Vendredi 12 juin, un groupe de chercheurs, d’experts et d’investisseurs européens a publié un rapport sous forme de scénario qui laisse entrevoir un décrochage de l’Europe vis-à-vis des États-Unis en matière d’intelligence artificielle (IA) d’ici 2031.
Le projet, intitulé « Europe 2031 », estime que l’Union a commis plusieurs erreurs en 2025 :
- Le bloc aurait mal saisi le « moment DeepSeek », lisant la réussite du modèle chinois R1 comme un signe que la puissance de calcul ne serait que secondaire ;
- Les investissements réalisés, notamment via le Sommet de l’action sur l’IA, n’ont pas débloqué assez de fonds, surtout par rapport aux États-Unis ;
- Les décideurs européens n’ont pas suffisamment mis à disposition les outils d’IA aux fonctionnaires qui sont censés réglementer et comprendre la technologie 1.
Selon les auteurs du rapport, le retard accumulé par l’Europe en matière de modèles de pointe pourrait rendre le bloc technologiquement dépendant des États-Unis.
- Dès 2028, Washington pourrait ainsi disposer d’un moyen de pression qui leur permettrait, notamment, de contraindre les Pays-Bas à mettre fin aux exportations d’ASML de machines de lithographie les plus avancées à la Chine.
- L’année suivante, en 2029, les États-Unis pourraient commencer à « rationner » les modèles d’IA aux pays européens via un système d’accès par pays à la technologie, ce qui aurait un impact direct sur la croissance du bloc.
- En 2030, les géants américains de l’IA rachèteraient les grandes entreprises européennes pour utiliser leurs surfaces de production et leurs données industrielles. L’année suivante, Washington s’emparerait d’ASML.
Le projet Europe 2031 repose sur l’hypothèse que la domination actuelle du marché par les modèles américains n’ira que croissante, et omet également ou, du moins, relègue au second plan plusieurs potentielles limitations.
- Outre ASML, l’entreprise européenne qui exerce un monopole sur les machines de fabrication de puces les plus sophistiquées, l’entreprise taïwanaise TSMC détient elle aussi un quasi-monopole dans la fabrication des semi-conducteurs les plus avancés.
- Si les États-Unis comptent actuellement le plus grand nombre de centres de données et la puissance de calcul la plus importante au monde, le réseau électrique américain ainsi que le réchauffement climatique pourraient en limiter la croissance.
On observe par ailleurs depuis plusieurs mois une multiplication des moratoires interdisant la construction de nouveaux centres de données aux États-Unis en raison de leur contribution à la hausse du prix de l’électricité.
- Si l’opposition aux centres de données est principalement démocrate, plusieurs élus et États républicains poussent également pour davantage de régulation.
- C’est notamment le cas au Texas, où le gouverneur républicain Greg Abbott a présenté une série de propositions visant à garantir que ce soient les entreprises, et non les consommateurs, qui supportent les coûts liés à aux centres de données 2.
- Au Congrès, plus d’une douzaine de propositions de lois ont été déposées au cours des 3 derniers mois par des élus républicains et démocrates pour étudier l’impact des centres de données, ou en limiter leur expansion.
Sources
- Daan Juijn, Stan van Baarsen, Judith Dada, Lily Stelling, Philip Fox, Alex Petropoulos et Michiel Bakker, Europe 2031. What getting AI wrong means for us, 12 juin 2026.
- Alejandra Martinez, « Abbott recommends sweeping data center regulation, including eliminating sales tax exemption », The Texas Tribune, 10 juin 2026.