ou d’injonctions doxales et paradoxales, qui s’imposent à chacun d’entre nous et qu’il convient de tirer au clair.

Il faut empêcher ces systèmes immunitaires de développer des maladies auto-immunes. C’est pourquoi la joie, le rire, la sensualité, l’allégresse font partie de l’essence de ce projet, très loin de la sévérité adornienne. Il y a un gai savoir de Peter Sloterdijk, qui, depuis sa Critique de la raison cynique, s’est imposé dans la filiation privilégiée de Nietzsche par sa remise en question des valeurs admises, son goût de la provocation, sa force ironique et la confiance dans le style comme puissance d’arraisonnement de la pensée. Mais c’est un Nietzsche de l’Aufklärung, qui poursuit l’ambition des Lumières : « Sapere aude ! » Aie le courage de savoir ! Telle est « la devise d’une Aufklärung qui résiste, même dans la pénombre des dangers les plus modernes, à l’intimidation par le catastrophique » 5

Il s’agit moins de condamner, qui est la grande tentation d’aujourd’hui, que de comprendre et d’accepter sa propre culpabilité, en réalisant ainsi l’amor fati, l’amour du destin prôné par Zarathoustra : « Car la misère de l’homme ne consiste pas tant dans ses souffrances, que dans son incapacité d’en être lui-même coupable – d’en vouloir être lui-même coupable. […] Qui veut être coupable lui-même, cessera de chercher des coupables ; il renoncera à exister théoriquement et à se justifier par des origines absentes et par des causes imaginées ; par le drame, il devient lui-même le héros du savoir – le patient de la vérité. Si l’Aufklärung s’accomplit de cette manière dans un individu, elle aboutit à une autonomie dionysiaque. » 6

Si la leçon de Peter Sloterdijk est dure à entendre, et encore plus à appliquer, elle dessine une ambition exigeante d’émancipation : notre première liberté, nous devons la gagner sur nous-mêmes. Se reconnaître soi-même coupable, c’est le début de cette reconnaissance et de cette gratitude à laquelle nous invite la devise inscrite au fronton du Panthéon. Faire triompher le sentiment de reconnaissance et d’obligation contre le puéril instinct de reproche et d’accusation : voilà un beau programme pour l’humanité.

Ce n’est pas méconnaître les précipices par-dessus lesquels nous passons : dans un essai qui donne le la au xxe siècle commençant et n’a hélas au xxie siècle rien perdu de son actualité, La Crise de l’esprit, cet essai ouvert sans ménagement par la proclamation que « nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles », Paul Valéry écrit : « L’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde » – une phrase qui, aux yeux de Peter Sloterdijk, compte « parmi les deux ou trois paroles absolues de ce siècle » 7.

L’abîme dont parle Valéry, nous l’expérimentons aussi sous cette coupole du Panthéon renversée, qui nous regarde à la fois comme une aspiration à l’immortalité et comme le gouffre où nous pourrions nous perdre jusqu’à la mort. Cette réversibilité du vertige, où les hauteurs deviennent l’inséparable jumelle de la profondeur, fut l’obsession de Victor Hugo, le poète de Dieu et de Satan, à qui Peter Sloterdijk rend hommage, et à qui je voudrais donner le dernier mot en citant ceux que Valéry considère comme ses vers les plus beaux, parmi les plus beaux de la langue française. Dans l’harmonie des sphères et des morts où ce Panthéon d’inspiration si apollinienne nous submerge jusqu’à une ivresse purement dionysiaque, ces vers prendront d’étranges résonances, ne serait-ce que parce qu’André Malraux y trouva sa provende.

Il s’agit de la conclusion du Tombeau de Théophile Gautier, écrit en 1872, à la mort de l’ami cher, le « poëte impeccable » salué par Baudelaire, le dernier compagnon de route du romantisme, dont la disparition confronte l’auteur des Misérables et des Contemplations à la perspective de sa propre disparition – elle ne surviendra, comme on sait, que treize ans plus tard :

Passons, car c’est la loi ; nul ne peut s’y soustraire ;

Tout penche ; et ce grand siècle, avec tous ses rayons,

Entre en cette ombre immense où, pâles, nous fuyons.

Oh ! quel farouche bruit font dans le crépuscule

Les chênes qu’on abat pour le bûcher d’Hercule !

Les chevaux de la Mort se mettent à hennir,

Et sont joyeux, car l’âge éclatant va finir ;

Ce siècle altier, qui sut dompter le vent contraire,

Expire… Ô Gautier ! toi, leur égal et leur frère,

Tu pars après Dumas, Lamartine et Musset.

L’onde antique est tarie où l’on rajeunissait ;

Comme il n’est plus de Styx, il n’est plus de Jouvence.

Le dur faucheur avec sa large lame avance,

Pensif et pas à pas, vers le reste du blé ;

C’est mon tour ; et la nuit emplit mon œil troublé

Qui, devinant, hélas ! l’avenir des colombes,

Pleure sur des berceaux et sourit à des tombes.

Sources
  1. Ce texte a été prononcé le 3 juin 2026, en introduction de la leçon de Peter Sloterdijk au Panthéon, en hommage à Victor Hugo.
  2. Critique de la raison pratique, I, chap. 3 (t. V, p. 78 de l’édition de référence de l’Académie de Berlin).
  3. Les Lignes et les Jours : notes 2008-2011, trad. Olivier Mannoni, Libella-Maren Sell, 2014, p. 146 (cahier 102).
  4. William Shakespeare, I, i, chap. ii. La formule est reprise dans le poème « Après un horizon un autre se révèle… », Toute la lyre, IV, iii.
  5. Critique de la raison cynique (1983), trad. Hans Hildenbrand, Christian Bourgois, 1987, p. 662.
  6. Le Penseur sur scène : le matérialisme de Nietzsche (1986), trad. H. Hildenbrand, Christian Bourgois, 1990, p. 198-199.
  7. Ni le soleil ni la mort : jeu de piste sous forme de dialogues avec Hans-Jürgen Heinrichs, trad. O. Mannoni, Pauvert, 2003.

La pilule rouge de Slavoj Žižek

« La bataille doit être gagnée à l’intérieur de cette Matrice : il faut y retourner », à l'ère des néoréactionnaires, l'aggiornamento de la lecture de <em>Matrix</em> par le plus grand philosophe slovène.