On estime qu’entre le lancement de l’invasion de l’Ukraine en février 2022 et la fin de l’année 2024, environ 2 % de la population active russe a été mobilisée sur le front ou bien a quitté le pays. Selon la gouverneure de la Banque centrale, Elvira Nabioullina, la Russie se trouve désormais confrontée à la première pénurie de main-d’œuvre de son histoire récente.

  • En raison des sanctions, les entreprises russes n’ont pas été en mesure de compenser cette perte par une hausse de la productivité.
  • L’augmentation par le Kremlin et les gouvernements régionaux des primes de signature incite quant à elle les jeunes à s’engager dans l’armée, et non pas à travailler dans l’industrie, les services ou la construction.
  • En conséquence, les entreprises se tournent de plus en plus vers les retraités : en 2024, les employeurs ont embauché deux fois plus de personnes âgées que l’année précédente, ce qui contribue également à une hausse de l’offre 1.

Selon l’OCDE, dans l’Union, les systèmes de retraite obligatoires (publics et privés) assurent aux retraités environ 68 % de leur salaire net. Ce chiffre va jusqu’à 99 % au Portugal, 93 % aux Pays-Bas et 90 % en Grèce.

  • En Russie, les retraités ne perçoivent en moyenne que l’équivalent de 37 % de leur salaire net lorsqu’ils cessent de travailler 2.
  • Début 2026, 18 % des 40,5 millions de retraités que compte le pays étaient toujours actifs.
  • Le système de retraite russe incite les travailleurs à prolonger leur activité après l’âge légal en appliquant un coefficient majorant à la pension. Plus le départ est différé, plus ce coefficient augmente : après 9 années de travail supplémentaire après avoir atteint l’âge requis pour partir à la retraite, un travailleur peut potentiellement voir le montant de sa pension plus que doubler.
  • Depuis cette année, suite à une loi promulguée par Poutine en 2024, les pensions des retraités actifs sont de nouveau indexées chaque année. Après avoir été gelées depuis 2016, elles sont ainsi de nouveau revalorisées en fonction de l’inflation 3.
  • Cette mesure vise à rendre plus avantageux le fait de continuer à travailler après l’âge de la retraite, et ainsi à inciter les retraités à conserver une activité après 59 ans pour les femmes et 64 ans pour les hommes.

Une pénurie durable de main-d’œuvre pourrait faire de la « retraite active » le modèle dominant en Russie d’ici quelques années 4. Si celui-ci peut procurer des revenus plus importants, ce système favorise les personnes qui disposent d’un niveau d’étude plus élevé et qui habitent en milieu urbain.

  • Une enquête réalisée par Rosstat montre que les trois-quarts (76 %) des retraités qui n’ont pas terminé leur enseignement secondaire sont dans l’incapacité de travailler pour des raisons de santé, d’âge ou de situation familiale 5.
  • En moyenne, un retraité sans activité professionnelle touche moins de 28 000 roubles par mois en Russie, soit l’équivalent de 320 euros.