Les drones sont aujourd’hui la principale cause de pertes au combat en Ukraine, représentant jusqu’à 80 % des morts et des blessés sur le front – contre moins de 10 % en 2022. 

  • La présence permanente de milliers de drones FPV contribue à la hausse du nombre de blessures graves, provoquées par des explosions, et limite les capacités des équipes médicales à intervenir, contraignant les deux armées à se reposer sur des véhicules et des hôpitaux situés à proximité de la ligne de front, plutôt que sur les hélicoptères sanitaires. 
  • Or, le délai d’évacuation est l’un des principaux facteurs qui détermine si un soldat blessé sera en mesure de survivre. 
  • Ainsi, selon Stéphane Audoin-Rouzeau, les progrès considérables réalisés dans les services de santé depuis 1945 sont dus à l’hélicoptère « dust-off » au Vietnam, qui permet de transporter les soldats sur une table d’opération en moins d’une heure, voire en moins de 20 minutes. Si un soldat blessé se retrouve dans un hélicoptère, il n’a plus qu’1 % de risques de mourir. 
  • Mais, avec la guerre en Ukraine, les hélicoptères sanitaires ne peuvent pas voler à cause des drones. 

Sur le front en Ukraine, les évacuations des blessés prennent en moyenne sept jours, mais peuvent durer jusqu’à plusieurs semaines 1.

  • Dans le cas où un soldat doit garder un garrot en place pendant une période prolongée, ce délai augmente le risque de septicémie et de décès 2.
  • La difficulté pour les équipes médicales de fournir des soins rapidement après une blessure a rendu la guerre en Ukraine beaucoup plus meurtrière que les conflits précédents.
  • Au sein de l’armée russe, le ratio de pertes au combat serait tombé ces derniers mois à 1 mort pour 1,3 blessé.
  • Lors des précédents conflits conventionnels à grande échelle, on comptait généralement 1 mort pour 3 à 5 blessés.
  • Le taux de blessés par rapport aux tués sur le front ukrainien est ainsi similaire à celui de la Première Guerre mondiale, avec des blessures faciales et un nombre d’amputations lié au retard de prise en charge. 

Les drones ne sont pas les seules évolutions qui contraignent les armées à reconsidérer la manière dont elles s’occupent de leurs blessés : l’omniprésence de capteurs thermiques et électromagnétiques, qui révèle les positions des soldats et de certains équipements, représente également un danger pour toute opération statique.

  • Depuis 2022, l’armée ukrainienne s’est dotée de plusieurs dizaines de modèles de robots terrestres, qui sont notamment utilisés pour des opérations de logistique et d’évacuation des blessés.
  • Plusieurs unités sont ainsi dotées de robots Rys PRO ou Volya-E, qui peuvent transporter à l’aide d’un bac des blessés sur plusieurs kilomètres.
  • L’armée ukrainienne conduit désormais plusieurs milliers d’opérations par mois avec des systèmes robotiques terrestres.

Il s’agit d’une question qui se pose au-delà du front ukrainien : le 14 janvier, le lieutenant-général de la Bundeswehr déclarait ainsi : « L’un de mes problèmes pour 2029 est de savoir comment l’Allemagne, qui servira de hub aux armées de l’OTAN, pourra accueillir 1 000 blessés par jour. »

  • L’armée américaine mène également des exercices en prévision d’un scénario dans lequel, contrairement aux guerres en Irak et en Afghanistan, les États-Unis ne seraient plus en mesure d’exercer un contrôle quasi total de l’espace aérien d’un théâtre d’opération et où la mise en place d’hôpitaux de campagne alimentés par des moyens d’évacuation rapides ne serait plus forcément possible 3.